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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 10:29

Le 29 mai 2016

Depuis le début des mobilisations contre la “loi travail”, la répression contre les manifestants s’accentue, et les blessés se multiplient. Pour Pierre Douillard-Lefevre, auteur de L’Arme à l’œil, ces violences sont le fruit d’une “militarisation de la police”. Entretien.

La liste des éborgnés et des blessés graves suite à des tirs de Flash-Ball et des grenades de désencerclement s’allonge depuis le début des mobilisations contre la “loi travail”.

“Au rythme où on va, quelqu’un va mourir parce que la violence est à chaque manifestation un peu plus élevée”, s’inquiétait Jean-Luc Mélenchon suite à la manifestation du 1er mai.

Pierre Douillard-Lefevre, diplômé en histoire et sociologie, a lui-même perdu l’usage d’un œil en 2007 suite à un tir de Flash-Ball.

Engagé depuis aux côtés d’autres blessés contre la militarisation des forces de l’ordre, il vient de publier L’Arme à l’œil, Violences d’Etat et militarisation de la police. Entretien.

La mort de Rémi Fraisse aurait pu être l’occasion d’une remise en cause de l’arsenal policier, pourtant comme vous l’expliquez dans votre livre ça n’a pas été le cas. Pourquoi a-t-on raté cette occasion ?

Pierre Douillard-Lefevre – La mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade de la gendarmerie en octobre 2014 est un moment révélateur, épiphanique. Non seulement il n’y a pas de remise en cause de l’arsenal policier, mais c’est au contraire l’occasion d’un renforcement historique et d’une légitimation de la violence d’État contre les contestataires par le gouvernement socialiste.

Il faut remonter à l’année 1986 pour trouver un cas comparable : la mort de Malik Oussekine tabassé par les voltigeurs – des policiers à moto – lors d’une manifestation étudiante contre la loi Devaquet.

A l’époque, l’ensemble de la gauche descend immédiatement dans la rue, un ministre démissionne, le projet de loi est retiré, les voltigeurs sont supprimés.

A l’automne 2014, après la mort de Rémi Fraisse, l’ensemble de la gauche institutionnelle garde le silence. Pire, les manifestations organisées en réponse au drame sont férocement réprimées, voire interdites, à Paris, Nantes, Rennes ou Toulouse. Les socialistes décident d’assumer la mort du jeune manifestant et d’écraser la colère.

Nous entrons dans une nouvelle séquence du maintien de l’ordre, qui est aussi l’aboutissement de 20 ans de surenchère sécuritaire et d’expérimentations d’un nouvel arsenal policier dans les quartiers périphériques des métropoles et aux frontières de l’Europe.

La commission d’enquête parlementaire lancée suite au drame de Sivens rend son rapport après les attentats de janvier 2015.

Après des semaines d’auditions largement consacrées à l’écoute des doléances de la police et de la gendarmerie, le rapport final préconise notamment la généralisation du LBD 40 – plus puissant que le Flash-Ball – et l’arrestation préventive d’individus fichés par les services de renseignements.

Cette commission lancée après la mort d’un manifestant ne prétend même plus promouvoir un “maintien de l’ordre républicain”, mais consacre ouvertement les revendications des policiers.

Vous dites qu’on assiste depuis deux décennies à une militarisation de la police : comment se manifeste-t-elle ? Les armes ont-elles changé ?

La militarisation du maintien de l’ordre est le processus par lequel on a introduit des armes de plus en plus dangereuses dans les mains des policiers.

Il y a aujourd’hui un effacement de la limite entre opérations militaires de “maintien de la paix” à l’étranger et opérations policières de “maintien de l’ordre” à l’intérieur de nos frontières.

Cela s’illustre aussi bien dans le lexique de la police – on parle de “neutraliser des cibles”, “d’adversaires” – que dans ses pratiques – utilisation de drone, d’hélicoptères, quadrillage de l’espace, opérations de grande envergure sur les ZAD.

A partir de 1995, trois générations de lanceurs de balles en caoutchouc, de plus en plus puissants, sont distribuées dans la police.

Les Flash-Ball Monopro puis Superpro, et enfin le Lanceur de Balles de Défense 40 – LBD 40 – testé à partir de 2007, doté d’un canon rayé, d’un viseur Eotech, et classé dans la catégorie A, “arme à feu à usage militaire”.

Aujourd’hui, plusieurs milliers de balles en caoutchouc sont tirées chaque année en France.

Le geste n’est pas anodin : on tire à nouveau sur la foule. L’objectif n’est plus de repousser un groupe, mais de blesser des individus, de marquer dans la chair, d’en toucher un pour en terroriser cent.

C’est un tournant dans les doctrines du maintien de l’ordre.

Lire la suite :
http://www.lesinrocks.com/2016/05/29/actualite/violences-policieres-lobjectif-nest-plus-de-repousser-groupe-de-blesser-individus-11832511/

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