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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 17:20

Transmis le 6  octobre 2016

Communiqué du collectif El Cambuche de Toulouse

Ce dimanche 2 octobre 2016, un camarade à été arrêté à Toulouse lors d'une projection-débat organisée par le collectif El Cambuche. L'initiative s'inscrivait dans la semaine mondiale de solidarité avec les familles des 43 étudiants disparus d'Ayotzinapa au Mexique, deux ans après leur enlèvement.

La projection a eu lieu dans la cour intérieure d'une maison d'habitation collective, le Kapilo, située au centre ville de Toulouse. Le collectif des habitant-e-s a porté avec nous cette initiative. Nous étions une quarantaine de personnes réunies depuis la fin d'après-midi pour débattre ensemble et témoigner de notre solidarité avec la lutte des parents des disparus mexicains.

Ce qui s'est passé ensuite .

En plein milieu de la projection, peu avant 22 h, trois agents de la police municipale ont fait irruption dans les lieux invoquant un appel d'un riverain se plaignant de nuisances sonores.

Par respect du voisinage nous avions déjà baissé le son au cours de la projection. Nous l'avons à nouveau baissé sur le moment.

Après avoir signalé aux policiers que le volume avait été baissé, les habitants du lieu leur ont demandé de sortir, évoquant le caractère privé du lieu dans lequel ils s'étaient introduit.

A ce moment-là, le ton des agents est monté, mettant en question le droit des personnes et plus particulièrement celui des habitants à occuper les lieux.

Désormais, il n'était plus question de nuisances sonores.

Les agents municipaux se sont mis à exiger des habitants une preuve légale de leur droit à demeurer dans les lieux, cherchant également à intimider des personnes en particulier, en leur adressant des remarques provocatrices et menaçantes.

Ils ont par ailleurs appelé des renforts.

Il a été finalement obtenu que la police sorte du bâtiment et qu'un document relatif à la situation légale de l'occupation des lieux soit présenté au porche d'entrée.

Au moment de présenter le document, les agents ont tenté de l'arracher des mains de la personne qui le tenait.

Dans ce moment d’incompréhensible tension, les renforts de la police municipale arrivés devant l'immeuble ont fait usage de gaz lacrymogène contre toutes les personnes présentes dans l'entrée, de manière frontale et massive, plongeant la cour intérieure ainsi que tout le voisinage dans un insoutenable nuage de gaz.

Plusieurs personnes ont été attrapées et tirées vers l'extérieur de l'immeuble par les policiers. En l'espace de quelques secondes, la scène a débouché dehors sur l'interpellation par la force de notre camarade qui avait essayé avec d'autres de gérer cette situation absurde.

Il a été violemment plaqué au sol, frappé et embarqué au commissariat.

Il nous a été impossible d'obtenir la moindre nouvelle de lui jusqu'à mardi matin.

Les circonstances de sa garde-à-vue restent totalement obscures étant donné qu'aucune personne proche ni avocat n'a été contacté.

Mardi matin il a été présenté au juge dans le cadre d'une comparution immédiate en présence d'un avocat commis d'office.

Il a refusé de comparaître, souhaitant préparer sa défense.

Les chefs d'inculpation : outrage, rébellion et violence à personnes dépositaires de l'autorité publique.

A la surprise générale le juge a prononcé un mandat de dépôt à la maison d'arrêt de Seysses jusqu'à la date de son procès le 18 octobre, invoquant le risque qu'il "réitère" le délit reproché.

Notre camarade se trouve, à l'heure actuelle, en prison.

Le collectif El Cambuche, organisateur de la soirée, est un collectif de diffusion de documentaires engagés sur les luttes sociales et politiques d'Amérique latine.

Nous proposons régulièrement des projections dans différents lieux, avec un public très divers.

Nous étions réunis pour dénoncer les violences de l’État mexicain commis contre sa propre population et pour participer à un élan de solidarité avec les familles des disparus d'Ayotzinapa, partagée en cette période par de nombreuses organisations à travers le monde.

Nous exprimons notre totale indignation face à cette violation manifeste de notre droit à nous réunir dans un espace à caractère privé, là, où bon il nous semble, et dénonçons avec détermination l'intrusion de la police municipale dans notre soirée.

Nous dénonçons l'emploi de gaz lacrymogène contre les personnes réunis dans les lieux, l'emploi totalement inapproprié de la force et le déchaînement de violence policière dont nous avons été la cible ce soir là à Toulouse.

Nous sommes très inquiets de la continuelle dégradation de l'état de nos droits fondamentaux qui se constate actuellement en France.

Nous exigeons la libération immédiate de notre camarade et l'abandon de toutes les charges qui pèsent sur lui.

Nous demandons également à toutes les personnes qui étaient présentes de se manifester le plus rapidement possible auprès de notre collectif pour témoigner dans le cadre de la défense judiciaire de notre camarade de ce qu'ils ont vu ce dimanche soir.

Le collectif El Cambuche
http://elcambuche.jimdo.com/

contact : cambuche@riseup.net
contact téléphone : 06.52.65.72.21

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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 10:17

Transmis par Interdits de manif, le 27 septembre 2016

Bonjour a toutes et a tous.

Notre initiative intervient dans le contexte de prolongation de l'état d'urgence et de la démocratisation des interdictions de manifester, véritable champ d'expérimentation d'une nouvelle forme de repression.

Notre blog:
https://interditsdemanif.noblogs.org/

Mail :
interditsdemanifs@riseup.net

Il s'agit de mettre en contact les interdits de manif pour permettre de :
- Ne pas être seul-e.
- Construire une réponse collective politique et médiatique a ces interdictions.
- Porter les recours juridiques en commun, avec des avocats s'interessant à la question.
- Aiguiller localement les interdits et proposer des noms d'avocats acceptant l'aide juridictionnelle (pour le référé liberté)

Pour permettre d'agir rapidement et de travailler en bonne intelligence avec les différentes structures (comité, collectif, legal team, caisse de solidarité...), nous prenons un premier contact pour faire connaitre cette initiative.

N'hesitez pas a nous contacter

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 10:45

Le 1er octobre 2016

Depuis novembre dernier, lorsque l'état d'urgence a été décrété, les étudiants croisent regulièrement la route des agents de sécurité privée (embauchées par l’Unistra sans aucune consultation démocratique ni information officielle aux étudiants quant à leurs prérogatives), ainsi que des patrouilles de police et même des patrouilles militaires sur le campus.

L’état d’urgence et le plan Vigipirate permettent de déroger à la norme selon laquelle la police n'a le droit de pénétrer dans l’enceinte du campus que si le président de l'université ou le procureur de la République en font la demande.

Cela a été le cas bien évidemment lorsqu’il a fallu réprimer les mobilisations étudiantes des dernères années, le 30 janvier 2014 lors de la venue de François Hollande au Palais U, le 3 octobre 2014 lors de la venue de Geneviève Fioraso au Collège Européen, les 9 avril 2015 et le 31 mars 2016 lors des occupations du Patio contre la loi Macron et la loi Travail, le 17 mars 2016 devant la Fac de Droit lors de la grève étudiante contre la loi Travail...
 
Malgré l’essoufflement du mouvement social, le présence policière sur notre campus reste constante voire elle se renforce.

Le risque de dérapages et « bavures » s’agrandit au fur et à mesure que vigiles, policiers et militaires gagnent du terrain sur nos lieux d’études.

Le jeudi 29 septembre 2016, l'« Opération Sentinelle » patrouillait devant le Palais Universitaire de Strasbourg.

Un militant des Etudiants Communistes décide alors de prendre une photo pour avoir une image de l’armée qui marque leur territoire sur la faculté.

C'est alors que les militaires s'arrêtent, demandent à notre camarade de s’approcher à la fenêtre du véhicule, lui ordonnent d'effacer la photo à coup de menaces telles que « Efface ta photo ! Sinon tu restes avec nous et tu vas prendre cher ! ».

Un autre militaire à l'arrière du véhicule propose même, en murmurant à son collègue, une ratonnade.

Constatant que notre camarade ne cède pas à leurs agressions verbales, les militaires décident de sortir du véhicule en l'encerclant équipé de gazeuses.

Ils le menaçent d’appeler la police pour lui faire passer le reste de la journée en garde-à-vue.

L'étudiant décide alors de supprimer la photo pour éviter les problèmes, ne connaissant pas ses droits à ce sujet.

Le lendemain, vendredi 30 septembre 2016, le SAMU est appelé sur le campus central de Strasbourg accompagné d'une voiture de police et 4 policiers. C'est la procédure.

Cependant, l'un des 4 policiers est armé d'une mitraillette et s'amuse à contrôler les étudiants.

Un jeune à vélo roulant avec des écouteurs, c'est alors que le policier armé d'une mitraillette attrape le cycliste par le t-shirt avec l'aide d'un seul de ses bras et commence à lui faire la morale.

Lui dit que c'est interdit de rouler un vélo avec des écouteurs (ce qui est vrai), il rajoute qu'il ne lui collera pas d'amende aujourd'hui mais que s'il le revoyait à vélo avec des écouteurs il lui donnera deux paires de claques car, nous citons, « c'est moi qui fait la loi ».
 
L'Etat policier, avec des visées de contrôle social, n’a désormais aucune limite à utiliser sa police et son armée pour marquer son emprise sur les universités et harceler les étudiants comme ils le font déjà violamment dans les quartiers populaires.

La mobilisation contre la loi Travail hante encore les classes dominantes et les directeurs d'université réactionnaires qui ne se font pas un scrupule à appeler la police pour frapper sur les étudiants. Ils désirent en finir avec tout vent de révolte en occupant manu militari l’université.

L’Union des Etudiants Communistes de Strasbourg réaffirme son opposition totale à l’état d'urgence, qui n'est qu'un outil du gouvernement pour faire taire le ras le bol populaire.

Nous affirmons également que les agents de sécurité privée, la police et l'armée n'ont rien à faire sur le campus et qui ne font que troubler l'ordre publique à coût de provocations et de harcèlement !

Source :
http://www.humanite.fr/les-cow-boys-hors-de-nos-facs-larmee-et-la-police-troublent-lordre-public-luniversite-de-strasbourg

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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 10:22

Le 23 septembre 2016

Guillaume Mazeau, Maître de conférences en Histoire et civilisations à la Sorbonne vient de partager sur son compte FB le témoignage ahurissant d'un enseignant à Paris 1 victime d'une interpellation policière… Je le partage pour qu'il soit porté à la connaissance du plus grand nombre...

Il vient d'arriver cela à un collègue enseignant à Paris-1. Une scène horrible et impensable il y a quelques années. Le discours anti-flic primaire me fatigue. Mais à un moment il faut ouvrir les yeux.

"Je sortais d’une gare de banlieue avec une copine, en fin de journée. Au moment de passer les tourniquets, on entend des hurlements. Pas un cri normal, mais un cri de douleur, intense, et l’on comprend immédiatement qu’il se passe quelque chose.

Comme tous les autres à côté de nous, mon regard est capté par la scène qui se déroule sur notre gauche.

Une femme noire d’une cinquantaine d’années est menottée, et c’est elle qui hurle que les menottes lui broient les mains, qu’elle n’en peut plus. Entre elle et le petit attroupement d’habitants qui s’est formé, une trentaine de policiers équipés, avec un chien d’assaut. Il y a la sûreté ferroviaire et la police nationale.

Les gens sont inquiets, l’ambiance est très tendue, tout le monde demande ce qui se passe, pourquoi ils torturent cette femme en pleine rue.

La scène est marquante, elle ressemble à cet été après l’assassinat d’Adama, ou aux images de la mobilisation aux Etats-Unis : une rangée de policiers, face à une autre rangée d’habitantes et habitants noirs de la ville.

Ces derniers sont clairs, ils n’ont aucune confiance.

Un homme raconte comment son frère a été interpellé sans raison, mis en garde à vue et violenté. Les flics nous disent de « nous casser ».

J’avais peur pour la victime de cette interpellation, peur de cette scène raciste, je voyais la police déraper à tout moment. J’ai sorti mon téléphone pour filmer, en me disant que cela pourrait cadrer les choses, faire baisser le niveau d’impunité. Ça n’a pas duré plus d’une minute. L’un des flics m’attrape par l’épaule gauche et me fait pivoter : « celui-là on lui fait un contrôle d’identité ». Je demande pourquoi, il m’arrache mon téléphone. Je lui dis qu’il n’a pas le droit de le consulter sans mandat de perquisition.

Mais tout s’accélère : dès qu’ils ont réussi à me tirer de leur côté du cordon formé par leurs collègues, ils se mettent à deux sur moi, chacun me faisant une clé à l’un des bras. Une douleur énorme me traverse les articulations.

J’ai les deux bras torsadés dans le dos, avec ces deux hommes dans des positions qu’ils ont apprises, qui pèsent de toute leur force pour me plaquer contre le mur.

A plusieurs reprises, ils m’écartent un peu et me rebalancent, pour que je me cogne. J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait juste de m’intimider et de me mettre à l’écart. Mais ils ne relâchent pas.

J’ai le souffle coupé et je ne proteste plus, je me dis qu’ils vont m’embarquer pour « outrage » ou « rébellion », et sont en train de chercher à créer des faits de toutes pièces.

Le pire en réalité n’était pas la douleur. Les deux flics qui sont sur moi sont surexcités.

Et ils se lâchent.

Crânes rasés, les yeux brillants, j’ai du mal à croire que la scène qui suit est réelle. « On va te tuer, tu es mort, on va te défoncer, je te crève là sur place dans dix minutes ».

Et au fur et à mesure que les cartilages s’étirent sous la torsion, ils remontent mes poignets dans mon dos, et augmentent la torsion.

Celui de gauche me met la main sur les fesses. « T’as cru que t’allais jouer avec la police ? Regarde comme on va jouer avec toi ». Et il me met une première béquille. Puis il remet sa main sur mes fesses.

Avec les clés de bras, je ne peux plus respirer normalement. Nouvelle béquille. « On va te violer, ça te plaît ça ? Je vais te violer et on va voir si après tu filmeras la police ».

Ça continue. « Tu soutiens Daesh c’est ça ? ». « Quand ils vont venir tu feras quoi ? Tu vas les sucer ? ». « Faudra pas pleurer et demander qu’on te protège ». Je n’ai réalisé que plus tard qu’ils étaient en train de parler de Daesh...pour justifier leur attitude face à une femme racisée qui avait oublié son pass navigo.

Ils ouvrent mon sac et prennent mon portefeuille, le vident dans mon dos. Ils me prennent mes clopes en me disant de m’asseoir dessus. Ils trouvent ma carte de prof précaire à la fac.

« T’es prof ? Quand l’Etat islamique viendra à la Sorbonne tu vas les regarder en te branlant ? ». Celui de gauche : « Regarde-moi sale pédé. Sale pute. Tu habites là-bas hein ? (il montre mon immeuble). Je vais venir chez toi, je vais mettre une cagoule et je vais te violer ».

Je suis vraiment abasourdi, je pense qu’il a répété les mêmes menaces une bonne vingtaine de fois en tout.

J’ai affaire à des flics politisés, des flics de l’état d’urgence permanent, qui se vivent comme en guerre contre Daesh, un Daesh qu’ils assimilent à toute personne racisée, et avec qui j’aurais pactisé en me solidarisant de leur victime du jour.

Ils montent encore d’un cran. « Maintenant on va te mettre des coups de tazer, tu vas voir comment ça pique ».

Et, toujours celui de gauche, m’envoie une décharge dans le bras. Je sursaute, et je me mets à trembler.

J’essaie de ne pas le montrer, je ne dis rien, mais la pensée qui me vient à ce moment est que la situation va peut-être déraper encore plus. Qu’ils vont me faire une autre clé, ou me frapper avec leur tonfa avant de m’embarquer.

« Tu vas crever ». « Je vais t’enculer ». Avec toujours les attouchements.

Et la douleur est telle dans les bras, les épaules, le dos, que je me dis que je dois me préparer à ce qu’une de mes articulations lâche.

Derrière, j’entends la copine avec qui j’étais qui crie, qui leur dit de me lâcher. Je voudrais lui dire de laisser tomber. J’ai une boule au ventre : qu’est-ce que ces tarés lui feront s’ils l’interpellent ?

Mais entre-temps, l’attroupement a probablement un peu grossi, et le groupe de policiers doit savoir qu’il ne peut pas faire durer indéfiniment la situation. Celui qui me torsade le bras droit me dit : « Il faut qu’on chope la meuf, on la charge pour appel à rébellion ».

J’entends qu’ils discutent entre eux. Un des deux hommes me lâchent le bras et me dit : « Tu regardes le mur, si tu te retournes, si tu bouges, on t’ouvres le crâne ». Je ne bouge pas. « On va venir à la Sorbonne, on va vous exterminer toi et tes collègues, sale gauchiste ».

Puis ils me retournent et je me retrouve devant les yeux exorbités du flic qui me tenait le bras gauche. « T’es contractuel sale bâtard ? On va te faire un rapport salé, ta titu tu peux te la mettre ». Je ne dis rien. Ils m’appuient sur la poitrine.

« Maintenant tu déverrouilles ton téléphone et tu effaces la vidéo ». Je m’exécute, en me disant que c’est dans ma tête et pas sur ces images de l’attroupement statique que ce qui vient de se passer est gravé.

Il m’arrache l’appareil, et ouvre le dossier photo, commence à tout regarder.

Puis tout à coup, le reste de leur groupe charge les habitants qui s’étaient regroupés. C’est rapide et extrêmement violent.

Je vois leur chien se jeter sur les gens, et eux avec les gazeuses et les tonfas.

Tout le monde fuit, en panique, y compris les personnes âgées.

Les deux policiers qui m’ont agressé me jettent mon portefeuille et son contenu à la figure et partent en courant.

Je craint pour mon amie, je ne la vois pas.

Mais je l’aperçois finalement qui revient, elle avait réussi à s’échapper.

Rien à faire d’autre que rentrer chez nous, la rage au ventre, et tout le torse ankylosé et douloureux. Je me dis que cette police raciste serait allée encore plus loin si j’étais racisé.

Un homme nous explique que c’est comme ça dans toute la ville depuis ce matin. « Vous voyez on ne fait rien, mais ils tabassent des gens au hasard pour susciter des troubles ». On se réconforte mutuellement, se souhaite bon courage. Il en faudra ; mais on n’en manque pas."

Source :
https://blogs.mediapart.fr/christian-salmon/blog/230916/chronique-de-la-folie-policiere-ordinaire

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 10:28

Le 5 septembre 2016

J'ai une confession à faire. Je ne crois pas totalement au slogan "Tout le monde déteste la police !". Premièrement parce que, qu'on le veuille ou non, il y a plein de gens qui l'aiment. Probablement autant que de gens qui la détestent.

Deuxièmement, parce que je ne déteste pas la police de façon abstraite, je la déteste telle qu'elle existe actuellement.

En fait je crois que, tout comme les marchés et l'économie, la société a besoin de règles pour éviter le chaos.

Et comme l'être humain est un animal malheureusement profondément égoïste dans bien des cas, on ne peut pas compter sur lui pour librement suivre ces règles sans représentants pour les faire respecter.

Aussi, il serait totalement hypocrite de ne pas avouer que si je me fais violer ou autrement agressée, je serai contente de pouvoir aller porter plainte à la police.

Mais voilà, à mon avis, l'institution policière telle qu'elle existe aujourd'hui est une catastrophe et donc je me vois volontiers scander le slogan, "Tout le monde déteste la police!".

Et comme les grandes histoires sont faites de petites histoires, je vais donner quelques exemples d'expériences personnelles (si j'incluais tout ça serait bien trop long !) pour expliquer ce sentiment de dégoût profond partagé par de nombreuses personnes si pas par tous.

Lire la suite :
https://blogs.mediapart.fr/beatrice-turpin/blog/050916/pourquoi-tout-le-monde-deteste-la-police

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 10:57

Le 5 septembre 2016

Un samedi soir comme les autres au bord du Canal Saint-Martin, une intervention policière comme les autres ?

Samedi 3 Septembre, nous sommes sur les bords du canal Saint-Martin. Nous buvons quelques verres comme tant d’autres. Il est un peu plus de deux heures du matin.

Suite à un début de bagarre, la police arrive en nombre.

Plusieurs unités de BAC et de police nationale decident d’évacuer les fêtards de toute une partie du canal. lls devaient être une trentaine pour faire face à une centaine de personnes.

A l’arrivée des policiers, une partie des jeunes présents - à peu près aussi nombreux que les policiers - refuse de partir à la demande la police. A savoir que la police a simplement dit "première sommation, vous allez devoir partir ou nous allons faire usage de la force".

Et à ce moment là, par petits groupes de policiers, ils commencent doucement une sorte de "nasse" comme nous avons pu en connaître pendant les manifestations de ces derniers mois.

Très vite, la nasse tourne à la bagarre avec des policiers très agressifs frappant gratuitement des jeunes présents.

De nombreux présents dénoncent leur comportement et seront des victimes ciblées de policiers en roue libre.

Ceux qui filmaient sont violemment poussés, leur téléphone jetés au sol. Des coups de poings partent, certains sont tirés par les cheveux.

Mais ces agressions ne manquent pas de provoquer une réaction : chants, jets de bouteilles, insultes (cf. vidéo).

Les altercations ont duré une quinzaine de minutes entre la rue de Marseille et la rue Jean Poulmarch sur une espace de 50 mètres de long. (cf. Map)

Le lendemain, nous apprenons qu’un jeune homme parisien de 23 ans a la clavicule cassée suite aux coups qu’il a recu à ce moment-là.

Nous avons pu lui parler et il nous a fait part de son envie de porter l’affaire devant l’IGPN.

On sait très bien que c’est un récit de violences policières parmi tant d’autres mais on ne doit pas s’habituer ni accepter.

On doit toujours dénoncer ce type d’abus.

Source :
https://paris-luttes.info/aurillac-rue-des-carmes-le-19-aout-6603

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 10:10

Le 29 août 2016

Festival d’Aurillac : tous le monde déteste le gouvernement et sa police

Du 17 août au 20 août se déroulait l’édition 30 bis du festival international du théâtre de rue d’Aurillac, le plus grand festival d’art de rue d’Europe

Le principe même du théâtre de rue réside dans l’appropriation de l’espace public par les comédiens et les spectateurs, deux entités entre lesquelles cette forme de théâtre vise à atténuer la frontière. Les éditoriaux du programme 2016 sont éloquents et lourds de belles promesses.

Mme la ministre de la culture ouvre le sien sur la citation de Victor Hugo : « en art point de frontière » avant de vanter « l’abolition de ces barrières sociétales et symboliques qui entravent l’échange entre les êtres » puis de continuer son laïus sur la liberté.

Le maire d’Aurillac et le sénateur J. Mézard saluent pour leur part les moments « d’utopie nécessaire ». Enfin, le directeur artistique du festival parle lui de garantir « le désordre artistique sans condition ».

Centre ville cerné de barrières, gendarmes et vigiles privés omniprésents, visiteurs parqués derrière des grilles, fouilles systématiques... c’est pourtant une toute autre ambiance liberticide et répressive qui attendait les festivaliers avides de désordre, d’utopie et de liberté.

Après avoir servi à réprimer nos mobilisations et accroître l’oppression raciste, l’État d’urgence et le tout sécuritaire frappent encore cet été.

Lire la suite :
http://www.revolutionpermanente.fr/Festival-d-Aurillac-tous-le-monde-deteste-le-gouvernement-et-sa-police

***
Le 3 septembre 2016

Aurillac, rue des Carmes, le 19 août 2016 - Un festival en cage

Cet été, rdv est pris avec les copains copines pour le festival d’Aurillac, un festival de théâtre de rue qu’on apprécie pour sa composante assez sauvage : un off (les spectacles non déclarés, au chapeau) impressionnant, et un public parfois agité...

En témoignent notamment les batucadas endiablées qui secouent le vieux centre à longueur de nuits, mais aussi le nombre de « campements » de tentes et camions installés sur le moindre espace vert, à l’écart des campings officiels.

Mais cette année, état d’urgence oblige, les autorités compétentes (haha) ont tenté une pacification malvenue : tout le centre-ville est encagé par des barrières agrémentées d’un affichage sur les mesures exceptionnelles que le plan vigipirate nous imposent et d’un dispositif de sécurité visant à fouiller tous les sacs.

Les flics se promènent tranquillement, comme dans n’importe quelle fan zone...

S’il faut avouer que la plupart des vigiles postés aux points de contrôle sont assez sympas et pas trop zélés, la déconvenue nous rend de notre côté moins poliEs.

Dès le premier jour on leur fait la promesse que les barrières ne tiendront pas la semaine... L’histoire nous a donné raison.

Lire la suite :
https://paris-luttes.info/aurillac-rue-des-carmes-le-19-aout-6603

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 10:15

Le 28 juillet 2016

Pour chasser ces citoyens roumains à moindres frais, le procureur de la République de Montpellier et la préfecture de l’Hérault ont monté un système de connivence, à base de PV illégaux, qui leur permet de multiplier et d’accélérer les procédures de renvoi.

À l’heure où les immigrés sont pointés du doigt comme un danger, l’État semble prêt à tout pour prouver son inflexibilité vis-à-vis des étrangers. Quitte à flirter avec l’illégalité.

L’Humanité a eu accès à des procès-verbaux de police, que nous reproduisons en partie ici, qui attestent un véritable système de collusion entre le procureur de la République de Montpellier et le préfet de l’Hérault pour expulser des Roms en masse, au mépris de la séparation des pouvoirs et du respect de la loi.

La manœuvre est simple : le procureur de la République établit des réquisitions soi-disant aux fins de rechercher les auteurs de « vols » ou de « recels » pour justifier l’envoi de forces de police dans des camps de Roms, qui procèdent alors à des contrôles d’identité et des vérifications de situation administrative sur place, systématiquement sans avocat.

Au terme de ces auditions groupées, les policiers confisquent les pièces d’identité et convoquent les Roms à venir les chercher quelques jours après au commissariat.

Les procès-verbaux d’audition sont communiqués directement au service des étrangers de la préfecture de l’Hérault.

Au moment où ils viennent récupérer leurs pièces d’identité, on leur délivre alors une obligation de quitter le territoire français (OQTF)…

En vérité, il n’a jamais été question de rechercher les auteurs de « vols » ou de « recels ». Mais de se servir de ce prétexte pour débusquer des étrangers en situation soi-disant irrégulière.

Tout au long de cette chaîne bien huilée, de nombreuses violations du droit apparaissent. À cet égard, les procès-verbaux d’audition, qui remontent jusqu’à 2012, sont éloquents. « L’opération policière autorisée par le procureur de la République est un contrôle d’identité, qui doit répondre à des règles très précises.

À partir du moment où la police commence à poser des questions, ce n’est plus un contrôle mais une audition, donc la police agit hors du cadre des réquisitions », précise Me élise de Foucauld, qui défend une dizaine de citoyens roumains.

Audition qui doit normalement se tenir dans un commissariat avec, si la personne le souhaite, la présence d’un interprète et d’un avocat. « Là, c’est comme si la police procédait à une garde à vue sur le bord de l’autoroute, s’insurge-t-elle.

On ne leur notifie pas le droit à un avocat alors que certaines questions font cinq lignes, sont purement juridiques, et ont des enjeux d’auto-incrimination. Même avec un interprète, ils ne sont pas en mesure de comprendre. »

Depuis quand la PAF rechercheles voleurs et les receleurs ?

Deuxième point d’importance : la réquisition du procureur est de pure forme. Celle-ci est établie sur la base d’une recherche d’auteurs de « vols » ou de « recels » alors que la façon dont est mené le contrôle montre que l’intention n’a jamais été là.

Les PV sont prérédigés avec des questions uniquement orientées sur la situation administrative des personnes.

Et les policiers qui sont mobilisés ne sont pas des officiers de police judiciaire mais de la police aux frontières (PAF).

« Depuis quand le boulot de la PAF est de rechercher les voleurs et les receleurs ? Certaines OQTF sont même datées du jour du contrôle. Ça veut dire que même elles ont été prérédigées ! » dénonce l’avocate, pour qui « les procédures qui découlent de ces opérations sont illégales sur tous les plans ».

Malgré ces entorses multiples au droit, l’espoir de faire annuler ces expulsions reste mince. « À ce stade, aucun juge ne peut vérifier la légalité de ces contrôles », reconnaît Me élise de Foucauld.

Du fait de ces agissements hors cadre, le juge judiciaire ne peut exercer son droit de regard sur la procédure que le parquet a initiée.

Raison pour laquelle l’avocate a décidé d’assigner le procureur de la République de Montpellier devant le tribunal de grande instance pour « violation du principe de séparation des pouvoirs, détournement de pouvoir et détournement de procédure ». Une démarche encore inédite.

Du côté de la préfecture, qui bénéficie de cette manœuvre puisque ces auditions groupées lui permettent d’établir des OQTF massives à moindres frais, on ne semble pas non plus craindre de voir ces décisions retoquées en justice.

« Le préfet se cache derrière la séparation des pouvoirs pour dire que le juge administratif, saisi lorsque l’on conteste une expulsion, n’a pas à se prononcer sur la légalité d’une procédure judiciaire. Il y a un vide juridique dans lequel ils se sont engouffrés, ils y sont à l’abri et peuvent y faire tout ce qu’ils veulent », affirme Me Foucauld.

À l’exception d’une décision du Conseil constitutionnel de 2013 qui juge que l’administration ne peut pas se fonder sur des éléments de preuve récoltés de manière illégale, la jurisprudence a toujours été favorable à cette dernière. De fait, sur la dizaine d’OQTF contestées devant le tribunal administratif, la justice a déjà confirmé la moitié d’entre elles.

Cette manière de tordre et d’enfreindre les procédures interroge d’autant plus que la finalité de la manœuvre semble pour le moins vaine, voire contre-productive.

Non seulement les personnes concernées font état de leur volonté de revenir en France.

Mais, de plus, ces expulsions ont un impact négatif sur le processus d’insertion des migrants, à l’heure où l’État ne cesse de les exhorter à « mieux s’intégrer ».

« Je crois qu’il y a un manque de conscience réel des conséquences sur les parcours d’intégration des Roms », estime un travailleur social de l’association Area, qui accompagne les habitants de deux bidonvilles de Montpellier, en partie financée par la Fondation Abbé-Pierre, mais également par... la préfecture de l’Hérault elle-même.

« Tous les deux-trois mois, la police descend dans les bidonvilles, confisque les pièces d’identité des Roms et les convoque au commissariat pour leur délivrer des OQTF.

Quand on discute avec les agents de la PAF, ils admettent que ça ne sert à rien, mais ça leur fait du chiffre à bon compte », poursuit-il. Le problème, c’est que ces expulsions suspendent les ouvertures de droits de ces personnes.

À leur retour en France, il faut repartir de zéro pour qu’elles se réinscrivent à Pôle emploi, à la CAF, à la Sécu... « Ça devient difficile de motiver les gens, ils ne se sentent pas les bienvenus », insiste notre travailleur social.

« Une OQTF, c’est dix heures de travail social », résume, pour sa part, Catherine Vassaux, directrice de l’association Area, qui se dit dans une démarche de dialogue et de « recherche de solutions » avec les représentants locaux de l’État.

Un sentiment de gâchis d’autant plus fort que la préfecture de l’Hérault – via la direction départementale de la cohésion sociale – investit de manière substantielle dans les dispositifs d’insertion.

Et qu’une partie de ces citoyens roumains expulsés, qui travaillent ou sont inscrits à Pôle emploi, rentrent dans les critères d’un séjour régulier.

Contrairement à beaucoup de croyances, les Roms qui vivent dans les bidonvilles ne sont pas nomades par choix. Dans le campement Pablo-Picasso de Montpellier, qui abrite une trentaine de personnes, nombreux sont ceux qui souhaitent travailler et voir leurs enfants scolarisés. « Même si j’ai travaillé, que j’ai des fiches de paie, que je me suis inscrit dans une formation, quand les policiers sont venus pour nous parler d’OQTF, ils n’en avaient rien à foutre », résume Ionut, tout juste majeur, en France depuis l’âge de 12 ans.

Un jeune Roumain déterminé : « J’ai envie de me battre pour y arriver »

Le jeune Roumain semble tellement intégré qu’il a pris jusqu’à l’accent du Sud et les expressions d’argot des jeunes Français. Il a travaillé dans la restauration, dans la maçonnerie, a cumulé les missions d’intérim.

Il espère pouvoir commencer son CAP des métiers de l’hygiène en septembre, mais la menace d’expulsion qui plane au-dessus de sa tête pourrait compliquer un peu les choses.

Qu’à cela ne tienne, Ionut a la rage de réussir. « J’ai envie de me battre pour y arriver. Si j’avais pu trouver du travail en Roumanie, je ne serais pas venu ici », rappelle-t-il.

Une détermination qui n’est pas forcément représentative du sentiment général dans le campement. « Quand on veut faire quelque chose, on nous bloque, on détruit tout ce qu’on a fait », explique en roumain Elisabeta (1), qui espérait voir ses enfants de 10, 7 et 3 ans faire leur rentrée à l’école en septembre.

En France depuis dix ans, cette maman de 28 ans semble lasse et résignée face au sort qui lui est fait. Pour autant, elle reviendra en France si elle est expulsée. « Je ne veux pas que mes enfants restent dans la même situation que moi, je veux qu’ils étudient, qu’ils trouvent un travail, qu’ils puissent être libres de devenir ce qu’ils veulent. »

Si ces pratiques sont avérées à Montpellier depuis 2012, il semble probable qu’elles soient utilisées au-delà de l’Hérault.

« Dans certains bidonvilles de France, la PAF débarque en minibus et fait venir les Roms un à un pendant cinq minutes pour faire les auditions et remplir le même genre de PV préremplis et cela satisfait les tribunaux », rapporte Manon Fillonneau, déléguée générale du collectif Romeurope, qui fédère une quarantaine d’associations et ONG de défense des droits des Roms.

Si, faute d’accéder aux PV en question, les associations qui suivent ces citoyens roumains ignorent sur quelles réquisitions se fonde l’administration, il paraît clair que ces procédures d’audition sont irrégulières.

Pour Stéphane Maugendre, avocat au barreau de Bobigny (Seine-Saint-Denis) spécialisé en droit des étrangers et président du Groupe d’information et de soutien aux immigrés (Gisti), ce genre de manœuvre relevant de la confusion des pouvoirs est classique.

« Partout en France, les procureurs de la République et les préfets se rencontrent, notamment sur la question de l’immigration clandestine. Si une complicité s’installe, des systèmes comme ceux-ci peuvent se mettre en place », analyse le juriste.

« On a beau s’élever contre ce genre de pratiques, le parquet nous dit qu’il est indépendant et qu’il fait ce qu’il veut », peste-t-il. Malgré nos appels répétés, le procureur de la République de Montpellier n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Tout comme le directeur de la police aux frontières de l’Hérault, Laurent Siam, qui a refusé de communiquer sur le sujet. La préfecture de l’Hérault a, pour sa part, déclaré : « Dans la mesure où l’affaire est portée devant les tribunaux, nous nous en remettons à la décision de justice et ne pouvons nous exprimer sur des cas individuels et tant que la décision n’a pas été rendue. »

Source :
http://www.humanite.fr/roms-letat-sarrange-avec-la-loi-pour-expulser-plus-et-plus-vite-612551

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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 10:15

Transmis par Ban Public le 27 juillet 2016

La vidéosurveillance de Salah Abdeslam ou quand la protection de l’ordre public l’emporte sur le respect des droits de l’Homme.

Pour la première fois en France, l’administration pénitentiaire garde un œil constant sur un homme incarcéré dans l’un de ses établissements. Mais que cache cette décision historique ? Est-elle construite sur de vrais fondements juridiques ou de simples raisons politiques et sociales ?

Depuis qu’il a été remis par la Belgique aux autorités françaises le 27 avril 2016, Salah Abdeslam, a été placé en détention provisoire à la Maison d’Arrêt de Fleury-Mérogis.

Incarcéré dans des conditions de sécurité maximales, il est placé à l’isolement total, seul dans une cellule de 9m² contenant plusieurs caméras de surveillance chargées de le filmer de manière constante.

Une première en France

S’il existait déjà des cellules équipées de caméra dites cellules de protection d’urgence (CPU) pour les détenus suicidaires, le cas de Salah Abdeslam est bien différent puisque les CPU ne peuvent être utilisées que pour une durée maximale de 24 heures consécutives. (Article 3 de l’arrêté du 23 décembre 2014 portant création de traitement de données à caractère personnel relatifs à la vidéoprotection des CPU*)

Des mesures extraordinaires ont donc été prises sur initiative du garde des sceaux, Monsieur Urvoas, qui expliquait ainsi dans un communiqué en date du 27 avril dernier* : « La cellule est équipée d’un dispositif de vidéosurveillance, dont les modalités d’usage ont été fixées conformément aux exigences de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et du droit français de la protection des données personnelles. »

Alors que l’avocat de Salah Abdeslam, Maître Franck Berton, entendait déjà contester cette mesure de vidéosurveillance, les récents événements sont venus précipiter les choses.

Sécurité ou curiosité mal placée ?

Le dispositif de vidéosurveillance doit être justifié par des motivations de sécurité et non par une éventuelle volonté d’espionner autrui. Or, en l’espèce, l’usage des caméras dans la cellule de Salah Abdeslam semble avoir récemment subi un certain détournement de son objet.

Alors qu’il se trouvait en visite parlementaire à l’établissement de Fleury-Mérogis en compagnie de journalistes du Journal Du Dimanche (JDD), le député des Hauts-de-Seine Thierry Solère a eu accès à ces caméras et n’a pas hésité à témoigner de tout ce qu’il avait pu voir, sans retenue, aucune.

Il s’est dans un premier temps étonné dans une lettre ouverte au Ministère de la Justice que Monsieur Abdeslam ait, conformément à la loi et au Guide des droits et devoirs des personnes détenues, accès à des activités sportives comme n’importe quelle autre personne détenue.

Dans un second temps, Monsieur Solère, a, avec force de détails et tel le présentateur d’une nouvelle télé-réalité grotesque, pris soin de commenter chaque geste du détenu dont il a pu être témoin, racontant notamment dans les colonnes du JDD « Abdeslam sort des toilettes, se lave les dents et les mains. »

Ce récit déplacé n’a fait qu’interroger davantage sur le respect des droits fondamentaux de ce détenu.

Et le droit dans tout ça ?

Rappelons d’abord que depuis l’arrêt Kudla c/ Pologne du 26 octobre 2000, les conditions de détention doivent être compatibles avec la dignité humaine. Mais quelle dignité reste-t-il pour quelqu’un dont les moindres faits et gestes sont épiés puis retransmis à tout un pays ?

En outre, si le ministre de la justice a affirmé de son côté que le dispositif était conforme à la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales, il est tout de même permis d’en douter.

En effet, rien n’indique que la Cour Européenne des Droits de l’Homme (Cour EDH) viendrait statuer en faveur d’une conformité du dispositif aux articles 3 et 8 de la Convention.

La jurisprudence embryonnaire de la Cour sur la vidéosurveillance

La Cour EDH n’a encore jamais vraiment eu l’occasion de statuer sur l’atteinte à la vie privée que porterait la vidéosurveillance constante d’une personne détenue.

En effet, elle aurait pu avoir cette occasion dans l’arrêt Riina c/ Italie du 11 mars 2014 mais le non-épuisement des voies de recours internes a rendu irrecevable la requête du détenu Italien.

Elle aurait plus récemment pu avoir cette occasion dans les affaires Paluch c/ Pologne et Świderski c/ Pologne du 16 février 2016* mais les requérants n’avaient soulevé que la conformité du dispositif à l’article 3 de la Convention sur les traitements inhumains et dégradants et il n’a donc pas été question de la conformité du dispositif avec l’article 8 sur le droit au respect de la vie privée et familiale.

Et sur ce point, on sait que la Cour a déjà rappelé à maintes reprises l’importance de ce droit, y compris pour les personnes incarcérées.

A titre d’illustration, on citera les arrêts Piechowicz c/ Pologne et Horvch c/ Pologne du 17 avril 2012 où deux détenus considérés comme spécialement dangereux ont été soumis à un régime de détention particulier avec une restriction de leurs visites.

La Cour a conclu à une violation des articles 3 et 8 de la Convention expliquant que « le fait de soumettre des détenus à ce régime durant plusieurs années, en les isolant, en les privant de stimulation mentale et physique suffisante et sans rechercher s’il existait des raisons concrètes de prolonger l’application de ce régime, n’était pas une mesure nécessaire à la sécurité en milieu carcéral. »

Un arrêté ministériel en guise de fondement juridique

En attendant d’en être à un tel niveau, sur un plan national, la décision de placer Salah Abdeslam sous vidéosurveillance a pour le moment été prise sur la base d’un arrêté ministériel sur le fondement duquel Monsieur Urvoas est venu appliquer une mesure individuelle à Monsieur Abdeslam après avis de la Commission Nationale Informatique et Libertés (CNIL).

A l’heure où la France vit à nouveau des heures sombres, on constate ici une volonté affichée d’appliquer cette mesure non pas aux détenus suicidaires mais bien, comme rédigé dans le projet d’arrêté initial à ceux « dont l’évasion ou le suicide pourraient avoir un impact important sur l’ordre public eu égard aux circonstances particulières à l’origine de leur incarcération et l’impact de celles-ci sur l’opinion publique ».

Dans sa délibération en date du 19 mai 2016*, la CNIL précise bien que le système doit faire l’objet d’un encadrement adapté et de garanties particulières… mais de quel cadre et de quelles garanties ce dispositif fait-il l’objet de la part du ministère ?

Dans ce contexte ultra-sécuritaire, on ne peut que s’interroger sur les limites de ce dispositif liberticide qui met à mal les droits de l’Homme.

Une décision victime des circonstances

L’affaire a été portée devant le juge des référés du Tribunal Administratif (TA) de Versailles, qui conscient de l’enjeu a siégé en forme collégiale (3 juges) et a rendu sa décision vendredi 15 juillet 2016.

Estimant qu’il n’y avait pas d’urgence et que « Salah Abdeslam n’était pas en situation de faire valoir l’existence d’une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de sa vie privée », son référé-liberté fut sans surprise rejeté.

Dans un communiqué de la juridiction, on relèvera surtout une phrase concernant « la nécessité de prendre des mesures exceptionnelles dans le contexte traumatique que vit actuellement la France ».

La solution aurait-elle été ou devrait-elle être différente si elle avait été rendue un jour plus tôt ? Le contexte, si traumatique soit-il, doit-il prévaloir sur le droit ? Et n’est-il pas du rôle du juge de faire abstraction de ce contexte pour rendre une Justice qui soit la plus juste possible ?

La rédaction de Ban Public

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 10:43

Le 8 août 2016

On avait vu partout l’image de sa blessure, mais pas encore entendu sa voix. Alain Roth, le manifestant de 23 ans gravement blessé lors d’une manifestation contre la loi Travail en juin dernier s’est exprimé pour la première fois dans le journal dominical de Suisse romance Le Matin dimanche.

 "J'ai cru mourir". Premier témoignage du suisse blessé par une grenade lacrymogène durant la #manif14juin.

“J’ai cru mourir”, raconte le jeune homme au journal suisse. Pour rappel, il avait été gravement blessé à la nuque.

Dans un premier temps, des soupçons s’étaient portés sur les forces de l’ordre, et plusieurs témoins avaient évoqué l’utilisation d’une grenade lacrymogène lancée en tir tendu.

Mais selon une source policière interrogée par l’AFP, confirmant une information de Libé, il s’agissait en fait d’un “engin artisanal” lancé par les manifestants – ce que ne mentionne pas Le Matin dimanche.

“Je ne pouvais plus bouger. J’ai perdu beaucoup de sang. Gravement brûlé, j’ai été opéré en urgence à Paris, relate Alain Roth. Les médecins craignaient que les blessures ne s’infectent encore plus et atteignent la moelle épinière. Je risquais de finir hémiplégique.”

Toujours soigné à domicile

Le jeune homme est toujours soigné à domicile, après plusieurs semaines passées à l’hôpital, à Paris, puis en Suisse.

Dans un article publié le 15 juin, Buzzfeed retraçait le cours des événements par le biais de différents points de vues de manifestants ou reporters présents au moment des faits.

Le préfet de police de Paris, Michel Cadot, assurait alors qu’il “n’y avait pas la moindre présence des forces de l’ordre à proximité”.

Une assertion contredite par les nombreuses vidéos et photos prises lors de l’événement, ainsi que les témoignages récoltés sur place.

Un manifestant expliquait notamment à Buzzfeed que les “street medics”, ces soignants qui viennent en aide aux blessés lors des manifestations, étaient “effarés par le fait que pendant 5 minutes où les gens s’occupaient des blessés, les CRS ont continué à gazer vers eux, alors que plusieurs personnes tentaient d’expliquer aux forces de l’ordre qu’il y avait des blessés.”

Un témoignage corroboré par une vidéo du photo-reporter Nnoman, qui a filmé la scène.

Un scandale politique

Si en France la polémique a rapidement enflé dans le contexte de nombreuses violences policières, en Suisse, elle a pris des proportions bien différentes.

Alain Roth s’avère être le président des Jeunes socialistes de Haute-Argovie, un arrondissement administratif du nord du pays.

Avant cet événement, il était également candidat aux élections locales.

Masqué et ganté lors de la manifestation, ses motivations ont été questionnées. On l’accuse notamment d’avoir voulu participer à des dégradations.

Et pas question pour le Parti Socialiste suisse d’être associé à ces manifestants masqués, à qui on a prêté, à tort ou non, de nombreuses violences lors des manifestations contre la loi Travail.

Le parti a donc rapidement demandé au jeune militant de se retirer de la liste, en un coup de fil particulièrement insensible, comme le raconte Alain Roth :
“Vous êtes à l’hôpital, vous avez peur de ne plus pouvoir jamais marcher et on vous appelle sans même vous demander comment vous allez, ou votre avis.”

Fin juin, l’ex-candidat annonçait au Matin son intention de démissionner du Parti socialiste, sans toutefois tourner le dos à la politique qu’il fait par “solidarité”.

Les jeunes socialistes de Haute-Argovie ont quant à eux soutenu leur président sur Facebook, assurant qu’il avait simplement “fait usage de ses droits démocratiques” et défendu une cause “même au-delà de nos frontières”.

Source :
http://www.lesinrocks.com/2016/08/news/jai-cru-mourir-premier-temoignage-manifestant-blesse-a-paris-14-juin/

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 10:45

Le 23 juillet 2016

Adama Traoré, jeune homme de 24 ans, est décédé mardi 19 juillet dans le Val-d'Oise après avoir été interpellé par la police.

Alors que le procureur de la République a affirmé qu'il avait fait un "malaise cardiaque", ses proches demandent que justice soit faite sur ces événements, qu'ils mettent sur le compte d'une bavure policière.

Victime de discriminations et de violences émanant des forces de l'ordre, l'écrivain Paige A. Palmer a souhaité témoigner pour dénoncer ces pratiques.

***
Je suis ce qui convient d’appeler un arabe "pas comme les autres" : dans l’espace public, j’ai souvent échappé aux doux qualificatifs de racaille ou de lascars, voir même de beur, probablement à cause d’un faciès lisse et d’un comportement tout aussi lisse, à la masculinité approximative, ce qui rassure encore pas mal de monde.

Le genre d’arabe qu’on brandit avec fierté pour contrer la caricature de l’arabe méchant et terrifiant, ignorant à quel point ce procédé est raciste, condescendant et méprisant. Le genre d’arabe qui aurait pu toucher un pactole en embrassant une carrière d’arabe républicain de service pour la droite comme pour la gauche. Si je n’avais pas de conscience…

J’ai grandi en banlieue, auprès de personnes de toutes origines, dans un paradis de la carnation pour toute maquilleuse moderne, là où seul ce qu’on est à la face des autres, connu ou inconnu, compte.

Loin de moi l’idée de justifier le comportement que je souhaite dénoncer mais je tiens à préciser encore que je n’ai jamais été l’image type de l’arabe de banlieue dont sont friands nos médias et nos politiques (ne détournez pas le regard, vous savez bien de quoi je parle. Allez, un petit effort…).

Je pensais, dans mes années de délicieuse ignorance, que ce statut d’arabe rassurant constituerait une protection qui m’éviterait bien des bricoles puisque je n’étais pas eux ! Comme je me trompais : étant arabe aux yeux de certains avant d’être un citoyen, j’étais par essence le véhicule de bons nombre de fantasmes, jamais articulés avec mon consentement ou à ma gloire.

L'arme du premier crime : une VHS

Cela a commencé par une soirée où je rentrais d’un vidéoclub après avoir loué une VHS d’un concert en compagnie de mon meilleur ami. Nous avions décidé de nous poser sur un banc un court instant avant d’aller regarder notre chère cassette.

En pleine discussion sur un sujet dont je ne me souviens plus, je lâchai un "c’est bon !" qui, hasard malheureux de la vie, fut interprété comme un "sale con !" par un passant qui faisait son jogging.

Rapidement, nous nous embrouillons jusqu’à ce que le jogger finisse par reconnaître ses torts, allant jusqu’à sourire mais c’était trop tard : une voiture de la bac passant par là, il fallait intervenir. En moins de deux minutes, ma tête de mes 15 ans a reçu un coup de matraque et je me suis retrouvé sur le sol, serrant contre moi ma VHS empruntée tandis que mon meilleur ami, un blanc qui pourrait passer pour le fils de Nicole Kidman, était écarté et avait le droit à un interrogatoire bien plus respectueux.

Le jogger tenta de s’interposer en nous défendant. On réfuta sa parole – “c’est de la racaille” – et on me confisqua la cassette dans laquelle on voulait voir si je ne planquais pas une arme.

Malheureusement pour les policiers, on me rendit ma VHS, accompagnée d’un "mouais…" imprégné de doute : un adolescent, arabe, qui loue un concert n’a jamais le droit de convaincre totalement de son innocence.

Le jogger disparut et une femme, à qui je dois bien plus qu’une boîte de chocolats, vint prendre notre défense. Immédiatement, elle évoqua une intervention abusive, qu’elle avait suivie depuis sa voiture avant de nous rejoindre.

La scène, avec le recul, était drôle.

Du moins, aujourd’hui, c’est avec cette observation que je tente de colmater ma peine encore vivace.

Face à elle, on ne mouftait pas, on gardait son sang froid et j’eus même le droit à un "salut les jeunes !" balancé en toute légèreté par le policier qui m’avait matraqué, sensé enterrer les coups que j’avais reçus et certainement jouer le rôle de l’excuse qui n’a pas eu lieu.

Lire la suite :
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1541949-mort-d-adama-traore-victime-de-violences-policieres-je-la-fermais-plus-maintenant.html

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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 10:00

Extrait de Médiapart, le 5 juillet 2016

Rue Saint-Maur, c’est le déploiement policier. Lucas, un autre manifestant, est interpellé. « Je faisais partie du cortège, reconnaît-il. À un moment, j’ai vu que ma copine se faisait matraquer. J’ai voulu m’interposer, j’ai pris les coups, et je me suis fait arrêter. J’ai encore mal aux côtes et à la jambe. Pour supporter les lacrymogènes, j’avais mis mon keffieh sur le nez, et les policiers m’ont accusé de vouloir dissimuler mon visage. »

Les CRS arrivent en nombre aussi.

Et c’est un groupe d’une dizaine d’entre eux qui, sans la moindre sommation, s’en prend à Samy, un jeune passant de 22 ans, qui sortait d’un restaurant turc après être allé dans une salle de sport voisine.

Son interpellation musclée est filmée par Street politics.

« Tout d’un coup, les CRS sont venus vers moi, explique Samy à Mediapart. Ils me tirent par le tee-shirt, et ils me collent contre une voiture et me donnent des coups de poing et de matraque, puis ils me poussent contre un rideau de fer, et me donnent l’ordre de me mettre à terre. J’ai un genou sur la tête, un genou sur les chevilles. Ils font la palpation.

Est-ce que vous avez quelque chose sur vous ? Et là ils me broient les parties génitales. Et ils recommencent une seconde fois.

Le CRS me dit “tu aimes ça, salope !”, “fils de pute” : j’ai droit à toutes sortes d’insultes. Puis ils me lèvent et me font m’asseoir dans le caniveau, entre deux voitures. Moi j’avais le maillot du Portugal marqué Ronaldo. Ma mère est portugaise, et mon père est égyptien. Et alors que je leur donne mon nom, le CRS me dit “c’est très portugais, tout ça” !

Je ne savais pas quoi répondre… Je venais de me faire casser la gueule. J’étais debout avec les pinces qui me serraient dans le dos. »

Le reste de l'article en pièce jointe.

Source :
https://www.mediapart.fr/journal/france/050716/paris-le-23-juin-la-police-en-mode-expedition-punitive

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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 09:24

Le 21 juillet 2016

En regardant les JT hier soir, j’ai crû rêver. Alors j’ai repassé en replay pour être sûre de ce que j’avais entendu et vu, et de ce que je n’avais ni vu ni entendu.

Et non, je n’avais pas rêvé.

Sur la presse web, sur Twitter, sur Periscope, sur les chaînes d’information aussi, toute la journée de mercredi, cette information était l’une des plus traitées, si ce n’est la plus traitée : la mort d’Adama Traoré.

Ce jeune homme noir de 24 ans originaire de Beaumont-sur-Oise, dans le Val d’Oise, est décédé mardi soir, dans des circonstances encore très troubles, après une interpellation par les gendarmes de Persan, une commune voisine.

Selon le procureur de la République, Yves Jannier, Adama Traoré a été arrêté après être “allé au contact” des gendarmes qui procédaient à l’arrestation de son grand frère Baguy Traoré dans le cadre d’une affaire “d’extorsion de fonds et d’agression à domicile”.

Pourtant dans les éditions de 20h des deux grands JT de TF1 et de France 2, soit le sujet n’a purement et simplement pas existé, soit il s’est transformé en une banale brève de faits divers. Circulez, y a rien à voir.

Lorsque je me branche sur TF1, j’espère et je m’attends à un traitement journalistique conséquent. D’abord, parce que la veille, après l’annonce du décès d’Adama Traoré, des échauffourées ont éclaté à Beaumont-sur-Oise.

Les images de voitures qui brûlent, la télé adore ça.

Ca n’a pas raté : ce sont ces images, amateurs, que TF1 a choisir de montrer.

Puis, parce que ce mercredi, les amis et proches d’Adama, une trentaine de personnes environ, se sont rendus à la mairie de Beaumont-sur-Oise où une conférence de presse du préfet devait avoir lieu.

Ils souhaitaient avoir des explications sur la mort de leur camarade et surtout avoir une réponse à une question : où se trouve le corps d’Adama Traoré qui, au moment où j’écris ces lignes, n’a toujours pas été remis à la famille ?

La conférence de presse du préfet n’a pas eu lieu, le représentant de l’Etat n’étant jamais venu, mais les proches d’Adama en ont profité pour prendre la parole devant la presse. Des propos forts ont été tenus, relayés sur Twitter.

Puis le groupe s’est rendu devant la gendarmerie de Persan. Ils y ont organisé un sit-in scandant “Justice pour Adama et improvisé un rassemblement avant d’être chargés et aspergés de gaz lacrymogène par les gendarmes.

Pour toutes ces raisons, je me dis que TF1 va sûrement consacrer un sujet. Début du JT. Longue page sur les conséquences de l’attentat de Nice et l’enquête. Il est 20h13. Toujours rien.

Sujet sur un traitement contre la sclérose en plaques. 20h19. Sujet de 2 minutes 13 sur ces métiers difficiles d’exercer quand il fait chaud. C’est sûr, il n’y aura donc rien sur la mort du jeune homme, que ça ne peut pas arriver après un sujet sur la canicule. Et bien si.

22 secondes sur TF1

20h21. Le présentateur déroule son off, une brève en jargon télé. Les images qui défilent proviennent d’une vidéo amateur montrant un incendie urbain à Beaumont-sur-Oise. Voici mots pour mots le commentaire du présentateur. 

“Des échauffourées ont éclaté la nuit derrière dans le Val d’Oise à la suite d’une interpellation qui a mal tourné. Un jeune homme de 24 ans est mort. D’après le parquet, il aurait été victime d’un malaise cardiaque après son arrestation à Beaumont-sur-Oise. La police des polices a ouvert une enquête”.

C’était très court. 22 secondes sur un journal de 35 minutes. Souvenez-vous : 2 minutes 13 consacrées au travail sous de fortes chaleurs.

Bon, vous aurez remarqué l’erreur factuelle de TF1 qui parle d’une enquête de la police des polices alors qu’il s’agit de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale, la gendarmerie des gendarmeries.

Mais passons.

Analysons  le contenu.

Le 20h de TF1 débute sa brève par les échauffourées qui datent donc de la veille au soir, soit quasiment 24 heures plus tôt. En école de journalisme, on m’a toujours appris qu’on commençait par l’élément le plus récent.

Pourtant, depuis les échauffourées de mardi soir, ils s’en sont passées des choses à Beaumont-sur-Oise et à Persan :

1/ La famille d’Adama Traoré (frères, soeur et la maman) et les amis se sont exprimés dès mercredi matin réfutant la thèse du malaise cardiaque évoquée par le procureur.

2/ Une prise de parole publique des amis de la victime a eu lieu devant plusieurs journalistes où ils ont exigé la remise du corps d’Adama Traoré à la famille.

3/ Un rassemblement a été organisé par ces mêmes amis devant la gendarmerie repoussé par des gaz lacrymogène. Mais à 20h mercredi soir, TF1 parlait toujours d’échauffourées.

Notez aussi qu’à aucun moment dans sa brève, le présentateur ne donne la version des proches et de la famille d’Adama Traoré.

En l’écoutant, on apprend, “qu’une interpellation a eu lieu, qu’elle a mal tourné, que le jeune homme interpellé est mort et que le parquet parle d’un malaise cardiaque”.

Et les mots de la famille Traoré ? Et la version des proches qui ne croient pas du tout à la thèse du malaise cardiaque et parlent de meurtre ?

Ils sont nombreux pourtant, la mère parmi eux, à avoir pris la parole sur d’autres médias pour dire qu’ils ne croient pas à cette version, affirmant qu’Adama Traoré était en bonne santé.

Et le témoignage du frère qui se trouvait avec lui et qui dit avoir vu un des gendarmes “avec un tee shirt plein de sang” ?

Dans le 20h de France 2, l’information n’existe pas

Je me demande alors ce que France 2 a proposé dans son 20h. Je mets le replay. Je laisse défiler le journal. 36 minutes. Rien. Pas de sujet. Pas même une brève. Absolument rien.

Pourtant, il n’y avait pas que de l’actualité chaude dans le JT : par exemple ce sujet d”1 minute 22 sur la France, pays de millionnaires. Essentiel. C’est un choix.

Pas une seule fois dans son 20h donc, France 2 n’a traité de la mort d’Adama Traoré et du déroulé de la journée de mercredi, ni même seulement évoqué. Je suis abasourdie.

Je mets alors le replay du 13h pour savoir si l’information a été traitée à la mi journée. Oui. Une brève. Les mêmes images que TF1 et les mêmes mots de début de commentaire : les échauffourées…

Que ces médias ne se plaignent pas si les jeunes générations désertent de plus en plus la presse dite traditionnelle.

Ce qui s’est produit hier soir n’en est pas la seule et unique raison mais comment ne pas  comprendre ce désamour quand le décalage est si grand entre ce qu’on peut lire sur les réseaux sociaux à travers les comptes de médias en ligne et ce que les JT proposent ?

Ce traitement plus qu’a minima est finalement assez symptomatique de la façon dont les médias traditionnels traitent de ces questions.

La mort d’un jeune homme de 24 ans après une interpellation et la colère qui s’est emparée de cette petite ville du Val d’Oise n’auraient-ils pas mérité plus que de simples brèves ? Plus que de simples images d’incendies urbains ?

Les témoignages de la famille et des amis demandant des explications ne méritaient-ils pas d’être relayées aux téléspectateurs ?

Surtout s’agissant d’une chaîne de service public? Assurément oui. Pourtant, c’est ce même genre d’affaires qui fait les grands titres de ces mêmes JT lorsqu’elles ont lieu aux Etats-Unis.

Mais on est en France et visiblement lorsque cela arrive chez nous, le traitement diffère.

Et j’aimerais bien qu’on m’explique pourquoi.

Source :
http://www.bondyblog.fr/201607210900/57438/69263196/

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Beaumont-sur-Oise : «C’est notre façon de crier notre rage et de faire notre deuil
http://www.liberation.fr/france/2016/07/21/beaumont-sur-oise-c-est-notre-facon-de-crier-notre-rage-et-de-faire-notre-deuil_1467713

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