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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 06:13
 PAR 

Le policier auteur d’un croche-pied sur une manifestante en janvier à Toulouse a écopé lundi de quelques milliers d’euros d’amende après une enquête de l’IGPN. Une peine légère pour ce geste, filmé, qui avait permis au pouvoir de s’indigner à peu de frais, sans aller sur le fond des violences policières.

 

Toulouse (Haute-Garonne) –. Une condamnation pénale de 1 500 euros avec sursis, sans inscription au casier judiciaire, à laquelle s’ajoutent 800 euros pour préjudice moral et 800 euros pour frais de justice à verser à la partie civile. Lundi 31 août vers 15 heures, le major de police A.M., 46 ans, cravate rouge sur chemise blanche, pantalon trop court et chaussures bicolores, est sorti plutôt satisfait de la salle d’audience n° 1 du tribunal de grande instance de Toulouse.

Il y comparaissait dans le cadre d’une procédure en reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), un « plaider-coupable », à la suite de faits de « violence volontaire par personne dépositaire de l’autorité publique sans ITT ».

Des faits commis jeudi 9 janvier 2020, dans une petite rue du centre de Toulouse, au terme d’une journée de mobilisation contre la loi retraite. En début de soirée, alors que des manifestantes et des manifestants sont repoussés des alentours de la mairie du Capitole où le maire tient sa cérémonie de vœux, A.M. aperçoit une femme qui avance les mains levées, entourée de policiers progressant en colonne. Au moment où elle passe à sa hauteur et alors même qu’elle vient d’être poussée dans le dos par l’un de ses hommes, il tend son pied droit derrière lui : la manifestante chute lourdement au sol, se relève et s’en va. A.M., major de police affecté à la Compagnie de sécurisation et d’intervention (CSI) de Toulouse depuis mars 2009 après avoir passé quatre ans à la BAC de nuit de Paris, fait quelques pas avant de se retourner brièvement, comme si de rien n’était. Longue d’une dizaine de secondes, la séquence est entièrement filmée par Djemadine, un youtubeur toulousain et, en quelques heures, devient virale sur les réseaux sociaux.

 

 

Dimanche 12 janvier, Laurent Delahousse la diffuse à Édouard Philippe, son invité lors du JT de 20 heures sur France 2. Commentaire du premier ministre : « C’est une image évidemment violente et évidemment inacceptable. » Le lundi 13 janvier, Christophe Castaner, alors qu’il présente ses vœux à la police nationale estime que « c’est l’honneur de la police qui est en jeu, on ne fait pas de croche-pied à l’éthique, sauf à s’abaisser, à abaisser la police ». Enfin, le lendemain, Emmanuel Macron évoque des « comportements qui ne sont pas acceptables ».

Survenu quatre jours après la mort de Cédric Chouviat et alors que le pays est plongé dans un débat sur les violences policières où l’on parle de personnes éborgnées et mutilées en manifestations et de jeunes des quartiers populaires violentés ou tués lors d’intervention de la police, le trio de l’exécutif – qui réfute le terme de violences policières – est soudain unanime, à peu de frais : ce croche-pied est insupportable.

Le 15 janvier, le parquet de Toulouse charge l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) de Bordeaux d’ouvrir une enquête. Trois semaines plus tard, le 7 février, elle est clôturée et transmise au procureur du TGI de Toulouse. Le dossier pénal de 38 pages que Mediapart a pu consulter, contient notamment un PV de « l’exploitation » de la vidéo de Djemadine (d’une durée de 5 h 19), le rapport d’information rédigé par A.M. pour sa hiérarchie dès le 13 janvier, les PV de ses auditions des 15 et 21 janvier et celui de l’audition du policier qui a poussé la manifestante.

Dans son rapport et ses auditions, A.M. reconnaît un geste « stupide, irraisonné, déplacé » et « peu glorieux ». Avant de déployer un large éventail de circonstances atténuantes : la « virulence » du groupe de manifestants auquel appartient sa victime ; les insultes entendues toute la journée (« assassin », « fascho » (sic), « pute à macron ») ; son « épuisement physique et psychologique » ; et l’effet de loupe d’une « vidéo de 8 secondes bien loin de montrer tout ce qui se passe avant et après ». Le tout appuyé par les observations élogieuses de quatre supérieurs hiérarchiques vantant un « excellent gradé, calme et pondéré », un « fonctionnaire très volontaire », « courageux, disponible et très sérieux »… N’en jetez plus.

Lors de l’audience ce lundi, Julien Brel, l’un des deux avocats de Léa*, la manifestante victime du croche-pied a préféré, lui, s’interroger sur le caractère « idiot utile » du major : « S’il doit aujourd’hui répondre de ses actes, c’est parce qu’il y a eu une vidéo. Il est un peu livré en pâture, on utilise son geste pour ne pas interroger en profondeur les modalités du maintien de l’ordre en France. »

Benjamin Francos, l’autre avocat, a rappelé au président que sa cliente n’avait pas eu le loisir d’être entendue dans le cadre de l’enquête. En peu de mots, la jeune femme a fait part de son incompréhension face à cet acte et de sa peur rétroactive lorsqu’elle a vu qu’elle s’était effondrée à quelques centimètres d’un poteau. « Une incompréhension de mauvaise foi », ont répondu A.M. et son avocate qui a tenté, sans succès, de faire endosser les frais de justice de son client par un agent de l’État.

 

« Je n’ai pas été blessée mais j’ai vécu l’ensemble comme quelque chose de très violent, nous a confié Léa à l’issue du verdict. Sur le moment, déjà, j’ai fait quelques pas après m’être relevée et quand les flics m’ont lâchée, je me suis effondrée en larmes. Et puis ensuite, il y a eu cette récupération médiatique et politique. J’ai beaucoup hésité, je ne me sentais pas légitime pour aller me plaindre du haut de mon croche-patte, alors que des violences policières aux conséquences bien plus graves se passaient dans le pays depuis un an. Mais il y a quand même dans cet acte un sentiment d’impunité qui me révolte et c’est pour ça que je suis là aujourd’hui. Mais je ne suis pas dupe. Si ça n’avait pas été filmé et aussi, sûrement, si je n’étais pas une jeune femme blanche avançant les mains levées, il ne se serait rien passé. C’est cela qui me frustre : à aucun moment, la violence systémique de la police n’est remise en question. Et en s’indignant de cette histoire, l’État s’épargne le soin de la regarder en face. »

« C’est un policier condamné, ça n’arrive pas si souvent, soulignent ses avocats, mais à part ça, quelle majoration liée à son statut ? C’est quand même un gradé, il a fait ça devant ses troupes. Quel message leur envoie-t-il en faisant ce geste ? » Réponse du tribunal, après vidéo incontestable, enquête de l’IGPN et émoi élyséen : ça ne coûte que 1 600 euros au civil.

 

 

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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 05:59

Des policiers racistes se sont livrés à des actes de maltraitance pendant plus de deux ans dans les geôles du tribunal de grande instance de Paris, ainsi que l’a révélé StreetPress, sans que leurs supérieurs, pourtant alertés, n’y mettent fin. Mediapart a pu avoir accès à l’enquête administrative rendue en janvier, dans laquelle l’IGPN s’efforce de minimiser les faits, pourtant accablants, et épargne la hiérarchie policière.

 

 

insi qu’il l’expliquait à StreetPress (à lire ici et ), devant l’inertie de sa hiérarchie à sanctionner ces violations, le brigadier-chef Amar Benmohamed, responsable de l’unité de transfèrement nuit (UTN), a décidé de dénoncer, publiquement, les comportements racistes, les actes de maltraitance et les vols de certains policiers, au sein du tribunal de Paris. Durant plus de deux ans, ces faits se sont déroulés au dépôt du tribunal de Paris, où plus d’une centaine de cellules accueillent des personnes en attente de comparution ou d’autres déjà incarcérées.

 

Tribunal de grande instance de Paris. © AFP

Le 28 juillet, à la suite de ces révélations, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour « violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique », « injures publiques en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion » et « injures publiques en raison du sexe et de l’orientation sexuelle ».

En juillet, lors des révélations du brigadier-chef, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, lui a reproché, non sans un certain cynisme, de n’avoir pas réagi plus tôt. Interrogé, le 30 juillet, à l’Assemblée nationale par un député LREM, le ministre lançait : « Le brigadier Benmohamed a dénoncé […], avec retard, c’est d’ailleurs ce qui lui est reproché […], ses camarades qui auraient, je mets du conditionnel mais les faits reprochés sont graves, énoncé des insultes à caractère sexiste, homophobe et raciste. » 

En réalité, Amar Benmohamed a alerté sa hiérarchie dès mai 2017. À plusieurs reprises, il avise des majors. Las, il alerte le lieutenant en octobre 2018. Cet officier de police judiciaire ne fait aucun signalement des délits que lui rapporte le brigadier-chef. En mars 2019, Amar Benmohamed rédige un rapport. Ce qui ne sera pas sans conséquence pour lui. 

À la suite de ses écrits, la préfecture de police saisit l’IGPN pour mener une enquête administrative, à l’issue de laquelle, en janvier 2020, des sanctions disciplinaires, toujours à l’étude, sont proposées à l’encontre de ce lanceur d’alerte. Pourquoi préconiser des sanctions à l’encontre de celui qui dénonce de graves manquements aux règles de déontologie, des propos racistes, voire des actes de violences ? 

Les auteurs des délits n’ont, quant à eux, toujours pas été sanctionnés, à ce jour. L’IGPN se contentant de préconiser quelques avertissements et un conseil de discipline. L’enquête de l’IGPN que nous révélons montre pourtant bien que de nombreux policiers ont confirmé les faits dénoncés par Amar Benmohamed, même si leur hiérarchie cherche à en minimiser la portée.

En effet, les recommandations émises par la police des polices attestent, une fois encore, de sa bienveillance à l’égard des siens, afin de mieux les protéger. Pour des raisons fallacieuses, l’IGPN préfère proposer des sanctions administratives à l’encontre de ceux qui dénoncent les dérives policières, comme Amar Benmohamed, dissuadant de la sorte tous ceux qui voudraient prendre le même chemin. 

Pour autant, dans ce rapport, les pratiques souvent grossières de l’IGPN ne parviennent pas à faire oublier la gravité des faits, qui ressort des différents témoignages de policiers auditionnés.  

Plusieurs fonctionnaires, sept environ, de l’une des brigades de nuit participeraient à ces délits, mais l’enquête se concentre essentiellement sur quatre agents qui semblent agir en toute impunité à l’intérieur du dépôt. Lors de son audition par l’IGPN, un major présente l’une d’elles comme « un boute-en-train »« au langage “fleuri” ». Étrange conception de la déontologie lorsque, quelques lignes plus loin, on apprend qu’elle insulte les déférés de « bougnoule »« négro », « clochard » ou « pouilleux », tandis qu’un autre policier l’entend dire : « C’est la merde, votre ramadan, tu mangeras pas. »

« Bâtard », c’est ainsi qu’elle s’adresse régulièrement aux déférés. Auditionnée par l’IGPN, cette policière reconnaît les traiter ainsi, voire même d’« enculés », mais, selon elle, « seulement entre collègues », pensant ainsi minimiser les faits. Qu’elles soient proférées à l’encontre de personnes ou employées entre policiers, ces injures racistes et homophobes sont passibles de poursuites pénales et administratives. 

Difficile de minimiser ou de masquer les faits. Au cours des différentes auditions de policiers travaillant au dépôt, les témoignages accablent ces policières. L’un des agents explique avoir dû intervenir à « deux reprises lors d’incidents », notamment lorsque l’une d’entre elles « avait traité avec virulence un déféré de “bâtard” et “d’enculé” ». Mise à l’écart, elle « était revenue, recommençant à insulter le déféré : “Vas-y, regarde-moi, espèce d’enculé !” »

Une autre fois, elle interpelle un prévenu : « Oui, c’est à toi que je parle, le bougnoule, c’est bien toi le seul Arabe ici. » Ou encore : « Moi, je ne te fouille pas, je ne suis pas là pour attraper des maladies. »

Insultes racistes, homophobes, agressivité voire menaces. L’un des policiers rapporte auprès de l’IGPN « des propos empreints de violence et de menaces, tels que : “C’est comme ça, ferme ta gueule”, “Si tu es là, c’est que tu l’as mérité”, “Si c’est comme cela, tu peux crever ou tu peux mourir, tu n’auras pas à manger” ». 

Certains déférés sont ainsi privés de repas, voire de la visite d’un médecin. Parfois, il s’agit de mesures purement discriminatoires de la part de certains policiers qui, selon certains échanges rapportés auprès de l’IGPN, « ne souhaitaient pas que leurs impôts servent à payer le déplacement du médecin ».

D’autres fois par « pure feignantise »« Les effectifs n’aimaient pas effectuer cette mission qui les contraignait à rester en statique près du local médical », précise l’un des policiers auprès de l’IGPN. Pour éviter de le faire, les agents demandent donc aux personnes détenues en cellule : « “Est-ce que tu es malade ?” au lieu de : “Voulez-vous voir un médecin ?” »

Selon l’IGPN, du brigadier au lieutenant en passant par les majors, la hiérarchie, qui n’ignorait pas cette situation, « s’est trouvée en difficulté face au comportement de certains effectifs qui avaient résisté à toute forme d’intervention hiérarchique ».

Les interventions des chefs se résument à de simples recadrages, une demande de blâme (la plus minime des sanctions avec l’avertissement) ou à des rappels de consignes par mails ou lors de réunions et cela essentiellement à partir de janvier 2019. 

 

Aucun conseil de discipline n’est exigé par la hiérarchie. Cette absence de réaction témoigne d’un laisser-faire, voire de l’adhésion à une situation pourtant illégale, par les responsables de cette brigade. Mais, selon l’IGPN, reprenant l’argumentation de ces haut-gradés, il y a des explications qui permettent de justifier qu’une telle situation puisse perdurer plus de deux ans. Les effectifs auraient mal interprété les règles. 

« La faculté d’appréciation laissée aux effectifs par – les consignes générales – avait pu avoir des conséquences inacceptables telles que, par exemple, la privation d’alimentation ou de visite médicale. » En d’autres termes, les policiers n’auraient pas perçu que les personnes détenues doivent s’alimenter ou puissent avoir accès à un médecin. 

C’est ainsi que l’IGPN rapporte tout naturellement que « de manière générale les membres de la hiérarchie intermédiaire reconnaissaient avoir constaté des problèmes qu’ils reliaient le plus souvent non pas à une volonté de priver les déférés de leurs droits mais plutôt à des circonstances particulières, à des comportements individuels inadaptés ou encore à une mauvaise application des règles pourtant régulièrement rappelées ».

Il arrive aussi que des policiers tiennent des propos racistes. Là encore, selon l’IGPN, les circonstances permettraient de l’expliquer. « La hiérarchie intermédiaire entendue à ce sujet reconnaissait être au courant d’un certain nombre de ces faits, même si elle les contextualisait, expliquant que les propos étaient tenus hors de la présence des déférés et dans des cas où les déférés avaient été agressifs. »

Il en va de même pour des pratiques punitives à l’égard des déférés qui sont, là encore, admises. Exemple avec ce major qui, auprès de l’IGPN, « fait état d’une pratique qui consistait, pour certains fonctionnaires, à reporter le repas d’un déféré avec lequel la situation avait été conflictuelle (“tu mangeras plus tard”) ». 

 

Le brigadier-chef Amar Benmohamed, juillet 2020. © AFP
Au fil des auditions, on constate l’acceptation de pratiques discriminatoires, voire de maltraitances à l’égard de personnes que les policiers trouvent finalement naturel de priver de certains droits fondamentaux, en raison de leur origine et de leur statut de déféré. 

 

Ainsi, concernant le comportement agressif de l’une des policières, et non sans une étonnante contradiction, l’IGPN estime que « la hiérarchie du gardien n’était pas restée inactive, mais s’en était tenue aux entretiens informels, sans lui demander la rédaction de rapports et sans initier d’enquête administrative ».

Un major explique avoir entendu « sa subordonnée crier dans le bureau des gradés, vociférer et tutoyer les personnes ». Là encore, il n’a pas jugé nécessaire de demander de sanction. 

Autre illustration d’assentiment à ces dérives, un major rapporte auprès de l’IGPN qu’« il ne lui avait pas été possible de réagir systématiquement aux comportements inappropriés [de ce] gardien de la paix car il lui aurait fallu la recevoir “tous les jours” et aller quotidiennement à l’affrontement ».  

« Sur le plan administratif, l’enquête a mis en lumière des manquements professionnels et des comportements contraires à la déontologie policière », conclut l’IGPN, en se gardant bien d’employer les termes de racisme, d’homophobie ou de maltraitance. 

À l’encontre des quatre gardiens de la paix, elle préconise un avertissement, des alternatives aux poursuites administratives, un blâme et un conseil de discipline. Quant au lanceur d’alerte, elle suggère qu’il écope d’un avertissement (sanction la plus basse et non inscrite dans le dossier du fonctionnaire). La hiérarchie, elle, n’est pas visée par des sanctions.

 

Ce rapport a été remis à la préfecture en janvier 2020. Contactée par Mediapart, la préfecture de police refuse de préciser si des sanctions ou suspensions ont été prises à l’égard des agents, se retranchant derrière le secret de l’enquête préliminaire ouverte par le parquet en juillet. Alors que le dépôt se situe au sein même du tribunal de Paris, la préfecture n’a pas estimé nécessaire de transmettre, lors de la clôture de l’enquête, le rapport de l’IGPN au parquet. 

Contacté par Mediapart, le parquet précise avoir ouvert une enquête préliminaire à la suite des révélations dans la presse du brigadier-chef Amar Benmohamed. Elle devrait chapeauter d’autres enquêtes qui avaient été précédemment ouvertes, à la suite de signalements sur des faits similaires, explique le parquet sans apporter plus d’information sur la nature de ces faits ou sur les auteurs de ces signalements. Il s’agit désormais de vérifier l’ampleur des dérives dénoncées par le brigadier-chef. Depuis le 8 août, et après un arrêt maladie, Amar Benmohamed a repris le travail. 

 

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19 juin 2020 5 19 /06 /juin /2020 07:23
 PAR 

Alors que la Cour de cassation vient de reporter sa décision, retour sur les conditions qui ont conduit à la mort dAngelo Garand. Le GIGN était supposé venir interpeller ce fugitif au domicile de ses parents un jour de mars 2017.

 

Un homme est mort. Abattu par les gendarmes venus l’arrêter. Il s’appelait Angelo Garand. Voilà ce dont on est sûr.

Pour tout le reste, comme à chaque fois qu’il est question d’une potentielle bavure, les versions divergent. Et on n’en saura pas plus. Du moins pas tout de suite. 

La Cour de cassation devait se prononcer, mercredi 17 juin, sur le pourvoi formé par les avocats de la famille de la victime. La décision a été reportée au 2 septembre. Laissant pendante, d’ici là, une question qui résonne avec l’actualité : comment apprécier en droit la légitime défense quand les critères pour la retenir reposent essentiellement sur les témoignages des membres des forces de l’ordre mis en cause ?

 

Reconstitution, par l'Identification criminelle, de la remise où Angelo Garand a trouvé la mort. © DRReconstitution, par l'Identification criminelle, de la remise où Angelo Garand a trouvé la mort. © DR
Rappel des faits. À l’issue d’une permission de sortie de 24 heures accordée fin septembre 2016, Angelo Garand ne réintègre pas le centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonnes (Vienne). Il y purgeait une peine de deux ans et trois mois d’emprisonnement pour une affaire de violences et d’outrage à l’encontre d’une personne dépositaire de l'autorité publique.

 

Le 29 mars 2017, les gendarmes qui pourchassent l’évadé pensent le localiser dans un secteur compris entre Blois, où résidait sa concubine, et Amboise (Indre-et-Loire). Accompagné de Charlie, son fils âgé de 16 ans, il circule à bord d'un véhicule Citroën C5 blanc. Afin de limiter les risques d’interpellation, Angelo passe rarement deux nuits au même endroit.

Le 30 mars au matin, les enquêteurs ont la certitude que le fugitif se trouve au domicile de ses parents à Seur, dans le Loir-et-Cher. Une antenne du GIGN est mobilisée pour procéder à son arrestation. Aux membres du groupe d’intervention d’élite qui s’apprêtent à agir, le chef d’enquête brosse le portrait d’un Angelo Garand, issu de la communauté des gens du voyage, « très défavorablement connu de la justice, probablement armé et sous l'emprise de drogues dures ».

Ce n’est pas faux. Vingt-sept mentions le concernant au fichier relatif au traitement des antécédents judiciaires, souvent à l’encontre des forces de l’ordre, comme le feront opportunément remarquer les gendarmes. Là encore, un classique des affaires pouvant être qualifiées de violences policières, le moindre manquement à la loi de la victime est versé dans le dossier judiciaire en cours, quand il n’alimente pas la presse.

Qu’importe, Angelo Garand n’est pas un ange, c’est entendu. Son fils confirmera que son père était consommateur d’héroïne et de Subutex, qu’il était armé d’un couteau Douk-Douk et n’hésitait pas à s’en servir. Son ex-compagne le décrira comme « très anxieux et mal dans sa peau », miné par les dettes et animé du sentiment d’avoir gâché sa vie.

Le portrait esquissé par le directeur d’enquête aux membres du GIGN avant leur intervention n’est pas faux mais il campe tout de même une ambiance. « La dangerosité de l’individu [fait] courir des risques aux militaires lors de son interpellation », résumera-t-il plus tard. Et c’est avec cette précision en tête que les militaires du GIGN pénètrent dans le corps de ferme des parents d’Angelo Garand.

Interpellé à bord du Citroën CS, Charlie a eu le temps de crier « les christés sont là » afin d’avertir son père de l’arrivée des gendarmes.

Plusieurs membres de la famille Garand sont également appréhendés en train de préparer un barbecue. Les différents bâtiments et caravanes sont fouillés. En vain. Reste une petite remise de 16 mètres carrés, peu éclairée et encombrée d’objets. C’est là que se cache Angelo et que seront tirés les coups de feu.

Le corps du fugitif gît allongé sur le dos au milieu de la remise, les yeux ouverts, le teint livide. Dans le prolongement de son bras droit, un couteau Douk-Douk. Angelo Garand allait avoir 38 ans.

Une information judiciaire est ouverte contre X une semaine plus tard. Et les deux membres du GIGN sont mis en examen pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner et ce avec usage ou menace d'une arme ».

Le premier, l’adjudant Benoît D., confie qu’on leur avait expliqué que « l’objectif » détenait une arme à feu.

Selon son récit, muni de son gilet pare-balles, d’un casque à visière blindée, le gendarme entendait en entrant dans la remise un de ses collègues crier « couteau » et découvrait Angelo Garand, torse nu, dos au mur au fond de la dépendance, faisant face à ses collègues. Touché à deux ou trois reprises par des décharges de Taser, le forcené arrachait les ardillons. L’adjudant aurait alors vu un de ses camarades tomber au sol, crier « touché », tandis qu’Angelo continuait d’avancer. Constatant « une fenêtre de tir », l’adjudant du GIGN faisait feu et touchait sa cible au plexus. Une expertise déterminera que le gendarme était alors à 70 centimètres d’Angelo Garand.

Interrogé en garde à vue, Benoît D. admettait ne pas avoir entendu de sommation avant le premier tir et ne pas en avoir effectué à son tour. Il expliquait n’avoir vu le couteau d’Angelo qu’une fois celui-ci mort.

Le second militaire mis en cause, l’adjudant Ali B., assurait avoir entendu un collègue s’adresser à Garand « Gendarmerie ! Gendarmerie ! Sors de là ! », puis le même collègue crier « Couteau ! Couteau ! », l’adjudant B. avait alors mis en joue le fugitif.

Mais, selon lui, Angelo Garand, rentré « dans une rage » après avoir reçu deux décharges de Taser, se ruait sur les militaires, pointant son couteau à hauteur de la gorge de l’un d’eux. Ali B. ouvrait alors le feu puis chutait après avoir reçu un choc au menton, non sans tirer une dernière fois avant de perdre connaissance. Au total, Ali B. a fait feu à sept reprises.

Entendus comme témoins, les trois autres membres du GIGN, présents dans la grange confirmaient les déclarations des mis en cause. Les membres de la famille Garand présentes sur le site ont entendu les coups de feu mais n’ont pas vu ce qui se passait à l’intérieur de la remise.

 

 

Au bout d’un an d’instruction, le procureur de la République rendait un réquisitoire de non-lieu. Suivi quelques mois plus tard d’une ordonnance de non-lieu signée du juge d’instruction qui retient que, « comme le démontrent les témoignages des militaires présents dans la grange, la réponse graduée […] apportée par les militaires, qui ont tenté, en vain, d'interpeller Angelo Garand sans dommage. Les militaires ont fait usage de leurs armes afin de neutraliser leur cible qui ne se laissait pas appréhender. […] Le recours à la force meurtrière apparaissait absolument nécessaire pour la défense de leur vie et de celle de leurs collègues ».

La légitime défense, qui ne peut être retenue pour les forces de l'ordre qu’en cas d’absolue nécessité et d’un usage de la force strictement proportionnée aux buts recherchés, s’applique en l’espèce, selon les magistrats du parquet et de l’instruction. Une lecture confirmée, le 7 février 2019, par la chambre de l’instruction d’Orléans. Les deux gendarmes auraient bien « agi dans le cadre et le respect de la loi en faisant usage de leurs armes ».

Fin de l'histoire ?

Pas vraiment. Par la voix de leur avocate, Me Louise Tort, les membres de la famille Garand réclament que les deux gendarmes, auteurs des coups de feu ayant tué Angelo, soient jugés par une cour d’assises aux motifs qu’ils n'étaient nullement en état de légitime défense au moment des faits.

Lorsqu’ils avaient été entendus au début de l’enquête, les Garand présents ce jour-là à la ferme familiale avaient tous évoqué des propos prononcés par les gendarmes : « Engrenadez-le ! » , « Cessez le feu ! », etc. Mais aucun n’évoque les sommations d’usage que certains militaires jurent avoir effectuées.

Aujourd’hui, ces proches d’Angelo accusent les gendarmes de l’avoir assassiné, parlent d’ « une exécution ». Paroles de parties civiles dont les souvenirs sont brouillés par l’émotion ? Peut-être. Sans doute. Mais alors pourquoi seraient-ils moins audibles que celles des gendarmes mis en cause ? D'autant plus que l’un des tireurs a évoqué un « débriefing » de la part de sa hiérarchie avec tous ceux présents dans le cabanon. Et pourquoi cette phrase « les militaires décrivant son état de furie, voire de transe » à laquelle se réfèrent les magistrats dans plusieurs documents pour justifier la légitime défense aurait-elle plus de portée juridique que les témoignages de simples citoyens ?

Et puis, il y a cet enregistrement, troublant, d’un médecin du Samu qu’on entend dire lors de son appel au médecin régulateur du Smur après le drame : « Le gars, il n’était pas armé… Je pense, je ne sais pas. […] Ils [les gendarmes – ndlr] sont venus me voir et me dire qu’il faudrait que ce soit en discrétion totale… »

Pourtant, le juge d’instruction, qui a entendu le médecin du Samu, écarte de manière elliptique ce témoignage qui, selon lui, « ne peut mettre en doute la loyauté de l’enquête ».

 

Reconstitution, dans le cadre de l'information judiciaire, des gestes ayant conduit à la mort d'Angelo Garand. © DRReconstitution, dans le cadre de l'information judiciaire, des gestes ayant conduit à la mort d'Angelo Garand. © DR

 

La partie civile souligne par ailleurs que l’entrée unique de la remise (et donc l’impossibilité de fuir pour Angelo Garand) permettait une autre solution que l’assaut. Surtout, il y a les questions de l’absolue nécessité et de la proportionnalité, les deux conditions requises et cumulatives pour retenir la légitime défense : l’existence du danger invoqué par les gendarmes justifie-t-elle que le forcené, armé d’un couteau (mais dont son usage n’est pas avéré durant les faits), finisse avec cinq balles dans la peau, ayant provoqué, selon le légiste, « des lésions des deux poumons, du cœur, du foie et du rein droit » ?

Selon un arrêt en date du 9 septembre 2015, la Cour de cassation a jugé que la légitime défense ne permet pas de justifier un coup de feu tiré par un policier envers un individu non armé se jetant sur un de ses collègues. Pour expliquer pourquoi il a fait feu à huit reprises, dont quatre ayant atteint leur cible, l’adjudant Ali B. précise qu’Angelo Garand n’a pas porté de coup de couteau sur lui mais qu’il a « fait des gestes circulaires avec son couteau en notre direction à Fabrice [un autre gendarme] et moi-même ». Interrogé, ledit collègue répondra qu’« apparemment » le forcené ne lui a pas porté de coup de couteau. « Mais sur le moment, j’ai pensé qu’il allait m’en porter un »

Influencés par le profil qui leur avait été fait d’Angelo Garand, cinq professionnels aguerris du GIGN ont-ils paniqué ? La justice va devoir trancher pour savoir si la légitime défense doit être retenue ou non au profit des deux tireurs. Mais, quelle que soit la décision de la Cour de cassation, la vérité d’une situation restera tapie dans l’ombre d’une remise de 16 mètres carrés.

 

Source Mediapart.

https://www.mediapart.fr/journal/france/180620/mort-d-angelo-garand-tue-par-le-gign-ce-que-dit-le-dossier-judiciaire?page_article=2

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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 05:53

Depuis France Culture, le 15 juin 2020

Adama Traoré est mort le 19 juillet 2016, le jour de ses 24 ans, à la gendarmerie de Persan après avoir été interpellé à Beaumont sur Oise (Val d'Oise). En 2017, sa soeur Assa Traoré témoignait dans Les Pieds sur terre.

1ère diffusion : le 9 juin 2017

Assa Traoré revient sur sa plus grand fierté et ce qui constitue une des forces essentielles de son combat : l'union de sa famille et ses valeurs. 

"Je suis fière de tout cet amour que mon père a laissé entre nous. Avant de partir, il nous a demandé de protéger nos petits frères, et aux petits de protéger les grands."

Son père a eu successivement plusieurs femmes dans sa vie, Assa a donc seize frères et sœurs, dont chacun, dit-elle, occupe une place particulière dans la famille. 

"Quand nous étions plus jeunes, mon père avait déjà divorcé de Françoise, mais nous allions en vacances chez elle. Et les enfants de la première femme de mon père, Elisabeth, qu'elle avait eu avec un autre homme, venaient en vacances chez mon père."

Dans cette grande famille soudée, les enfants sont moitié blancs et catholiques, d'autres maliens et musulmans. 

"On n'a pas la même couleur, ou la même religion mais on a tous mangé les mêmes frites à la cantine, joué dans le même bac à sable, lu les mêmes livres, regardé les mêmes émissions."

Assa Traoré revient sur ce 19 juillet 2016. Le jour de ses vingt-quatre ans, son frère Adama est interpellé par la police. 

"Ce jour-là j'étais en Croatie pour déplacement professionnel, je lui avais envoyé un message d'anniversaire à 10H30 sur Facebook. Ce sont mes derniers échanges avec mon frère."

"La mairie l'avait appelé pour qu'il vienne récupérer sa carte d'identité. Sur le chemin, n'ayant pas sa carte d'identité sur lui, il décide d'éviter la police. C'est quelque chose que n'importe quel jeune de quartier ferait pour éviter la violence."

"Mais les policiers l'interpellent, et le frappent. Comme ils sont en civils, une personne intervient et s’interpose. Adama part se réfugier dans l’appartement d'une connaissance à lui."

"Les gendarmes entrent dans l'appartement : "Je n'arrive plus à respirer" ; ce sont les gendarmes eux-mêmes qui m'ont rapporté ses dernières paroles. Mon petit frère a pris le poids de trois corps sur lui."

"Ils le le lèvent pour l'emmener à la gendarmerie. Adama répète "je n'arrive plus à respirer", il pique de la tête et urine sur lui. Le lieu d'interpellation est à 200 mètres de l'hôpital, mais au lieu de ça, ils décident qu'Adama ne vivra pas."

"Vers vingt-et-une heures, les pompiers disent à ma mère de se rendre à la gendarmerie.  Les gendarmes ne la laissent pas entrer mais lui assurent que son fils va bien."

Adama est en réalité déjà mort à ce moment-là ; 19h05, étant l'heure officielle du décès.

"Aux alentours de vingt-trois heures quinze, Yacouba et ma mère retournent à la gendarmerie, Yacouba bloque la porte et dit qu'il veut voir son frère. Un gradé les fait entrer et les asseoit séparément. Il leur annonce qu'Adama est mort."

"Yacouba s'énèrve, les gendarmes lui sautent dessus, le gazent lui et ma mère et les font sortir de la gendarmerie."

Depuis ce jour, Assa et toute sa famille se battent pour connaître la vérité sur ce qui s'est passé. 

"On se rend compte au fil de l'enquête qu'il manque des rapports, comme celui des pompiers, qui réapparaît sur insistance de notre avocat. Les pompiers ont trouvé mon frère en position PLS, menotté. À deux reprises les pompiers demanderont aux gendarmes de lui enlever les menottes."

"Dès la première autopsie, le procureur Yves Jannier dira qu'il est mort de cause cardiaque et d'une infection." 

"Puis de manière très courtoise, ils nous diront : "Comme vos êtes musulmans, vous devez enterrer le corps sous trois jours, alors nous nous sommes permis de contacter Air France pour qu'ils le rapatrient rapidement, vous pouvez reprendre le corps." 

"Mais nous avions demandé une deuxième autopsie, indépendante. Et à partir du moment où le corps est repris, il est souillé et aucune autopsie n'est plus permise. Alors douloureusement, on a repoussé le corps d'Adama pour montrer à la justice que nous n'étions pas dupes."

La deuxième autopsie a révélé la vérité : Adama est mort asphyxié. 

"Adama était une personne très positive. Les gens l'appelaient "le maire de la ville", car il arrivait toujours à trouver les bons mots pour régler des conflits. Les gens l'aimaient énormément et ils se sont mobilisés naturellement quand ils ont appris sa mort. "

Chanson de fin : "Broken" par Tracy Chapman - Album : "Let it rain" (2002) - Label : Elektra records

  • Reportage : Leila Djitli
  • Réalisation : Emmanuel Geoffroy

Ecouter le podcast :
https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/les-pieds-sur-terre-emission-du-lundi-15-juin-2020

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12 juin 2020 5 12 /06 /juin /2020 08:47
 PAR  ET 

Pendant six mois, nous avons épluché des milliers de pages et analysé un par un 65 dossiers de l’IGPN. L’analyse globale met au jour des techniques récurrentes permettant à la police des polices de blanchir massivement les forces de l’ordre.

 

Dans son dernier rapport annuel, l’inspection générale de la police nationale se défend fermement d’être « la police des polices », mission qui « reste dans l’imaginaire populaire ». Sa directrice fait même assaut de transparence : son « ambition première » n’est pas de contrôler mais de « valoriser l’institution et ses agents ».

 

 

Cet aveu, en bonne place (dans l’éditorial dudit rapport), est certainement le meilleur effort de sincérité auquel s’est livré l’IGPN depuis des années. Une institution qui n’hésite pas à légitimer, de la part des forces de l’ordre, « des ripostes plus nombreuses et plus fermes et donc des blessés » du fait « des violences exercées contre [elles] lors des manifestations ».

Attendre de cette instance un devoir d’impartialité serait donc vain. Et depuis plusieurs mois, au regard de certains dossiers emblématiques, l’idée s’est installée que la police des polices n’inspectait rien sinon les meilleurs moyens de préserver les forces de l’ordre.

Encore fallait-il démontrer cette impression, ou la démonter. C’est tout l’objet d’Allô IGPN, suite logique du travail entamé il y a 18 mois avec Allô Place Beauvau sur Twitter puis sur Mediapart, qui visait à recenser les abus policiers survenus dans le cadre du mouvement des gilets jaunes, et à interpeller le ministère de l’intérieur.

 

Brigitte Jullien, directrice de l'Inspection générale de la police nationale. © AFP.

Pendant six mois, nous avons donc épluché des milliers de pages d’« enquêtes » pour tenter notamment de comprendre quel type de matériau et quelles conclusions étaient transmis aux procureurs.

Aux classements sans suite, nous avons voulu en donner une. Fût-elle seulement journalistique.

Allô IGPN est en ce sens la première plongée en profondeur jamais réalisée dans les arcanes de l’institution. À travers 65 enquêtes IGPN (et IGGN), dont toutes avaient fait l’objet d’un signalement d’Allô Place Beauvau, nous avons ainsi pu déceler des permanences dans les méthodes visant à blanchir les policiers, vu apparaître des constantes, des modes opératoires.

Nous proposons également un certain nombre de témoignages de victimes qui ont finalement refusé de porter l’affaire en justice. Leurs raisons sont éloquentes.

Mais ce n’est pas tout. Allô IGPN analyse également les rapports annuels émis par l’institution, pour y déceler une évidence : entre les indicateurs dont la méthodologie est modifiée d’une édition à l’autre, ceux qui sont créés au fil du temps et ceux qui disparaissent, tout semble concourir à nuire à une lecture claire de l’activité de cette institution publique.

Notre travail ne s’arrête pas là. À l’avenir, nous continuerons à signaler les interventions policières suspectes les plus symboliques dans les manifestations, mais aussi et c’est nouveau, hors manifestations, Allô IGPN permettra de savoir quelques mois plus tard comment la police des polices a traité ces cas de violences dans ses rangs. Mais d’ores et déjà, une typologie se dégage.

  • L’identification laborieuse des policiers auteurs de violences 

 La non-identification de policiers à l’origine de violences est l’un des motifs fréquents des classements sans suite. 

« L’IGPN ne se donne pas réellement les moyens d’identifier les policiers qui ont commis des violences ayant entraîné des blessures ou des mutilations », déplore l’avocate rouennaise Chloé Chalot, qui depuis l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes travaille sur les violences policières. 

« Les enquêteurs se contentent des déclarations des policiers sans aller plus loin. Il n’y a pas d’investigations complémentaires pour les vérifier », poursuit-elle. 

Chloé Chalot revient sur l’affaire de Sébastien M., blessé à la tête lors d’une manifestation de gilets jaunes, le 12 janvier 2019 à Paris par un tir de lanceur de balles de défense (LBD), lui occasionnant 30 jours d’interruption totale de travail. 

À partir de vidéos de témoins, une brigade d’une vingtaine de policiers en civil est identifiée. Il s’agit des Détachements d’action rapide (les DAR renommés depuis les BRAV-M), des binômes à moto, résurgence des « voltigeurs » interdits depuis la mort de Malik Oussekine en 1986. Trois détenteurs de LBD sont identifiés. Auditionné par l’IGPN, le lieutenant commandant la brigade confirme les tirs, mais explique ne pas être en mesure « de donner le nombre de cartouches »

Et pour cause, les fiches dites TSUA, qui permettent de suivre l’usage des armes avec l’heure, le lieu et l’auteur n’ont pas été rédigées « sur instruction de la hiérarchie », selon le lieutenant , car « il y avait trop de tirs et il était inutile de faire un écrit ».

On apprend que « les consignes initiales au début des manifestations des gilets jaunes étaient de ne pas rédiger » de fiches. « Les détenteurs de LBD donnaient le nombre de munitions tirées et l’officier faisait une synthèse. »

C’est ainsi que la non-traçabilité des tirs des policiers était organisée par la hiérarchie, ordres contraires au règlement. Les trois policiers porteurs de LBD ont, au cours de leur audition, nié être les auteurs de tirs. L’un d’entre eux affirme « ne pas se souvenir avoir fait usage du LBD ». 

Malgré ce dispositif illégal décidé par les autorités chargées des opérations, malgré l’identification de trois suspects, l’IGPN se contente des déclarations des policiers et conclut que « les différentes investigations ne permettent pas d’identifier le policier ayant fait usage d’un lanceur de balles de défense ». Le 19 février 2020, la vice-procureure de la République de Paris, Claire Vuillet, suit les conclusions de l’IGPN et classe sans suite.  

Visage dissimulé, absence de brassard, de matricule, dans de nombreux dossiers que nous avons analysés, ces entorses au règlement (règlement général d’emploi) permettent de ne pas retrouver les auteurs des violences. Et ne sont pas retenues par l’IGPN à l’encontre des forces de l’ordre. 

« La police française ne respecte pas la loi et on s’en contente en classant sans suite », commente l’avocate Chloé Chalot. 

En outre, les conséquences sont calamiteuses, puisque ce sont ces pratiques de l’IGPN qui dissuadent les victimes de violences de porter plainte. Comme Victoire (touchée à Paris par un tir de LBD). Elle ne s’est pas rendue à l’IGPN par « exaspération contre la machine à blanchir qu’[elle] n’avait pas envie de cautionner ».

D’autres, parce qu’au commissariat (à Rouen), on a refusé d’enregistrer leur plainte (« le policier a accepté seulement de rédiger une main courante, en promettant que c’était équivalent à un dépôt de plainte, on n’était pas dupe »). Méfiance, découragement, crainte d’être « embourbé » dans des procédures longues, peur des frais de justice, ou simplement de la police. Certains ont des remords, tel Émilien, blessé par une grenade désencerclante, à Nantes : « Porter plainte me paraissait totalement inutile à ce moment-là. J’ai regretté bien après avoir guéri. »

 

 

Des éléments de preuves non exploités, des victimes criminalisées et un recours à la force légitimé

  • L’exploitation tardive des preuves au risque de leur disparition 

Des vidéosurveillances trop tardivement réquisitionnées, des armes non expertisées, des enregistrements radio non saisis. Il n’est pas rare que des éléments de preuves ne soient pas exploités par l’IGPN. 

L’enquête sur la mort de Zineb Redouane pourrait être un cas d’école : cette femme algérienne de 80 ans est décédée à la suite d’un tir de grenade lacrymogène MP7 alors qu’elle fermait la fenêtre de son appartement, lors de la mobilisation des gilets jaunes à Marseille, le 1er décembre 2018. 

Après identification de la compagnie de CRS à l’origine des tirs, l’IGPN, saisie de l’enquête, réclame les cinq lanceurs Cougar, pour un examen balistique. Un capitaine de la CRS 50 refuse de donner suite à cette demande, prétextant ne pouvoir s’en « démunir », « pour ne pas obérer la capacité opérationnelle de l’unité ». Dans le cadre d’une procédure judiciaire, un tel refus est irrecevable. L’IGPN ne s’en émeut pas pour autant et n’entendra les CRS, porteurs de ces armes, que deux mois plus tard, en tant que simples témoins.   

« Ces lanceurs Cougar sont ce que l’on peut communément appeler “l’arme du crime”, s’étonne MBrice Grazzini, avocat du fils de la victime Sami Redouane. Une saisie plus rapide aurait permis certainement d’identifier le tireur de la bombe lacrymogène. Pourquoi ne pas avoir saisi également les enregistrements radio de la CRS 50 du 1er décembre, pourtant un grand potentiel d’information ? » 

« Les exemples sont hélas nombreux, poursuit-il. L’IGPN tarde parfois à réquisitionner les vidéosurveillances qui, au bout de 28 jours, selon le délai légal, sont écrasées. Dans le cas de Maria, des éléments ont étonnamment disparu et cela sans que les enquêteurs n’en fassent part dans la conclusion de leur rapport. » 

Maria ? Le 8 décembre dernier, à Marseille, un samedi de mobilisation des gilets jaunes, alors qu’elle rentrait chez elle après une journée de travail, cette jeune femme a eu le crâne fracassé et le cerveau gravement atteint suite à des coups policiers.

En jeans, rangers, visages dissimulés, sans brassards ni matricules, là encore, rien ne permettait d’identifier les auteurs de ces violences. Parmi les éléments de preuves qui auraient pu permettre cette identification : un rapport informatique des services de police faisant état de l’ensemble des mouvements et des interventions des forces de l’ordre la journée du 8 décembre. Or, au cours de l’enquête, l’IGPN découvre que ce document a été tronqué entre 14 h 37 et 23 h 21. 

Lors de son audition, la fonctionnaire chargée de ce logiciel policier nommé Pegase est catégorique : « C’est particulièrement étonnant. C’est la première fois que je vois une fiche avec un tel défaut. » En poste depuis deux ans, cette fonctionnaire atteste qu’il ne peut en aucun cas s’agir d’un bug informatique. Seulement d’une intervention humaine.

La conclusion de l’IGPN est pourtant radicalement différente : le « rapport de synthèse Pegase […] apparaissait comme tronqué en raison d’un dysfonctionnement informatique, incident s’étant produit ponctuellement par le passé ».

« Fondamentalement avec l’IGPN, on est dans une situation où des policiers enquêtent sur des policiers et donc ce type de situation mène obligatoirement à des dérives, regrette Brice Grazzini. Les dérives que j’ai observées dans les enquêtes dont j’ai connaissance sont une accointance dans la façon de poser des questions, le refus de mettre en garde à vue des policiers suspectés (alors même que cela se fait extrêmement facilement lorsqu’il s’agit d’un citoyen lambda) et une forte tendance à protéger les auteurs derrière la théorie de la violence légitime. » 

  • Un recours disproportionné à la force souvent légitimé 

« Si le policier auteur du tir ou des violences est identifié, la victime va être criminalisée, ou le contexte sera présenté comme dangereux pour les forces de l’ordre », déplore l’avocate Aïnoha Pascual, rappelant le cas de Maxime, blessé le 24 novembre 2018 par une grenade explosive GLI-F4. 

Alors qu’il rentre avec son épouse d’un déjeuner familial, Maxime rejoint, par curiosité, la mobilisation des gilets jaunes. À proximité des Champs-Élysées, dans une petite rue, alors qu’aucun heurt ne se produit, un CRS lance une grenade. Pour voir ce qui venait de rouler à ses pieds, Maxime se penche vers le projectile qui lui brûle la main et dont la détonation lui laisse de lourdes séquelles auditives. 

Auditionné par l’IGPN, le responsable de la compagnie de CRS se contente de réciter le règlement : « Le tir de la grenade a été fait en réponse à des voies de fait, des violences ou pour défendre un terrain. »

« Le commandant des CRS se réfugie derrière cet article du code de la sécurité intérieure (L211-9), un article fourre-tout qui légitime l’usage de la force. Et l’IGPN n’a eu de cesse de chercher des éléments, en vain, pour suspecter Maxime de violences, d’avoir lancé des projectiles ou de dépeindre un contexte qui justifiait ce tir », constate MAïnoha Pascual.  

Plus grave. L’IGPN n’auditionnera pas le policier qui a actionné la grenade. « C’est lunaire, poursuit l’avocate. Dans la majorité des plaintes pour violences policières, l’IGPN ne va pas au bout des enquêtes, ne procède pas à toutes les auditions. Et lorsqu’il y a des confrontations, ce qui est rare, lorsque nous arrivons avec les plaignants dans le bureau des enquêteurs de l’IGPN, les policiers poursuivis sont déjà présents. Cette porosité ne nous laisse pas beaucoup d’espoir sur l’impartialité des enquêtes. »

Les cas de légitimation de l’usage de la force sont nombreux. Les forces de l’ordre se réfugient alors derrière les articles R211-13 et L211-9 du code de la sécurité intérieure. Les policiers peuvent, pour disperser un attroupement, faire usage de la force après deux sommations. Les tirs n’ont pas à être précédés de sommations dans deux cas : « si des violences sont exercées contre [eux] » ou s’ils ne peuvent « défendre autrement le terrain ». Nulle précision n’est apportée sur ces situations exceptionnelles qui sont brandies de plus en plus systématiquement lorsque des violences policières sont commises. 

« Dans ces enquêtes, tout est ainsi justifié par les circonstances, dénonce l’avocat Arié Alimi. Ce qui fait qu’on peut se passer du droit. L’IGPN se passe de la reconstitution des faits, de confrontations… » L’une des stratégies mise en place par l’avocat de la famille de Cédric Chouviat est de lancer très rapidement un appel à témoin. C’est ce qu’il a fait dans les premières heures suivant l’hospitalisation de Cédric Chouviat. 

« C’est déterminant de le faire pour éviter la perdition, voire la dissimulation de preuves, précise-t-il. Récolter ainsi des témoignages est une pratique inspirée du mouvement américain d’initiative citoyenne Black Lives Matter, né pour dénoncer l’impunité policière à l’égard des Noirs américains », explique Arié Alimi. 

Autre technique pour se prémunir de la partialité des enquêtes de l’IGPN ou de l’IGGN : « refuser tout simplement les auditions ». « Les enquêteurs viennent dès les premiers moments, à l’hôpital, avec pour objectif de couvrir très vite, sans poser les bonnes questions, dans de mauvaises conditions pour la victime, qui est souvent sans avocat », précise Arié Alimi. Ce refus permet de contraindre le parquet à saisir un juge d’instruction. « Et c’est aussi un moyen de dénoncer le fonctionnement de l’IGPN, largement remise en cause dans l’opinion publique

 

L’avocat ne décolère pas sur l’IGPN, rappelant ses conclusions dans l’affaire des lycéens de Mantes-la-Jolie. En décembre 2018, des policiers avaient fait mettre à genoux des adolescents, mains derrière la nuque ou menottés dans le dos. La directrice de la police des polices, Brigitte Jullien, avait

annoncé en mai 2019 qu’« aucun comportement déviant » parmi les policiers n’avait été constaté par ses enquêteurs. Ces conclusions ont été suivies par la procureure de la République de Nanterre, Catherine Denis, le 24 juillet 2019. 

 

« Dans cette affaire, l’IGPN n’a tout simplement pas fait d’enquête. Seuls trois adolescents sur une vingtaine de plaignants ont été auditionnés, révèle Arié Alimi. Toutes ces enquêtes menées pour dédouaner les policiers montrent qu’il est indispensable de réformer l’IGPN pour faire évoluer l’impunité en matière de violence policière. » 

En attendant cette réforme, que le ministre de l’intérieur Christophe Castaner n’estime pas nécessaire, de nombreux avocats choisissent d’engager la responsabilité de l’État en saisissant les juridictions administratives. « Cela permet aussi de remettre en question la doctrine du maintien de l’ordre et les techniques d’interpellation, explique l’avocate Claire Dujardin, et d’épargner les victimes de trop longues procédures, avec de rares peines prononcées à l’encontre des forces de l’ordre. »

 

source: Mediapart

https://www.mediapart.fr/journal/france/120620/igpn-plongee-dans-la-fabrique-de-l-impunite?page_article=1

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28 mai 2020 4 28 /05 /mai /2020 06:16

Le 10 mai 2020

A quelques arrêts en RER de la capitale, cette ville de Seine-Saint-Denis n’a pas le luxe d’échapper au constat observé depuis le début du confinement.

Acculée par le Covid-19, cernée par ses deux polices, les habitant·es de Villepinte observent - et ressentent - une augmentation des violences policières.

Hamza, 22 ans, en a encore fait les frais il y a peu. Entre les amendes qui tombent, et les appels téléphoniques menaçants, un système répressif et policier rodé s’est mis en place.

Lire la suite :
https://www.lameute.info/posts/a-villepinte-93-on-peut-se-faire-courser-quatre-cinq-fois-dans-la-meme-journee-par-les-memes-keufs-

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28 mai 2020 4 28 /05 /mai /2020 06:10

le 24 mai 2020

Quelques jours seulement après le décès de Sabri Choubi – qui a perdu la vie au volant de sa motocross dans des circonstances encore floues - plus d’un millier de personnes ont arpenté les rues d’Argenteuil (95) au cours d’une marche blanche lui rendant hommage, ce jeudi 21 mai.

Organisée par ses proches et sa famille, cette marche a été dynamisée par les jeunes d’Argenteuil qui n’entendent pas baisser les bras pour obtenir Justice.

Lire la suite :
https://www.lameute.info/posts/une-jeunesse-au-front-pour-sabri-choubi

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28 mai 2020 4 28 /05 /mai /2020 05:17
Vanessa Langard - © Martin BUREAU / AFP

Le 25 mai 2020

Elle est allée à Paris pour la deuxième fois afin de manifester avec les Gilets jaunes.

Grièvement blessée au visage par un tir de LBD40, Vanessa Langard, 36 ans, raconte sa mutilation dans le documentaire “Ma blessure d’âge adulte”, disponible sur France.tv.

Elle s’adresse aujourd’hui au policier qui lui a tiré dessus.

15 décembre 2018, acte V de mobilisation des Gilets jaunes.

Toulouse, Nantes, Bordeaux, Marseille… des rassemblements ont lieu dans toute la France.

Vanessa Langard, fille et petite-fille de militaires, décide d’aller manifester à Paris pour la première fois depuis son adolescence.

Une demi-heure après son arrivée en bas de l’avenue des Champs-Élysées, elle est grièvement blessée au visage par un tir de LBD40 (lanceur de balles de défense d’un calibre de 40 millimètres).

Aujourd’hui, elle raconte son histoire dans un documentaire poignant de Matteo Moeschler, lui aussi blessé lors d’une manifestation.

Diffusé en replay sur France.tv jusqu’au 5 juin, Ma blessure d’âge adulte multiplie les témoignages de mutilés des manifs et demande des comptes au pouvoir et aux forces de l’ordre.

Après avoir parlé avec Vanessa Langard, nous avons décidé de publier cette lettre, qu’elle adresse au policier qui lui a tiré dessus.

« Le samedi 15 décembre 2018, en bas de l’avenue des Champs-Élysées, ma vie a basculé. L’un de vous, membres des forces de l’ordre, m’a visée et atteinte au visage par un tir de LBD.

Pourquoi avez-vous visé ma tête ?

Comment aurais-je pu échapper à une balle lancée à 320 kilomètres-heure à seulement 5 mètres de moi ?

Vous avez reçu des ordres, mais j’aimerais que vous preniez conscience que ce geste m’a tuée à l’intérieur, qu’il a détruit ma vie et celle de mon entourage.

La manifestation venait juste de commencer, l’ambiance était bon enfant, il ne se passait rien.

À un moment, nous avons vu une rangée de CRS.

Nous étions quatre, nous nous sommes donné la main en nous disant : “Éloignons-nous, on ne sait jamais, s’ils gazent…”

Nous avons marché trois minutes et je me suis retrouvée au sol.

Je ne me rappelle rien, sauf le cri d’une femme : “Appelez les pompiers, elle s’est pris un coup de flash-ball !”

Mon cerveau s’est mis sur pause, mais des témoins ont vu la BAC (brigade anti-criminalité) me tirer dessus.

J’ai eu “de la chance” : les Street Medic [secouristes volontaires qui fournissent les premiers soins dans les manifestations, ndlr] étaient juste en face.

Alors que je faisais une hémorragie interne, ils m’ont accompagnée à l’hôpital et soutenue avant qu’on ne m’opère en urgence.

Ils ont été vraiment exceptionnels…

“Nous demandons à être reconnus comme victimes de violences d’État. Que la France cesse son déni sur ces questions.”

Avant, j’étais décoratrice sur verre.

Depuis quelques mois, je venais d’arrêter pour devenir “auxiliaire de vie” et m’occuper pour 300 euros de ma grand-mère qui était tombée malade.

Je devais commencer un boulot supplémentaire dans les écoles.

Ma mère, qui a travaillé toute sa vie, venait d’apprendre qu’elle toucherait une toute petite retraite par mois.

J’étais choquée.

C’est pour défendre le droit des personnes âgées et des retraités que j’ai décidé d’aller manifester.

Ma vie d’avant, c’est fini.

Mon œil gauche ne voit plus.

Tracer un trait, c’est compliqué, discerner les couleurs aussi.

Mon cerveau a été impacté par votre tir : on m’a diagnostiqué une nécrose cérébrale définitive.

Je souffre aussi d’épilepsie.

J’ai des difficultés à me concentrer et des douleurs dues aux plaques de métal dans mon crâne.

Des troubles de l’odorat – impossible de retravailler avec des fours, comme je le faisais en tant que décoratrice sur verre, d’y faire cuire des pièces.

Du jour au lendemain, j’ai perdu mon œil, mon cerveau, mais aussi la personne que j’étais : toujours active, capable de mener plusieurs activités en même temps.

Moi, qui étais discrète et détestais me faire remarquer, aujourd’hui, tout le monde me voit avec mes lunettes et le verre opaque plaqué sur mon œil gauche.

Les gens qui, comme moi, ont été blessés gravement perdent tout, ont souvent des idées noires.

Je suis “invalide stade 2”.

Ce qui implique des soins incessants : rééducation du cerveau deux fois par semaine, kiné deux fois aussi.

Les traitements médicamenteux sont lourds.

Les indemnités journalières que je perçois dans l’attente de l’évolution de mon dossier ne me permettent pas de vivre.

Ma mère est désespérée de voir sa fille handicapée.

Tout cela est en train de nous détruire – le trauma autant que la blessure physique.

© Karoll Petit / Hans Lucas

Nous demandons à être reconnus comme victimes de violences d’État.

Que la France cesse son déni sur ces questions.

Depuis des années, des gens sont victimes de bavures policières lors des manifestations, dans des stades de foot, dans les cités…

Nous demandons une reconnaissance de l’État, l’accès aux soins élargi comme pour les victimes d’attentat, et surtout l’interdiction de ces armes.

Dans mon cas, le procureur a reconnu qu’il y avait eu “violence volontaire venant d’une personne ayant autorité amenant à une mutilation”. L’IGPN (la police des polices) a reconnu un tir injustifié.

Ils cherchent le tireur [plusieurs procédures sont en cours, ndlr].

Tout cela est très long.

Heureusement que des associations et collectifs de soutien aux blessés et victimes (Face aux armes de la police, Désarmons-les !, C.L.A.P33, Plein le dos, l’Assemblée Des Blessés) nous ont permis d’obtenir des conseils, un peu d’aide, des noms d’avocats…

“Est-ce que monsieur Macron se rend compte que sa police tire sur son peuple, mutile des innocents ?”

En 2019, avec d’autres blessés, nous avons créé le Collectif des mutilés pour l’exemple pour nous soutenir et chercher des solutions.

Et éviter que cela finisse mal pour l’un d’entre nous…

C’est cette solidarité qui nous a permis de lever la tête et de survivre.

De payer les soins les plus urgents, dentaires notamment, car ils ne sont pas remboursés par les mutuelles [dans de nombreuses assurances complémentaires santé, une clause exclut les “sinistres résultant de mouvements populaires”, ndlr].

Je reçois aussi de l’aide de petites grands-mères vivant dans les Landes ou encore à Bullom.

Elles n’ont pas grand-chose et pourtant elles me soutiennent, on se parle régulièrement, cela me touche beaucoup.

Les nouveaux LBD40 sont équipés de viseur holographique. Ils sont très précis.

Qu’on ne me dise pas que vous ne saviez pas ce que vous faisiez. En Allemagne, où ont eu lieu de grosses manifestations, la police utilise des canons à eau.

Vous avez déjà vu une main en moins ou un éborgné ?

Non.

La France a fait un choix.

Est-ce que monsieur Macron se rend compte que sa police tire sur son peuple, mutile des innocents ?

Aujourd’hui, je porte la voix des mutilés pour obtenir justice.

Je me suis pris un tir de LBD, mais je veux que ce drame serve à tous.

Deux options : soit je m’effondre, et vous avez gagné ; soit je me bats contre l’utilisation de ces armes, et ce serait pour moi une victoire. »

Source :
https://www.telerama.fr/television/lettre-au-policier-qui-ma-tire-dessus-jai-perdu-mon-oeil,-mon-cerveau-et-aussi-la-personne-que,n6643781.php
 

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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 15:18
Mehdi Medjaheb, cinq jours après son interpellation.

Depuis Mediapart, le 30 avril 2020

Mehdi Medjahed est arrivé en France il y a treize ans. Interpellé lors d’un contrôle policier qui a dégénéré, cet agent de sécurité incendie a fait l’objet avant même la fin de sa garde à vue d'une obligation préfectorale à quitter le territoire.

Il est l’un de ces salariés de « première ligne » dont parle le président de la République. L’un de ceux qui continuent de travailler malgré la pandémie. Mehdi Medjahed n’est pas soignant, ni pompier ou ambulancier : il est agent de sécurité incendie, mais il se trouve aussi en situation irrégulière en France.

Vendredi 24 avril, il a été arrêté alors qu’il allait acheter à manger avant de rejoindre son travail. Il affirme avoir subi des violences policières, avant d’être placé en rétention dans l’un de ces centres où, selon le discours officiel, ne sont actuellement placés que des sortants de prison…

Il était environ 17 heures, quand Mehdi Medjahed (36 ans) arrive au métro Barbès-Rochechouart, à Paris.

Il vient de Belleville, travaille porte de Saint-Cloud, mais pour rompre le jeûne le soir, il fait ses courses dans ce quartier de Barbès aux nombreux commerces tenus par des Algériens originaires, comme lui, d’Annaba, dans le nord-est de l’Algérie.

En bas des marches, près de la sortie du métro, trois policiers se trouvent « en mission de sécurisation du ramadan et de contrôle des attestations de déplacement au vu de l’état d’urgence sanitaire », selon leurs rapports après l’interpellation.

Un brigadier lui demande papiers et justificatifs de déplacement. Il montre l’attestation fournie par son employeur, l’application depuis laquelle il remplit d’ordinaire son attestation de déplacement dérogatoire.

Selon son récit, il explique qu’il est sans papiers mais se rend au travail. Le policier aurait répondu : « Comment tu pourrais travailler puisque tu n’as pas de papiers ? »

Mehdi Medjahed est arrivé en France il y a treize ans, il a eu un titre de séjour avec la mention « étranger malade », puis au moment du renouvellement il a voulu obtenir un titre avec mention « salarié », puisqu’il travaillait depuis dans la sécurité.

Il a produit un contrat de travail, mais on lui a demandé de prouver qu’il avait suivi une formation ad hoc, il a envoyé l’attestation de formation trop tard, sa demande a été rejetée définitivement en février dernier. Depuis, il est en situation irrégulière.

Le ton serait monté et Mehdi Medjahed reconnaît avoir essayé de reprendre ses papiers des mains du fonctionnaire, en disant, selon lui : « Tu parles mal, je vais montrer mes papiers à tes collègues. » 

Puis, alors qu’il tournait la tête vers ces derniers, le policier lui aurait porté un coup avant de le faire tomber au sol, où ses collègues l’ont aidé à le menotter.

« L’un d’eux se comportait mieux, dit Mehdi. Avec son regard, il me montrait qu’il n’était pas accord avec ce que faisaient ses collègues. »

Les policiers n’ont pas la même version.

L’un d’eux affirme dans un procès-verbal que l’interpellé s’est d’abord montré « virulent et agressif dans ses gestes et ses paroles ».

En « arrachant des mains » du brigadier les papiers, il aurait fait tomber le téléphone professionnel de ce dernier.

« Dans le même temps, poursuit le rapport, l’intéressé se baisse rapidement pour attraper son sac à dos posé au sol au début du contrôle et avant qu’il n’ait fini de se relever pour prendre la fuite, le brigadier le saisit au niveau de la taille. »

Selon le policier, « l’individu » aurait été alors « déséquilibré » par le poids du brigadier, sa tête aurait « heurté le sol », occasionnant « un léger saignement ».

Une déclaration qui ne colle pas avec les marques, cinq jours plus tard, sur le visage de l’interpellé.

Placé en garde à vue au commissariat du XVIIIe arrondissement, Mehdi Medjahed a vu un médecin vers 23 h 15.

« Il plaisantait avec les policiers, il les connaissait tous. Je lui ai dit que mon nez était cassé, il m’a dit : “Il est pas cassé, vous inquiétez pas c’est pas grave.” »

Le certificat estime à quatre jours l’incapacité totale de travail, et ne relève que des « lésions superficielles » sur le visage.

 

Le responsable à l’unité médico-judiciaire Paris-Nord explique que ses médecins voient « trente fois par jour » des gens qui « prennent des coups ». S’ils considèrent qu’il n’y a pas d’urgence, « que cela peut attendre quelques heures », ils recommandent aux gardés à vue « d’aller faire des radios en sortant ».

De toute façon, ajoute-t-il, « ceux qu’on voit en garde à vue ont déjà eu un premier filtre. S’ils ne vont pas bien, les policiers appellent les pompiers qui les conduisent à l’hôpital, ils ne les placent pas en cellule ».

Mehdi Medjahed a été placé samedi soir au centre de rétention du Mesnil-Amelot en Seine-et-Marne.

Dimanche, deux jours après l’interpellation, au vu de son état, d’autres policiers du centre de rétention l’ont conduit au centre hospitalier de Meaux.

« Ici, disait-il mardi matin au téléphone, les policiers ne sont pas comme ceux qui m’ont contrôlé. Ils se comportent bien. Quand je suis arrivé, une dame m’a dit : “Vous ne pouvez pas rester comme ça, il va falloir vous amener à l’hôpital.” »

Un nouveau certificat médical est établi, relevant un traumatisme crânien, une fracture du nez, des hématomes autour des yeux, une cervicalgie et de multiples contusions sur le corps.

Les policiers du XVIIIe arrondissement accusent de leur côté Mehdi Medjahed de rébellion et violences envers une personne dépositaire de l’autorité publique – le brigadier qui l’a contrôlé se plaint « de fortes douleurs au quatrième doigt de la main gauche ».

Mais à l’issue de la garde à vue, la procureure a ordonné une remise en liberté, aucune charge n’a été retenue, ce qui est rare dans le cas de violences contre des policiers.

Sollicitée mardi matin, la préfecture a répondu mercredi soir, sans un mot sur les circonstances de l’arrestation, sur les violences policières alléguées.

Avant la fin de la garde à vue, le préfet de police de Paris a décidé d'une obligation pour Mehdi Medjahed à quitter le territoire sans délai. Une procédure administrative, à l’écart de la justice, et assortie d’une interdiction de retour pendant trois ans.

Aucune enquête n’a tenté de démêler les versions contradictoires des policiers et de l’Algérien – qui n’avait jamais été condamné auparavant.

« C’est intéressant, note son avocat Ruben Garcia, car si on écoute le ministre de l’intérieur on ne place plus en rétention que ceux qui sortent de prison, qui ont commis des crimes ou délits graves. On voit bien que c’est faux. Ici c’est une interpellation sur la voie publique. J’ai un autre client qui a été placé pour contrebande, on avait trouvé des cartouches de cigarettes dans sa voiture… »

Ce mercredi matin, 62 personnes restaient présentes au CRA du Mesnil-Amelot, sans possibilité d’expulsion pour la plupart.

Les seuls départs ces derniers jours ont concerné des ressortissants européens reconduits vers les Pays-Bas et le Portugal, un départ groupé vers l’Albanie pour des retenus de Lille, de Lyon et du Mesnil-Amelot, et ce mercredi soir un vol était prévu de Roissy pour une quinzaine de retenus Roumains.

Vers l’Algérie, aucun risque d’être expulsé : les frontières sont fermées pour un moment. Mehdi Medjahed a cependant passé deux jours en rétention.

Présenté mardi à un juge des libertés et de la détention il a été relâché : sa garde à vue avait duré plus de vingt-quatre heures, sans procès-verbal de prolongation, la procédure irrégulière.

Il est ressorti du CRA mardi soir, le parquet ayant renoncé à faire appel. Mehdi Medjahed reste sous le coup de l’obligation de quitter le territoire. Il va retourner travailler en première ligne.

Chaque trajet représentera désormais un danger supplémentaire pour lui.

Source :
https://www.mediapart.fr/journal/france/300420/un-travailleur-sans-papiers-piege-dans-l-absurde-administratif-et-policier

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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 14:38

Depuis StreetPress, le 24 avril 2020

Le 18 avril, un habitant de Villeneuve-La-Garenne , dans le 92, était fauché par une voiture banalisée de la police.

Depuis, la tension est montée dans de nombreuses cités de France.

En plein confinement, la liste des violences policières ne cesse de s'allonger.

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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 14:18

Depuis StreetPress le 29 avril 2020

Dans ces quelques rues populaires du 18ème arrondissement, un arrêté préfectoral oblige les commerçants à fermer à 12h30 le temps du confinement.

Et chaque matin, les policiers contrôlent en boucle et verbalisent à la pelle.

Lire la suite :
https://www.streetpress.com/sujet/1588156842-chateau-rouge-un-quartier-sous-controle

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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 14:08

Depuis StreetPress, le 30 avril 2020

Dans ce hors-série des interviews G.A.V, les artistes racontent leurs contrôles au faciès. Insultes racistes, contrôles abusifs, délit de faciès, ils ont tous été confrontés à des abus de la police.
https://www.streetpress.com/sujet/1588262780-controle-au-facies-le-rap-francais-raconte

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 09:45

Le 13 avril 2020

Suite à l’intervention policière du 10 avril 2020 lors d’une distribution gratuite de produits de première nécessité à des personnes exilées, le collectif El Manba signe un communiqué public.

Ce vendredi 10 avril se tenait le 4e "marché rouge" au local du Manba. Depuis la dernière semaine de mars, nous organisons une distribution de denrées alimentaires et de produits d’hygiène gratuits deux fois par semaine pour les personnes exilées avec qui le collectif est en lien via ses activités habituelles (cours de français, permanence juridique, mobilisations).

Sans même que nous rendions les horaires publics, la nouvelle s’est diffusée très rapidement, tant la situation est critique en ce moment, et nous accueillons autour de 200 personnes par marché.

Une heure avant l’ouverture de la distribution, une centaine de personnes étaient déjà présentes devant le local. Inquièt.e.s, des voisin.e.s appellent la police. Une demi-heure plus tard, une brigade de la Police Nationale (une dizaine d’agent.e.s) intervient dans la file d’attente tandis qu’une voiture de la BAC se gare au bas de la rue.

Les policier.e.s, gazeuses et matraques à la main, se déploient le long de la file d’attente et se dirigent directement vers les militant.e.s du collectif qui organisent la file d’attente. Immédiatement, les policier.e.s se montrent menaçant.e.s et agressif.ve.s.

On nous demande de nommer un.e responsable, le commandant de la patrouille menace de faire fermer le local et d’interdire la distribution.

Après un contrôle d’identités et d’attestations, cinq d’entre nous seront verbalisé.e.s alors que nos papiers et nos attestations sont en règle.

Le commandant nous expliquera bien sereinement que c’est lui qui sait si une attestation est valable ou non et que nous sommes en train de mettre en danger la vie de personnes.

C’est pourtant bien le contraire, puisque si nous avons choisi de distribuer gratuitement de la nourriture et des produits d’hygiène, c’est parce que ces personnes sont mises en danger par l’inaction sociale de l’Etat français et de ses institutions.

Car entendons-nous bien : ce n’est pas par plaisir que notre collectif, comme beaucoup d’autres associations et groupes militants, organisent des distributions alimentaires, colis et maraudes.

Cela ne nous amuse pas de risquer d’enfreindre des mesures de sécurité sanitaire, mesures que nous ne remettons pas en question.

Cependant il y a une urgence à organiser la solidarité envers les personnes les plus touchées par cette crise ; et nous savons que là-dessus, nous n’avons rien à attendre de l’Etat, puisque confinement ou pas, il maltraite au quotidien ces personnes.

Ainsi, ce vendredi, la police, après une quinzaine de minutes à nous mettre la pression, à regarder la file d’attente, sûrement bien conscient.e.s de l’autorité et du malaise qu’iels imposent à des personnes trop habituées à les craindre, finiront par partir, et le marché rouge par avoir lieu.

Ce qu’il s’est passé ce vendredi n’est que le symptôme d’une situation générale à Marseille de crise sanitaire et sociale.

Car la gestion de ce confinement est autoritaire, répressive et socialement dévastatrice.

Cette situation touche bien-sûr particulièrement les personnes les plus précarisées, déjà avant le confinement (exilé.e.s, habitant.e.s des quartiers populaires, personnes enfermées, victimes de violences conjugales ou familiales, etc). Il y a d’abord l’abandon et l’inaction quasiment totales des institutions et des collectivités.

Le 115 est encore plus saturé que d’habitude.

Le marché aux puces dans le quartier des Crottes (15ème arrondissement), où plusieurs centaines d’habitant.e.s des quartiers Nord venaient s’approvisionner tous les jours, a dû fermer ses portes jeudi 9 avril sur arrêté préfectoral.

Les associations de distributions alimentaires diminuent leur activité ou sont débordées.

Le contrôle des sorties exclut celleux qui vivent du travail non déclaré (fait structurel dû à la domination patronale sur les précaires).

La mise au chômage partiel pour des personnes à faibles revenus, la quasi impossibilité de travailler en intérim et l’absence de compensation financière représentent un acharnement sur les populations les plus pauvres.

Les travailleur.se.s du sexe, qu’iels exercent de chez elleux ou dans la rue, se retrouvent encore plus précarisées dans leur activité. Pour celleux qui vivent dehors, dans des logements insalubres ou des lieux d’enfermement, le confinement équivaut à une mise en danger matérielle et psychologique.

Lors de maraudes effectuées par le collectif El Manba, nous avons constaté une carence terrible d’informations pour les communautés migrantes.

Les personnes à la rue, vivant dans des conditions d’hygiène déplorables n’ont bien évidemment pas accès à des masques ou à des produits d’hygiène, mais pas même à de simples informations quant à la dangerosité du virus, aux gestes barrières, etc.

Sur l’infoline téléphonique du Manba, nous recevons tous les jours des appels de personnes exilées qui ne sont pas au courant de la fermeture de quasiment toutes les institutions liées à la demande d’asile (OFII, PADA, Préfecture...).

Les informations sont bien accessibles, mais sur des sites internet et souvent uniquement en français.

Sans surprise, l’abandon social est accompagné par un armada sécuritaire et répressif dirigé vers les mêmes personnes.

Il y a deux semaines, une personne sans-papier qui squattait un appartement en centre-ville a été expulsée.

La police et l’huissier ont refusé de reconnaître des preuves légales d’habitation, alors que la trêve hivernale a été prolongée de deux mois.

Autour du quartier de Maison Blanche, déjà connu pour les violences policières qui s’y produisent quotidiennement, et dans les quartiers Nord plus généralement, les contrôles policiers sont resserrés et répétitifs.

Les personnes à la rue se font contrôler plusieurs fois par jour et parfois verbaliser pour absence d’attestation.

Pour rappel, ces personnes n’ont pas accès à des imprimantes et n’ont simplement pas d’adresses à inscrire sur leurs attestations.

Le nombre de contrôles au faciès des personnes racisées explose, et des exilé.e.s à la rue nous racontent que les contrôles musclés, tabassages, gazages et poursuites en voiture sont plus que jamais quotidiens.

Quand les rues sont vidées de témoins potentiels, toute place est laissée à l’impunité policière.

Et quand la répression policière ne s’abat pas sur les personnes les plus opprimées, c’est vers les collectifs militants, autogérant la solidarité, qu’elle se tourne.

Il y a eu les cinq personnes de notre collectif verbalisées ce vendredi, mais aussi le collectif Maison-Blanche, organisant aussi des distributions alimentaires dans leur quartier, qui a été accusé à tort de ne pas faire respecter les gestes barrières lors de la distribution des repas par la déléguée de la préfecture à l’égalité des chances, Agnès Lonchamp. Et il ne s’agit pas que de Marseille.

A Toulouse, lors d’une distribution du même type au Centre social autogéré de la CREA, la police a contrôlé, cherchant des personnes sous OQTF et a empêché des familles de rentrer chez elles après la distribution.

Dans tous ces exemples, on parle bien d’autorités publiques entravant des actions solidaires en soutien à des personnes abandonnées, qui, sans ces solidarités autonomes, n’auraient plus aucun moyen de se nourrir.

Il y a pourtant une belle hypocrisie dans cette répression envers les différents collectifs puisque c’est sur ces mêmes groupes que les institutions s’appuient pour combler leur inaction.

Voilà quelques exemples de ce que fait la Mairie de Marseille face à la crise.

Après 13 jours de confinement, le nombre de repas pour les maraudes du Samu Social a été augmenté.

Après 20 jours, la métropole envoie des mails aux collectifs solidaires pour leur demander de "recenser le volume des familles qui sont dans le besoin alimentaire : nombre de foyers, nombre de personnes par foyer" et le "nombre de personnes isolées qui auraient besoin d’être livrées en denrées alimentaires".

Après 25 jours, la mairie de Marseille se vante d’avoir ouvert deux gymnases pour donner accès à des douches, tout cela en faisant un partenariat public-privé avec une entreprise qui doit gérer l’aspect sanitaire de l’infrastructure. Pas de répression pour les entreprises qui s’enrichissent sur la situation pandémique.

Lors d’une maraude autogérée, un adjoint au maire est venu féliciter les "bénévoles".

Que cela soit clair, nous n’acceptons pas vos félicitations, et nous n’applaudirons pas vos initiatives, c’est trop peu et c’est trop tard.

Nous le répétons, la situation est alarmante. Il faut sortir les familles des quartiers Nord, les exilé.e.s, celleux qui vivent à la rue, et toutes les personnes les plus précaires de cette situation mortifère.

Pour elleux, ces méthodes irresponsables de confinement sont tout aussi voire plus dangereuses que le Corona Virus. Les institutions publiques et les collectivités doivent agir dès maintenant.

Nous demandons :

  • l’arrêt des contrôles et des verbalisations pour les personnes à la rue
  • un contrôle du dispositif policier dans les quartiers populaires et la fin immédiate des violences policières
     
  • la fin de l’acharnement et la levée de toutes les amendes sur les collectifs militants qui autogèrent la solidarité
     
  • la mise à l’abri des personnes à la rue par des campagnes de réquisition (inutile de rappeler le nombre de logements vides à Marseille)
     
  • la régularisation de toutes les personnes sans-papiers comme cela a été mis en place au Portugal
     
  • la distribution gratuite, quartier par quartier, de masques, de désinfectants et d’informations sur la prévention
    (au lieu de payer des drones et des avions de police)
     
  • un revenu de confinement pour toutes les personnes dans l’incapacité de travailler pendant la crise sanitaire
     
  • l’arrêt immédiat des expulsions et la suspension du paiement des loyers des logements sociaux et des plus précaires, la suspension du paiement de toutes les factures d’énergie.

Le Collectif El Manba / Soutien Migrants 13

Source :
https://mars-infos.org/communique-du-collectif-el-manba-5008

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