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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 13:47

Le 4 octobre 2016

Persan, ce mardi matin. C’est dans la discrétion que les enquêteurs de la section de recherche de Versailles ont procédé, tôt ce mardi matin, à une série d’interpellations.

Quelques gendarmes sécurisent la place de Verdun dans la nuit, au cœur de la cité du Village de Persan. Les véhicules sont en nombre limités. C’est dans la discrétion que les enquêteurs de la section de recherche de Versailles ont procédé, tôt ce mardi matin, à une série d’interpellations à Persan et à Beaumont-sur-Oise.

Une opération menée un peu plus de deux mois après les émeutes violentes qui ont marqué les deux communes.

Les gendarmes agissaient sur commission rogatoire d’un juge d’instruction de Pontoise.

Dans le cadre de l’information judiciaire ouverte pour tentatives d’homicides sur les policiers et les gendarmes, trois personnes ont été interpellées au Village et dans le secteur de Boyenval. Elles se trouvaient ce mardi soir en garde à vue au pôle judiciaire de la gendarmerie, à Pontoise.

Deux hommes âgés tous deux d’une vingtaine d’années et une femme de 35 ans environ. Ils sont soupçonnés d’avoir ouvert le feu sur les forces de l’ordre au cours des émeutes ou d’avoir été le complice de tireurs.

Ces interpellations sont intervenues alors qu’un premier tireur présumé a déjà été mis en examen au début du mois de septembre et a été placé en détention provisoire. Interpellé le 4 septembre, ce proche de la famille d’Adama Traoré, âgé d’une trentaine d’années, était déjà connu pour des faits d’extorsion et de trafic de stupéfiants. Il est suspecté d’avoir ouvert le feu au fusil de chasse.

Les faits se sont produits lors des émeutes qui ont éclaté à Beaumont et à Persan après le décès d’Adama Traoré, le 19 juillet dernier. Le jeune homme est décédé le jour de ses 24 ans lors de son interpellation.

Pendant quatre nuits, les gendarmes avaient essuyé au moins une soixantaine de coups de feu, tirés au fusil de chasse de calibre 12 pour une grande partie.

Mais des projectiles de calibre 7.65 ou 22 LR avaient également été utilisés par les émeutiers, selon les enquêteurs. Ils avaient pu saisir des douilles récupérées sur place, mais aussi une des armes découverte dans une cache dans le quartier de Boyenval, avec ses cartouches.

Au total, onze gendarmes et un policier avaient été blessés par les tirs qui visaient le plus souvent les visages, malgré leurs casques et leurs gilets pare-balles. Trente-huit gendarmes ont déposé plainte pour tentative d’homicide.

L’enquête sur la mort d’Adama Traoré est pour sa part conduite par l’inspection générale de la gendarmerie.

A ce jour, l’origine exacte du décès du jeune homme n’est toujours pas connue, malgré deux autopsies, qui relèvent toutes deux l’absence de coups et un syndrome asphyxique. Un rapport intermédiaire des analyses anatomopathologiques (examen des tissus), toujours en cours, évoque une maladie du muscle cardiaque.

Cette instruction judiciaire pourrait être dépaysée à la demande de la famille du défunt. Cette demande de saisie d’un autre tribunal toujours en cours d’instruction.

Source :
http://m.leparisien.fr/beaumont-sur-oise-95260/beaumont-persan-trois-nouvelles-interpellations-apres-les-emeutes-de-juillet-04-10-2016-6175509.php

 

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 09:51

22 septembre 2016 | Par Faïza Zerouala

Deux mois après le décès d’Adama Traoré suite à une interpellation par les gendarmes, le procureur de Pontoise est fortement mis en cause pour sa gestion du dossier. Yves Jannier n’a eu de cesse de communiquer des éléments faux ou tronqués. Le magistrat est muté, mais en raison de problèmes de management.

« Il est allé un peu vite en besogne dans sa communication », reconnaît Marc Robert, procureur général de la cour d'appel de Versailles et supérieur hiérarchique d’Yves Jannier, procureur de la République de Pontoise en charge de l’affaire Adama Traoré.

Yves Jannier est sous le feu des critiques pour sa gestion des suites de la mort de cet homme de 24 ans à la gendarmerie de Persan, dans le Val-d’Oise, le 19 juillet. Et il devrait changer de poste, comme l’a écrit Le Monde le 15 septembre, pour endosser la fonction d'avocat général près la cour d'appel de Paris.

D'ici quelques semaines, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) aura à entériner cette demande.

Mais le procureur général de Versailles, Marc Robert, est « formel ». Ce départ « n’a rien à voir avec l’affaire Traoré ».

Comprendre : ce n'est en rien une sanction en représailles de la conduite du dossier par le procureur. Yves Jannier a, par exemple, omis de faire part d'un point crucial des deux rapports d'autopsie dans lesquels il est écrit noir sur blanc qu'un « syndrome asphyxique » pouvait être une cause du décès.

Son nom en tout cas restera associé à une affaire qui a connu, en deux mois, des rebondissements incessants.

Le procureur lui-même a contribué à exacerber les passions, en s'échinant à construire un récit partial pour essayer d'exonérer les forces de l'ordre de toute responsabilité dans la mort du jeune homme.

Malgré les alertes de la famille du défunt et ses soutiens qui veulent savoir en détail ce qui s’est passé entre 17 h 45 et 19 h 05, entre l'arrivée d'Adama Traoré à la gendarmerie et le prononcé de son décès par les secours.

Malgré le témoignage d'un pompier (révélé le 13 septembre par l’émission « Quotidien ») affirmant que dès son arrivée à la gendarmerie, il n'a pas senti le pouls d'Adama Traoré et a pris l’initiative de procéder à un massage cardiaque…

Sans eux, l’histoire d’Adama Traoré, mort à 24 ans le jour de son anniversaire à la suite d’une interpellation injustifiée par les gendarmes, serait restée dans les tréfonds de la rubrique faits divers. Il serait la simple victime d’une santé défaillante et d’un peu de malchance. Car ainsi parlait le procureur.

Il faut dire que le magistrat, surnommé « le discret Jannier », a dérogé à son silence habituel. Il a eu à cœur d’orienter la presse vers des pistes inexactes ou permettant de dessiner une vérité alternative.

Chaque fois, il est sorti de son silence pour livrer les seuls éléments susceptibles d’écarter toute responsabilité des gendarmes, dans l’interpellation d’abord, puis dans la prise en charge de la victime lorsque les premiers signes de malaise se sont manifestés.

Yves Jannier a choisi un canal de communication privilégié, l’Agence France-Presse (AFP). Aucun communiqué de presse n’a jamais été diffusé, rendant les journalistes dépendants de cette seule source d’information sans pouvoir placer le procureur face à ses contradictions.

Et les éléments livrés étaient soigneusement sélectionnés, quitte à faire des impasses béantes.

Reprenons le fil.

Le 21 juillet, soit à peine 48 heures après les faits, le procureur a partagé les conclusions du médecin légiste chargé de pratiquer l’autopsie du corps de la victime.

Celle-ci se révèle peu concluante, puisqu’il y est mentionné « une absence de cause immédiate au décès ».

Il insiste alors sur un point : il n’y aurait « pas de traces de violence significatives ». Il ajoute que « manifestement cette personne n’aurait pas subi des violences, comme certains membres de sa famille ont pu le dire ».

Il s'agit d’évacuer tout soupçon de violences policières susceptibles d’envenimer une histoire déjà complexe.

Les quatre jours qui ont suivi le décès d’Adama Traoré, la commune de Beaumont-sur-Oise, dans le quartier populaire de Boyenval où le jeune homme a grandi, a connu des affrontements avec les forces de l’ordre.

Là-bas, tout le monde réclamait la vérité sur cette mort, suspecte à leurs yeux.

C’est ce contexte d’embrasement qui aurait décidé le procureur Jannier à s’exprimer aussi vite et à insister sur l’absence de violences imputables aux gendarmes, assure Marc Robert, de la cour d'appel de Versailles.

« Il a voulu communiquer là-dessus car l’urgence était de répondre à cette rumeur. Il n’y a pas eu de volonté de tromper même s’il est allé un peu vite en concluant à une mort naturelle », décrypte le magistrat.

Le procureur avait alors expliqué que la mort d’Adama Traoré « sembl[ait] être médicale chez un sujet manifestement en hyperthermie au moment où il a été examiné par les services de secours ».

Puis il a évoqué la présence d’une « infection très grave », « touchant plusieurs organes », laissant entendre que la mort du jeune homme pourrait être due à un problème de santé et non à une conduite inappropriée des gendarmes.

Dans ce rapport sont simplement mentionnées « des lésions d’allure infectieuse » touchant les deux poumons et le foie. Le procureur a profité de sa prise de parole pour livrer des éléments de contexte tronqués.

Il a assuré que le jeune homme s’était interposé pour empêcher son frère d’être appréhendé par les gendarmes qui le recherchaient pour une histoire d’extorsion de fonds, ce qui a conduit à sa propre interpellation.

En réalité, Adama Traoré s’est simplement enfui à leur vue, n’ayant pas ses papiers d’identité sur lui, d’après sa famille. Ensuite, ajoute Yves Jannier, il a « fait un malaise pendant le trajet dans le véhicule », précisant que les pompiers étaient intervenus, sans toutefois parvenir à le réanimer.

Dès le début, la famille et ses soutiens demandent une contre-expertise. Laquelle est rendue publique le 28 juillet. L

e procureur Jannier se fend d’une formule jumelle et annonce que ce second examen, effectué le 26 juillet, ne révèle encore une fois « aucune trace de violence » susceptible d’expliquer la mort du jeune homme.

Plus prudent cette fois-ci, il explique, mettant encore en avant des paramètres extérieurs aux conditions d’interpellation : « Lorsque les secours sont intervenus, la température du jeune homme était très élevée, et c’était un jour de canicule. »

Le procureur ajoute : « L’explication de la cause du décès ne pourra être apportée qu’avec l’ensemble des analyses [bactériologie, toxicologie, anatomopathologie] » dont les résultats devaient être attendus « dans le courant du mois d'août ».

Pour le moment, deux mois après les faits, les conclusions n’ont toujours pas été rendues.

Miracle de la médecine, l’infection grave invoquée par le procureur après la première autopsie a disparu. Dans le second rapport, il est précisé qu’il n’y avait pas de « point d’appel infectieux sévère ».

Mais Yves Jannier évoque alors une pathologie cardiaque, suggérant ainsi que le poids du cœur, supérieur à la normale, relevé sur le corps du défunt, pourrait être à l’origine du malaise provoquant le décès.

Une version dont ne se satisfait pas la famille, qui assure qu’Adama Traoré était en pleine santé et réclame à la justice, en vain, une troisième expertise, refusée cette fois-ci au nom du respect de la dignité humaine.

Un décès dans de telles circonstances rend crucial le rapport d’autopsie. Quand il est correctement lu et relaté. En réalité, Adama Traoré ne souffrait ni d’une maladie cardiaque, ni même d’une « infection grave ».

Mais là encore, la lecture des rapports d’autopsie par le procureur souffre, étonnamment, de l'omission concernant le « syndrome asphyxique ».

À deux reprises donc, il n’a pas fait mention de cet élément décisif. En clair, Adama Traoré a manqué d’air, ce qui aurait conduit à sa mort.

Ce qui corrobore l’idée que le jeune homme est décédé après avoir subi la technique dite du « contrôle dorsal costal » ou « décubitus ventral », interdite dans certains pays comme le Canada et épinglée à intervalles réguliers par des associations comme l’Acat, ONG chrétienne contre la torture et la peine de mort (lire ici l’intégralité de son rapport sur les violences policières).

Le « contrôle dorsal costal », précise l'Acat, consiste à « plaquer et à maintenir une personne ventre au sol, tête tournée sur le côté. Les forces de l’ordre ajoutent parfois à cette position d’autres moyens de contention, tels que le menottage des poignets derrière le dos et l’immobilisation des chevilles (avec parfois les genoux relevés), et peuvent aller jusqu’à exercer un poids sur le dos de la personne ainsi maintenue à terre ».

Une technique de maintien pouvant conduire à l’asphyxie.Dès le 2 août, des fissures dans la version officielle

Pour rattraper ces ratés, le procureur Jannier a tenté de se justifier, le 1er août dans Le Monde : « J’ai fait état des éléments saillants des différents comptes rendus. Je ne communique que pour fixer un certain nombre de points par rapport à des informations qui circulent.

Or, depuis le début, la famille a indiqué qu’[Adama Traoré] avait fait l’objet de violence. »

Il poursuit, lapidaire : « Je ne sais pas si l’asphyxie est la cause de la mort, tout ceci est assez fragmentaire. Si on avait une conclusion précise, on la communiquerait. »

Le même jour, dans Libération, il campe sur sa ligne de défense, estimant avoir « communiqué sur des éléments qui [lui] paraissent importants dans les différentes expertises ».

Autre exemple, le 10 août, le procureur de Pontoise est venu contredire l’avocat de la famille, en expliquant à l’AFP que « M. Traoré était sous l’emprise des effets psychotropes du cannabis au moment de son décès ».

La veille, dans Le Parisien, Me Yassine Bouzrou avait avancé le contraire sur la base des conclusions de l’expertise toxicologique réalisée le 3 août à partir des vomissures recueillies sur Adama Traoré. Le rapport évoqué par Yves Jannier se fondait sur les prélèvements effectués sur le corps du jeune homme.

Se fonder sur l’un des deux rapports, celui qui conforte l'idée qu'Adama Traoré était un délinquant sous l'emprise de stupéfiants, permet ainsi au procureur de justifier un maintien musclé de la part des gendarmes. Ce qui va dans la droite ligne de l’enquête ouverte à titre posthume pour rébellion, ainsi que nous le révélions.

Marc Robert refuse de désavouer trop fortement Yves Jannier. Il consent à reconnaître la « maladresse » de communication mais considère que, « sur le fond », Yves Jannier a fait « ce qu’il fallait », à savoir nommer très vite une juge indépendante pour instruire l’affaire. Une source judiciaire emploie le même terme de « maladresse » pour qualifier l’attitude du procureur face aux journalistes, car celui-ci « n’a jamais eu affaire à la presse avant d’occuper cette fonction ».

Ces bévues n’auraient jamais dû exister.

En théorie, le procureur de la République doit préserver le secret de l'enquête ou de l'instruction. L’article 11 du code de procédure pénale autorise toutefois des exceptions afin « d'éviter la propagation d'informations parcellaires ou inexactes […]. Le procureur de la République peut […] rendre publics des éléments objectifs tirés de la procédure ». Clairement, le procureur Jannier a fait une interprétation toute personnelle de cet article.

Au fil des semaines, les circonstances dans lesquelles Adama Traoré a été appréhendé par les forces de l’ordre se dessinent de plus en plus précisément.

Et les contradictions apparaissent au grand jour, devenant gênantes pour le procureur de la République de Pontoise. Pire, les éléments s’accumulent et corroborent peu à peu la thèse d’une mort causée par des gestes inappropriés de la part des forces de l’ordre.

Bien entendu, les gendarmes s’abritent, dans leurs auditions réalisées dans la foulée du décès du jeune homme, derrière la formule consacrée selon laquelle « un usage strictement nécessaire de la force » a été fait. Mais dès juillet, ils avaient aussi déclaré : « Il a pris le poids de nos corps à tous les trois. »

Mais le 2 août, entendu par le bureau des enquêtes judiciaires de l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), un sapeur-pompier volontaire fissure un peu plus la version officielle.

Ce témoin raconte son intervention dans la gendarmerie pour tenter de réanimer Adama Traoré.

Fort de vingt-sept ans d’expérience, il a constaté que, malgré le malaise du jeune homme, il n’avait pas été placé en position latérale de sécurité (PLS).

« Quand j’arrive sur la victime, il y a du monde autour mais personne ne s’en occupe », précise le pompier lors de son audition, consultée par Mediapart. Il donne plus de détails sur la position dans laquelle le jeune homme a été placé à son arrivée à la gendarmerie.

« La victime se trouve sur le ventre, face contre terre. Je suis aidé d’un gendarme […] pour le mettre en PLS. »

Contredisant la version des gendarmes, il essaie de tempérer en livrant son analyse de la situation : « Moi quand j’arrive il n’est pas en PLS mais il est face contre terre. Il est possible qu’il ait pu tomber si il a été mis en PLS mais c’est impossible de tenir sur le côté avec les mains dans le dos à mon avis. »

Le témoin confirme qu’Adama Traoré, malgré sa détresse évidente, ne s’est pas vu ôter les bracelets de fer qui encerclaient ses poignets : « Je demande à ce gendarme de faire retirer les menottes de la victime qui sont toujours placées sur les poignets, mains dans le dos. […] Je constate que la victime n’a plus de ventilation. Je redemande au gendarme de retirer une seconde fois les menottes afin de commencer un massage cardiaque. Il s’exécute à enlever les menottes, les deux menottes. »

Et ce malgré la réticence apparente toujours relevée par le pompier volontaire.

Adama Traoré est alors placé sur le sol de béton de la cour de la gendarmerie. C’est le pompier volontaire qui prend l’initiative de procéder à un massage cardiaque. Il ne sent pas de pouls. I

l précise aussi qu'à plusieurs reprises, les gendarmes l'ont prévenu du « caractère violent » d’Adama Traoré. « Un gendarme […] m’a indiqué que la victime simulait et que c’était quelqu’un de très violent… »

L’un des gendarmes, âgé de 22 ans, indique pour sa part dans son audition qu’il « n’y a pas de résistance » de la part d’Adama Traoré, qui a du mal à respirer. Il assure toutefois que ce dernier a été placé en position latérale de sécurité et qu’il l’a vu ouvrir les yeux une fois.Muté pour des problèmes de management

Avec cette somme de révélations, le contraste entre les déclarations du procureur et les faits est criant et sa mutation est commode.

Mais ce n'est pas pour cela qu'Yves Jannier est éloigné de Pontoise. Les mouvements de magistrat se préparent longtemps en amont ; la mort d’Adama Traoré s’étant produite à la fin juillet, difficile de lier ce départ à l’affaire à proprement parler, mais il s’inscrit dans un contexte plus complexe et conflictuel.

Selon plusieurs sources judiciaires, le procureur rencontrait des problèmes de management au sein de son parquet. Une de ces sources rapporte qu’Yves Jannier est vu par ses équipes comme quelqu’un de « brutal », ne sachant pas gérer un collectif.

De fait, des cas de souffrance au travail auraient été relevés.

Plusieurs membres du parquet auraient contacté des syndicalistes et auraient demandé à partir en raison des difficultés à travailler sous la direction du magistrat.

Une autre source dénonce un comportement à la frontière du « harcèlement moral » et fait état d’un « management inadapté et irrespectueux depuis plusieurs années ».

Elle affirme que « des propos dénigrants à l’égard de plusieurs collaborateurs ont été tenus allant jusqu’à l’humiliation verbale, sans aucun fondement bien sûr, devant d’autres collaborateurs. Il y a eu un “turn over” important au sein de ce parquet et la loi du silence a toujours prévalu ».

Pour cette source, il ne fait aucun doute que la mutation d’Yves Jannier est en lien avec ces agissements, qui pourraient par ailleurs faire l'objet de sanctions disciplinaires. Une exfiltration discrète en somme.

Tant et si bien que de son côté, l’Union syndicale de la magistrature (USM, majoritaire), particulièrement attentive aux questions de souffrance au travail parmi les magistrats (lire son livre blanc sur le sujet, publié en février 2015), a alerté le procureur général de Versailles, Marc Robert, et la direction des services judiciaires.

Une inspection interne a été réalisée en avril 2016 et le procureur général de Versailles a réalisé un rapport dont la teneur n’est pas connue, transmis en mai au cabinet du ministre de la justice Jean-Jacques Urvoas.

Interrogé par Mediapart à ce sujet, le procureur général a refusé de s’exprimer sur ce volet précis.

Magistrat depuis le début des années 1980, Yves Jannier occupe la fonction de procureur de la République de Pontoise depuis septembre 2012. Le procureur peut se targuer d’avoir eu une carrière riche dans la magistrature.

D'abord juge d'instruction au tribunal de grande instance de Versailles, il a, plus tard, rejoint le parquet. En 2008, il a même été nommé pour succéder à Jean-Louis Bruguière à la tête du pôle antiterroriste du tribunal de grande instance de Paris, devenant ainsi le responsable des sept juges antiterroristes français.

À la section antiterroriste du Palais de justice, il était réputé pour entretenir des relations des plus tendues avec le juge Marc Trevidic, cosaisi du volet terroriste de l’affaire Karachi.

Venu de l’antiterrorisme, où le travail se veut plutôt solitaire, Yves Jannier n’aurait jamais réussi à animer une équipe comme le réclame sa fonction de procureur. Dans le monde feutré de la magistrature, un changement de poste reste préférable à un scandale ouvert.

Toujours dans une perspective d’apaisement, c’est en ce sens que, le 22 août, Marc Robert a saisi la Cour de cassation pour demander le dépaysement de l’affaire Traoré, autrement dit confier l’instruction à une autre juridiction. Ceci, explique-t-il, pour deux raisons.

D’abord la plainte pour coups et blessures mortels qui vise « nommément trois gendarmes du Val-d’Oise » et qui a été déposée le 4 août par la famille Traoré.

Puis, quelques jours plus tard, la plainte, toujours déposée par la famille à l'encontre d'une gendarme pour faux en écritures publiques aggravés, dénonciation calomnieuse et modification de scène de crime.

L’autre motif de dépaysement, explique Marc Robert, concerne « les polémiques multiples dans la presse qui le rendent préférable pour restaurer la sérénité des débats et un minimum de confiance en la justice ».

La demande, sur laquelle la Cour de cassation n’a pas encore statué, a pris du retard dans son examen pour des raisons administratives.

Mais le geste contribue à fragiliser un peu plus le procureur Jannier et rend plus que jamais nécessaire une sortie par le haut.

Au Syndicat de la magistrature, on explique que le changement de poste d’Yves Jannier « n’est ni une promotion ni une sanction, car c’est un poste équivalent en termes de grade. Après, le prestige entre en ligne de compte. Être procureur d’une importante cour est plus prestigieux qu’être un avocat général anonyme à Paris ».

Ce membre du Syndicat de la magistrature précise qu’il s’agit là d’une appréciation tacite au sein du corps. Il explique encore que quitter un poste en cours « n’est pas exceptionnel ».

Il répercute aussi de fortes critiques sur la gestion du partant de son parquet. « Peut-être la Chancellerie a-t-elle vu dans cette mutation une bonne occasion de mettre fin aux polémiques soulevées par sa gestion de l’affaire Traoré », poursuit cette même source.

La Chancellerie refuse de « commenter une affaire individuelle ». Tout juste souligne-t-elle « que cela s’inscrit dans un mouvement plus large et qu’il n’y a pas de lien avec l’affaire Traoré, même si elle a été fortement médiatisée, elle est trop récente pour que cela en soit la raison ».

La Chancellerie ajoute qu’aucune procédure disciplinaire n’est lancée à l’encontre d’Yves Jannier et insiste par ailleurs sur le fait que les mouvements de magistrat sont réguliers et que rien n’interdit à un procureur de partir quand il le souhaite.

Yves Jannier aurait pu conserver son poste et les avantages attachés jusqu'en 2019.

Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) doit d'ici quelques semaines examiner la demande d’Yves Jannier et a le pouvoir de lancer une procédure disciplinaire, ce qui n’est pas à l’ordre du jour. Contacté par Mediapart, le CSM ne souhaite pas, lui non plus, faire de commentaires.

Non plus que Yves Jannier : sollicité à de multiples reprises par Mediapart, son secrétariat fait savoir qu'il « ne souhaite plus communiquer ». Peut-être a-t-il tiré des leçons de ses mensonges estivaux.

Source :
http://www.bondyblog.fr/201609140800/yassine-bouzrou-avocat-de-la-famille-dadama-traore/#.V9jpx4UbYfo

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 15:01

Le 14 septembre 2016

Contrairement à leurs affirmations, les gendarmes n'auraient pas fait les gestes de secours nécessaires face au malaise du jeune homme, sur lequel ils avaient pratiqué un plaquage ventral. Une technique dénoncée comme dangereuse par les associations de défense des droits de l'Homme.

Le 19 juillet en fin d’après-midi, Adama Traoré meurt, menotté par terre dans la cour de la gendamerie de Persan (Val d’Oise), peu de temps après son arrestation.

Près de deux mois plus tard, les circonstances se précisent dans les auditions effectuées par l’inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN).

Le récit du premier secouriste intervenu, publié par la nouvelle émission Quotidien et que Libération a consulté, révèle la quasi absence de réaction des gendarmes face au malaise du jeune homme de 24 ans.

« Un gendarme m’a indiqué que la victime simulait et que c’était quelqu’un de violent », raconte le sergent chef des pompiers.

Un second gendarme, identifié par le secouriste comme un des responsables de l’unité, lui dit la même chose : Adama Traoré « simule » un malaise.

Les pompiers arrivent sur place un peu avant 18 heures. Soit environ une demi-heure après l’interpellation d’Adama Traoré à l’aide d’un plaquage ventral. Une méthode policière controversée et dénoncée par plusieurs associations de défense des droits de l'homme pour le risque de mort par asphyxie qu'elle pose.

Quand les pompiers arrivent, quelques minutes après avoir été appelés, aucun gendarme n’a débuté de massage cardiaque.

Un des gendarmes s’en explique dans son audition : « Nous ne détectons aucune anomalie qui nécessitait des gestes de premiers secours. Ce que je constate, c’est qu’il ouvre les yeux à plusieurs reprises. »

« Quand j’arrive sur la victime, il y a du monde autour mais personne ne s’en occupe. La victime se trouvait sur le ventre, face contre terre », relève de son côté le pompier, qui s’inquiète tout de suite de l’état du jeune homme, lequel n’a « pas de ventilation et pas de pouls ».

Ces déclarations mettent à mal la version des gendarmes, qui indiquent de leur côté procéder à une surveillance « constante » des paramètres vitaux.

Les forces de l’ordre indiquent également avoir placé Adama Traoré en position latérale de sécurité (PLS) avec « sa chemise sous sa tête ».

Pourtant le pompier interrogé, qui a vingt-sept ans d’expérience, est catégorique : « Moi quand j’arrive, il n’est pas en PLS mais il est face contre terre ».

Les secouristes demandent tout de suite que les menottes soient retirées.

Un gendarme s’en occupe « malgré sa réticence apparente ».

Le pompier explique aussi que ce sont les secouristes qui retirent la chemise d’Adama Traoré. Rien ne soutenait sa tête.

A la fin de l’entretien, les enquêteurs demandent au pompier si il a quelque chose à ajouter.

Le secouriste conclut par une précision sur la réactions des autorités à la mort d’Adama Traoré : « Les gendarmes, avant de prévenir la famille, ont dit qu’ils devaient prévenir du renfort car ça allait partir en cacahuètes ».

Le sens des priorités sûrement.

Source :
http://www.liberation.fr/france/2016/09/14/mort-d-adama-traore-l-audition-d-un-pompier-revele-l-absence-de-reaction-des-gendarmes_1496789

A lire aussi - Mort d'Adama Traoré : La vérité étouffée
http://www.liberation.fr/france/2016/08/01/mort-d-adama-traore-la-verite-etouffee_1469800

***
Complément d'info
Affaire Adama Traoré : le plaquage ventral, une technique létale
http://tempsreel.nouvelobs.com/justice/20160913.OBS7959/affaire-adama-traore-le-plaquage-ventral-une-technique-letale.html

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Publié par C.L.A.P33 - dans Crimes policiers
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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 10:37

Le 8 septembre 2016

Agé de 23 ans, Hocine Bouras, détenu dans la maison d'arrêt de Strasbourg, avait été tué par balle par un gendarme lors d'un transfert à Colmar il y a deux ans.

La cour d'appel de Colmar a confirmé ce jeudi le non-lieu dans l'affaire d'Hocine Bouras, un détenu de 23 ans tué par balle par un gendarme lors d'un transfert en Alsace en août 2014, indique l'avocat du militaire.

Me Thierry Moser s'est dit "très satisfait" de cette décision, conforme aux réquisitions du parquet et à la décision des juges en première instance qui avaient estimé qu'il s'agissait de "légitime défense".

Son client faisait partie de l'escorte chargée d'amener Hocine Bouras de la maison d'arrêt de Strasbourg au bureau du juge d'instruction à Colmar pour qu'il soit entendu dans une affaire de vols à main armée.

"Justice, police, même combat"

Selon une collègue présente dans la fourgonnette et témoin au procès, le jeune homme, menotté, avait tenté de lui prendre son arme de service alors qu'elle était assise à côté de lui. Le gendarme s'était alors retrouvé en position de légitime défense.

Impossible, d'après la défense, selon qui la reconstitution a mis en lumière le fait que Hocine Bouras n'avait pas la possibilité de prendre l'arme au moment où le gendarme est intervenu.

Me Renaud Bettcher entend d'ailleurs se pourvoir en cassation.

"Encore une fois c'est justice, police, même combat", a ajouté l'avocat qui a déposé deux plaintes: une contre la témoin pour "destruction de preuves, son téléphone portable ayant été réinitialisé entièrement la veille de son audition par son collègue de la gendarmerie".

"Le permis de tuer pour les policiers et gendarmes"

Et une pour faux en écriture publique.

Selon lui, "les gendarmes ont bien trouvé le conducteur de la voiture qui dépassait le fourgon [au moment des faits, NDLR]. Ils n'ont pas procédé à son audition et ont fait constater qu'il y avait eu de vaines recherches".

Le collectif Vérité et Justice pour Hocine Bouras a réagi sur Facebook, estimant qu'avec cette décision "la justice appuie plus fort sur la gâchette, et confirme le permis de tuer pour les policiers et gendarmes... On y reconnaît bien la justice raciste, abonnée aux non-lieux, aux acquittements pour les agents de police/gendarmerie meurtriers".

Source :
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/hocine-bouras-tue-pendant-son-transfert-non-lieu-confirme-pour-le-gendarme_1828516.html

***
Houcine Bouras sur "Urgence Notre Police Assassine"
http://www.urgence-notre-police-assassine.fr/362437642

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 10:07

Depuis Planète BD

Malik Oussekine était un jeune plein d’espoir et de vie. Malheureusement pour lui, il était au mauvais endroit, au mauvais moment. Plus qu’une simple bande dessinée, un devoir de Mémoire parfaitement mis en scène par Bollée et Puchol !

L'histoire :

Paris, vendredi 5 décembre 1986, 19h30. Amphithéâtre de la Sorbonne. Devant une assemblée très garnie, un étudiant prend la parole contre le projet de loi Devaquet.

Un texte qui veut faire la sélection à l’entrée des universités : les recteurs d’université n’auraient plus l’obligation d’inscrire tous les bacheliers dans la filière de leur choix.

Pendant ce temps-là… Les effectifs de police ont reçu des ordres de l’intérieur : les étudiants sont chauds bouillants. Il va falloir répondre.

Les étudiants vont vouloir se défouler tout à l’heure dans les rues du Quartier Latin.

Martin ajuste son nœud-papillon alors qu’il s’apprête à dîner.

Un homme l’interrompt pour lui conformer que Chirac est attendu au 10 Downing Street dans une demi-heure pour dîner avec Thatcher. J

érôme accueille amoureusement Lise, sa compagne, médecin légiste. Son trajet retour a été interminable, tout le quartier est bouclé.

Inspection générale des services. Jean-Luc part récupérer sa fille dont il a la garde ce week-end. Oscar est de bonne humeur, il chante Tombé pour la France de Daho. Il est de garde ce soir à l’hôpital Cochin.

Le petit Hassin dîne avec sa mère qui lui a préparé un beefsteak-purée. 20h03.

René Monory, Ministre de l’Éducation Nationale prend la parole pour rassurer les Français sur le nouveau dispositif que souhaite mettre en place le gouvernement.

Malik Oussekine sort d’une laverie…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Il y a 30 ans, un jeune homme est mort lors des manifestations étudiantes sous les coups de matraque de la police.

Il était étudiant à l’École Supérieure des professions immobilières.

Il habitait une chambre de bonne dans le XVIIème arrondissement de Paris.

Son nom : Malik Oussekine.

Ce patronyme ne signifie rien pour les moins de 35 ans, à l’heure où les étudiants de 2016 se soulèvent contre le projet de loi El Khomri.

Pour qu’il ne tombe pas dans l’oubli, Laurent-Frédéric Bollée prend sa plus belle plume et rafraîchit notre mémoire.

À l’époque, Bollée était étudiant en AES à l’Université Panthéon Paris II-Assas. Il est devenu depuis lors l’un des scénaristes qui compte dans le monde de la BD et construit un récit poignant.

Que serait devenu Malik Oussekine s’il était encore vivant : un employé de bureau, un agent immobilier, un fonctionnaire ? Serait-il marié ? Aurait-il eu des enfants ? Vivrait-il toujours en Région parisienne ?

On ne le saura jamais. La bêtise humaine en a décidé autrement…

Ce qui frappe, ici, c’est le choix de la construction narrative, à la manière d’un thriller en split-screen.

Sans parti-pris, Bollée raconte par séquences la vie d’anonymes créés de toutes pièces qui, de près ou de loin, auraient pu croiser la route de Malik Oussekine.

Ce choix permet de mesurer l’impact social que cet assassinat en règle par les voltigeurs – la police mobile à moto destinée à réprimer les manifestations étudiantes – a provoqué dans le pays. Jeanne Puchol illustre en noir et blanc, sans détour, cette tragique histoire.

Son trait réaliste et son découpage vif donnent une vraie dynamique au récit et à la narration. Elle signe sans doute ici le meilleur album de sa carrière.

Plongez-vous sans attendre dans cette histoire, vous n’en sortirez pas indemne, comme l’ensemble des protagonistes.

Source :
http://www.planetebd.com/bd/casterman/contrecoups/malik-oussekine/28964.html

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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 10:46

Depuis ACAT, le 5 août 2016

Alors que l'enquête concernant la mort le 19 juillet d'Adama Traoré lors d'une intervention policières semble montrer que la technique du plaquage ventral a joué un rôle dans sa mort, l'ACAT revient sur l'utilisation de gestes d'immobilisation dangereux par les forces de l'ordre en France.

Les  forces  de  l’ordre  disposent,  afin  d’exercer  leur  mission,  de techniques d’intervention qui peuvent leur permettre de maîtriser une personne à interpeller.

Enseignés dans les écoles de police et  de  gendarmerie,  ces  gestes  sont  pratiqués  quotidiennement.

La plupart ne posent pas de problème particulier, à condition toutefois d’être strictement nécessaires et proportionnés à la situation, sans quoi leur pratique deviendrait illégale et serait qualifiée de violence policière.

Mais certaines techniques d'immobilisation controversées peuvent entraîner la suffocation et ont déjà provoqué plusieurs décès en France.

Le pliage : une technique dangereuse mais toujours pratiquée

La technique du pliage consiste à maintenir une personne assise, la tête appuyée sur les genoux afin de la contenir. Elle est susceptible de provoquer une asphyxie posturale et est responsable de plusieurs décès.

Cette pratique a été remise en cause en France après le décès rapproché de deux personnes à l’occasion de leur reconduite à la frontière.

Le 30 décembre 2002, Ricardo Barrientos décédait après avoir été attaché à son siège dans l’avion, la tête maintenue sur ses genoux et les policiers exerçant une pression sur ses omoplates, cela pendant près de quarante minutes et entièrement  recouvert  par  une  couverture. 

Quelques  jours  plus tard,  Getu  Hagos  Mariame  décédait  dans  les  mêmes  circonstances.  Suite  à  ces  drames,  une  instruction  de  police  nationale est venue interdire la pratique du pliage dans le cadre des reconduites à la frontière.

Pourtant, l’ACAT suit plusieurs affaires dans lesquelles la technique du pliage est suspectée d’avoir été utilisée.

Dans deux cas de décès au moins, des policiers ont reconnu avoir atiqué ce geste. Wissam El Yamni est décédé en janvier 2012 après son interpellation.

Selon le journal Le Monde, qui a pu consulter l’autopsie et le rapport de l’IGPN (la police des polices), la pratique d’un pliage serait en cause dans cette affaire.

En 2009, c’est un homme âgé de 69 ans, Ali Ziri, qui décédait suite à une intervention de police. Dans cette affaire à nouveau, un agent de police  reconnaissait  avoir  fait  usage  de  la  technique  du  pliage dans le véhicule qui conduisait Ali Ziri du lieu de son interpellation jusqu’au commissariat.

Plaquage ventral ou immobilisation en décubitus ventral

Ce geste consiste à plaquer et maintenir une personne ventre au sol, tête tournée sur le côté. Les forces de l’ordre ajoutent parfois à cette position d’autres moyens de contention, tels que le menottage des poignets derrière le dos et l’immobilisation des chevilles (avec parfois les genoux relevés), et peuvent aller jusqu’à exercer un poids sur le dos de la personne ainsi maintenue à terre.

Du fait de la position ainsi imposée à la personne, cette technique entrave  fortement  les  mouvements  respiratoires  et  peut  provoquer une asphyxie positionnelle.

En raison des risques de décès qu’elle entraîne, la pratique du plaquage ventral a été dénoncée à plusieurs reprises par Amnesty International. Une étude médicale indépendante attire également l’attention sur cette pratique : « des cas de mort subite chez des individus maintenus en position ventrale lors d’une arrestation, entraînant une asphyxie, même sans pression exercée  au  niveau  du  cou, ont  été  décrits  dans la littérature  et  de nombreux cas ont été rapportés».

Prenant en compte les risques que cette pratique a révélé, le Comité européen de prévention de la  torture  (CPT)  estime  que  les  moyens  de  contrainte  susceptibles de provoquer une asphyxie posturale, comme le plaquage ventral, ne devraient constituer qu’un ultime recours.

À l’occasion de l’examen de la France en 2010, un rapporteur du comité des Nations unies contre la torture (CAT) s’est quant à lui dit « préoccupé par le fait que la technique d’immobilisation dans la position dite du décubitus ventral continue d’être utilisée ».

En 2007, la France a par ailleurs été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme suite au décès d’un homme résultant de cette pratique.

En raison des risques qu’elle comporte, plusieurs pays, tels que la Suisse et la Belgique, ont renoncé à cette technique.

En France, elle a été encadrée sans être toutefois interdite. « Lorsque l’immobilisation d’une personne est nécessaire, la compression - tout particulièrement  lorsqu’elle  s’exerce  sur  le  thorax  ou  l’abdomen  –  doit être la plus momentanée possible et relâchée dès que la personne est entravée  par  les  moyens  réglementaires.» 

Elle  est  ainsi  toujours pratiquée en France et est mise en cause dans plusieurs cas de décès répertoriés par l’ACAT.

Recommandations de l'ACAT

• Proscrire l’utilisation des techniques dites du « pliage » et du « decubitus ventral ».
• Encadrer plus strictement la pratique de clés d’étranglement

Source :
http://www.acatfrance.fr/actualite/des-gestes-d-immobilisation-qui-etouffent

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 10:35

Le 3 août 2016

Dans une lettre ouverte adressée à Yves Jannier, procureur de Pontoise, le président de SOS Racisme revient sur la façon dont l'investigation a été menée après le décès du jeune homme de 24 ans, à Beaumont-sur-Oise.

Monsieur le procureur de Pontoise,

Le 19 juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise, Adama Traoré, un jeune de 24 ans, est mort une première fois. Quelques dizaines de minutes après avoir été interpellé par la gendarmerie, son décès était constaté et annoncé à la famille.

Quasi instantanément, comme pour orienter avec vigueur les regards vers la responsabilité de la victime elle-même et d’un malheureux concours de circonstances médicales, se produisit un schéma malheureusement habituel : la communication déployée en direction des médias, de façon anonyme ou de façon ouverte par vos soins, sombra dans ce qu’il est convenu en bon français de qualifier de mensonges, fussent-ils pour certains le fruit d’omissions.

De « lésions d’allure infectieuse » à « l’asphyxie »

Quel est l’enchaînement des circonstances ayant entraîné la mort d’Adama Traoré ? Nul ne le sait encore avec précision mais la question de la responsabilité des gendarmes ayant procédé à son interpellation est légitimement posée, que vous le vouliez ou non.

C’est donc cette question que l’on a voulu écarter.

Vous avez évoqué, sur la base d’une autopsie encore partielle, l’existence d’« une infection très grave touchant plusieurs organes » et l’absence de « traces de violences significatives ».

Autrement dit, et en contradiction avec les premières conclusions de l’autopsie – confirmées par la seconde autopsie – qui avait pourtant donné la cause de la mort, vous avez pris la responsabilité de taire ladite cause : l’asphyxie.

En outre, la première autopsie ne parlait pas d’« une infection très grave touchant plusieurs organes » mais de « lésions d’allure infectieus e» sur deux organes. Je ne vous ferai pas l’injure de penser qu’il s’agit là d’une nuance dans votre esprit.

Un homme est mort pendant le temps où il était aux mains de la gendarmerie – c’est-à-dire aux mains de la République – et vous vous précipitez devant la presse pour créer un écran de fumée entre la vérité d’un côté et la famille tout autant que l’opinion publique de l’autre.

Adama Traoré, mort dans des circonstances troubles qui commandaient une investigation guidée par la rigueur, le respect et la vérité, est en quelque sorte mort une seconde fois lorsque vous avez parlé du haut de votre autorité de représentant de la République.

Votre attitude est peut-être le fruit d’une panique liée aux émeutes que le décès d’Adama Traoré a entraînées. 

Mais une panique peu admissible lorsque l’on occupe vos fonctions.

A moins que cette attitude ne reflète un mépris insupportable : le mépris de celles et de ceux qui estiment que la mort de certains fait partie des aléas de l’interaction entre les forces de l’ordre et des jeunes de quartiers populaires d’origine maghrébine ou subsaharienne.

Nous ne savons pas si Adama Traoré est mort d’être un Noir de quartier mais votre communication entretient un rapport brutalement caricatural avec ces caractéristiques du défunt.

Les questions à se poser

Alors, plutôt que ce réflexe de la construction a priori d’une impunité dans l’investigation, voici ce que vous auriez pu, monsieur le procureur, vous poser comme questions, et les forces de l’ordre avec.

Pourquoi Adama Traoré s’est-il enfui à la vue de gendarmes ?

Une question qui n’est pas sans rappeler les décès de Zyed Benna et Bouna Traoré mais qui semble vous être suffisamment illégitime pour qu’elle n’appartienne pas à votre géographie mentale, pas plus qu’à celle de la police et de la gendarmerie.

Pourquoi les gendarmes ont-ils couru derrière Adama Traoré alors qu’il n’était pas concerné par l’opération en cours ?

Car, bien loin de s’être interposé entre les gendarmes et des personnes en cours d’interpellation comme quelques sources l’ont initialement distillé auprès des médias, c’est à l’issue d’une course-poursuite qu’Adama Traoré a été interpellé.

Quel est le fondement de l’interpellation d’Adama Traoré ? Le fait de courir est-il dans notre pays constitutif d’un délit nécessitant une interpellation aboutissant à un menottage à l’issue de l’utilisation de la technique du plaquage ventral ?

Les techniques d’interpellation qui sont appliquées peuvent-elles entraîner la mort ? L’on sait depuis longtemps, à travers notamment les conséquences de la technique du pliage, que la réponse est positive.

Est-il alors normal, au-delà du cas d’Adama Traoré, que ces techniques puissent continuer à être employées ?

Pourquoi les gendarmes, alors qu’Adama Traoré leur a indiqué qu’il étouffait et qu’il a perdu connaissance dans la voiture, n’ont pas immédiatement vérifié son état médical et emmené à l’hôpital une personne sous leur responsabilité ?

N’y a-t-il pas là non-assistance à personne en danger ?

De quoi Adama Traoré est-il mort ?

Pour y répondre sereinement, il faut envisager toutes les hypothèses avec sérénité. Au regard de votre communication, c’est le chemin inverse qui a d’emblée été emprunté.

Ultime interrogation

S’il se confirmait qu’Adama Traoré était frappé d’une anomalie cardiaque ayant provoqué une crise cardiaque puis l’asphyxie, cause du décès, c’est avec appréhension que je vous imagine dans le triomphe malsain de celui qui aurait eu d’emblée raison d’écarter – même de façon subliminale – la responsabilité des gendarmes.

Mais une autre perspective peut être dessinée.

Pour cela, et afin que toute la lumière soit faite, il faudrait alors que vous vidiez cette dernière question : Adama Traoré serait-il mort à 24 ans, un certain 19 juillet, s’il n’avait pas croisé la route de ceux qui assistèrent à sa mort avec la bonne conscience des braves gens qui éprouvent le sentiment du devoir accompli ?

Voilà quelques questions qui, bien qu’elles ne ramèneront pas Adama Traoré à la vie, auraient eu le mérite de montrer un respect posthume envers la victime et un respect présent à la douleur de la famille.

Je crains que vous ne vous posiez aucune de ces questions. Si cette crainte se confirmait, nous ferions en sorte qu’elles soient posées, fut-ce contre vous.

Dominique Sopo président de SOS Racisme

Source :
http://www.liberation.fr/debats/2016/08/03/la-deuxieme-mort-d-adama-traore_1470091

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 10:45

Le 22 août 2016

L'Inspection générale de la gendarmerie est chargée des investigations sur les causes de la mort du jeune homme, que deux autopsies n'ont pas permis de déterminer...

La Cour de cassation a été saisie lundi d’une demande de dépaysement de l’enquête sur la mort d’Adama Traoré, décédé lors de son interpellation mi-juillet, a-t-on appris lundi auprès du parquet général de Versailles.

« La Cour de cassation a été saisie de la requête du procureur général lundi. La signification aux parties est en cours. Elles ont un mois pour faire des observations auprès du greffe de la Cour de cassation », a expliqué une source au sein du parquet général. La Cour de cassation se prononcera donc sur cette requête passé ce délai.

Deux plaintes déposées

L’affaire était jusque-là dirigée par une juge d’instruction du tribunal de Pontoise (Val-d’Oise), qui dépend de Versailles. Mais la famille du défunt, critique à l’égard de la conduite de l’enquête, avait réclamé que la procédure soit délocalisée.
Lire ici :
http://www.20minutes.fr/societe/1909967-20160818-mort-adama-traore-juridiction-val-oise-pourrait-etre-dessaisie-enquete

Immédiatement qualifiée de « bavure » policière par son entourage, la mort le 19 juillet d’Adama Traoré, 24 ans, avait entraîné plusieurs nuits de violences à Beaumont-sur-Oise, d’où il était originaire, et dans les communes voisines.

Sa famille a déposé deux plaintes dénonçant l’attitude des forces de l’ordre pendant et après l’arrestation.
Lire ici :
http://www.20minutes.fr/societe/1905635-20160806-mort-adama-traore-proches-deposent-deux-plaintes-contre-forces-ordre

Source :
http://www.20minutes.fr/societe/1911755-20160822-mort-adama-traore-cour-cassation-saisie-demande-depaysement

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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 10:39

400

Le 11 août 2016

Après deux autopsies, beaucoup de silences, d’incohérences et de versions contradictoires, on ne connaît pas encore les causes et les conditions de la mort du jeune homme interpellé par la gendarmerie dans le Val-d’Oise. Mais son cas en rappelle beaucoup d’autres, depuis cinquante ans

De quoi Adama Traoré est-il mort ? Deux autopsies ont été pratiquées sur le corps de ce jeune homme de 24 ans interpellé à Beaumont-sur-Oise par des gendarmes, sans qu’on ne sache encore la cause exacte de son décès.

Sans parler d’autres zones d’ombre autour de l’interpellation, que l’enquête judiciaire devra éclaircir.

Encore ce jeudi, le procureur de Pontoise est venu contredire l’avocat de la famille, en expliquant à l’AFP (toujours son seul canal de communication) que « M. Traoré était sous l’emprise des effets psychotropes du cannabis au moment de son décès », contrairement à la thèse avancée la veille dans Le Parisien par Me Yassine Bouzrou.

Ce dernier explique ne pas avoir eu connaissance du second rapport d’analyses (prélevées sur le corps du jeune homme) faisant état du diagnostic.

« Il n’a pas été notifié aux parties au moment où je vous parle », assure-t-il, tandis qu’un premier rapport (réalisé sur les vomissures d’Adama Traoré pendant son transport en garde à vue) concluait, lui, à l’absence de médicaments, de stupéfiants et d’alcool, selon le même procureur.

Mort suspecte, omission de faits, versions contradictoires… Ce type de scénario se répète depuis des décennies autour de corps sans vie entre les mains de la police.

Les conditions de la mort d’Adama Traoré font ainsi tristement écho à une longue tradition française.

Et à voir la chronologie historique de ce genre d’affaires, les proches du défunt n’ont peut-être pas tort de réclamer des réponses claires aux autorités.

L’opacité, l’enlisement des enquêtes, l’abandon de poursuites et l’impunité sont souvent la règle, lorsque sont impliqués ceux qui ont « le monopole de la violence légitime ».

Chaque mois, une à deux personnes meurent lors d’une intervention de la police ou de la gendarmerie.

Sur les cinquante dernières années, 420 personnes ont perdu la vie lors d’une intervention des forces de l’ordre (voir la frise chronologique éditée par BastaMag ! http://www.bastamag.net/Homicides-accidents-malaises-legitime-defense-50-ans-de-morts-par-la-police%20), hors opérations dites antiterroristes.

En 2016, Adama Traoré est le huitième individu à succomber à une action des forces de l’ordre.

Sur ces 420 cas, ils sont une soixantaine à avoir officiellement succombé à un « malaise », soit un arrêt cardiovasculaire, alors qu’ils se trouvaient entre les mains de la police ou de la gendarmerie, dans un véhicule de police ou dans la cellule d’un commissariat.

À quoi ces arrêts cardiaques seraient-il dus ? À propos d’Adama Traoré, le procureur de la République a d’abord parlé d’« infection d’organe touchant plusieurs organes » puis a évoqué une « pathologie cardiaque ».

Avant que la deuxième expertise médicale n’avance finalement un « syndrome asphyxique ».

Dans plusieurs interpellations dramatiques précédentes, les policiers concernés ou le parquet se sont déjà empressés d’imputer l’issue tragique de l’interpellation à l’état de santé fragile du concerné ou à sa morphologie.

Par exemple, Louis Klinger, emmené, menottes aux poignets, en 2010 dans un fourgon de police, se serait soudainement effondré à cause d’une « calcification au cœur ».

Idem pour cet homme arrêté en 2011 gare Saint-Lazare en raison de son agressivité, victime d’un infarctus, alors qu’il est menotté et entouré de policiers.

En 2013, un procureur écarte également « toute intervention extérieure à l’origine du malaise » d’un homme de 55 ans qui finit ses jours dans une cellule de dégrisement à Bordeaux. Les circonstances de la mort restent floues.

Une enquête administrative est confiée à l'IGPN. À notre connaissance, la suite n’a pas été rendue publique.

Dans de nombreux autres cas, magistrats et médecins légistes n’ont pas hésité à conclure à une « mort naturelle » malgré les zones d’ombre.

Mort naturelle pour cette femme en 2012, prise d’un malaise lors d’une perquisition de son domicile.

Mort naturelle tenue secrète durant deux semaines pour cet homme en 2007, retrouvé inanimé dans un commissariat de Rouen.

Mort naturelle encore, selon le juge qui classe l’affaire Ricardo Barrientos, cet Argentin sans papiers mort étouffé lors de sa reconduite à la frontière en 2002.

Tous seraient en proie à une crise cardiaque, à une hypertension, à une malformation.

Voire à une « rupture de l’aorte, déjà fragile, liée à une maladie génétique », à propos du décès d’Abdel el-Jabri, à Aulnay en janvier 2012 après un contrôle d’identité.

En clair, il n’y aurait aucun lien entre le décès d’un individu et l’intervention policière dont il a fait l’objet.

Même lorsque nombre de ces morts demeurent consécutives à une arrestation musclée ou à un étouffement.

Tel serait le cas lors de l’arrestation d’Adama Traoré, à en croire les auditions des gendarmes impliqués. « Il a pris le poids de nos corps à tous les trois », admet un militaire à propos des derniers instants d’Adama.

Avant d’ajouter qu’ils ont « employé la force strictement nécessaire pour le maîtriser ».

L’avocat de la famille suspecte fortement l’emploi de violence à l’encontre de ce dernier.

À la suite de ces révélations, la presse s’est indignée de la communication sélective de la part du procureur, qui dit n’avoir constaté aucune trace de violences significatives, conformément aux résultats de la deuxième autopsie.

Ce procédé de communication parcellaire des informations a tendance à se répéter.

Comme le montre par exemple la bataille d’expertises autour de l’arrêt cardiaque mortel de Wissam el-Yamni, neuf jours après son interpellation le 31 décembre 2012.

Au lendemain de sa mort, le procureur de Clermont-Ferrand exclut tout traumatisme lié à des violences policières. Un rapport de l’IGPN mettra en cause les conditions d’interpellation, tandis qu’un rapport d’autopsie évoque une mort liée à un « cocktail toxique » d’alcool et de drogue.

Une autre expertise explique les marques de strangulation sur le corps par le frottement des vêtements.

Il faudra attendre quatre ans pour qu’une contre-expertise indépendante démente toute emprise de drogue.

La mise en examen d’un des policiers est cependant annulée. L’affaire est toujours en cours.

Les méthodes policières d’interpellation sont également au cœur des questionnements, pour Adama Traoré comme pour de nombreux autres cas tragiques.

En cause : les techniques d’immobilisation. Interdite dans plusieurs pays comme la Suisse, la Belgique ou les États-Unis, et régulièrement épinglée par Amnesty International ou le défenseur des droits, l’« asphyxie posturale » est à l’origine de plusieurs fins de vie prématurées depuis le début des années 2000.

Elle a notamment été utilisée lors des expulsions d’immigrés en situation irrégulière. Dernier « sans-papiers » en date à en avoir fait les frais : l’Algérien A. Gorradia, en août 2014.

Ali Ziri, ce chibani de 67 ans arrêté à Argenteuil en 2009 lors d’un contrôle d’identité a quant à lui été « plié » en deux. Il meurt deux jours après à l’hôpital.

L’autopsie relève 27 hématomes sur son corps et révèle une mort par « arrêt cardiocirculatoire d’origine hypoxique généré par suffocation et appui postérieur dorsal ». Un non-lieu, confirmé par la Cour de cassation en 2016, est prononcé en faveur des policiers.

En 2008, Hakim Ajimi s’est aussi éteint devant six témoins sous le poids de deux agents de la BAC.

Ceux-ci font pression sur sa poitrine et sa nuque avant de le transporter dans le véhicule de police. À l’arrivée, la mort de Hakim est constatée.

L’autopsie conclut à une mort par « asphyxie mécanique lente avec privation prolongée en oxygène ».

En janvier 2012, le tribunal correctionnel de Grasse condamne trois policiers à des peines de prison avec sursis de six, dix-huit et vingt-quatre mois, et relaxe les quatre autres agents.

Pour Lamine Dieng, mort étouffé en 2007 dans un fourgon de police à Paris sous le poids de cinq policiers, une première autopsie parle d’« éthologie toxique » due à une consommation de drogue, avant qu’une contre-expertise ne conclue à une « compression thoracique et crânienne ». Un non-lieu est prononcé en juin 2015.

L’on pourrait multiplier les exemples de ces morts sans explications.

Hakim Djelasi en 2009 à Lille succombe à un arrêt cardiaque. L’autopsie ne permet pas d’identifier les causes réelles de la mort. Les versions de la police et de la famille ne concordent pas. Des hématomes sont relevés sur son corps.

 

En 2009 encore, Mohamed Boukrourou meurt d’un arrêt cardiaque à la suite d’une arrestation à Valentigney (Doubs). Des traces de coup sont repérées, la famille porte plainte. Résultat ? Non-lieu.

Une opacité qui n'aide en rien

Les similitudes entre l’affaire Traoré de 2016 et une multitude d’autres interpellations ayant mal tourné ne s’arrêtent pas là.

Rares sont en effet les cas où la version initiale, largement médiatisée, n’est pas contestée par des contre-expertises médicales, des témoins de l’interpellation, ou la famille ayant vu le corps sans vie.

Traces d’ecchymoses ou de blessures, rétention d’information, disparition de preuves, dissimulation de documents entourent beaucoup d'exemples passés, dont une bonne part ont pour point commun de s'être produits dans des commissariats.

Le cas le plus emblématique est sans doute celui de feu Abou Bakari Tandi à Courbevoie en 2005, maintes fois dénoncé par Amnesty International.

Mais déjà en 1969, Charles Moncomble, artisan couvreur, est placé en garde à vue dans les bureaux de la gendarmerie de Lille. Il aurait été pris d'un malaise le lendemain, selon la version policière. Les gendarmes auraient appelé un médecin avant qu'il ne soit hospitalisé.

Des témoins affirment qu'il était déjà mort en arrivant à l'hôpital.

Les résultats de l'autopsie ne sont pas divulgués à la veuve de la victime, au motif du « secret médical ».

Lors de l'identification du corps à la morgue, celle-là voit le visage de son époux tuméfié, et un liquide saumâtre sort de sa bouche.

Des traces violacées sont également constatées sur le thorax.

L'information ouverte par le parquet de Lille se solde par un non-lieu et l’affaire est classée.

Cinq ans plus tard, en 1974, c’est Vincent Recco qui meurt d’un œdème pulmonaire dans un commissariat de Marseille.

Après avoir découvert le nez du trépassé écrasé ainsi que des traces sur les poignets, la famille porte plainte. La suite n’est pas connue.

C’est aussi le cas de Ouardia Aoudache dans le Jura en 1984.

Plus récemment, le décès d'Amadou Koumé est constaté au commissariat du Xe arrondissement, malgré les tentatives de réanimation des secours. L’homme de 33 ans venait d’être arrêté par la BAC devant un bar.

Les parents sont informés trois jours plus tard.

L'affaire ne sort dans la presse que plusieurs semaines après les faits.

La famille demande un éclaircissement des circonstances. On lui refuse d'accéder au résultat de l'autopsie.

Après avoir constaté une plaie au visage sur le corps sans vie, elle porte plainte contre X pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

Un juge d’instruction est nommé un an après les faits.

À supposer que la personne interpellée ait initialement une fragilité quelconque (cardiaque ou asthmatique), comment expliquer que ces malaises se produisent pendant une intervention ?

De plus, policiers et gendarmes s’en inquiètent-ils avant de procéder à une neutralisation, eux qui sont censés « préserver de toute forme de violence et de tout traitement inhumain ou dégradant » la personne placée sous leur protection, selon leur code de déontologie (et notamment l’article R. 434-17) ?

Il arrive que l’état de santé puisse être déterminant dans le décès des victimes. Ce peut être le cas lors des placements en cellule de dégrisement pour état d’ébriété ou prise de stupéfiant.

Mais, là encore, l’opacité n’aide en rien les proches des victimes à lever le voile sur la responsabilité des forces de l’ordre.

Prenons l'exemple de Serge Mocik, interpellé à Paris en 1984 alors qu'il vient de se “shooter”. Il meurt à l'hôpital après avoir passé vingt heures au commissariat, durant lesquelles son état de santé est jugé alarmant.

Les parents du jeune homme se constituent partie civile et portent plainte pour coups et blessures et non-assistance à personne en danger. Un non-lieu est prononcé (source : Le Canard enchaîné, 11 juin 1986).

Même doute pour Farid el-Orabi en 1986 à La Rochelle, mort à cause d’une prise de stupéfiant. Un témoin assure qu'il y a eu violences et coups de la part des policiers.

La famille porte plainte contre X avec le soutien du Mrap (source : Libération, 18 décembre 1986).

La suite ? Inconnue.

Il en va de même pour Cyril Cozic en 2014, découvert sans vie au petit matin dans la gendarmerie de La Queue-lez-Yvelines, à la suite d'un malaise hépatique.

Lors de son interpellation pour conduite en état d’ivresse, la famille avait pourtant prévenu les gendarmes que l’homme était cardiaque.

Pillail Manickavasakar, lui, souffrait d’hypertension quand il a été placé en garde à vue.

Ce restaurateur sri lankais naturalisé français perd la vie à la suite du refus des douaniers de lui administrer les médicaments qu’il avait sur lui. Une plainte est déposée au parquet de Valenciennes. La suite judiciaire n'est pas connue.

Manquement aux soins, erreur de diagnostic, non-assistance à personne en danger sont souvent pointés par les proches.

Pour rappel, le code de déontologie de la police stipule bien que « le fonctionnaire de police ayant la garde d’une personne dont l’état nécessite des soins doit faire appel au personnel médical et, le cas échéant, prendre des mesures pour protéger la vie et la santé de cette personne ».

Joseph Petithuguenin sera placé en garde à vue dans le cadre d’une enquête sur une affaire de daims empoisonnés. Cet ancien ouvrier de chez Peugeot, âgé de 77 ans, est malade. Il décède dans la nuit.

La famille pense qu'il a succombé à cause de son état de stress, lié aux conditions de sa détention.

Un gendarme, condamné à trois mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Besançon, est finalement relaxé par la cour d'appel en octobre 2012.

Dans certains cas, l’état de santé de la victime ne suffit pas à dédouaner les fonctionnaires de l’ordre public.

Ainsi d'Aïssa Ihich, 18 ans, arrêté en 1991 à la suite d'affrontements entre policiers et jeunes de la cité du Val-Fourré dans l'Essonne. La famille apporte ses médicaments au commissariat, pour soigner le jeune homme qu’elle sait asthmatique.

Les policiers refusent de les lui administrer en l'absence de consignes du médecin.

Ce dernier avait assuré que l'état de santé d’Aïssa était compatible avec son maintien en garde à vue, sans mentionner qu'il était asthmatique.

Le lycéen décédera précisément d'une crise d'asthme, selon la version officielle.

Après onze ans de procédure, les policiers sont condamnés en 2002 à huit mois de prison avec sursis pour non-assistance à personne en danger.

Le médecin est inculpé d'homicide involontaire et condamné à un an de prison avec sursis.

Ce type de condamnation, même tardif, reste exceptionnel pour ne pas dire rarissime. Sur la soixantaine des malaises fatals, la condamnation à de la prison assortie de sursis a été prononcée dans cinq affaires.

On dénombre une quinzaine de non-lieux, trois classements sans suite et deux relaxes ou acquittements.

Six affaires sont toujours en cours.

Dans la moitié des cas, la suite judiciaire n’est pas connue.

Dans l’affaire concernant Adama Traoré, l’enquête de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale devra déterminer si les fonctionnaires ont agi selon un « usage proportionné de la force ».

Leur sanction administrative dépendra en partie de l’écart entre la violence exercée lors de l’arrestation et sa légalité prévue par le règlement.

Mais au-delà des responsabilités individuelles des agents, certaines morts, jugées illégitimes au yeux d’une partie de l’opinion, sont la conséquence de pratiques répressives jugées légales par l’institution.

Sans que celle-ci n’y trouve rien à redire depuis des décennies.

Source :
https://www.mediapart.fr/journal/france/110816/avant-adama-traore-ces-etranges-malaises-entre-les-mains-de-la-police?page_article=2

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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 00:38

Le 1er août 2016

Dans un éditorial, le célèbre journal américain dénonce la "culture d'impunité" qui sévit dans la police française, et s'en prend à l'indifférence du gouvernement.

"Black Lives Matter in France, too", "Les vies noires comptent en France aussi" : c’est ainsi que s’intitule l’édito paru dans le "New York Times" du 29 juillet.

Dans ce texte, le quotidien américain revient sur la mort d’Adama Traoré, un jeune Noir décédé le 19 juillet lors de son interpellation par la gendarmerie à Beaumont-sur-Oise, vraisemblablement d’asphyxie.

Le "New York Times" évoque les violents affrontements entre forces de l’ordre et "minorités en colère" qui ont suivi ce décès, et constate l’écho qu’a eu en France le mouvement Black Lives Matter, né aux Etats-Unis notamment pour dénoncer les bavures policières. Un écho "pas surprenant", juge le journal, qui n’hésite pas à se montrer critique :

"Les organisations de défense des droits de l'homme ont fait état ces dernières années d'une culture d'impunité, profondément ancrée au sein de la police française, et donnant lieu à des abus à l’égard des minorités."

Le "New York Times", qui mentionne quelques lignes plus haut la mort de Zyed et Bouna en 2005 (deux adolescents électrocutés dans le transformateur où ils s’étaient réfugiés pour échapper à la police, à Clichy-sous-Bois), cite alors une étude datant de 2009, montrant qu’une personne noire ou maghrébine, ou du moins perçue comme telle, aurait "six à huit fois plus de chances qu’une personne blanche de se faire contrôler par la police à Paris".

Les "arguments dangereux" du gouvernement français

Des discriminations qui, selon le journal, se sont multipliées depuis l’application de l'état d’urgence.

L’édito vise aussi le gouvernement français, en rappelant qu’en 2012, François Hollande alors candidat pour la présidentielle promettait de lutter contre le contrôle au faciès, mais qu’en juin dernier la Cour d’appel de Paris a tout de même condamné l’Etat pour ce type de contrôles.

Malgré cela, note le "New York Times", le Parlement a abandonné le mois dernier une proposition de délivrer un récépissé après chaque contrôle d’identité (mesure destinée à repérer les contrôles à répétition), Bernard Cazeneuve avançant que ce n’est pas le moment de jeter la moindre "suspicion" sur la police.

"C’est un argument dangereux", commente le quotidien. "L'Etat islamique a montré qu’il sait exploiter les sentiments de colère et d’aliénation à des fins meurtrières".

Une leçon de conduite

Et de conclure :
"Maintenant plus que jamais, la police a besoin d'instaurer la confiance avec les minorités, en faisant preuve de respect envers les droits de tous les citoyens français, quelle que soit leur religion ou leur couleur de peau, et en montrant que la justice doit être appliquée de manière équitable."

Cette leçon de conduite ne fait pas l’unanimité. "Le Parisien" rapporte ainsi la réaction d’Axel Poniatowski, député (LR) du Val d’Oise et président de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale, pour qui "les Etats-Unis sont très mal placés pour donner des leçons. Combien d’affaires policières se terminent par une relaxe pour la police, aux Etats-Unis ?"

Il y a quelques jours, le "New York Times" rappelait lui-même qu’aux Etats-Unis, les policiers impliqués dans les affaires de meurtres d'Afro-Américains sont rarement reconnus coupables.

Voir ici :
https://pbs.twimg.com/media/CoYacYyXgAASLnf.jpg

Source :
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20160801.OBS5630/adama-traore-le-new-york-times-tacle-l-impunite-de-la-police-francaise.html

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 10:13

Le 10 août 2016

La police de Baltimore, ville de l’Etat du Maryland, discrimine les Afro-Américains au quotidien, fait un usage excessif de la force et n’est pas tenue pour responsable de ses abus, selon un rapport particulièrement accablant du département de la justice américain, rendu public mercredi 10 août.

L’enquête fédérale sur la police de Baltimore a été ouverte en avril 2015, à la suite de la mort de Freddie Gray, un Afro-Américain de 25 ans, qui a eu la nuque brisée dans un fourgon de police lors de son transport vers le poste. Sa mort a provoqué les plus graves émeutes que la ville ait connues depuis des décennies et a contribué à un mouvement plus large de protestation contre les violences policières, Black lives matter (« les vies des Noirs comptent »).

Depuis le début de l’année 2016, selon un décompte du Guardian, 651 personnes ont été tuées par la police aux Etats-Unis.

Mais, plutôt que de se concentrer sur les circonstances de la mort de Freddie Gray, le rapport examine un ensemble de pratiques possiblement contraires à la Constitution américaine.

Les enquêteurs ont passé plus d’un an à interroger des habitants de Baltimore, des policiers, des procureurs, des avocats commis d’office et des élus locaux.

Ils ont également assisté à des patrouilles de police et consulté des documents et dépôts de plainte. Des enquêtes similaires sont en cours à Chicago, San Francisco et Ferguson (Missouri), où le meurtre d’un jeune Noir par des policiers avait aussi provoqué une vague de protestations à l’été 2014.

Lire aussi :   Après les polices de Baltimore et Chicago, celle de San Francisco visée par une enquête

Les accusations du rapport concernant les pratiques de la police sont accablantes, dans ses fonctions les plus élémentaires, des contrôles routiers au respect de la liberté d’expression, censément protégée par le premier amendement de la Constitution.

Mais ces accusations pourraient également servir de moteur au changement : le ministère de la justice entend faire adopter un décret de consentement qui forcerait la police à s’engager à améliorer ses pratiques, sous peine de poursuites fédérales.

Mercredi, Vanita Gupta, responsable de la division des droits civiques au ministère de la justice, a annoncé que la police de Baltimore avait accepté d’engager des négociations sur les réformes à adopter.

Contrôles injustifiés, fouilles et représailles

Les agents s’arrêtent régulièrement, en particulier dans les quartiers afro-américains pauvres, pour des motifs douteux, et interpellent sans véritable raison des citoyens accusés d’« outrage à agent ».

A Baltimore, 84 % des contrôles policiers visent des Afro-Américains, lesquels représentent 63 % de la population.

De même, 95 % des quatre cent dix personnes contrôlées au moins dix fois par la police entre 2010 et 2015 étaient des Afro-Américains.

Le rapport précise qu’aucun individu d’une autre couleur de peau n’a été contrôlé plus de douze fois.

Un homme interrogé par les enquêteurs leur a dit avoir été contrôlé trente fois en moins de quatre ans.

Aucun de ces contrôles n’a mené à des poursuites judiciaires. Dans vingt-six contrôles sur vingt-sept, aucune poursuite n’est engagée.

La force physique est utilisée hors de toute proportion, y compris contre des personnes souffrant de handicaps mentaux, des jeunes gens, des passants qui ne sont pas dangereux ou ne représentent pas une menace immédiate.

L’usage de la force devient en fait une technique de représailles lorsque les agents « n’aiment pas les réponses » des individus qu’ils contrôlent. Des arrestations non justifiées sont également de plus en plus nombreuses.

Dans un cas cité par le rapport, un homme s’enfuit à l’approche d’une patrouille de police dans un quartier dit « à risques ». Un policier lui assène plusieurs coups de Taser pour l’immobiliser, puis procède à une fouille.

L’homme n’est pas armé, « et il n’y avait aucune raison de penser [qu’il l’était], d’après le rapport du policier ».

Piétons et automobilistes afro-américains subissent des fouilles prolongées. En plus des palpations, les policiers les obligent à ôter des vêtements en public, ce qui est contraire à la Constitution.

Une mentalité du « eux contre nous » qui vient de la hiérarchie

La police de Baltimore « recourt à des pratiques agressives », selon le rapport. « La formation de la police de Baltimore instille une mentalité du “eux contre nous”, dont nous avons vu des agents faire preuve envers des habitants, s’aliénant les civils qu’ils sont censés protéger. »

La plupart des pratiques contraires à la Constitution seraient liées à l’instauration d’une politique de « tolérance zéro » au début des années 2000, qui a généré des arrestations en masse pour des faits mineurs comme simplement de « traîner » dans la rue.

Des abus qui viennent directement de la chaîne de commandement. Le rapport cite le cas d’un supérieur ordonnant à un policier d’« inventer quelque chose » après que celui-ci se fut plaint d’avoir dû contrôler et interroger un groupe de jeunes Afro-Américains sans raison.

La procureure générale de l’Etat du Maryland, Marilyn Mosby, a réagi à la publication du rapport, disant qu’il « confirmait des choses que nombre d’entre nous savent déjà, et dont nous avons une expérience de premier plan ».

Elle a écrit dans un communiqué : « Même si la grande majorité des policiers de Baltimore sont de bons agents, nous savons aussi qu’il y en a de mauvais et que la police a de nombreuses fois échoué à repérer, entraîner et responsabiliser ses agents. »

Six policiers ont été accusés du meurtre de Freddie Gray. Trois d’entre eux ont été acquittés, un a bénéficié d’un vice de procédure, et les charges contre les deux derniers ont été abandonnées.

Lire aussi :   Aucun policier impliqué dans la mort de Freddie Gray, aux Etats-Unis, n’aura été condamné

Source :
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/08/10/violences-policieres-le-departement-de-la-justice-accable-la-police-de-baltimore_4980818_3222.html

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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 12:47

Le 5 août 2016

Babacar, 27 ans s’était pris cinq balles tirées par des policiers de la BAC.

Fin 2015, Babacar était tué par la police. Une enquête publiée sur notre site remettait en cause la légitimité des tirs. Ce jeudi, Jeune Afrique nous apprend que deux des policiers ont en plus déposé une plainte (irrecevable) contre le mort.

En avril dernier, StreetPress vous racontait l’histoire de Babacar, sans-papier, mort sous les balles de la police.

Selon Jeune Afrique, deux des policiers ayant participé à l’intervention ont porté plainte contre le jeune Sénégalais, pour « tentative de meurtre ».
http://www.jeuneafrique.com/346546/societe/abattu-par-police-babacar-gueye-accuse-de-tentative-de-meurtre/

Une plainte non recevable, puisqu’il était déjà décédé.

Cette nuit-là

Le 3 décembre, à 4 heures du matin, Pierre appel les secours. Son ami, vraisemblablement en pleine crise de démence, Babacar est en train de danser et de s’automutiler.

L’intervention des forces de l’ordre, dans ce quartier populaire de Rennes, tourne mal : le Sénégalais de 27 ans est abattu de cinq balles dans le buffet. Un tir légitime, selon le communiqué publié au lendemain des faits, par le procureur de la république.

Ce n’est pas l’avis de Pierre*, témoin direct d’une partie de la scène.

Interrogé par StreetPress, il affirme que les policiers « ont paniqué » et commis « une bavure ». La famille de Babacar Guèye a déposé plainte pour homicide volontaire avec constitution de partie civile.

Deux enquêtes sont alors menées.

L’une, confiée à la Police Judiciaire, l’autre à l’IGPN, la police des polices.

>> Relisez notre enquête sur la mort de Babacar.

Une (trop) longue enquête

Selon Jeune Afrique, (link is external) « l’avocat de la famille de la victime, Me Abdoulaye Barry, a accédé au dossier il y a seulement trois semaines, ainsi qu’aux analyses toxicologiques de la victime ».

Des analyses toxicologiques qui n’ont détecté la présence ni d’alcool ni de stupéfiant dans le corps de Babacar.

Jeune Afrique cite également une « source proche de l’enquête » qui a pu avoir accès au dossier.

Selon elle, la plainte des policiers « a permis de mener une enquête à charge contre Babacar Guèye et de la classer sans suite puisqu’on ne peut pas poursuivre un mort ».

Mais l’affaire n’est pas encore enterrée pour autant.

A la suite de la plainte déposée par la famille, un juge d’instruction va être saisi.

* Le prénom a été modifié

Source :
http://www.streetpress.com/sujet/1470405466-policiers-plainte-contre-homme-abattu

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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 11:34

Le 8 août 2016

Aux obsèques d’Adama Traoré, au Mali : « On pleure des larmes de haine »

Bouna a les lèvres qui tremblent et les mains pleines de terre ocre. Il vient d’enterrer son oncle, Adama Traoré, à Bamako. Il ne l’a vu « qu’une fois, au Mali », comme la majorité des gens qui ont assisté aux funérailles de ce jeune homme de 24 ans, mort dans des circonstances controversées, lors d’une interpellation le 19 juillet dans le Val-d’Oise.

« Je connaissais son père, depuis des années. J’étais présent à son enterrement. Je viens ici soutenir la famille », explique Mohammed, drapé dans un beau bazin vert foncé.

Adama Traoré n’a pas grandi au Mali. Qu’importe, la solidarité et les racines familiales sont des motivations suffisantes pour la cinquantaine de personnes présentes ici. La pluie battante ne s’est pas arrêtée de la journée.

Elle se mêle aux larmes, rince les mains et les visages de ceux qui viennent d’inhumer le jeune homme. « La pluie, c’est un beau présage. Cela signifie que les portes du paradis vont s’ouvrir devant lui », affirme Assa Traoré, sa sœur, qui a fait le déplacement depuis Paris.

« On voulait qu’Adama puisse être enterré pas loin de notre père. »

C’est chose faite, il repose désormais dans le cimetière de Kalabancoro, un quartier en périphérie de Bamako. Assa Traoré parle avec une voix amère, emplie de colère :

« Aujourd’hui, on pleure des larmes de haine. Tant qu’il n’y aura pas de justice, on ne pourra pas faire autrement. »

« La justice, on y croit »

Comme sa mère Oumou, elle dénonce « les mensonges répétés » du procureur de Pontoise, Yves Jannier. « Quand je suis allée à la gendarmerie, on m’a dit que mon fils était en garde à vue. Il était mort, déjà une heure plus tôt. Vous trouvez ça normal de mentir comme ça ? »

Deux proches amis d’Adama ont également fait le déplacement depuis Paris. Ils ne veulent pas que leurs noms soient divulgués dans la presse. « La justice, on y croit. Parce que cette histoire est tellement grosse, il y a eu tellement de cachotteries, que cela ne peut que se retourner contre eux », affirment-ils.

Lors de son arrestation, le jeune homme avait été maintenu au sol sous « le poids des corps » de trois gendarmes, selon une source proche de l’enquête citant les déclarations de l’un des militaires.

« Quand des faits comme ça sont reconnus, ça donne envie de continuer à se battre pour la vérité. » Assa Traoré ne veut même plus parler de « bavure policière ». Le mot est trop faible pour elle, « après tout ça ».

Manque d’implication du Mali

La famille d’Adama dénonce aussi le manque de soutien du gouvernement malien. « Les associations maliennes nous ont immédiatement contactés pour voir comment elles pouvaient nous aider à traverser ça.

Mais la justice du Mali, le gouvernement, rien ! », explique Assa. La famille a été reçue une fois par le consul à Paris mais depuis plus de nouvelles. « IBK [Ibrahim Boubacar Keïta, le président malien] est partout dès qu’il s’agit d’afficher sa solidarité avec la France. Mais concernant ses ressortissants que fait-il ? Nous, on veut voir le président. On veut être soutenu politiquement par le Mali. »

Juste avant de s’envoler pour Bamako, l’avocat de la famille Yassine Bouzrou a déposé deux plaintes.

L’une, avec constitution de partie civile, pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner », l’autre visant une gendarme pour « faux en écritures publiques aggravés, dénonciation calomnieuse, modification de scène de crime ».

Contacté par l’Agence France-Presse, le procureur Yves Jannier a précisé n’avoir « aucun commentaire à faire ».

Après deux autopsies, sans qu’il ne soit possible de déterminer les circonstances exactes de la mort, Adama Traoré a donc été inhumé au Mali. Assa Traoré veut croire en la justice :

« Ce que l’on espère c’est que la France restera un Etat de droit, un Etat ou Adama bénéficiera de la même justice qu’un autre. »

Source :
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/08/08/aux-obseques-d-adama-traore-au-mali-on-pleure-des-larmes-de-haine_4979582_3212.html

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