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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 13:28

Le 19 décembre 2015

 

Dénoncer des violences policières à la justice à 15 ans est généralement impensable quand on vit dans un quartier populaire. Le juge, cet homme qui condamne et éloigne quelques mois, parfois plus, un frère, un voisin, est rarement considéré comme un allié.

Dix-huit garçons et filles du 12e arrondissement de Paris ont pourtant franchi le pas.

Jeudi 17 décembre, avec le soutien de leurs éducateurs, ces lycéens ont signalé des faits de « violences volontaires aggravées », d’« agression sexuelle aggravée », de « discrimination » et d’« abus d’autorité » de la part de policiers au procureur de la République de Paris. Leur quotidien était devenu invivable.

La plainte est déposée contre X, mais dans toutes les têtes « X » a un nom : les « Tigres », comme se surnomment les policiers de la brigade de soutien de quartier (BSQ).

Partagez un sandwich avec ces jeunes du quartier Reuilly-Montgallet, un quartier dense mais pas franchement difficile coincé entre la gare de Lyon et la place de la Nation, ils vous expliqueront : les contrôles, c’est au minimum une fois par jour. Parfois plus. Certains dérapent.

Les violences dont ils parlent ont eu lieu entre l’été 2013 et l’été 2015. Seules ont été retenues pour la plainte celles pour lesquelles des témoins pouvaient confirmer leurs dires. Une enquête préliminaire a été confiée à l’inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices. La police n’a pour le moment pas souhaité réagir.

Le premier événement, reflet de tant d’autres, remonte à l’été 2013, un soir de ramadan. Il est 20 heures, Jérémy rentre chez lui avec un copain. Deux policiers les arrêtent et procèdent à une « palpation de sécurité ».

L’un, « musclé », « les cheveux noirs coiffés avec du gel » lui met « les doigts dans les fesses ». « Arrête de te contracter laisse-toi faire », lui ordonne-t-on. Jérémy aurait reçu un coup dans les côtes. A son ami aussi, on a mis un doigt dans les fesses.

« Atteinte à la dignité humaine »

Les « vérif », c’est une fois par jour, « les doigts dans les fesses », « au moins une fois par semaine », estime Yassine.

Le défenseur des droits n’a pourtant de cesse dans ses décisions de « déplorer le caractère systématique de la palpation de sécurité », une « atteinte à la dignité humaine » si rien ne laisse penser que la personne dissimule un objet. Dans tous les cas, elle « doit intervenir dans un local retiré du commissariat », rappellent Mes Slim Ben Achour et Félix de Belloy, les avocats des adolescents. Et la présence d’un médecin est « indispensable » pour toute fouille approfondie.

S’opposer à un contrôle des « Tigres » expose à des représailles. Lors des vacances de Noël 2013, trois policiers contrôlent Mamadou et ses amis qui traînent sur un banc. Mamadou voudrait qu’ils laissent les filles en dehors de tout ça. « L’avocat » est jeté à terre. Le lendemain, les « Tigres » patrouillent en voiture. L’un d’eux aurait ouvert sa fenêtre et agrippé le garçon par le bras, le forçant « à marcher à l’allure du véhicule ». « L’avocat » finit par se libérer. « Rébellion ! », crient les agents, qui l’auraient alors plaqué contre le mur et frappé « au niveau des hanches ».

La vue de la police fait fuir les jeunes des quartiers. C’est un réflexe, qu’ils aient quelque chose à se reprocher ou non. A Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), en 2005, Zyed et Bouna sont morts d’avoir couru.

Un soir d’avril 2014, nouveau contrôle, dalle Rozanoff, dans le 12e. L’un des agents fait signe à Alassane et Mamadou d’approcher. Ils refusent, s’éloignent puis courent. Barrage. Plaquage contre le mur. « Pourquoi courez-vous ? », demandent les policiers. « La peur », répondent les garçons.

Les cartes d’identité volent. « Ramassez, bande de chiens », ordonnent les « Tigres ». Les coups partent : Alassane est frappé au visage, Mamadou à l’épaule. Du gaz lacrymogène fuse. L’épicier à qui les garçons ont demandé du lait pour calmer leurs brûlures a vu les policiers repasser, hilares. « Alors, les singes, la prochaine fois, vous ne courrez pas ! »

Brûlures au gaz lacrymogène

« On pisse sur le ramadan », « espèce de Libanais de merde », « connards, sales Noirs ». A chaque contrôle, les insultes pleuvent. Le conflit jeunes-policiers, dalle Rozanoff, dure depuis des années. Les grands frères disent avoir connu les mêmes brimades. « Mais maintenant, ils s’en prennent aux petits, dès 12 ans », déplore un presque trentenaire.

De la musique écoutée sur un téléphone, en fin d’après-midi ? « Contravention pour tapage nocturne ». Une balade entre copains le long de la promenade plantée ? Une invitation ferme à rentrer chez soi. Qu’ils osent répondre avoir l’autorisation de leurs parents, c’est une clé de bras. Les jeunes d’autres quartiers n’ont rien à faire ici. S’ils ne comprennent pas, c’est la gazeuse.

Longtemps, les parents n’ont rien su. Quand le commissariat appelait, la police avait forcément raison.

A force d’être contrôlé, un garçon de 13 ans a été envoyé un an au Mali par sa famille.

A présent que les langues se délient, les adultes réagissent un peu plus. Le 5 janvier, une intervention au bas d’un immeuble a fait descendre une mère. « Fermez-la, ou je vous embarque », s’est-elle entendu répondre quand elle a demandé leur matricule aux policiers, qui l’auraient « ensuite narguée » sans jamais le lui donner.

Les violences se déroulent aussi au commissariat. La mère de Théo « constate régulièrement des traces de coups et de brûlures au gaz lacrymogène sur le visage » de son quand elle l’y récupère, écrivent les avocats.

Le 22 avril, six jeunes s’enfuient de la dalle à la vue des policiers.

L’un des six est rattrapé, jeté à terre, gazé. Au commissariat, il se retrouve seul dans une pièce. Un agent attend qu’il se déshabille. « Alors, t’as mal ? », lui demande-t-il à la vue du visage rougi par le gaz. « Attends, je t’en mets de l’autre côté. » « Est-ce que vous allez dire ce que vous avez fait dans la salle de fouille ? », demande le garçon en sortant. « Si tu veux déposer plainte, il n’y a pas de problème, il y aura du répondant », lui a-t-on rétorqué.

Partage de l’espace public

Une médiation a été tentée par les éducateurs de l’association Soleil et le service de prévention de la police. La maire du 12e a ouvert les terrains de sport, développé la danse, les ateliers d’écriture : « Il est vrai que le partage de l’espace public entre générations est l’un de mes sujets quotidiens », reconnaît Catherine Baratti-Elbaz.

Mais il y a eu des représailles. « Les policiers n’aiment pas les balances », expliquent les jeunes.

La situation empirant, l’ONG anglo-saxonne Open Society Justice Initiative les a encouragés à porter plainte. Le duo d’avocats qui défend le dossier n’en est pas à son coup d’essai.

En juin, ils ont obtenu, pour la première fois, la condamnation de l’Etat pour faute lourde pour une série de contrôles d’identité au faciès ; une action, là encore, soutenue par Open Society.

C’est cette même ONG qui avait financé une étude menée à Paris, en 2007 et 2008, sur les contrôles discriminatoires. Les résultats confirmaient ce que les associations dénonçaient depuis des années : en France, lorsqu’on est noir ou d’origine arabe, on risque respectivement 6 et 7,8 fois plus de se faire contrôler que lorsqu’on est blanc.

L’étude disait aussi que les personnes habillées « jeunes » représentaient 10 % de la population étudiée, mais étaient contrôlées dans près de la moitié des cas. Brayan, Kevin, Théo et leurs amis, qui portent des vestes de sport et ont des parents bien souvent nés à l’étranger, cumulent tous les handicaps.

Source :
http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2015/12/18/espece-de-libanais-de-merde-connards-sales-noirs-des-adolescents-portent-plainte-pour-violences-policieres_4834472_1653578.html

 

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Publié par C.L.A.P33 - dans Autres témoignages
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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 10:56

Le 14 décembre 2015

2009, Mickaël 25 ans, se fait choper pour avoir piqué une canette. 4 vigiles du Carrefour l’embarquent dans un local. Dans la pièce de 4m2, il se débat. Sous le regard d’une caméra, les vigiles l’immobilisent, l’écrasent, jusqu’à la mort. Récit du procès.

Cour d’assises de Lyon, jeudi 19 novembre – Il est 16h, le premier jour du procès, quand l’huissier amène un grand téléviseur à deux écrans, plantés dos-à-dos sur un meuble à roulettes. La cour et le public vont visionner la mort en direct de Mickaël Blaise, 25 ans. Le 28 décembre 2009, le jeune martiniquais s’était fait pincer avec une canette de bière volée. Direction le local exigu du Carrefour de la Part-Dieu. Mickaël, 1 mètre 90 se débat. Pour le maîtriser jusqu’à l’arrivée de la police, 4 vigiles le plaquent contre un comptoir, l’écrasent jusqu’à l’étouffement.

6 ans plus tard, les 4 accusés comparaissent libre pour « violences volontaires en réunion ayant entrainé la mort sans intention de la donner ». Ils encourent 20 ans de réclusion criminelle.

Regarder la mort en direct

La télé s’allume. Mickaël apparaît à l’image, vêtu d’un grand manteau noir, capuche cernée de fourrure. Il devise dans le rayon alcool avec ses amis, fait tomber une bouteille de whisky qui éclate au sol.

Le groupe se déplace et la caméra le suit : c’est Esther, de la sécurité, qui est aux commandes. On ne le voit pas vraiment à l’écran, mais elle l’a repéré mettre une canette de bière Desperados dans sa poche. Elle suit ses tribulations dans le magasin, prévient l’équipe de sécurité.

Mickaël Blaise est appréhendé par Hervé Sylvanise, Georges Cortbaoui et Lyacine Ghazioui. Il n’y pas de son à ce moment, mais on voit les trois vigiles ceinturer un Mickaël Blaise excité, qui se débat. Il est amené dans « le local de démarque » : 4 mètres carrés, une sorte de comptoir qui se lève comme un pont levis, et un banc. Il est 18h16, Ghazioui et Sylvanise le font s’asseoir sur le banc. Mickaël est calmé.

À l’écran, Sylvanise interpelle Mickaël. Il est connu des vigiles : c’est lui qui, 5 jours auparavant, a tenté de voler dans la caisse.

« Toi, ça fait combien de fois ? Ça fait combien de fois ? Ça fait combien de fois ? »

Sylvanise le répète à sept reprises, Mickaël se lève et se décale, empoigne l’agent qui réplique et le plaque contre le mur, aidé de Ghazioui, mains au col du suspect. Tout le monde se calme, Mickaël se rassoit. « C’est bon, c’est réglé », dit Sylvanise qui lui ôte son manteau et sort du local pour appeler la police. Ils ont un poste dans le centre commercial, ils devraient être là très vite.

À ce moment Cortbaoui rentre en scène : il s’approche de Mickaël – qui est assis et calme – et lui touche le visage. Que signifie ce geste ? Le président l’interroge, Cortbaoui se justifie : « C’était pour lui préciser qu’il ne fallait plus venir voler, pour qu’il ait conscience que dans la vie, il y a des règles. »

Me Yves Sauvayre, l’avocat des parties civiles, lui demande : « Et vous étiez obligé de le toucher ? – Je lui ai juste relevé le menton, pour lui parler d’homme à homme. »

Claque, pichenette, chiquenaude ? Impossible de définir la nature exacte du geste furtif que l’on aperçoit à l’écran. Mais c’est un geste de provocation : « Qu’est-ce qui justifie cette attitude qui entraîne l’excitation de Mickaël Blaise ? », insiste le président. L’avocate générale Fabienne Goget se lève et constate : « À deux reprises, Mickaël Blaise était calme et à deux reprises, il est provoqué. »

Compression du Larynx

La vidéo reprend. « Pichenette » sur le menton de Mickaël qui d’un coup dresse son mètre 90 et attrape Cortbaoui par la chemise. Avec son collègue Ghazioui, il le repousse et le plaque au mur. Mickaël met les mains derrière son dos, sans doute pour relever son pantalon. Les agents paniquent. Me François Saint-Pierre souligne : « Ils pensent qu’il a quelque chose à la main, peut-être une arme. »

L’algarade dégénère pour de bon : Sylvanise rentre en trombe dans le local, jette son téléphone sur la table, assène une manchette au visage de Mickaël. Ça crie fort, des coups partent, Mickaël se débat tant qu’il peut.

Alors Sylvanise le bascule sur la table. Ghazioui le pousse. Cortbaoui contourne le comptoir, ses mains glissent sur le crâne chauve de Mickaël, il lui prend le col et les trois, de concert, plaquent d’un coup le jeune homme. Il est à plat ventre, les jambes et la tête dans le vide de part et d’autres de ce comptoir. Sylvanise est sur lui, Ghazioui lui tient les jambes, Cortbaoui lui fait une clef de bras.

Il est 18h18, Mickaël sera immobilisé ainsi 15 longues minutes.

Comment ont-ils pu ne pas percevoir sa détresse ? Sylvanise tente une explication : « Le seul objectif que j’avais dans la tête, c’était de le maintenir et d’attendre les services de police. »

Jean-Pierre Lops arrive à 18h21 dans le local : « Qu’est-ce qu’il a fait le jeune homme, il a volé une bouteille ? » Il s’accroupit, sa tête est tout près de celle de Mickaël. Il lui parle : « Calmez-vous jeune homme », « pourquoi vous venez voler ? », « Quand il est à jeun il est tout gentil, quand il boit il est tout méchant ».

Au début, Mickaël se débat, tente de s’extraire, parvient à se décoller quelques instants – mais les agents tiennent bon et le re-plaquent. Alors il crie, il hurle : « Pardon ! Pardon ! »

Il râle. Il souffle. Il agonise. Sylvanise n’est plus allongé sur lui mais le maintient fermement. Les agents discutent ensemble, s’agacent du temps d’intervention des policiers qu’Esther, leur collègue, appelle sans cesse. Le temps s’écoule.

Il est 18h24, Mickaël dit un dernier mot : « pardonnez-moi ».

Personne ne comprend, personne ne voit le jeune homme partir.

L’ingénieur son qui a étudié la vidéo relève une dernière respiration de Mickaël à 18h27.

Devant la cour, la vidéo est passée, repassée, décortiquée, saucissonnée. Cela ôte une part du choc émotionnel qu’aurait pu provoquer un visionnage d’une traite – ce sera fait plus tard. On attend les réactions des accusés, ils sont effarés. Ils se voient maintenir Mickaël dans une position qui va l’étouffer : compression de la cage thoracique, compression du larynx : asphyxie mécanique. Ça dure. Seul le regard de Lops soutient les images. C’est à 18h33 qu’ils relâchent Mickaël : « Oh, oh, jeune homme ? » Ils s’aperçoivent qu’il est inconscient, l’allongent en position de sécurité, font un massage cardiaque. Mickaël mourra le lendemain à l’hôpital.

Qui était Mickaël Blaise ?

Au moment des faits, la presse le décrit comme un marginal, un SDF violent et agressif. Ce lundi 23 novembre, les tantes du défunt montent à la barre pour le réhabiliter : « Il n’était pas du tout violent », dit l’une. « Il ne disait jamais de gros mots, il rendait service », ajoute l’autre. La troisième : « C’est l’enfant de la famille, gentil, on ne l’a jamais vu boire ou fumer. »

En 2002, Mickaël 18 ans à l’époque est diagnostiqué schizophrène. Il était suivi depuis lors et placé sous tutelle en 2006. Sa tutrice témoigne au procès : « Il venait très souvent [au centre qui le suivait], c’était quelqu’un de très gentil, poli, avenant. Il n’a jamais haussé le ton. Il demandait souvent de l’argent, négociait sur son allocation car il voulait s’acheter des vêtements, on refusait fermement, il n’insistait pas. »

Mickaël était « oisif et nonchalant, mais pas désocialisé », conclut-elle. Il vivait dans un foyer et avait des projets simples : trouver un appartement, passer le permis. Construire sa vie.

L’avis du psy

La lourde pathologie de Mickaël Blaise est analysée par le professeur Liliane Daligand. Elle sort un épais dossier médical et synthétise : « Schizophrénie paranoïde sévère. Syndrome de discordance, syndrome délirant et autistique. »


Liliane Daligand, à la barre

Elle égrène une liste de symptômes terribles : désorganisation psychique, au niveau de la parole. Blocages du discours et de la pensée, mauvais contrôle de ses émotions. Délire de persécution, délire de filiation : « Il était persuadé être le fils d’un rappeur américain, un dénommé Guru (link is external) », précise-t-elle. Mickaël était dans le déni de sa pathologie et avait une forte tendance à l’errance. Il a fait l’objet de plusieurs hospitalisations d’office : il était agressif et intimidant à l’égard des infirmières et autres patients, mais jamais violent. « Tout ceci se déroule en milieu hospitalier », ajoute-t-elle.

Cela contraste avec le portrait dessiné par les précédents témoins. Me Yves Sauvayre l’interroge : « Peut-il y avoir deux temps, le temps de l’hospitalisation, et un autre ? – Tout à fait, répond l’expert. Il avait une consommation de cannabis et d’alcool qui était cyclique et non chronique. Il en prenait surtout dans les pires périodes, pour diminuer son angoisse et ses souffrances. »

Elle ajoute : « Vivre dans un monde persécutoire et dangereux, penser que tout le monde nous en veut, entendre des voix, c’est une pathologie très lourde. Sa souffrance était immense. »

Les rapports médicaux montrent que Mickaël était « stabilisé » en décembre 2009. Il n’était pas dans une « bouffée délirante » dans laquelle sa dangerosité aurait pu se manifester.

Circonstance atténuante pour Sylvanise et Ghazioui ?

Pendant les premières heures du procès, les accusés paraissaient tranquilles, expliquant doctement que ce drame n’était qu’un accident. La diffusion de la vidéo les fait basculer. Les voilà ahuris, traversés par la honte. Hervé Sylvanise, 40 ans, originaire de Martinique, comme la victime lance d’une traite : « Oui, on a fauté. Quand on sort du tribunal, on voit la famille et on a honte. J’aurais préféré mourir à la place de Mickaël. J’ai honte, j’ai honte. »

Il pleure. Sur le bancs des accusés, les visages se ferment. En début d’audience, un peu apathique, il avait balbutié une phrase de remords : « Je m’en veux, je me demande comment ça se fait qu’on en est arrivés là. »

Ce 23 novembre, la professeure Daligand est à la barre. La psychiatre a examiné Sylvanise. Elle décrit le quadragénaire comme immature, ayant eu des difficultés de langage. « Il n’est pas agressif, pas violent, il est indifférent. Il a peu conscience d’autrui, sa seule activité avec les autres est génitale », diagnostique-t-elle en citant son patient, DJ du dimanche : « Ce qui m’a sauvé, c’est la musique et les femmes. »

La docteure Daligand a également rencontré Lyacine Ghazioui, freluquet de 44 ans. Ghazioui, est « passif, seul, en carence totale d’affection et complètement immature ». Jeune déraciné qui a quitté l’Algérie à 11 ans, il a pris un retard de langage et d’éducation qui l’a désocialisé. L’expert conclut, pour ces deux-là, à une altération du discernement, une circonstance atténuante.

Lops et Cortbaoui pleinement responsables

C’est au tour du docteur Lavie de s’avancer. Le psychiatre qui a examiné les deux autres accusés relève une immaturité, mais pour lui, aucune altération. Jean-Pierre Lops, le « chef » a bien « un peu tendance à aller dans tous les sens, à se perdre dans les détails ». Ce que la cour avait pu remarquer dès l’ouverture du procès quand le président de la cour, Noël Minicioni, l’avait invité à donner son sentiment sur le drame.

Impeccable dans son costume, l’ex-responsable de la sécurité du magasin s’était levé, cherchant d’abord ses mots pour exprimer sa compassion : « Je suis consterné, moi je voulais que personne ne soit blessé. »

Un message adressé à 3 dames dignes et impassibles, assises bien droites au premier rang du public. Ce sont les tantes de la victime, 3 des 7 parties civiles. Une fois lancé, Jean-Pierre Lops ne s’arrête plus. Il parle de sa vie et de son ancien métier : entré dans l’entreprise en 1981, dans la sécurité depuis 1985, puis tente de se justifier.

Lops est froid et distant, juge le psy, mais ce n’est qu’un léger trouble de caractère. Idem pour Georges Cortbaoui, 38 ans, brushing impeccable. Ce coiffeur de formation, à la voix fluette et nasillarde, a fui la guerre civile qui a ravagé le Liban pour s’installer en France.

Pour le docteur Lavie – et il s’oppose à sa consœur – l’immaturité n’est pas une cause d’altération, « sinon, on pourrait altérer 85% des détenus ».

Qu’en conclure ? L’avocate générale relativise les déclarations des experts : « Je rappelle à la cour que ce n’est que l’avis de l’expert, que ce n’est pas une science exacte, que la cour n’est pas liée par ces conclusions. »

Carrefour, « j’optimisme »

Lops et Sylvanise, tous deux salariés de Carrefour, sont défendus par Maîtres François Saint-Pierre, Emmanuel Daoud et Emmanuel Mercinier. Les deux autres accusés étaient employés par Byblos – une société de sécurité sous-traitant de l’hypermarché – et sont représentés par Mes Roksana Naserzadeh et Gabriel Versini.

Les 4 hommes partagent la même ligne de défense : Ils ont maîtrisé un voleur en attendant l’arrivée de la police. Le voleur s’est débattu, ils ont donc employé la force. Hélas, le voleur est mort.

C’est un drame, mais ils n’ont pas fauté.

La défense met en exergue la pauvreté de la formation des agents. Me Versini insistera dans sa plaidoirie sur « le manque de moyens qu’ils ont par rapport à ce que l’on attend d’eux », chargés de la sécurité du Carrefour le plus fréquenté de France : 12.000 tickets de caisse par jour, 4,5 millions par an.

Pas question pour la Cour d’Assise de juger les dirigeants de l’hypermarché, mais tout de même, ces derniers défilent à la barre pour donner leur sentiment sur cette affaire. L’un affirme que l’entreprise a revu ses règles de formation en matière de sécurité, l’autre adresse sa compassion aux tantes de Mickaël Blaise. Un autre estime qu’il « n’aurait pas mieux fait » que les 4 agents. Il réaffirme sa solidarité avec ceux qui sont toujours des salariés de Carrefour – mais plus dans la sécurité, ils ont perdu leur agrément. Tous témoignent de leur professionnalisme et, comme la défense, déplorent un tragique accident.

Pas vraiment du goût de Me Yves Sauvayre, avocat des parties civiles. Dans sa plaidoirie il dénonce « l’empire Carrefour, venu prendre fait et cause pour ses salariés ». Pourtant, il y a selon lui « une mise en œuvre d’une démarche macabre et mortifère dont l’issue ne pouvait être que la mort », de la part de personnes qui ont eu « cette position délibérée de la souffrance. On le pousse, on l’étrangle et on lui dit ‘calmez-vous’ ! »

« La négation de l’humanité »

Mercredi matin, 25 novembre – L’avocate général, la cinquantaine, se lève et déroule calmement ses réquisitions. Le propos est structuré : elle juge les mesures coercitives que la loi les autorise à mettre en œuvre « totalement disproportionnées ». Puis : « La vidéo, elle est d’une violence inouïe, insoutenable. Les actes commis délibérément sur le corps de Mickaël Blaise ont directement causé sa mort. » Et cette action de compression, qui a causé l’asphyxie, est volontaire. Tout cela constitue selon elle des violences volontaires.

« Cette mort, c’est en quelque sorte la négation de l’humanité. Une mort lente, douloureuse d’un homme écrasé sous un pack de 330 kg de violence et de mépris. »

Elle requiert pour tous entre six et huit ans de prison.

Me Naserzadeh ouvre le bal des plaidoiries en rappelant aux jurés que les accusés sont coupables, certes, mais de quoi ? Elle dépeint Lyacine Ghazioui comme un homme seul et sans estime de lui : « Il n’existe même pas à ses propres yeux. »

Tout prêt des jurés, elle bascule sur une table. Elle mime la position qui fut fatale à Mickaël Blaise. Une position qui a elle seule provoque malaise et suffocation – et le poids des vigiles, dit-elle, n’importe pas tant que l’accusation le voudrait. Me Daoud, sobrement, tente de son côté de restituer l’émotion des vigiles : « Lorsque je suis accusé il m’est interdit de me taire, mais c’est quasiment impossible de parler. »

Il est tard, le président suspend l’audience.

Dernier jour de procès

Au matin du dernier jour, Me Saint-Pierre prend la parole : « Les violences volontaires ne sont pas évidentes, l’homicide involontaire non plus. »

Il dresse un tableau complet de la situation. Que faisaient ces hommes ?

« Ils étaient au travail, ce ne sont pas des gangsters ou des criminels qui abusaient d’un enfant dans le huis clos de la vie privée. Ils pensaient à bien faire leur travail. »

Un travail pour lequel ils n’étaient pas bien formés, mais qui impliquait – et c’était leur droit, leur devoir – « d’appréhender manuellement Mickaël Blaise ». Le « pliage » du suspect – même s’il est « sur le fil » – procède de ce droit.


La plaidoirie de Me Saint-Pierre

Comment des faits similaires sont habituellement jugés ? Me Saint-Pierre fait un tour de la jurisprudence, cite des affaires très proches où des policiers, des gendarmes, des agents de sécurité ont tué un homme en l’interpellant. Les peines sont faibles et souvent avec sursis et de surcroît, c’est l’homicide involontaire qui est retenu – et le tribunal correctionnel qui juge. Car dans ces cas comme dans celui-ci, « on n’a jamais voulu la mort, on a jamais voulu les violences mortelles. Ce fait dramatique ne constitue pas un crime ».

Le crime de violence volontaire est sanctionné par des peines variables. Pour les 4 jeunes qui avaient provoqué la mort de Saïd Bourarach, un procès que StreetPress vous avait raconté, ce fut 4 à 9 ans. Jawad Bendaoud, « le logeur de Daech » avait écopé en 2008 de 8 ans. Mais ce sont des cas graves, pour le dernier à la limite du meurtre.

Libérables en 2016

11 heures, la cour et les jurés partent délibérer. Ils resteront enfermés 7 heures, pour se décider sur la nature de l’infraction et la peine appropriée. 18 heures, dans un silence absolu, la salle, toujours emplie des familles des accusés, vient écouter le verdict. Les accusés sont tous reconnus coupables de « violences volontaires en réunion ayant entrainé la mort sans intention de la donner ».

Aucune altération du discernement n’est retenue.

La peine : 4 ans dont 2 avec sursis pour trois d’entre eux, 3 ans dont 18 mois avec sursis pour Lyacine Ghazioui.

Les policiers prennent place dans le box aux côtés des 4 anciens agents désormais sous mandat de dépôt. Ils paraissent calmes et rassemblent quelques affaires – sauf Cortbaoui, paniqué. Ils ont déjà purgé 4 mois de détention provisoire. Ils pourront prétendre à une libération conditionnelle dans le courant de l’année 2016.

Source :
http://www.streetpress.com/sujet/1449848269-proces-mickael-mort-etouffe-vigiles-carrefour

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Publié par C.L.A.P33 - dans Autres témoignages
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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 17:28

Transmis par la victime, le 15 décembre 2015

Et voici un petit témoignage de ce qui m'est arrivé avant hier soir et qui m'a mis très mal sur le coup.

Donc j'étais dans le métro parisien et je vois un jeune homme sur le quai à République se faire malmener par une dizaine de flics, je le reconnais il fait partie des jeunes militants écolos que j’ai déjà filmés pendant la semaine ( je fais un film comme tu sais), je descends alors du métro pour filmer la scène, je me fais alors encercler et contrôle d’identité, "flasher" ma carte d’identité, puis dans la foulée rapidement insulter, traiter d’extrémiste, de fasciste, de "RIEN" et bien sûr arracher la caméra...

Je dis que je suis documentariste et qu'à ce titre j'ai le devoir de "documenter" le réel, mais, pour eux, comme je n’ai pas d’équipe de cinéma autour de moi, je suis donc "rien"…

Ils réclament une carte de presse, la carte de presse, ça c’est vraiment la chose à avoir en ce moment sur soi !!!

Je leur dis que je fais mon travail de cinéaste indépendante et que j’ai même un contrat d’auteur dans la poche (!), mais ils s'en fichent, pas d’équipe et pas de carte de presse, donc ils s'en fichent, je suis "rien", ou plutôt si, je suis une extrémiste, "une fasciste", répètent ils plusieurs fois à l'envie ! Ils sont eux "une équipe "blanc black beur"...

Et par un drôle de bricolage intellectuel, ils arrivent à la conclusion que je suis fasciste parce que j’ai pris des images d’eux "une équipe "black blanc beur"

A eux dix, ils sont « les droits de l’homme » incarnés et moi je suis une extrémiste !!

Je leur dis que j’ai le droit de faire des images d’eux puisqu’ils représentent "le visage de l’Etat" et que je ne savais pas que la loi avait changé récemment !

Alors ils se tournent vers le pauvre militant malmené ( je ne sais pas son nom) et lui disent  que je ne lui ai pas demandé son droit à l’image à lui non plus !…

Le jeune dit qu'il est très content que je sois là et il me remercie d'avoir voulu filmer !!!

Episode où on atteint des sommets croquignols ! Ils me donnent alors un violent coup dans le genou pour m'obliger à m'asseoir sur le banc du métro !

Ils me disent qu'ils vont m'apprendre à obéir !

Je leur propose de "flouter" leurs images mais ils m'arrachent la caméra dont ils déchirent au passage la courroie et effacent les images de ma carte video.

J'ai aussi dans mon sac "un masque " blanc pour que les personnes que j'interviewe puissent éventuellement le mettre si elles ne veulent pas que je filme leurs visages. Ils sortent triomphants le masque de mon sac en y voyant là, la preuve que j'appartiens bien à un dangereux réseau !!! Ils disent qu'ils vont me ranger dans la catégorie "?" ( j'ai oublié le nom !)

Ils me laissent finalement partir non sans m'avoir redit que j'étais une fasciste !!! Etc etc Je passe sur d'autres détails joyeux !

*****
Merci de contribuer à enrichir le C.L.A.P 33 en participant à cette tribune.

Vos témoignages pour informer et protester Contre Les Abus Policiers : collectif.clap33@gmail.com

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 14:21


4 portes ont été enfoncées à coup de bélier

Le 11 décembre 2015

Mardi soir, les policiers débarquent dans un foyer pour femmes d’Argenteuil. Pendant la perquisition, la police se serait lâchée : « C'est du gâchis [de porter le voile]. Vous êtes jeune, belle et bien gaulée ». A StreetPress, Célia raconte sa soirée.

Argenteuil, mardi 8 décembre, 20 heures. – « Police ! Police ! » Célia, 20 piges est tranquillement posée dans sa chambre, en train d’envoyer des SMS quand elle entend des cris et des coups portés dans la porte du foyer. Les forces de l’ordre déboulent en trombe dans ce foyer pour femmes en grande précarité, géré par l’asso muslim Baytouna (link is external).

Quelques secondes plus tard, une quinzaine de policiers cagoulés, casqués pour certains, grimpent 4 à 4 les marches qui mènent à la chambre de Célia, seule ce soir-là dans le foyer. Arrivé à l’étage, un homme en bleu braque son arme dans sa direction. Les agents lui auraient intimé l’ordre de se mettre face au mur et lui arrachent son téléphone. Célia s’exécute :

« Je n’ai pas eu le temps d’enfiler mon Jilbab [un grand-voile islamique qui couvre la tête et le corps, ndlr], heureusement que j’étais habillée d’une robe dotée d’un voile intégré. J’ai pu me couvrir rapidement. »

Pendant près de 2h30, les forces de l’ordre retournent la maison. Célia nous raconte sa sale soirée et, elle l’assure, émaillée de commentaires sexistes et islamophobes. Car comme l’explique lui-même un agent, ils disent « ce qui leur passe par la tête ». Et c’est gratiné : « coquine », « bien gaulée », « tu as l’air con »…

Perquisition et fouille au corps

Dans sa chambre, Célia est fouillée minutieusement par une policière. « Ils m’ont palpée à plusieurs reprises et m’ont arraché mon voile. » La situation est tendue :

« Ils se demandaient entre eux en criant “ y’a d’autres personnes ? “ Je me suis retournée pour leur répondre que non, mais un policier m’a crié : “ face au mur “, en me poussant afin que je plaque bien ma tête contre la paroi. Sa collègue appuyait fortement sur mon dos afin que je reste immobile. »

Dans le pavillon, c’est le grand ménage de printemps : les affaires des 7 occupantes sont jetées au sol et 4 portes, fermées à clef, enfoncées à coup de bélier. Le contenu des ordinateurs et des téléphones portables est copié.

Ambiance café du commerce

Pendant que les policiers jouent les fées du logis, Célia est conduite au rez-de-chaussée. 3e fouille au corps.

D’un ton plus léger, la policière tient à préciser : « Je fais ça car c’est mon métier, je préfère vous le dire pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. » Célia esquisse un sourire. Quelques flics entament la conversation. Sur un ton badin, ils auraient enchainé les punchlines :

« C’est du gâchis. Vous êtes jeune, belle et bien gaulée, vous pouvez vous en sortir ! »

Une autre policière, plus virulente, se serait lancée dans des commentaires sur la femme musulmane, forcément « soumise » : « Combien de femmes se sont battues pour leurs droits ! Pourquoi vous portez le voile ? » Célia commence à perdre patience et lance « qu’est-ce que ça peut vous faire ? » en guise de réponse :

« Non, je demande juste comme ça et soyez moins arrogante. »

Un autre agent lui demande si elle porte le niquab dans la rue : « Oui mais avec un masque médical. » Et une policière aux cheveux très courts de lâcher selon Célia : « Vous devez avoir l’air con comme ça. Vous devez ressembler à une handicapée ! »

Dans la pièce, c’est ambiance café du commerce. Le commissaire fait son entrée et aurait lancé en guise de vanne, à sa collègue : « Tu n’es pas encore convertie ? » Et d’enchaîner : « Le commissaire m’a dit de toute façon, tu ne peux pas être à la fois policier et musulman, ce n’est pas possible. »

Puis une autre : « - Je suis sûr que t’es une petite coquine. – Pourquoi vous dites ça ? - Je dis ce qui me passe par la tête… »

« Menace pour l’ordre et la sécurité publique »

22h30, la police plie bagage. « Au revoir, bonne soirée ! », lance sans rire un agent.

Pour Virginie, co-fondatrice de l’asso, cette perquis’ va laisser des traces : « C’est vraiment dur pour les filles, ce sont des femmes qui n’ont presque rien et le peu qu’elles ont, elles l’ont chez Baytouna. Et là ils ont tout saccagé ! Mais on reste combatifs, d’autant qu’on a reçu de nombreux soutiens de gens de toutes les confessions. Nous, on ne veut pas opposer les religions. »

Difficile de connaître la motivation de cette perquisition. Seul indice, un récépissé fournit par les policiers.

Sur le bout de papier, il est simplement indiqué que « l’association Baytouna (…) est fréquentée par des personnes dont le comportement constitue une menace pour l’ordre et la sécurité publique ».

La chambre de Célia après le passage de la police :

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 12:35

Depuis La Rotative le10 décembre 2015

Depuis le dimanche 6 décembre, la vidéo d’une intervention policière à proximité de l’arrêt de tram Beffroi circule sur Internet. On y voit notamment un policier frapper un homme plaqué au sol. Contrôles abusifs, menaces, insultes, interpellations… Les flics s’en sont pris en particulier à une famille qui compte bien porter plainte. Retour sur ce qui s’est passé.

Ça commence par un scooter qui tourne dans le quartier. Des policiers en uniforme et d’autres appartenant à la brigade anti-criminalité (BAC) tentent d’arrêter le conducteur, mais sont semés. Les flics tournent dans l’espoir de remettre la main dessus, sans succès.

A force de tourner, les voitures de police s’attirent les railleries d’un groupe de jeunes installés devant le laboratoire d’analyses situé face à l’arrêt de tram. Vers 16h30, les voitures de police viennent se garer à côté du labo. Les jeunes racontent :

« On était 15, ils nous ont contrôlés, fouillés. Y avait des blancs à côté qui ne se sont pas fait fouiller, c’était clairement un contrôle au faciès. C’était dimanche, les commerces étaient fermés, on embêtait personne. »

Ils sont tous alignés, les mains sur la vitrine [1]. Le contrôle se passe dans le calme, malgré les injures et les menaces dont les jeunes témoignent  : « Vas-y, palpe-lui lui la bite », lance un policier à son collègue ; « Si vous vous retournez, on vous tire dessus » ; « Maintenant c’est qui les fils de putes ? On va vous la mettre ! ».

L’un des jeunes, qui était au téléphone au moment du contrôle, reçoit un coup de la part d’un flic avant d’être aligné contre la vitrine.

Après vérification des téléphones et palpations, les flics embarquent l’un des jeunes pour contrôle d’identité. Un autre jeune témoigne, dégoûté : « Les flics font ce qu’ils veulent, avec l’état d’urgence ils ont carte blanche, et ils savent qu’ici il n’y aura pas de rébellion ».

Pendant le contrôle, un flic fait une remarque déplacée à l’encontre de la famille D., qui vit dans le quartier. H., l’un des membres de la famille, est présent, et répond à la provocation policière. Mais les voitures de police font mine de s’en aller.

Elles ressurgissent quelques instants plus tard, sur l’avenue de l’Europe, pour tenter d’interpeller H., qui s’est rendu dans l’immeuble de ses parents. Récemment sorti de prison où il était incarcéré pour une histoire de stupéfiants, il est bien connu des policiers du coin, qui multiplient les provocations et les vexations contre lui ou les membres de sa famille, malgré ses efforts de réinsertion.

Trois flics de la BAC pénètrent dans le hall de l’immeuble où vivent les parents D. Ils frappent à la porte de l’appartement. La mère, la tante et une des sœurs de H. sont dans le hall, et demandent aux flics de ne pas casser la porte, assurant que le père va ouvrir.

Mais le temps que le père, âgé de 80 ans, se lève et parvienne jusqu’à la porte depuis son lit médicalisé, les policiers avaient déjà cassé la poignée extérieure. Les coups continuent à pleuvoir sur la porte, qui se casse. La poignée intérieure vient frapper le père, qui est ensuite poussé par un policier contre un meuble.

Dans le hall, la sœur de H. est saisie au cou, projetée au sol puis menottée, après avoir répondu à l’insulte d’un flic.

Sa tante, qui a voulu la secourir, est attrapée brutalement au poignet par un autre flic qui lui crie : « Ferme ta gueule, lâche-la ».

La mère, âgée de 67 ans, reçoit un coup de matraque en voulant rentrer dans l’appartement pour relever son mari.

Après une rapide inspection, les policiers constatent que H. n’est pas dans l’appartement.

Pendant ce temps-là, à l’extérieur de l’immeuble, quelques personnes sont arrivées, ameutées par les cris de la famille D. et curieuses de comprendre les raisons de la forte présence policière.

Les jeunes contrôlés un peu plus tôt ont suivi, de la place jusqu’au carrefour. Ils racontent que les policiers les ont braqués avec leurs flashballs, et ont distribué coups de matraques et gaz lacrymogène. Ils évoquent aussi une mitraillette dans les mains d’un des policiers en uniforme.

Un homme est frappé au visage, puis poursuivi jusque devant La Poste. Plaqué au sol, il reçoit des coups des policiers — sur la vidéo, on voit clairement un policier de la BAC porter un coup de pied dans le haut du corps de l’homme au sol [4].

Bilan : des points de suture au crâne, des hématomes sur tout le corps et deux côtes fêlées. Interpellé, il est au passage insulté, y compris avec des injures à caractère raciste, et finira en garde à vue pour outrage et rébellion...

« Les policiers étaient déchaînés », assure un témoin. Le face-à-face aurait duré une vingtaine de minutes, le temps que les flics ressortent de l’immeuble des parents D, embarquant la sœur de H. qui sera également placée en garde à vue pour outrage.

Ce qui a particulièrement choqué les personnes qui ont assisté à la scène, ce n’est pas l’intervention policière en elle-même, mais les conditions dans lesquelles elle s’est déroulé. « Ce qui nous choque, c’est la manière dont ils ont exercé leur fonction. Ils auraient pu intervenir calmement », témoigne une habitante.

Une autre dénonce les provocations quotidiennes des policiers à l’égard des jeunes : « Ils contrôlent leurs papiers alors qu’ils les connaissent ».

L’un des agents de la BAC impliqués serait un habitué des plaintes pour outrage et rébellion, qui constituent pour certains flics une manière d’arrondir leurs fins de mois.

La famille D., choquée, a tenté de porter plainte contre les policiers. Mais a essuyé deux refus, le dimanche d’abord, et encore le lundi. Un signalement de non-prise en compte de dépôt de plainte a été adressé au procureur de la République.

H. a été convoqué au commissariat.

***
Deux médias locaux ont évoqué l’affaire : Info-Tours et La Nouvelle République.
Le premier titre « Tours Nord : un contrôle routier dégénère, plusieurs interpellations » [2], le second « TOURS-NORD Interpellations après un contrôle routier au Beffroi » [3].

Info-Tours parle d’une « interpellation musclée », euphémisme de journaliste pour qualifier des violences policières.

Dans la NR, Olivier Brosset affirme que « les fonctionnaires ont été confrontés à un groupe d’excités alors qu’ils s’approchaient du Beffroi et l’un d’eux pris à partie ». Or, d’après les témoignages que nous avons recueillis, c’est plutôt les policiers qui méritent d’être qualifiés de « groupe d’excités ».

***
Notes

[1]
Comme le montre la photo d’illustration de l’article, tirée d’une vidéo filmée par un habitant.

[2]
http://www.info-tours.fr/articles/tours/2015/12/07/3298/tours-nord-un-controle-routier-degenere-plusieurs-interpellations/

[3]
http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Actualite/Faits-divers-justice/n/Contenus/Articles/2015/12/09/TOURS-NORD-Interpellations-apres-un-controle-routier-au-Beffroi-2559008

[4] 1min28s.

Source :
http://larotative.info/interpellations-a-tours-nord-apres-1321.html

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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 10:51


Hélène, à son domicile, dimanche 6 décembre.

Le 9 décembre 2015

Dans le hall de la petite copropriété, une affichette interpelle d’entrée le visiteur. "Merci à vous tous pour votre soutien, vos appels, vos SMS face à ce qu’il s’est passé lundi dans la nuit à mon domicile." Au pied, une signature. Celle d’Hélène (les prénoms ont été changés).

La jeune quadragénaire occupe un petit deux-pièces au rez-de-chaussée de cet immeuble situé dans un quartier "calme et résidentiel" d’une commune des Hauts-de-Seine.

En ce premier dimanche de décembre, il est encore tôt dans l’après-midi mais "depuis ce qu’il s’est passé, je vis avec les rideaux tirés et les volets de la chambre fermés toute la journée", justifie-t-elle.

Les faits remontent à la nuit du lundi 23 au mardi 24 novembre.

Ce soir-là, Hélène est seule à son domicile : son ex-conjoint, dont elle est séparée depuis 2010, est venu chercher leur fils avant le dîner pour qu’il passe la nuit chez lui. "J’ai éteint la télé vers minuit et demi et je me suis couchée. Environ un quart d’heure après, j’ai été réveillée par un grand boum. On tapait violemment contre ma porte et j’ai aperçu des torches", raconte Hélène, assise dans la pénombre de son salon.

"De toute façon, on est en état d’urgence, on fait ce qu’on veut"

Hélène croit d’abord à un cambriolage et se précipite vers le mur mitoyen qui la sépare de ses voisins. "J’ai hurlé : 'Au secours, appelez la police !'", ignorant qu’elle se trouve en réalité devant sa porte...

Les coups redoublent d’intensité. "J’étais paniquée, j’ai cru que j’allais mourir, et ça continuait à taper, à taper… Ça a duré plusieurs minutes et puis ils ont fini par rentrer.

Je me suis retrouvée face à six ou sept hommes armés."

Choquée, Hélène ne comprend pas ce qui lui arrive. "L’un des policiers m’a alors tendu un papier en disant : 'Lisez ça si vous savez lire.'"

Le papier – un ordre de perquisition – mentionne le nom et le prénom de son ex-conjoint. "Je leur ai alors expliqué que je vivais seule avec mon fils de 9 ans et demi en situation de handicap mais l’un d’eux m’a dit : 'De toute façon, on est en état d’urgence, on fait ce qu’on veut.'"

Sans procéder à une fouille complète de l’appartement, les policiers se contentent de jeter un œil à la salle de bain et d’ouvrir un placard dans la chambre de son fils.

Avant de quitter les lieux.

"Ils n’étaient pas tous méprisants, nuance Hélène, qui interrompt plusieurs fois le cours de son récit, des larmes dans la voix. Trois ou quatre avaient un regard désolé. On sentait qu’ils n’avaient pas le choix."

Une demi-heure après leur départ, l’un deux revient accompagné d’un serrurier. "Il a seulement changé la serrure, mais il restait un trou béant dans la porte. Le policier m’a dit qu’il reviendrait le lendemain avec un devis pour la remplacer."

"Là, les policiers jouent aux cow-boys, ils se croient tout permis"


La porte d'entrée du domicile d'Hélène après l'intervention policière,
dans la nuit du 23 au 24 novembre.

Entre-temps, ses voisins, priés de rester chez eux pendant l’intervention, accourent en pyjama. Hélène réussit à joindre son frère, qui arrive à son tour.

"Hélène et son frère ont appelé son ex-compagnon devant nous pour lui indiquer qu’il était recherché, l’invitant à se rendre au commissariat", racontent Marie et Nicolas, un couple qui vit au 4e étage. Hélène poursuit : "Quand il s’est présenté dans la nuit, les policiers l’ont invité à rentrer chez lui en lui précisant qu’ils viendraient perquisitionner son domicile dans les deux heures. Ce qu’ils ont fait. Ils ont fouillé deux, trois cartons avant de repartir. Il leur a demandé s’il était fiché 'S', mais ils lui ont dit que non."

Pour Hélène, cela ne fait aucun doute, si son ex-conjoint était recherché, c’est "parce qu’il est musulman et qu’il porte une barbe, c’est tout. Son casier judiciaire est vierge et il est français comme moi".

Elle-même de confession musulmane, Hélène porte le voile depuis 2005 – "juste par pudeur", glisse-t-elle.

Guillaume, un autre de ses voisins, témoin de la scène, dénonce une "chasse aux sorcières" : "C’est très politique. Les régionales arrivaient, il fallait faire du chiffre. Le serrurier nous l’a bien dit : 'En ce moment, on n’arrête pas !' Mais là, les policiers jouent aux cow-boys, ils se croient tout permis."

Contactée par Le Monde, la préfecture des Hauts-de-Seine ne souhaite pas communiquer "de façon individuelle sur les perquisitions administratives".

"C’est pas grave ce qui vous est arrivé"

Depuis l’intervention policière, Hélène, qui partage son temps entre des gardes d’enfants et l’entretien de l’immeuble, tente de récupérer une preuve écrite de la perquisition. Car aucun document ne lui a été laissé.

"Le policier qui est revenu seul avec un serrurier m’a demandé de signer un PV de perquisition. Mais j’ai refusé car il comportait plusieurs erreurs. Il mentionnait par exemple que j’avais refusé d’ouvrir la porte avant l’intervention des policiers et que mon domicile était suspecté d’abriter des armes. J’ai souhaité que le document soit modifié mais le policier a refusé, m’indiquant que ma seule option était de ne pas signer et que dans tous les cas, je n’en aurais pas copie."

Les jours suivants, Hélène attend en vain le retour du serrurier censé lui apporter le devis de réparation de sa porte. Elle se tourne alors vers le commissariat, faisant part de son désarroi. "A l’accueil, on m’a répondu : 'Mais Madame, il ne faut pas vous mettre dans ces états-là, c’est pas grave ce qui vous est arrivé.' "

Le 26 novembre, le commissariat laisse finalement un message sur son répondeur, que Le Monde a pu écouter :

"Compte tenu que vous hébergez ou avez hébergé le monsieur qui était mis en cause, vous n’avez le droit à aucune indemnisation. Voilà, c’est très bien [sic]. Au revoir Madame."

Hélène ne compte cependant pas en rester là : aidée de ses voisins, elle a préparé un courrier adressé à la préfecture de police pour demander réparation des dégâts matériels occasionnés lors de l’opération policière.

Depuis cet épisode nocturne, la jeune quadragénaire a beaucoup de mal à retrouver le sommeil. Son médecin lui a prescrit deux anxiolytiques – une solution à court terme, soupire-t-elle.

L’affaire la laisse "écœurée" et la plupart de ses questions restent sans réponse : "Après leurs perquisitions, les policiers continuent leur vie comme avant. Mais nous, on devient quoi ?"

Elisabeth Pineau

etatdurgencelemonde@gmail.com

Source :
http://delinquance.blog.lemonde.fr/2015/12/09/etat-durgence-le-serrurier-nous-la-bien-dit-en-ce-moment-on-narrete-pas/

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 11:40

Le 8 décembre 2015

S’arrêter, ouvrir son sac pour en dévoiler le contenu, déboutonner son blouson, répondre à quelques questions... Autant de gestes devenus quasi quotidiens depuis les attentats du 13 novembre, lorsqu’on croise un agent de sécurité à l’entrée d’un grand magasin, d’une salle de spectacle, d’un musée... Mais faut-il vraiment s’y plier devant une école maternelle ?

La réponse ne fait pas l’unanimité parmi les parents d’élèves d’un petit village - 2 800 âmes - de la périphérie de Lyon, dont on ne dévoilera pas le nom pour préserver ce qu’il lui reste de tranquillité.

Fouille des sacs, des poussettes et des porte-bébé ; contrôle des vêtements, ceux des parents, des nourrices... voire ceux des enfants : le "pire" n'est pas arrivé tout de suite, mais quelques jours après les attentats, explique un père de famille.

"Tout ça fait de manière un peu aléatoire, parfois par un agent municipal, parfois par la directrice de l’école en personne", affirme-t-il.

Il ne décolère pas d’avoir vu son fils de 4 ans et demi obligé, dit-il, d’ouvrir sa parka avant d’être "palpé" : "Que recherche-t-on quand on inspecte le sac à dos d’un enfant ? Qu’espère-t-on trouver hormis un goûter, un doudou pour les plus petits, quelques livres pour les plus âgés ?"

Le rectorat nie tout "excès de zèle"

Dès le lundi 16 novembre, les parents avaient découvert les premières mesures de sécurisation en accompagnant leurs enfants en classe. Elles les ont d’autant plus émus qu’elles concernent des enfants de maternelle, de 3 à 6 ans, un âge que l’on aimerait préserver des affres de l’actualité.

"Impossible d’accéder aux classes, il nous a fallu laisser nos enfants devant la grille sans consigne claire", raconte ce père. Une mesure qui heurte dans cette "petite école" où le lien parents-enseignants, les "transmissions" entre l’univers de la maison et celui de la classe (et inversement) comptent beaucoup.

Sollicitée, la directrice de l’école ne nous a pas répondu.

Quant au rectorat de Lyon, il reconnaît l’"émotion de certaines familles qui regrettent que l’ambiance ne soit pas plus rassurante, plus sereine", mais nie tout "excès de zèle" de la part de l’équipe enseignante.

Dans ce petit coin tranquille des Monts d’Or, ce ne sont pas les enseignants mais le maire du village qui a pris l’initiative de pousser la vigilance plus loin que les consignes émises par l’éducation nationale après les attentats - celles-ci préconisant, pour l’essentiel, un contrôle de l’identité des personnes étrangères aux établissements et, éventuellement (pas obligatoirement) un contrôle visuel des sacs.

"Si des terroristes ciblent une école, nous, au moins, au aura tout tenté pour les dissuader"

L’édile - sans étiquette -, par ailleurs ancien président d’une association de parents d’élèves, l’assume : "J’ai voulu que la réponse sécuritaire soit la même à l’entrée de tous les bâtiments publics du village, salle des fêtes, salles associatives... et écoles : que chaque adulte accepte d’ouvrir sacs et manteaux." Il conteste en revanche toute "fouille corporelle", a fortiori des enfants.

"Il y a eu l’époque d’avant [les attentats du 13 novembre], il nous faut accepter cet après, martèle le maire. Si des terroristes ciblent une école demain, nous, au moins, au aura tout tenté pour les dissuader de frapper ici."

A son crédit, dit-il, le soutien de la majorité des familles : "Il y a 350 enfants scolarisés dans notre village, et c’est une poignée de parents - toujours les mêmes - qu’on entend râler... Ce sont les querelles de clocher, politiques, qui résonnent au sein de l’école."

"On lui avait expliqué, en classe, qu’il y avait des 'méchants', que ceux-ci pouvaient se déguiser en parents..."

Une poignée de familles, sans doute, mais très remontée. "Après les attentats, on a tous été très mal, on a tous eu très peur... Pourquoi en rajouter en diffusant un message et des pratiques anxiogènes ? L’état d’urgence ne justifie pas tout", s’indigne une mère de trois enfants, opposée à ces "contrôles humiliants".

Des contrôles que les enfants, même très jeunes, ne peuvent pas ignorer.

"Mon fils, en grande section, m’a rapporté qu’on lui avait expliqué, en classe, qu’il y avait des 'méchants', que ceux-ci pouvaient se déguiser en parents... mais qu’heureusement, dans l’école, ils étaient en sécurité", témoigne un père, déconfit. Des mots d’enfants, soupire-t-il, mais qui pour lui en disent long sur ce climat post-attentats qui peut voir la peur l’emporter sur la raison.

Pour la fédération de parents FCPE comme pour le syndicat SNUipp-FSU (majoritaire parmi les instituteurs), ce cas semble bien isolé. "Globalement, chacun entend le principe de vigilance accrue, explique Sébastien Sihr, du SNUipp, même s’il est certain que l’application doit se faire avec discernement et en bonne intelligence. Tout ne peut pas reposer sur les enseignants. Ils n’ont pas à se transformer en agent de sécurité ou de la circulation !"

Mattea Battaglia

etatdurgencelemonde@gmail.com

Source :
http://delinquance.blog.lemonde.fr/2015/12/08/etat-durgence-pres-de-lyon-fouilles-et-palpations-de-securite-des-la-maternelle/

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 10:19

Le 10 décembre 2015

La peine se veut exemplaire. Un lycéen de 18 ans a été condamné ce jeudi en correctionnelle à Caen (Calvados) à trois ans de prison dont deux ferme pour avoir posté plus de 70 pages de tweets dans lesquels il exprime son soutien au groupe Etat islamique et se félicite des attentats du 13 novembre de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et de Paris.

Le jeune homme est aussi condamné pour avoir menacé de mort en mai dernier sur le même réseau social l'imam de Drancy (Seine-Saint-Denis), considéré comme modéré.

« Mon plus beau souvenir du Bataclan, pété de rire , écrit par exemple le jeune homme incarcéré depuis le 18 novembre dans un post accompagné d'une photo. « Fusillade à Paname, mort de rire », « Paris mobilisé contre Daech, lol, ils peuvent rien faire », a-t-il aussi publié.

« Si c'est un délire, c'est un long délire »

« Si c'est un délire, c'est un long délire », a lancé la procureure de la République de Caen Carole Étienne en évoquant la longue série de tweets postés depuis mai 2015 et après les attentats du 13 novembre. Le tribunal a suivi ses réquisitions.

En six mois, le prévenu a posté plus de 70 pages de tweets où il dit notamment « avoir un bac+ 5 préparateur de guerre civile » et invite à « faire craquer la France comme ils ont fait craquer nos pays ».

Durant l'audience, le jeune homme a multiplié les « regrets », les « excuses », y compris à l'égard de l'imam.

« C'était un délire, je le pensais pas du tout, a plaidé le jeune homme. Je me suis créé un personnage. En réalité, je suis pas du tout comme ça (...) J'étais accro (Ndlr : à Twitter).»

Pour son avocat, « c'est un gamin normal ». « En dehors de Twitter, y a rien» , assure Me Jean-Charles Jobin. Entre mai et novembre, la justice n'a pas bougé parce qu'il n'« y a pas de danger ».

Source :
http://www.leparisien.fr/faits-divers/apologie-du-terrorisme-un-lyceen-condamne-a-deux-ans-de-prison-ferme-10-12-2015-5358661.php

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 16:29

Le 8 décembre 2015

Vouloir assister à son audience devant le tribunal administratif peut valoir une nuit en garde à vue, une perquisition, et une deuxième nuit au dépôt du Palais de justice de Paris... pour au final recevoir un rappel à la loi. C'est ce qu'a appris G., ces deux derniers jours.

Nous l'avions surnommé "l'assigné mobile" dans un post précédent : habitant de Montrouge (Hauts-de-Seine), il devait traverser la capitale quatre fois par jour (8 heures, 11 heures, 14 heures, 18 heures)… pour aller pointer au commissariat du 18e arrondissement de Paris, sans que rien n'explique ce choix géographique inattendu. 6 heures de transport par jour. Absurde et manifestement illégal : la loi du 20 novembre sur l'état d'urgence prévoit trois pointages maximum.

Mardi 8 décembre, l'arrêté de l'assigné mobile a été modifié, avec trois visites au commissariat à 8 heures, 14 heures et 18 heures. Ça tombait bien, puisque l'audience de son recours en référé-liberté contre l'assignation était prévue à 11h30 au tribunal administratif.

Mais la juridiction compétente pour les Hauts-de-Seine est à… Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), à plus d'une heure de transport en commun de Montrouge comme du 18e arrondissement (il faut suivre). Son avocate, Me Marie Dosé, avait prévenu la préfecture des Hauts-de-Seine de son déplacement.

C'était sans compter avec les transports en commun franciliens. L'audience s'est finalement tenue à 12h30, pour se finir à 13h15. Un peu juste pour être à l'heure au commissariat. Son avocat le prend alors dans sa voiture, et tente l'impossible : Cergy-18e arrondissement en moins de 45 minutes.

G. avait appelé le commissariat pour prévenir de son retard. En vain : quand il se présente à 14h40, il est immédiatement placé en garde à vue pour non-respect de son assignation à résidence. "Pour vérifications", explique-t-on au parquet de Paris.

Deuxième perquisition en trois semaines

Les vérifications sont approfondies : G. passe une première nuit au commissariat, puis il est transporté à son domicile pour assister à une perquisition. Ce n'est jamais que la deuxième en trois semaines, puisqu'il avait déjà été visité par la police, sous le régime de la perquisition administrative, quelques jours après la mise en place de son assignation.

Au final, le parquet de Paris décide de le déférer, en vue d'un rappel à la loi. G. échappe donc à la comparution immédiate, et à une condamnation qui peut aller jusqu'à trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. Mais il n'est pas immédiatement présenté à un magistrat, et il est donc transféré au dépôt du Palais de justice, pour y passer la nuit.

Au parquet, on assure que tout cela était nécessaire. Déjà, G. est considéré un "islamiste radical pro-djihadiste". Et puis selon les policiers, lorsque G. a appelé le commissariat, il n'a pas prévenu de son retard, mais il a au contraire assuré qu'il ne viendrait pas pointer. Sauf qu'il est finalement venu, puisque c'est même là qu'il a été placé en garde à vue (vous suivez toujours?). Cet épisode 2 de l'odyssée judiciaro-administrative de G. touche à sa fin. Jusqu'au prochain?

Laurent Borredon

etatdurgencelemonde@gmail.com

Source :
http://delinquance.blog.lemonde.fr/2015/12/08/etat-durgence-un-assigne-en-garde-a-vue-pour-avoir-assiste-a-son-refere-liberte/

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 16:05

Le 4 décembre 2015

Etat d’urgence: à Toulouse, un catholique assigné à résidence pour… salafisme

Chaque matin depuis le 16 novembre, il doit faire une heure de route pour aller "pointer" au commissariat central de Toulouse. Même trajet le soir à 20 heures, pour retourner à Blagnac chez sa compagne, en banlieue toulousaine. Mickaël L. 30 ans, a été le premier à se voir notifier une assignation à résidence en Haute-Garonne, car il est suspecté d'appartenir à "un réseau terroriste et salafiste". Seul problème : le jeune homme est catholique.

Mickaël L. mène une vie d'auto-entrepreneur dans le secteur du nettoyage industriel, et même si il a déjà eu affaire avec la justice - deux condamnations en 2006 et 2008 pour vol et recel -, il affirme haut et fort être "totalement étranger à ces histoires". Il se dit aujourd'hui "victime d'un cauchemar administro-judiciaire. Je peux comprendre l'état d'urgence vu ce qu'il s'est passé, mais dans mon cas je veux juste que la justice reconnaisse ses erreurs et me laisse retrouver une vie normale".

"J'ai cru à une blague ou à une erreur"

Tout débute le 15 novembre au soir, vers 22h30. Alors qu'il regarde la télé avec ses deux enfants de 5 et 10 ans, un ami l'appelle pour lui signaler que la police vient de le perquisitionner et recherche Mickaël activement. Cet ami, "que je connais assez bien et qui avait été concerné par l'affaire Mohamed Merah" a vu débarquer dans la soirée un important dispositif policier du RAID et la BRI. "J'ai cru à une blague ou à une erreur."

Mickaël se rend donc vers 23 heures au commissariat de Toulouse et se voit immédiatement notifier une assignation à résidence.

Cette assignation est signalée à l'adresse du domicile de son ami, et non chez sa compagne. "Je vis entre Vitrolles (Bouches-du-Rhône) chez ma tante et mes cousins, et Blagnac pour voir mes enfants, mais je reçois mon courrier au centre communal d'action sociale de Toulouse, explique-t-il. J'ai bien dit le premier soir que je vivais à Blagnac, mais les policiers n'ont rien voulu entendre."

Il raconte même que ceux-ci lui auraient répondu qu'il n'avait qu'à "acheter une tente Quechua et s'installer au pied du domicile" de son encombrant copain.

Le jeune homme a certes un parcours un peu chaotique, mais de sa voix douce et très émue, il avoue qu'il n'a parlé de cette histoire à sa mère, qui vit toujours à Toulouse, qu'au bout de deux semaines : "Vous vous rendez compte ce que cela signifie pour mes enfants et mes proches ? On me traite de terroriste ! C'est complètement fou."

"Je suis même allé à Lourdes avec mes enfants"

Dès le lendemain de la notification de son assignation, il se rend au commissariat de Blagnac pour prouver sa bonne foi. Aux policiers, il dévoile un énorme tatouage sur son bras droit représentant une grande main tenant un chapelet. "Je suis catholique pratiquant. Le tatouage, je l'ai depuis environ quatre mois. Je suis même allé à Lourdes avec mes enfants il y a trois semaines. J'adore visiter les églises et j'y vais souvent avec les gamins pour leur montrer."

Finalement auditionné le 24 novembre, il passe seulement une demi-heure au commissariat. "Je ne sais pas qui c'était, il y avait juste deux policiers, se souvient-il. Mais ils ont de suite avoué qu'il s'agissait d'une erreur, d'une méprise."

La machine administrative ne s'arrêté pas pour autant, et malgré les démarches de son avocat, Me Yves de Courrèges d'Agnos, Mickaël redoute plus que tout la prolongation de l'état d'urgence.

Une première requête a été rejetée par le juge des référés du tribunal administratif, le 1er décembre. Il ne s'agit pas d'une ordonnance sur le fond, mais seulement sur l'urgence. Son avocat a engagé en fin de semaine un pourvoi au Conseil d'Etat. "On s'aperçoit que les décisions sont prises directement de Paris et je constate surtout des dérives insensées depuis la mise en place de l'état d'urgence", glisse Me de Courrèges d'Agnos.

Entre temps, Mickaël a appris qu'il faisait l'objet d'une fiche "S" depuis juin 2015. Il serait "une personne dangereuse, faisant du prosélytisme religieux avec un groupe d'islamistes radicaux, à Blagnac". Ce groupe, Forsane Alizza, a pourtant été dissout en 2012 et ses membres sont en prison - le procès a eu lieu en juillet.

"La DGSI nous envoie des dossiers comme on les jette à la poubelle"

En attendant, Mickaël, qui travaille principalement pendant la saison estivale, touche juste son RSA, et vient de mettre sa voiture en vente : "J'ai perdu 5 kg, je dors mal et surtout je m'inquiète pour les fêtes de Noël. Je ne vais pas pouvoir les passer en famille, alors que c'est très important pour nous."

Ce matin du 4 décembre, alors que nous quittons le commissariat avec lui, nous croisons par hasard dans la rue un officier de police judiciaire qui connaît Mickaël.

"Comment ça va M. L. ?

-Très mal, heureusement que vous avez été sympa avec moi, mais la justice ne veut rien entendre."

Gêné, le policier lui répond :

"C'est le bordel entre les services. La DGSI nous envoie des dossiers comme on les jette à la poubelle. Je comprends votre désarroi."

En Haute-Garonne, depuis le 15 novembre et jusqu'au mardi 1er décembre, quarante-cinq perquisitions administratives avaient été menées, soit trois par jour, donnant lieu à douze gardes à vue, et quatre assignations à résidence ont été prononcées, selon les chiffres de la préfecture, qui se refuse à commenter "tout cas particulier".

Philippe Gagnebet (Toulouse, correspondant)

etatdurgencelemonde@gmail.com

Source :
http://delinquance.blog.lemonde.fr/2015/12/04/etat-durgence-a-toulouse-un-catholique-assigne-pour-salafisme/

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 15:15

Le 24 novembre 2015

Assailli, blessé, gardé à vue, placé en rétention... Nordine Touil, 31 ans, sans-papier marocain qui habitait au dessus de l'appartement visé par le Raid mercredi dernier à Saint-Denis, raconte, depuis le centre de rétention de Vincennes où il a été placé, sa semaine de « cauchemar ».

Nordine Touil, marocain de 31 ans, vit en France depuis douze ans. Il a une petite fille de sept ans, française comme sa mère, dont il est séparé. J

usqu'à mercredi dernier, il habitait avec deux amis, marocains eux aussi, dans l'immeuble de la rue du Corbillon, à Saint-Denis, où le Raid est intervenu pour déloger Abdelhamid Abaaoud et ses acolytes.

Joint hier à l'intérieur du centre de rétention administrative de Vincennes, il raconte l'assaut des forces de police, le déluge de feu, cette balle qui l'atteint au bras gauche, l'arrestation musclée, la garde à vue à Levallois et, pour solde de tout compte administratif, l'obligation de quitter le territoire notifiée par la police.

« Tu vas prendre 30 ans, pas parce que t'es terroriste, mais parce que t'es con », lui aurait même lancé un policier vendredi dernier, à quelques heures de la fin de la garde à vue.

Choqué et inquiet, il se confie.

L'assaut à Saint-Denis

« C'était un cauchemar. Il était quatre heures du matin, on était en train de dormir. On a entendu un grand boum. Je suis sorti de mon lit pour voir ce qui se passait, je suis allé à la fenêtre, et c'est là qu'on m'a tiré dessus. J'ai été touché au bras gauche. Ensuite, les policiers ont cassé la porte et sont rentrés dans mon appartement ; ils ont crié : "Déshabillez vous ! Déshabillez vous !"

Ils nous ont embarqués, à poil, en nous mettant des tartes, des claques, des coups de matraque.

On est resté comme ça deux heures, dans le froid, au bas de l'immeuble.

Evidemment, on n'a rien pu prendre, aucune affaire, aucun papier, pas d'argent. T

ous les documents que j'avais et qui prouvaient ma présence en France depuis douze ans, ils sont restés là-bas, dans l'appartement. Je ne sais pas s'il en reste grand chose.

Ensuite, ils nous ont donné des pantalons trop grands, des chaussures trop serrées. Quelle vie de chien...! »

La garde à vue à Levallois

"Ensuite, les policiers m'ont emmené à l'hôpital pour soigner mon bras. J'ai été opéré pendant plusieurs heures, je ne sais plus combien exactement.

Le mercredi midi, je suis sorti de l'hôpital et ils m'ont emmené au commissariat de Levallois (sans doute au siège de la sous-direction antiterroriste, situé dans cette ville des Hauts-de-Seine - NDLR).

Avec mes amis, on a été transféré avec des bandeaux sur les yeux.

Ils nous les mettaient aussi quand on passait de la cellule à la salle d'interrogatoire.

On nous a dit qu'on avait le droit de voir un médecin et d'avoir un avocat.

J'ai demandé les deux, ils ont amené le médecin, mais pas l'avocat.

Là-bas, ils ne nous ont pas frappés, mais ils nous ont posé tellement de questions, c'était terrible.

"Est-ce que vous êtes musulman ? Est-ce que vous faites la prière ?" J'ai dit 'oui, je suis musulman, mais pas pratiquant'.

"Est-ce que vous connaissez Daech ?" Oui, parce que je regarde la télévision, et qu'ils en parlent souvent à la télé.

"Est-ce que vous savez ce qu'est le Takfir (l'anathème jeté par certains extrémistes islamistes contre ceux présentés comme de 'mauvais musulmans' - NDLR) ?" J'ai dit non, que je ne connaissais rien à tout ça.

Ils m'ont demandé qui venait chez moi, qui je connaissais, où j'étais le 13 novembre, si j'allais en Belgique... J'ai dit oui, une fois, en 2008.

Plein de questions que j'ai oubliées... Au bout de deux jours, ils ont fini par nous amener un avocat.

Mais il nous a à peine parlé, ne nous a rien expliqué.

Je dirai qu'au bout de 24 heures, ils avaient compris qu'on n'avait rien à voir avec les terroristes.

Mais ils nous ont quand même gardé presque quatre jours ! Résultat, je dors mal, je me réveille au milieu de la nuit, je fais des cauchemars."

La rétention à Vincennes

"Le vendredi soir, un flic est venu me voir pour me dire: 'Toi, t'es dans la merde. Tes potes, ils vont sortir, mais toi, tu vas rester ici, tu vas prendre 30 ans. Pas parce que t'es un terroriste, mais parce que t'es con.'  C'était pour me faire peur. Mais ça a marché ! Toute la nuit, j'ai pas arrêté de penser à ça. Trente ans... Alors que je n'ai rien fait.

Le samedi, la garde à vue était terminée, et ils nous ont dit qu'on devait quitter le territoire. On a été amené au centre de rétention de Vincennes.

Là, les choses se sont un peu calmé.

On a pu voir une association, qui va nous mettre en relation avec un avocat. Et on doit voir le juge jeudi, c'est lui qui doit décider si on doit rester ici ou si on est libéré.

Au moment où je vous parle, j'ai mal à mon bras, j'ai trop mal. Ils ont changé le médicament, je crois. Ma main est gonflée 'grave' !

J'ai pas encore réalisé ce qui m'arrive. Je suis encore sous le choc. J'ai maigri. Je faisais 80 kilos, j'en fais plus que 66. Vous vous rendez compte, j'ai perdu 14 kilos en une semaine ! Et si je parle aujourd'hui, c'est parce que je veux que tout le monde sache que je n'ai rien à voir avec les terroristes et que je suis une victime."

Source :
http://www.humanite.fr/saint-denis-le-flic-ma-dit-tu-vas-prendre-trente-ans-590602

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 14:02

Depuis Reporter le 3 novembre 2015

« Pas question d’avocat, ici, c’est moi qui commande. » Témoignages de gardes à vue en état d’urgence.

Reporterre publie deux témoignages de manifestants arrêtés dimanche après-midi, place de la République, à Paris, et placés en garde à vue.

Dimanche 29 novembre, la police a parqué et violenté des manifestants pacifiques place de la République. Plus de trois cents ont été emmenés en garde à vue. Emmanuel et Camille étaient de ceux-là. Ils racontent ce qu’ils ont vécu.

***
La nuit est tombée et cela fait environ deux heures que nous sommes encerclés avec environ 200 personnes dans un coin de la place de la République par un impressionnant cordon policier.

Ceux-ci restent statiques pendant de longues minutes puis, suivant une logique qui m’échappe encore, s’avancent en petits groupes vers la foule pour en extraire une poignée de manifestants, a priori repérés à l’avance, qui seront ensuite emmenés vers les camions malgré quelques timides tentatives des autres manifestants pour les retenir.

Malgré la pression policière, l’urine qui recouvre le sol, le froid, l’absence d’accès à l’eau ou à la nourriture, la foule reste paisible et joyeuse.

Des chants militants, une enceinte et un grimpeur qui va accrocher un drapeau multicolore au sommet d’un arbre assurent l’animation.

Mais vers 18h, de nouveaux bus de police arrivent et les policiers se placent de telle sorte qu’on comprend qu’ils vont passer à l’offensive.

Alors que nous réclamons depuis deux heures de sortir de la place sans heurt ni arrestation, ils viennent attraper des manifestants à un rythme plus élevé qu’avant et, cette fois-ci, au hasard.

Une volée de coups de pieds et de matraques

Notre groupe fond.

Pour protester contre ces arrestations, nous nous regroupons et nous tenons les bras en chantant : « On sort tous libres, ou on sort pas ! ».

Sourds à nos cris, les policiers continuent d’embarquer les manifestants sans qu’il y ait trop de protestations.

Quand vient mon tour et que plusieurs CRS m’arrachent de ce filet de solidarité bien fragile, je me laisse tomber par terre pour leur compliquer la tâche tout en levant mes bras en l’air en signe de non-agression.

D’emblée, malgré les protestations de la foule, une volée de coups de pieds et de matraques s’abat sur mes jambes et mes côtes, suffisamment bien placés pour faire mal sans laisser de traces.

Ma non-coopération pacifique énerve les flics qui, en me traînant hors de portée des caméras, me menacent « tu vas dérouiller », « tu vas regretter », « tu vas comprendre ta douleur ».

Ils finissent par me plaquer dos au sol, à l’abri des caméras.

Un policier se place au dessus de moi et me décoche un coup de poing dans la mâchoire alors que je ne montre aucun signe d’agressivité. Pendant qu’ils me fouillent, les menaces et les petits coups continuent.

Juste avant de me faire entrer dans le bus, ils me font un croc-en-jambe et je me retrouve face contre terre.

Une fois plein, notre bus se dirige vers Bobigny, où nous sommes parqués entre des barrières, pendant quatre heures, sur un parking venteux.

Normalement, notre garde à vue aurait dû nous être notifiée.

D’après ce que j’ai compris de la loi, après quatre heures de contrôle d’identité, nous devons être relâchés, ou un OPJ [officier de police judiciaire] doit nous notifier notre mise en garde à vue et lire nos droits.

Or, ce délai est largement dépassé et nous ne savons toujours pas ce qu’ils comptent faire de nous.

Les manifestants, qui pour la plupart n’ont rien de militants professionnels et encore moins d’activistes violents, gardent le moral.

Au compte goutte, les personnes pénètrent le bâtiment et on les voit ressortir, environ 30 minutes plus tard, menottées, et amenées vers un camion. Une fois ceux-ci pleins, ils partent vers une destination inconnue.

À situation exceptionnelle, moyens exceptionnels

Vers 11h du soir, la procédure s’accélère, les personnes ne restent pas plus de quelques minutes dans la salle.

Quand vient mon tour, l’OPJ me signifie mon placement en garde à vue depuis 15h45 pour participation sans armes à un attroupement après sommation de se disperser.

Je lui demande pourquoi personne ne m’en a informé avant.

Elle me rétorque sur le ton de l’évidence qu’à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels.

Selon elle, un magistrat nous aurait collectivement placés en garde à vue à partir du moment où le cordon s’est refermé sur nous.

Je lui indique plusieurs noms d’avocats volontaires pour assister les manifestants mais sans être en mesure de donner leurs numéros.

Les autres interpellés ont déjà donné des dizaines de fois ces numéros à ses collègues et sûrement à elle-même, mais elle refuse de les inscrire si je ne suis pas capable de lui fournir le numéro moi-même.

Elle coupe court à tout dialogue : « Ce sera un commis d’office ou rien. »

Par défaut, je choisis ces avocats.

Nous sommes répartis en petits groupes et amenés, certains menottés d’autres non, dans différents commissariats parisiens.

Nous faisons une partie du trajet en bus, puis le reste avec un véhicule banalisé qui roule à plus de 100 km/h en agglomération, gyrophare allumé, alors qu’aucune urgence ne semble imposer ce type de conduite.

Une fois arrivés, on nous menotte à un banc en attendant notre fouille.

Trente minutes plus tard, nous sommes en cellule, un cagibi de quelques mètres carrés composé d’un banc en pierre, et de toilettes à la turque dégageant une puissante odeur d’excréments.

Aux murs, des tags qui semblent avoir été réalisés avec des matières fécales donnent la nausée.

Le froid, le stress, l’humidité, les odeurs, les allers-retours et la dureté du banc en pierre m’empêchent de fermer l’œil de la nuit.

« J’aime pas ta gueule et ton air »

Au petit matin, un policier en civil particulièrement désagréable et hautain vient nous demander si on nous a pas pris nos empreintes.

« Si vous refusez, c’est 15.000 euros d’amende et un an ferme », dit-il pour nous mettre la pression.

Au moment de prendre les miennes, il me glisse : « J’aime pas ta gueule et ton air. Je préfère encore les petits branleurs de cité. »

Mon codétenu demande à voir son avocat avant de décider d’accepter le relevé d’empreintes. «

Pas question d’avocat ici, c’est moi qui commande. »

Il se fera donc ficher sans avoir pu le consulter.

Rapidement, des petits délinquants rejoignent la cellule. On se retrouve bien serrés sur notre petit banc.

Quelques heures plus tard, on me sort de cette cage de béton, de métal et de plastique pour voir le médecin.

Quand je lui parle des coups reçus au corps et au visage, il m’écoute distraitement en me tenant la main pour prendre mon pouls. Sans même regarder mon corps, il me dit qu’on verra ça plus tard. Je ne le reverrai pas.

Je vois l’avocat en fin de matinée, 16 heures environ après le début officiel de ma garde à vue.

Contrairement aux flics qui traînaient dans les sous sols puants, ceux qui réalisent mon audition sont presque aimables et se plaignent de ce coup de filet massif et « stupide ».

Une fois l’audition terminée, je retourne dans ma cellule pour déguster un plat de pâtes et suis libéré vers 15 h, comme la plupart des manifestants parfaitement inoffensifs arrêtés la veille.

Je repars dégoûté par ces abus de pouvoir ordinaires et ce sentiment de toute puissance de la police, cette garde à vue absurde et ces violences verbales et physiques banalisées mais je reste déterminé à lutter contre cette mascarade qu’est la COP 21.

Emmanuel

*********


Le commissariat rue de l’Evangile, à Paris, l’un de ceux de région parisienne où ont été répartis les gardés à vue

Dans le bus, on était persuadés qu’on ressortirait vite. On rigolait, on chantait, c’était la colo.

On a attendu longtemps, chauffage à fond et vitres fermées, de sortir et on s’imaginait que c’était la faute à un comité de soutien.

Les filles sont sorties les premières, on est descendu par l’entrée parking, on nous a fouillées et fait enlever nos soutifs.

La GAV [garde à vue], c’est sexiste, nous autres on sera beaucoup mieux traitées.

Dans le couloir on m’a finalement notifiée ma garde à vue, il était 19h20.

Je crois que j’ai souri devant tant d’absurdité.

Nous étions devant une grande cellule où étaient disposées des tables et des OPJ [Officier de policier judiciaire].

La mienne, qui se désolait de ne pas avoir assez de feuilles et mal au bras, m’a paru sympa au début.

Elle m’a affirmé, en rigolant comme si j’étais naïve, que c’était elle qui allait joindre ma mère et que je n’aurais pas le droit de lui parler. Elle ne lui communiquera pas le nom du commissariat.

J’ai demandé un médecin et un avocat et on m’a envoyée en cellule. Je suis passée devant les cellules des mecs. Dans la première, on ne pouvait plus s’asseoir, la seconde était en remplissage.

Mes camarades m’ont applaudie en rentrant. On était une vingtaine, toutes belles, entre 20 et 30 ans, les cheveux propres.

On a commencé a chanter, à se demander quel jeu on pourrait faire. On discutait avec « les garçons » et certains flics complètement mal à l’aise.

L’ensemble des cellules a communié au son de Cayenne, d’Hexagone et de la chanson de la ZAD du Testet. On s’étonnait de trouver nos visages familiers, d’avoir les mêmes références.

J’ai voulu aller aux toilettes, la policière m’a tenu la porte. J’étais gênée, mais elle m’a conseillé de prendre mon temps parce qu’après le transfert, ce serait pire.

« Le viol de la CEDH, c’est maintenant ! »

De fait, il y aura deux temps.

Celui du centre souterrain spécial COP où nous n’avions ni bouffe, ni couverture, ni médecin mais où ça chantait et où on dormait serrées les unes contre les autres pour se réchauffer et celui après le transfert.

Nous n’avons pas eu droit à un GAV normale, à peine ai-je eu un aperçu, vers  h, quand on a refusé de nous donner de l’eau tant qu’on se « roulerait pas comme des chiens ». Ils [les policiers] ont été sympas avec nous, emmerdés qu’ils étaient qu’on leur prenne autant de place et de temps.

Lorsque j’ai vu mon avocat commis, il m’a clairement dit que dans le contexte de l’état d’urgence, je n’avais que mon gentil minois pour m’en tirer parce qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient.

On en parlait au policier : « Le viol de la CEDH [Cour européenne des droits de l’homme], c’est maintenant ! »

L’OPJ m’a auditionnée la dernière et je pense que je l’ai autant écoutée. Elle était désabusée de tout, essayait de me faire comprendre qu’ils n’étaient pas tous méchants, qu’ils avaient des ordres.

L’OPJ d’une camarade lui a sorti : « On pensait que Sarkozy était le pire, mais là... » C’était pas un commissariat syndiqué Alliance [syndicat policier classé à droite], mais il y a des témoignages d’autres commissariats qui vont dans le même sens.

La politique du chiffre pour les flics aussi, c’est épuisant.

À part sur mon « CV militant », cette affaire ne devrait pas avoir de conséquences, selon les officiers.

C’était fatiguant, on a attendu plus de 13h avant de manger, trop de camarades n’ont pas eu de couvertures, des vices de procédures ont rythmé ces 24 heures, mais je ne suis pas traumatisée, au contraire. Maintenant que je sais ce que c’est, je peux entrer plus avant en désobéissance.

Camille

Source :
http://www.reporterre.net/Pas-question-d-avocat-ici-c-est-moi-qui-commande-Temoignages-de-gardes-a-vue-en

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 13:44

Le 30 novembre 2015

Un Ariégeois assigné à résidence au motif qu’il aurait « envisagé de rejoindre la région parisienne pendant le déroulement de la COP 21 » publie une lettre ouverte.

La vague d’assignations qui a sévi tous azimuts dans les heures qui ont précédé l’ouverture de la COP 21 s’est abattu contre un Ariégeois soupçonné d’avoir « envisag[é] de rejoindre la région parisienne pendant le déroulement de la COP 21 ».

Preuve supplémentaire, s’il en fallait une, que les dérogations au code de procédure pénale permises par l’état d’urgence sont largement utilisées pour faire taire les militants écologistes.

Nous publions ici sa lettre ouverte :

Bonjour le bilan carbone !

Une assignation à résidence en Ariège

« Le 26 novembre, à 17h30, les trois gendarmes de mon patelin sont venus chez moi pour me signifier mon assignation à résidence. On m’a laissé un papier, signé du ministre de l’Intérieur. Le texte « légal » invoqué le plus ancien a dix jours, autant dire que c’est du tout frais.

Donc il faut « assurer la sécurité de la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques dite COP 21 » ; et, étant donnée « la gravité de la menace terroriste », des « mesures particulières » s’imposent.

Et voilà (ce sera la seule justification). Il ne faudrait tout de même pas que des écologistes fous et sanguinaires ne viennent à « détourner » les « forces de sécurité » (forces répressives) qui sont tant et tant occupées à « lutter contre la menace terroriste », c’est à dire, en réalité, à perquisitionner n’importe où et assigner n’importe qui à résidence.

Bon, passons sur les détails. En tout cas, je dois pointer, trois fois par jour, à 18 km de mon domicile, jusqu’au 12 décembre inclus : soit 1 728 km. Bonjour le bilan carbone ! Le reste du temps je ne peux pas quitter mon village. Et mon domicile, de 20 h à 6 h.

Il faut encore montrer que moi, j’en suis un, d’écologiste fou et sanguinaire.

Pas de problème, allons-y : « Considérant que M. X (…) envisage de rejoindre la région parisienne pendant le déroulement de la COP 21 ».

Alors ça c’est tout de même quelque chose. Envisage  ! Et c’est tout, pas de preuve, pas d’indice, rien.

Puis vient l’énumération de quelques anciens délits mineurs, déjà jugés ; après quoi on évoque mon milieu  : « la mouvance contestataire » (sic) ; sans bien sûr oublier que je fais « partie d’un groupe d’individus » (sic).

Il faut bien dire que l’assignation à résidence, et le contrôle judiciaire trois fois par jour, c’est une peine. Ce n’est pas une mesure préventive, c’est une mesure punitive. Ça s’apparente à une peine d’enfermement ; en fait c’est à peu près comme le port d’un bracelet électronique.

Cette peine est prononcée sans instruction, sans jugement, sans preuve, et même sans infraction. On punit un profil (le mien en l’occurrence), c’est-à-dire qu’on ne me sanctionne pas pour quelque chose que j’aurais fait, mais pour ce que je suis (ou ce que je suis supposé être).

C’est comme toujours : ces faits mentionnés, ils ont déjà été jugés. On me condamne donc une deuxième fois.

Et la prochaine fois, sur le papier, y aura-t-il écrit, en plus : « l’intéressé a fait l’objet d’une mesure d’assignation à résidence du tant au tant » ? En somme, mon cas s’aggrave tout seul...

Un recours au tribunal administratif est possible : la réponse arrive, en moyenne, selon mon avocat, après un an et demi.

Donc pour les grossières erreurs de procédure de mon assignation à résidence (par exemple, la contradiction entre l’interdiction de quitter ma commune et l’obligation d’aller pointer dans une autre), je ne peux me « plaindre » à personne : il s’agit d’une sanction sans appel.

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas ici de clamer mon innocence. On le sait, que définir des « innocents » justifie la répression des autres, les « coupables ».

Il n’y a pas de coupables, ni d’innocents, et ça n’est pas une parole creuse : quand je pointe à la gendarmerie, il y a d’autres personnes qui sont là aussi, qui ont des barbes, des fichus sur la tête.

Je me fous, à ce moment précis, de leur « profil » ; je ne peux voir que la brève condition commune qui nous est faite, à savoir que nous sommes réprimés.

La répression ne doit pas nous diviser en coupables et en innocents, mais au contraire être l’occasion de témoigner une solidarité minimale, que ce soit avec les « militants écologistes » ou avec les milliers de musulmans qui subissent un enfer permanent.

Si mon cas semble ubuesque, ou arbitraire, ou fou, que dire des centaines de personnes arrêtées, humiliées, assignées, perquisitionnées, enfermées, licenciées, depuis le début de l’état d’urgence ?

Et encore, pour moi, ça ne devrait durer que seize jours, mais pour d’autres, l’assignation est sans limite de temps  !

La première décision sous l’état d’urgence a été d’interdire les manifestations « revendicatives » (sic) ; mais on maintient les matchs de football, les centres commerciaux restent ouverts, et « de très nombreux chefs d’État » vont se pointer au Bourget.

Il s’agit de montrer au monde que tout va bien, ici (en France), que la conférence sur le climat va tout régler, le sort du monde et le reste d’ailleurs, et qu’il ne va rien se passer.

Il s’agit d’un glissement (pour protéger les « libertés », on les abolit ; le « pays des droits de l’homme » décide de « déroger à la convention européenne des droits de l’homme » Lire ici.; etc.) qui fait passer du supposé « état de droit » à sa version totalitaire et arbitraire, c’est à dire dépourvue de droit (il n’y a aucune exagération).

En tous cas, tout ce qui est possible doit nécessairement être essayé, c’est le propre du fonctionnement administratif. Ceci ne veut pas dire qu’il y a des stratégies très élaborées, ou précises, etc., de la part de l’État, c’est même plutôt le contraire qui est vraisemblable.

En tout état de cause, cette logique extensive de la répression est connue.

Qu’on se souvienne qu’à l’origine, les prélèvements d’A.D.N. étaient prévus pour les seuls pédophiles, et qu’à présent ils s’appliquent à tout délit.

La répression ne peut rester spécifique, elle a toujours vocation à être générale.

Qu’on se souvienne que le plan Vigipirate était prévu pour durer quelques mois, et qu’il n’a jamais cessé.

La répression ne peut rester temporaire, elle a toujours vocation a être permanente.

Il ne resterait plus qu’à dire que, depuis que des centaines de musulmans ont été arrêtées, il n’y a pas eu d’attentat  : ce qui prouve bien qu’il s’agit d’une mesure efficace ! Ne nous habituons pas à la répression.

Manifestons. Soyons solidaires.

À bas l’état d’urgence !

Signé : un assigné

Au Mas d’Azil, le 29 novembre 2015 »

Lire l’arrêté d’assignation a résidence :
http://issuu.com/politis_/docs/arre__te___d_assignation

Source :
http://www.politis.fr/La-lettre-d-un-assigne-a-residence,33211.html

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