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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 11:13

Le 22 février 2016

Après la répression et l’arrestation d’élèves refusant la minute Charlie, la stigmatisation des raps collégiens, la violence continue à s’abattre sur les jeunes et des élèves, y compris mineurs.

Dans le contexte de l’état d’urgence où la violence des forces de l’ordre se retrouve démultipliée par les pouvoirs exceptionnels qui sont dévolues à la police, nous publions le communiqué des personnels scandalisés du collège Coysevox, dans le 18ème arrondissement de Paris, où un élève de 13ans s’est fait arrêté par des policiers après avoir été percuté violemment par leur véhicule.

***
Communiqué des personnels du collège Coysevox dans le 18ème suite à l’arrestation d’un élève de 13 ans devant le collège

Nous, personnels exerçant au collège Coysevox (Paris 18ème arrondissement), avons appris ce jeudi 18 février, l’interpellation violente par la police de deux de nos élèves devant le collège ce matin.

Nous tenons à exprimer notre stupeur et notre colère face à la brutalité de l’action.

L’un des deux élèves, scolarisé en classe de 5ème et âgé de 13 ans, a été percuté volontairement par une voiture de police banalisée, puis frappé et humilié devant les passants incrédules.

Cette arrestation brutale s’est par ailleurs déroulée devant d’autres élèves de cinquième, donc tout juste âgés de 12-13 ans, qui attendaient l’ouverture des portes du collège pour se rendre en cours.

Ces élèves ont été profondément choqués par les méthodes violentes exercées contre de jeunes enfants, leurs camarades de classe.

En tant que citoyens, mais aussi fonctionnaires de l’éduction nationale, nous ne pouvons supporter ni accepter que de tels actes violents se déroulent en général, mais encore moins devant un établissement et un public scolaires.

Le contexte de renforcement des pouvoirs de police rend la situation d’autant plus inquiétante.

Rien ne peut justifier tant de violence dans l’interpellation d’un enfant de 13 ans désarmé. Il nous est difficile d’enseigner les règles de droit dans nos classes quand elles sont bafouées de façon si évidente aux portes de notre collège.

Nous souhaitons aussi exprimer à la famille notre soutien et notre accompagnement dans toute démarche qu’elle souhaiterait entreprendre.

Des personnels du collège Antoine Coysevox soutenus par le syndicat Sud éducation

Paris, le 18 février 2016

Sources :
http://www.sudeducation75.org/spip.php?article777
http://www.revolutionpermanente.fr/Arrestation-violente-d-un-collegien-de-13-ans-dans-le-18eme-arrondissement-de-Paris

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 13:45

Le 24 février 2016

Dans son rapport annuel, l'ONG évoque « un assaut massif contre les libertés et les droits fondamentaux», basé sur des «mesures sécuritaires draconiennes ». La France est épinglée.

La situation est « si catastrophique » sur le front des droits humains que Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International, se pose « une interrogation simple mais brutale » : « Le système juridique international et les institutions mondiales sont-ils à la hauteur de la tâche urgente que représente la protection des droits humains ? »

L'année 2015 marquait les 70 ans de l’ONU, mais l’organisation, jugée « plus vulnérable que jamais », et ses valeurs n’ont pas été à la fête, selon le rapport annuel d’Amnesty rendu public ce mercredi.

« La répression a été pour ainsi dire monnaie courante en 2015, souligne le secrétaire général, présentée comme nécessaire pour la sécurité nationale, l’ordre public et la protection des valeurs nationales. »

Il est apparu que « certains Etats pratiquaient une surveillance digne d’un roman de George Orwell ».

Amnesty dénonce « un assaut massif contre les libertés et les droits fondamentaux », basé sur des « mesures sécuritaires draconiennes ».

La France est ainsi épinglée pour les excès de sa législation antiterroriste qui met à l’écart le juge judiciaire, avec « des lois autorisant un recours à des techniques de surveillance plus vastes, sans contrôle judiciaire indépendant ».

Les Etats-Unis sont critiqués pour le maintien de Guantánamo, Israël pour son blocus militaire sur Gaza, le Royaume-Uni pour sa « surveillance de masse au nom de la lutte contre le terrorisme»  et sa tentative de «se soustraire à la surveillance de la cour européenne».

L’ONU semble « à bout de souffle »

L’ONG note un « mouvement insidieux et rampant » : « Des gouvernements s’en prennent délibérément aux institutions qui ont été créées pour contribuer à la protection des droits fondamentaux, refusent de leur allouer des fonds suffisants, ou encore choisissent de n’en faire aucun cas. »

De plus en plus de pays cherchent à se soustraire au contrôle d’instances internationales (Cour pénale internationale, organes de défense des droits humains de l’ONU, Conseil de l’Europe…).

Pour Shetty, « plus de soixante-dix années de travail acharné et de progrès humains sont en danger » : « Ce sont non seulement nos droits qui sont menacés, mais aussi les lois et le système qui les protègent », insiste le secrétaire général, en s’inquiétant que « des gouvernements veulent faire passer la protection des droits humains pour une menace contre la sécurité, la loi et l’ordre, ou les "valeurs" nationales ».

La crise des réfugiés, avec le plus grand nombre de personnes déplacées dans le monde depuis la deuxième guerre mondiale, est au coeur des préoccupations.

« La répartition de la charge et de la responsabilité des réfugiés est restée immensément déséquilibrée et les moyens apportés sont loin d’avoir été à la mesure de l’aggravation rapide de la crise », déplore Amnesty, pour qui l'attitude des pays européens s'avère « honteuse » : « L’UE, qui compte plus de 500 millions d’habitants et qui constitue l’ensemble politique le plus riche de la planète, s’est singulièrement montrée incapable d’apporter une réponse cohérente, humaine et respectueuse des droits humains. »

Pour l'ONG, seule l'Allemagne a développé la volonté politique réclamée par la situation.

A l'inverse, « la plupart des dirigeants européens ont préféré prêter l’oreille aux discours tonitruants hostiles aux immigrés, motivés par la peur de l’insécurité et d’une perte de souveraineté nationale ».

Avec pour conséquence que « les seules mesures sur lesquelles ils ont pu s’entendre sont celles qui visaient à renforcer la "forteresse Europe"».

Face à ces dégradations, l’ONU semble « à bout de souffle ».

Le conflit syrien illustre « L’incapacité du système des Nations unies à s’acquitter de son rôle déterminant pour le respect des droits fondamentaux ».

L’ONU, critiquée en Syrie (comme le montre le reportage de Libération), a «désespérément besoin d’un nouvel élan», estime Amnesty International.

Dans le détail, 122 Etats ont, selon l’ONG, pratiqué la torture ou d’autres mauvais traitements, 29 ont forcé des réfugiés à retourner dans un pays où ils étaient en danger.

Dans 19 pays, des crimes de guerre ont été commis par le gouvernement ou des groupes armés.

L’Arabie Saoudite, le Burundi, la Chine, l’Egypte sont cités parmi les mauvais exemples, notamment pour des arrestations massives et des violences, de même que la Russie, le Pakistan, la Hongrie, le Mexique (27 000 disparus) et, bien sûr, la Syrie.

Source :
http://www.liberation.fr/planete/2016/02/24/droits-humains-amnesty-international-denonce-une-situation-catastrophique_1435256

 

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 07:46

Depuis Alterantive Libertaire le 19 février 2016

Samedi 2 janvier paraissait sur Mediapart un article sur la formation policière publiant des fiches destinées aux policiers stagiaires en formation. Un condensé de racisme d’État décomplexé qui essentialise des populations et explique bien des choses sur les comportements des forces de répression dans les quartiers populaires.

Depuis des dizaines d’années que les contrôles au faciès sont dénoncés, les statistiques montrent qu’ils ne diminuent pas. Simple bon sens, diront certains notamment au sein de la police, la majorité des délinquants étant issus des minorités d’origine africaine, il est normal de les contrôler plus assidûment.

Une population est donc ciblée comme délinquante en puissance, là est la racialisation : un ensemble d’individus est socialement constitué comme race, ce qui a pour principal effet de les criminaliser.

Voyons ce processus à l’œuvre au sein de la formation policière quand elle aborde le problème des « Normes socioculturelles des principales communautés étrangères vivant en France », titre d’une des fiches publiée par Mediapart.

La journaliste du site d’information note un « objectif louable » malgré une approche « culturaliste » et quelques « stéréotypes non évités ». Voyons ce qu’il en est.

« eux » et « nous »

La troisième partie de cette fiche explique par exemple comment « intégrer les normes sociales et culturelles des populations originaires du Maghreb ».

Premier principe de compréhension de ces normes : « La vie quotidienne des musulmans est rythmée par les préceptes issus de la religion, ce qui est difficile à comprendre pour nous qui avons élaboré des normes de droit dont nous affirmons qu’elles sont représentatives et fondatrices d’une république laïque et démocratique. » Le ton est donné : il y a « eux » et « nous ».

Les musulmans et musulmanes aux croyances religieuses qui les enferment dans leur particularisme, et « nous », aux valeurs républicaines universelles.

L’idée de choc des civilisations sous-jacente à la fiche est clairement énoncée.

Mais le ou les auteurs de la fiche, grands seigneurs, rappellent tout de même qu’au « début de l’ère chrétienne » également notre vie était religieuse. On aurait pu tout aussi bien dire que « nous aussi étions cannibales avant le néolithique »… Tendance faussement respectueuse mais vraiment raciste à vouloir mettre l’Europe en haut de l’échelle de l’histoire, prétextant la mettre au même niveau que les autres en leur accordant une place sur la même échelle.

L’islam est alors décrite comme une « religion récente » : infantilisation de l’indigène musulman qui rappelle les anciennes circulaires administratives coloniales.

Très vite, on note d’ailleurs que la laïcité est un processus ancien dans l’histoire européenne.

Passons sur le fait que la fiche évoque Louis XIV – celui qui a révoqué l’édit de Nantes, promulgué par Henri IV, qui était alors un premier pas vers la tolérance du culte protestant – comme ayant « initié un premier effort de codification juridique laïcisé » : lorsqu’on on est si haut sur l’échelle de l’histoire, regarder vers le bas donne le vertige. On pardonnera donc cette bévue historique à nos alpinistes en herbe.

On continue avec une présentation de l’histoire de l’islam et de sa pratique qui va se concentrer sur l’attitude des « musulmans » envers les femmes, qui va cristalliser une bonne partie de la fiche, allant jusqu’à affirmer que « par essence, par principe, la femme est en situation d’infériorité dans la société musulmane par rapport à l’homme, ce qui n’est pas sans poser problème dans nos sociétés tendant à l’égalitarisme ».

Le terme est posé, on parle d’essence, c’est-à-dire de ce qui constitue en propre et de manière éternelle et immuable une catégorie.

L’islam serait par essence sexiste patriarcale, tandis que « nos sociétés » – entendez « nous les Blancs » – seraient égalitaristes.

Est-il besoin de rappeler la structure patriarcale de nos sociétés à « nous » les Blancs ?

Il est étonnant de voir à quel point un mouvement révolutionnaire et émancipateur (le féminisme) peut être détourné et récupéré comme instrument d’une domination.

On apprend ensuite par exemple que « le mariage (musulman) est rarement consenti par la jeune fille » : nul besoin de source ou de vérification par les faits, le but étant de différencier une culture universaliste et égalitaire d’une culture barbare et oppressive.

Style de circulaire coloniale

Continuons : « Par essence, tout musulman se sait membre d’une grande famille. »

Entendez par là qu’ils sont solidaires entre « eux ».

L’idée d’une solidarité familiale à toute épreuve entre les membres d’une communauté dont on cherche à montrer en quoi elle est étrangère et incompatible avec la nation a un ­arrière-goût historique fascisant qui a du mal à passer : une méfiance qui existait déjà dans l’antisémitisme d’un Charles Maurras depuis l’affaire Dreyfus.

Le problème est justement que ce type de fiche « passe », c’est-à-dire puisse être diffusée dans des centres de formation policière sans obstacle, sans objection de conscience, sans même la prise de conscience du racisme de son contenu (ou bien la société civile est-elle tellement atteinte par le racisme d’État qu’elle y adhère de son plein gré ?).

L’opposition entre deux civilisations est même l’occasion du rapprochement le plus abject entre la circoncision (ablation du prépuce, sans conséquence sur le développement génital et la sexualité, parfois pratiquée pour raisons médicales) et l’excision (ablation du clitoris, dont les conséquences sur le développement génital et la sexualité ont à peine besoin d’être formulées) : « D’une manière générale, on peut considérer que la circoncision et l’excision sont des actes qui n’ont de sens que parce que l’on marque pour démarquer ; le raisonnement est à l’opposé de celui des civilisations occidentales qui tendent vers l’égalitarisme des sexes (on nivelle les différences). Il s’agit de clairement marquer la différence homme-femme. »

Comme si la différence sexuelle et le patriarcat qui en découle n’étaient pas également structurels dans « notre » société…

Enfin, le point culminant de la racialisation arrive, la criminalisation : « Le rapport à la loi et à ses représentants était une notion forte chez les immigrés de la première génération, malgré leur difficulté à comprendre que la loi républicaine n’est pas celle du Coran. La situation a bien changé et l’on sait ce qu’il en est aujourd’hui du comportement des jeunes communautaires dans les quartiers difficiles, notamment celui des garçons vis-à-vis des membres féminins du corps enseignant. Nous n’insisterons pas dans ce domaine car il s’agit là d’un problème clairement identifié. »

Nul besoin d’insister sur ce domaine, il est bien connu que les musulmans sont des délinquants, que contrairement à leurs parents ils ne respectent même pas la morale coranique, et qu’ils maltraitent les enseignantes.

D’un style de circulaire administrative coloniale on est passé au style des criminologues du XIXe siècle, qui pensent trouver dans les critères biologiques de la race la source de la délinquance.

Les critères de la race ne sont plus biologiques, ils sont culturels, mais ils fonctionnent de la même manière, produisant un ensemble d’individus racisés et criminalisés.

Les races sont bien constituées, et la fiche prend soin de distinguer les « Arabes » des « populations originaires d’Afrique subsaharienne ».

Si l’Arabe est violent, le Noir est stupide et archaïque, voilà l’ignominie professée à mots à peine couverts à travers l’histoire d’un « maçon sénégalais » : « Ayant été rapidement payé pour ses travaux, lui, le vieux chef de famille musulman, avait remis à notre compatriote une petite corne d’animal contenant une sourate du Coran et rebouchée à l’aide d’un… chewing-gum ; il lui avait recommandé d’enterrer cet objet dans le jardin devant sa maison et lui avait indiqué que cela aurait pour effet de le faire rester éternellement dans cette maison. »

L’anecdote a peut-être pour but de faire rire, mais d’un rire de supériorité, au pire comme on rit plein de mépris et d’un air moqueur de celle ou celui qui nous paraît inférieur, au mieux (ça n’a rien de mieux en réalité) comme on rit de manière condescendante d’un enfant et de ses facéties.

Si l’archaïsme d’une croyance se mesure par son absence totale de concordance avec les faits, alors croire qu’enterrer un chewing-gum rend éternel n’est pas plus archaïque que de croire que la répression policière empêche ce qu’elle est censée réprimer.

Production de la race

La suite a de quoi faire « naître en soi des lames de couteau » selon l’expression de Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs.

Car les Noirs ne sont pas seulement assujettis à des croyances archaïques, ils parlent, et ils parlent fort : « Pour ce qui est des rapports sociaux, les Africains attachent beaucoup d’importance au débat et à la parole ; ils prennent le temps de discuter, les échanges sont bruyants et démonstratifs. Une certaine forme de fatalisme teinte leur vision des choses, qui est largement imprégnée de croyances diverses et de superstition. Au-delà d’une certaine insouciance apparente, ils font souvent preuve de la fierté et de la susceptibilité des gens qui se recommandent de l’islam. »

En plus d’être bruyants, ils ont en commun avec les « Arabes » d’être susceptibles, et d’être délinquants : « C’est dans les milieux des jeunes “Blacks” de banlieue que les problèmes sont actuellement les plus cruciaux, les garçons adhérant volontiers à la sous-culture des rues issue du mouvement hip-hop américain et aux valeurs de mensonge et de violence qui y sont inhérentes. »

La « sous-culture des rues » représentée par des « Blacks » s’oppose à la sur-culture des Blancs.

Il aurait fallu ajouter qu’au « mensonge et à la violence » des Noirs on devrait opposer l’amour et la fraternité des Blancs.

Amour et fraternité qui passeront par les coups de matraque des néopoliciers qui auront à cœur d’imiter leurs aînés dans leur violence ciblée.

Bien formés, ils sauront sur qui frapper.

Et bien que les musulmans et les musulmanes soient les principales cibles de cette racialisation, les « populations du Sud-Est asiatique », que la fiche nomme ensuite plus commodément les « Chinois » sont également criminalisés : « On les ­retrouve dans bon nombre d’activités clandestines de confection textile ou de trafic de stupéfiants. »

On peut maintenant s’étonner de l’indulgence de l’auteure de l’article (qui a le mérite d’avoir publié cette fiche) qui n’y voit que des « stéréotypes ».

Ce sont bien plus que des stéréotypes, c’est-à-dire des descriptions grossières de la réalité. Il ne s’agit nullement dans cette fiche de décrire une réalité, mais bien de la produire.

Les races n’ont pas disparu. Non pas qu’elles aient de tout temps existé dans nos gènes, mais elles sont le produit d’une racialisation politique, avec pour conséquence une criminalisation.

L’État y trouve son compte, un bouc émissaire sert à consolider la nation réunie autour d’un ennemi commun, une main-d’œuvre bon marché sert à faire le sale boulot (sans papiers c’est encore mieux, il n’y a même pas besoin de passer par la case destruction du code du travail, qui ne s’y applique pas), la domination de classe est renforcée d’une domination de race, la dénonciation raciste du ­sexisme et du patriarcat des racisé-e-s sert à masquer la domination de genre de l’État bourgeois, sexiste et raciste, la criminalisation d’une race légitime l’existence d’une police servant à réprimer toute velléité émancipatrice, qu’elle soit de classe, de genre ou de sexe.

Peur de la dénaturation

Enfin, finissons par le plus abject, le souhait à peine voilé de voir disparaître ces races, responsables d’une surpopulation :
« Enfin ce qu’il ne faut surtout pas oublier c’est que le retour au pays n’est qu’un mythe et qu’il nous faudra composer avec toutes ces populations qui ne rentreront ni en Afrique ni ailleurs car le pays d’accueil est devenu celui des enfants et la “première génération” s’est accommodée des inconvénients liés à une intégration difficile car les avantages sont autant de motifs de non-retour.
Signalons en dernier lieu le fait que la courbe démographique de notre pays est positive exclusivement en raison du taux de fécondité des femmes d’origines maghrébine et africaine. Il faut cependant indiquer que ce taux était de 8 pour la femme maghrébine il y a vingt ans ; il est descendu à 4 de nos jours ; on peut penser qu’il en sera de même pour les populations originaires d’Afrique subsaharienne dans les années à venir. »

Il est bien précisé que « leur retour au pays n’est qu’un mythe ».

Cela exprime bien la contradiction de toute procédure de racialisation d’État : elle tend à désirer la disparition de ce qu’elle a elle-même constitué, mais l’État a besoin de ces races pour se maintenir comme État répressif. C’est pourquoi ce retour, bien que d’une part souhaité, est irréalisable.

On tombe à la fin dans la plus profonde abjection lorsque la fécondité des femmes « maghrébines » et « africaines » est évoquée.

On ne sait pas par quel bout le prendre.

D’une part, et l’auteure de Mediapart le précise bien, les chiffres sont entièrement inventés, et il n’y a pas de différence significative entre « leur » fécondité et la « nôtre ».

Mais d’autre part cette évocation est lourde de signification : la peur de la dénaturation d’une nation par le péril démographique rappelle certains slogans nazis.

Avec une telle formation on ne s’étonnera pas des contrôles au faciès et des « bavures » policières sur les racisé.e.s.

Mais avec une telle racialisation, on ne s’étonnera alors pas non plus des effets qu’elle produit, l’intégrisme étant un de ces multiples effets, une fois dit que donner des explications de l’intégrisme n’implique pas de déresponsabiliser les individus qui font ce choix.

Une chose est de juger la responsabilité individuelle, une autre est de rechercher les conditions sociales favorisant un type de pratique.

Bernard Goujon (AL Toulouse)

Source :
http://www.alternativelibertaire.org/?Police-synonyme-de-racialisation

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Publié par C.L.A.P33 - dans Islamophobie
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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 10:22

Le 4 février 2016

Une expérience inédite a été lancée dans la ville. Des psychologues et des représentants religieux tentent d'accompagner les jeunes sur la voie de l'embrigadement.

Quelque 8 250 personnes sont signalées en France pour radicalisation. Dans beaucoup de cas, il s'agit de jeunes.

Pour éviter qu'ils ne soient complètement embrigadés par les réseaux jihadistes, un Centre d'action et de prévention contre la radicalisation des individus (Capri) s'est récemment installé à Bordeaux, en Gironde.

Psychologues et représentants religieux se réunissent pour venir en aide aux familles en détresse face aux dérives de leurs enfants.

Selon eux, il  faut intervenir dès les premiers signes. "Toute la logique, c'est de repérer précocement les signes de radicalisation pour intervenir au plus vite et stopper ce processus", explique à France 3 Marik Fetouh, secrétaire général du centre.

Un islam erroné, imaginé et imaginaire

Quatorze jeunes ont déjà été signalés au centre, installé dans un lieu secret pour des raisons de sécurité.

Le contre-discours est rôdé. "Ce sont des gens qui se réfèrent à internet, à une image construite d'un savant sage qui leur vend une explication du Coran et de l'islam qui est erronée, imaginée et imaginaire. On commence par déconstruire ce corpus de vérités qu'ils se sont mis dans la tête", déclare Fouad Saanadi, intervenant en théologie.

Parmi les jeunes radicalisés, 15% présentent une pathologie psychiatrique de style névrose ou schizophrénie.

Les intervenants se sont lancés dans une mission de longue haleine, dont le premier objectif est d'empêcher un départ en Syrie.

Source :
http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/terrorisme/un-centre-de-deradicalisation-pour-jeunes-a-ouvert-a-bordeaux_1298069.html

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 11:52

Le 11 février 2016

Une sale affaire de violence policière a eu lieu à Pantin le 14 décembre, ce jour-là, le fils aîné de la famille Kraiker, Bilal, âgé de 18 ans, a été agressé par la police dans le hall de l’immeuble du 21, rue Auger.

Ici la police (Brigade Spécialisée de Terrain) procède à de très fréquents contrôles d’identités au pied de la tour qui se situe près de la porte de Pantin.

Un harcèlement quasi quotidien qui en fatiguerait plus d’un. Ce jour-là les policiers sautent sur Bilal, 18 ans, il est étranglé et reçoit une pluie de coups.

Puis laissé là sans soins, écroulé sur le bitume. C’est sa mère, qui le conduira à l’hôpital où il sera opéré en urgence dans la nuit. Le policer l’ayant notamment visé aux testicules.

Suite à cette bastonnade, il reçoit 30 jours d’ITT et décide de porter plainte à la police des polices, l’IGPN, (le commissariat de Pantin ayant refusé sa plainte).

Mais le harcèlement ne s’arrête pas là.

Le 26 décembre la police remet ça. Ils se mettent à fouiller une quinzaine de jeunes gens présents « un peu trop profondément » dira l’un d’entre eux. La colère gagne ces jeunes harcelés et humiliés quotidiennement.

Les policiers n’hésitent pas à lancer une grenade de désencerclement, la détonation affole la mère de Bilal qui vient juste de descendre.

Zahra Kraiker est animatrice à la mairie de Paris, elle sort en panique, craignant pour son fils déjà blessé et pas encore rétabli.

Elle demande alors ce qui se passe aux policiers, affolée, des jeunes lui apprennent que Bilal est menotté à l’arrière de la voiture de police.

Alors qu’elle veut comprendre pourquoi ils s’en prennent encore à lui, elle est alors violemment repoussée, puis battue, et aspergée de gaz lacrymogène.

La scène publiée sur internet à été filmée par une voisine qui depuis craint les menaces de l’OPH comme plusieurs autres familles témoins ou victimes de la violence policière qui se déchaîne au pied de cette tour nommée l’ïlot 27.

Wassil, le plus jeune des enfants de Zahra, âgé de 15 ans, arrive, voyant sa mère battue, il tente de s’interposer pour la défendre, c’est alors contre lui que se déchaîne le policier, il est à son tour violemment tabassé, immobilisé au sol, menotté, tandis que sa mère est jetée à terre, son fils est frappé au visage, toujours menotté dans le dos, n’attendant qu’une chose : que la pluie de coups cesse, avant d’être embarqué.

Zahra Kraiker, aura 10 jours d’ ITT (interdiction temporaire de travail) suite à ses blessures.

Au total, cinq jeunes, dont 4 mineurs, seront frappés et embarqués.

Après 48 heures les familles auront enfin de leurs nouvelles, ils seront déférés en vue de l’ouverture d’une information judiciaire au bout de 72 heures !

La garde à vue au commissariat de Pantin, sera mouvementée : gifle, insultes racistes etc.

Puis, les cinq jeunes gens sont libérés et placés sous le statut de témoins assistés, « signe que les faits qui leur sont reprochés ne sont pas aussi clairs que la version policière » — notera S. Mouillard, journaliste de Libération, dans son article du 29 décembre 2015.

Mais cette affaire sordide de violence policière ne s’arrête pas là.

Entre-temps le commissaire de Pantin a été changé, et c’est le nouveau commissaire qui, hier matin — mercredi 10 février 2016 — à 6H20, se présente au domicile de la famille Kraiker pour embarquer leurs deux fils et leur chiot (le chiot sera amené à la SPA) ainsi que les deux jeunes témoins de l’agression précédente, pour, leur dit-on, des faits de dégradations en réunion ?!!

Ils ont donc été à nouveau placés en garde à vue dans ce même commissariat de Pantin, où il est impossible de rentrer, la porte étant barrée par une béquille bleue et des nombreux hommes en armes, le doigt sur la détente de leurs Famas.

Entre-temps de nouvelles arrestations de jeunes de l’îlot 27 sont faites... Histoire de mettre en scène une affaire d’importance ?

Cet après-midi — jeudi 11 — ils ont été déférés au tribunal de Bobigny pour une « affaire » qui remontrait au mois de juin, on les accuse de dégradations au 21 de la rue Auger, à hauteur de 86.000 euros !

Surprise : le juge n’est pas au courant du contexte actuel, ni de la plainte déposée à l ’IGPN par la famille Kraiker, ni donc de l’enquête en cours !

Le procureur de la République requerrait pour Bilal, jeune majeur, une peine d’emprisonnement !

L’avocat Me Mairat expose alors le contexte dans laquelle la dite « affaire émerge ».

Pendant ce temps les mineurs sont reçus par le juge pour enfant (audition non publique). Les parents vont et viennent entre les deux chambres, effondrés, mais déterminés.

Bilal, 18 ans, sera jugé le 19 mai prochain, le procureur de la république requérait carrément sa mise en détention immédiate ! Après délibéré, il a été libéré mais mis sous contrôle judiciaire avec interdiction d’aller au 21 de la rue Auger, l’immeuble voisin où il y aurait eu ces dégradations, sous peine d’emprisonnement immédiat.

Un Comité de vigilance contre les violences policières s’est créé en soutien à la famille Kraiker et aux autres habitants du quartier victimes du harcèlement de cette police qui n’hésite pas à tabasser tout ce qui bouge, enfants, maman etc.

Un Facebook du même nom publie informations et vidéos, notamment celle de la conférence de presse qu’ils ont organisée le 30 décembre dernier, que nous vous invitons à regarder ci-dessous.

Voir en ligne : Facebook : Comité de vigilance contre les violences policières à Pantin

Source :
http://www.parisseveille.info/harcelement-sur-une-mere-et-ses,3434.html

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 12:30

Le 4 février 2016

Le Défenseur des droits, Amnesty International et Human Rights Watch (HRW) : en une journée, trois voix qui portent ont critiqué vertement l’état d’urgence et les risques que ce régime d’exception fait peser sur les libertés.

En présentant son rapport annuel, jeudi matin, le Défenseur des droits s’est inquiété de la « restriction des libertés durable et permanente si l’exception devient la règle ».

Après cinq rapporteurs spéciaux des Nations Unies, le secrétaire général du Conseil de l’Europe, la Ligue des droits de l’homme soutenue par 450 universitaires, deux des plus importantes organisations de défense des droits humains s’alarment à leur tour.

« Nos conclusions sont concordantes », a souligné la présidente d’Amnesty en France, Geneviève Garrigos.

Les deux ONG demandent au gouvernement de ne pas prolonger l’état d’urgence, sauf à « démontrer réellement que la situation constitue un danger public exceptionnel si élevé qu’il menace l’existence de la nation ».

A lire aussi : Inégalités, petites humiliations et grandes hontes en France

Pour la dirigeante d’Amnesty se pose la question de la proportionnalité.

D’un côté, cinq enquêtes ouvertes par la section antiterroriste du parquet de Paris compétent sur l’ensemble du territoire.

D’un autre, « des droits humains violés : le droit à la vie privée, à l’emploi, à la libre circulation et la liberté d’expression ».

Pour Amnesty, l’équilibre est rompu, de telles atteintes aux libertés ne peuvent donc pas s’inscrire dans la durée.

« Arbitraire de ces mesures »

L’ONG a interrogé 60 personnes touchées par les deux mesures phares, les assignations à résidence (400 depuis le 13 Novembre) et les perquisitions administratives (3 210 fin janvier).

Un assigné devait être présent à la conférence de presse. Il en a été empêché : « Il a été placé en garde à vue hier soir parce qu’il n’avait pas pointé hier. Il assistait à son audience au tribunal administratif où il contestait son assignation », raconte Marco Perolini.

Pour ce chercheur d’Amnesty, l’anecdote résume bien le caractère « arbitraire de ces mesures ».

Issa a quant à lui pu intervenir par téléphone.

Interdit de sortie du territoire début novembre, il a été perquisitionné puis assigné à résidence, la police le soupçonnant de nourrir des projets de départ en Syrie. Ce qu’il récuse formellement.

« Stupéfait, abasourdi », il dit craindre la justice : « Je suis né en France, je vis en France, je suis de religion musulmane, d’origine algérienne et j’ai peur. »

D’autres témoignages similaires parsèment le rapport d’Amnesty.

« C’est comme s’ils nous punissaient pour rien » a confié à l’ONG un membre de l’association de la mosquée d’Aubervilliers, perquisitionnée le 16 novembre.

« Les mesures d’urgence suivent une stratégie aveugle. Elles tapent surtout sur les musulmans, sans éléments fondés. La plupart des cas ne donnent aucune suite judiciaire. » déplore Elias, qui gère un site Internet d’information et dont le domicile a été perquisitionné le 4 décembre.

Piège en deux phases

Amar, perquisitionné le 16 novembre, résume en deux phrases le piège dans lequel il se retrouve : « Il me semble que si vous affichez votre religion […], vous pouvez être considérés comme "radical" et donc pris pour cible. Si l’on s’efforce de ne pas trop afficher sa religion, ils pensent que l’on a quelque chose à cacher. Nous ne savons pas qui nous devons être, comment nous devons nous comporter. »

A lire aussi : Fuite en avant

HRW met d’ailleurs en garde le gouvernement sur ce point précis.

« La grande majorité des mesures prises ont touché des musulmans », indique la chercheuse Izza Leghtas, qui souligne le risque que prospère « le sentiment d’être des citoyens de seconde zone ».

Ce risque se double d’un autre, poursuit-elle : « Aliéner et humilier des alliés qui pourraient faire des signalements.»  Un jeu perdant perdant, en somme.

Moins de libertés et moins d’appuis dans la lutte contre le terrorisme, objectif premier de l’état d’urgence.

Source :
http://www.liberation.fr/france/2016/02/04/etat-d-urgence-la-grande-majorite-des-mesures-prises-ont-touche-des-musulmans_1431072

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 13:59

Le 29 janvier 2016

Cet habitant d’une petite ville du Val-d’Oise, père de famille sans histoire de 45 ans, n’affichant aucun signe de radicalisation, est maintenu à domicile depuis le 16 novembre sur la base d’accusations de voisinage qui ne semblent guère étayées.

Il est près de midi, ce mercredi, devant une gendarmerie du Val-d’Oise. Mustapha F. patiente devant la porte d’entrée du bâtiment.

« La sonnette ne marche pas bien, il faut souvent que je les appelle avec mon portable pour qu’ils m’ouvrent. Parfois, ils me font poireauter dans le froid et la pluie », raconte cet homme de 45 ans, au petit bouc poivre et sel. 

En application de la loi de 1955 sur l’état d’urgence, Mustapha est assigné à résidence, avec obligation de pointer trois fois par jour chez les gendarmes, comme près de 400 autres personnes en France.

Le motif ? Un « comportement » et un « discours prosélyte et radical » qui aurait « attiré l’attention du voisinage », argumente l’arrêté pris par le ministre de l’Intérieur le 16 novembre, moins de trois jours après les massacres de Paris et Saint-Denis.

Un texte qui met en avant deux éléments visiblement à charge pour l’intéressé : celui-ci est « de confession musulmane » et « licencié d’un club de tir ».

Né à Gonesse de parents marocains, Mustapha a grandi à Goussainville au sein d’une fratrie de onze frères et sœurs.

S’il se dit bien « musulman », l’homme confie n’avoir jamais été très pratiquant. « La mosquée, j’y allais peut-être deux fois par an, une pour le ramadan, l’autre pour la fête du mouton, vraiment le strict minimum », assure ce quadra volontiers blagueur, qui précise « avoir repris la prière, depuis toute cette affaire ».

Et le tir ? « Une passion que j’ai eue à partir de 2008, après celle pour la photographie. Ça me permettait surtout de rencontrer des gens au club, et de parler d’autre chose que de mon accident… »

Il y a plus de vingt ans, Mustapha a été renversé par un chauffard en état d’ivresse. Bilan : une immobilisation de dix-huit mois, de lourdes séquelles et une invalidité totale reconnue en 2003, qui le laisse avec pour seuls revenus l’allocation adulte handicapé.

« Si Mustapha a fait du prosélytisme jusqu’ici, c’est plutôt pour la police ! »

En janvier 2015 déjà, après les attentats, il fait l’objet d’une procédure de « dessaisissement » de ses armes. « Au club, certains n’avaient pas vu d’un bon œil qu’un “Arabe” vienne faire du tir avec eux. J’ai été victime de ça », assure celui qui a aussi, sans doute, été l’objet d’une lettre de dénonciation d’un de ses voisins – dans sa ville, le vote FN a progressé de 20 points en cinq ans.

« Il a été entendu comparant les djihadistes à des “résistants” et qualifiant ses filles de “soldats” qu’il entraînerait au tir », indique l’arrêté d’assignation. « De la pure calomnie, du délire », s’emporte Mustapha, dans le salon du petit pavillon qu’il partage avec sa femme et leurs enfants. « Comme je ne peux pas travailler, je m’occupe beaucoup de mes filles. Elles sont la prunelle de mes yeux, et en rien des “soldats”. »

Leur oncle, Abdelhadi, est comme beaucoup tombé des nues quand il a appris l’assignation de son frère cadet. « Si Mustapha a fait du prosélytisme jusqu’ici, c’est plutôt pour la police ! » relève ce chef d’entreprise. « C’est vrai, j’aime l’ordre et j’ai pas mal d’amis dans la police ou la gendarmerie », reconnaît celui qui a créé en 1996 une association de prévention de la délinquance à Goussainville. « L’objectif, c’était d’éviter que les jeunes sortent du droit chemin. On organisait des galas, des rencontres sportives avec les policiers. Et franchement, si toute une génération de jeunes de la cité continue de parler avec les forces de l’ordre, c’est grâce au travail qu’on a fait. »

Ex-vacataire dans la fonction publique, aux Affaires étrangères, Mustapha a vu sa carrière stoppée net après son accident.

Mais il a transmis son goût de l’ordre à l’un de ses frères, devenu gendarme. « Et vous savez où a été sa première affectation ? À Dammartin-en-Goële ! Là où les frères Kouachi ont terminé leur course. D’ailleurs, ils lui ont tiré dessus… »

Mustapha l’assure, il ne croit pas que les djihadistes soient « des résistants ». « Non, ce sont des salopards, dont les premières victimes sont d’ailleurs les musulmans eux-mêmes. »

Le dimanche 15 novembre, il s’est donc rendu dans l’après-midi place de la République, à Paris, pour déposer quelques bougies bleu-blanc-rouge en hommage aux victimes des attentats.

Le soir même, à minuit et demi, il voyait débarquer chez lui « une vingtaine de Robocop, avec casques et fusils mitrailleurs.

“On a la cible !” a crié l’un d’eux. Ils m’ont menotté dans le salon, en caleçon, ont sorti mes filles de leur lit pour fouiller partout. C’était terrible. Depuis, ma grande est traumatisée, elle a été hospitalisée pour un mois le 12 janvier. Et la petite refait pipi au lit… »

Désespéré, Mustapha ne sait plus que faire pour sortir de ce cauchemar.

Débouté en référé, il attend l’audience sur le fond de son affaire devant le tribunal administratif de Pontoise, le 8 février.

Sur la table familiale, il aligne les lettres de ses voisins et amis, qui tous attestent sa bonne moralité. « Jamais on ne l’a entendu tenir un discours prosélyte ou radical », indiquent les courriers. « Il montre une volonté farouche d’intégration et même un patriotisme exacerbé », note un colonel de gendarmerie en retraite.

« S’il y avait la moindre preuve de ma soi-disant dangerosité, je ne me battrais pas ainsi », ajoute Mustapha, qui conclut : « Quand on voit ce qu’ils font avec des gens comme moi, qui n’ont rien à se reprocher, on comprend mieux pourquoi ils ne veulent pas que la justice mette son nez dans l’état d’urgence. »

Source :
http://www.humanite.fr/mustapha-f-assigne-residence-sur-simple-denonciation-597504

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 14:10

Nos droit, ça {p}urge ! Acte IV

Stop au coup d’état d’urgence ! Bordeaux toujours mobilisée ! Comment… ?

Prochaine rencontre

Jeudi 28 janvier 2016 - 20h - Au Samovar
18 rue Camille Sauvageau - Bordeaux

Dernière ligne droite  ! Battons le rappel !!!

Nous, individu-e-s, collectifs, associations, à l’issue de notre dernière rencontre, avons décidé d'organiser :
une mobilisation "Contre l'état d'urgence permanent, pour nos libertés"
Samedi 6 février à 14h place de La Victoire à Bordeaux.

Cette occupation se veut toujours informative, ludique, solidaire et unitaire.

Nous rappelons que toutes les associations, collectifs, syndicats, individu-e-s qui souhaitent venir poser une table de presse sur leurs activités sont invité-e-s à nous rejoindre ce jour-là.
Baissons nos drapeaux, Activons nos réseaux !

Nous avons posé qu'il n'y aurait pas de communication "officielle" mais que chacun-e était à même de sensibiliser ses contacts avec ses propres arguments. Itou pour affiches, flyers... à faire tourner pour celleux qui ne sauraient pas comment en faire.

Pour ce rassemblement sont envisagés :
- une auberge espagnole (possibilité d'une soupe en attente) ;
- des lectures de témoignages de personnes arrêtées lors de la COP21 (ces témoignages peuvent être mis en forme pour être distribués), d'autres témoignages d'assignations, de perquisitions etc... ;
- un recueil bibliographique autour de l'état d'urgence ou d'oeuvres faisant écho à un état d'urgence (1984, Matin Brun ...), ces textes pourront aussi être lus.
- des cartes postales avec questions ouvertes autour de l'état d'urgence à faire remplir par les badauds
- une zone de gratuité
- un murmure : libre expression sur des panneaux
- de la musique : chorale, musiciens, sons mp3 (à vos contacts !!!!)
- du théâtre de rue
- d’apposer des post-it partout où nous le pourrons avec l'annonce de la mobilisation

Nous avons décidé de faire tinter nos casseroles ce samedi 6 dans le cadre de "l'opération casserole" lancée la semaine dernière.
Opération casserole : Il s'agit de suspendre à nos fenêtres une casserole, avec ou « sans banderole », et de la faire sonner tous les soirs à partir de 20h ! (Changement d'horaire jugé plus pertinent après une semaine de pratique :). Nouveaux visuels en pièces jointes...

Nous sommes à la recherche d'une sono !!!

Pour envoyer vos propositions d'ouvrages pour le recueil bibliographique, vos témoignages, vos propositions d'affiches :
collectif.clap33@gmail.com

Une autre action autour de l'état d'urgence est prévue sur Bordeaux le 30 janvier 2016. Vous trouverez sans doute plus d'info prochainement sur l'incontournable Démosphère Gironde :
http://gironde.demosphere.eu/

Motivons-nous, motivons-notre entourage et nos réseaux pour que le 6 février prochain soit un grand coup d'arrêt au grand coup d'état d'urgence !!!

Merci de faire suivre dans vos réseaux

Au compte-rendu forcément incomplet,
Le collectif Contre Les Abus Policiers - C.L.A.P33

Pour lire la loi "Etat d'urgence" :
http://clap33.over-blog.com/2016/01/comment-l-etat-d-urgence-va-durer-toujours.html

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 10:24


Anzor, Dina et Massoud Madiev, dans leur appartement des Hauts de Rouen.

Le 21 décembre 2015

Cela fait plus de quinze jours que les policiers sont repartis après leur perquisition mais la famille Madiev, des réfugiés tchétchènes, n’a toujours pas retrouvé le sommeil. Dina, la mère, n’arrive pas à fermer l’œil, aux aguets : « Et s’ils revenaient ? » Le moindre bruit la fait sursauter. Massoud, le père, s’est fait prescrire des anxiolytiques, mais il se réveille encore en sueur.

Quand les policiers tentent de forcer leur porte, ce 30 novembre à 6 heures du matin, à Rouen (Seine-Maritime), les murs fragiles de l’appartement HLM se mettent à trembler. Le bruit est assourdissant. Dina pense immédiatement aux bombardements sur son village, pendant la guerre, et à ce jour où les soldats russes ont débarqué dans leur maison et abattu le frère de Massoud sous ses yeux : « J’ai cru que les Russes revenaient », raconte-t-elle la voix encore tremblante.

Tétanisée, elle se lève pour aller regarder par le judas mais il est obstrué. De nouveaux coups. La porte, robuste, résiste. Dina se résout à l’ouvrir. Et se retrouve nez à nez avec une vingtaine d’hommes, pour la plupart en tenue d’intervention, armés et casqués. « Ils semblaient surpris qu’on leur ait ouvert », se souvient Dina, qui se demande toujours pourquoi ils n’ont pas essayé, tout simplement, de sonner.

Colis de Noël ouverts

Leurs cris la hantent encore. « Allongez-vous au sol ! », ordonnent-ils à Massoud et son fils, Anzor, 23 ans, en pointant sur eux leurs armes et leurs lampes torches. « C’était spectaculaire, comme au cinéma, comme s’ils venaient arrêter des criminels », raconte Dina. Le père et le fils, en caleçon, sont menottés et placés dans le salon, Dina dans une autre pièce. Séparés.

Les policiers commencent leur fouille, à la recherche d’armes. « Elle est où ta kalach' ? », demandent-ils à Massoud. Bac de linge sale, albums photos, téléphones et ordinateurs portables : rien n’est épargné. Même les colis de Noël sont ouverts. Une intimité familiale retournée, fouillée, aspirée.

Dina se souvient d’un instant d’affolement, quand les policiers ne parvenaient pas à ouvrir une mallette : « "C’est quoi le code, c’est quoi le code ?", ils criaient » – il fallait en fait appuyer sur deux attaches. Et de leur déconvenue lorsqu’ils y ont découvert une ménagère de couverts de table.

Malgré la peur et les larmes, Dina cherche à comprendre. « C’est un ordre du préfet », est la seule réponse. Contactée, la préfecture de Seine-Maritime confirme et justifie la perquisition au motif que « M. Madiev fait l’objet d’une fiche S » et « qu’il est connu des services de renseignement pour entretenir des relations avec des représentants radicaux caucasiens ».

Ce motif – qu’il conteste –, Massoud Madiev espérait ne plus jamais en entendre parler. Il lui a déjà valu le rejet de sa demande de naturalisation française et de tous ses recours, jusque devant la Cour européenne des droits de l’homme.

Lors de son entretien avec les services de police spécialisés en juin 2009, M. Madiev avait fait état de son soutien à la cause indépendantiste tchétchène. Il était loin d’imaginer que cette déclaration motiverait le rejet de sa demande de naturalisation, l’année d’après. Selon l’arrêté du ministère de l’immigration de l’époque, M. Madiev aurait « revendiqué [son] attachement à la cause indépendantiste tchétchène et déclaré entretenir des relations avec les membres de cette rébellion armée », qui perpètre des attentats dans son pays d’origine, est-il souligné.

« Je n’allais pas être du côté des Russes qui ont détruit mon village ! »

Une interprétation erronée, se défend M. Madiev : s’il n’a jamais nié que sa famille et lui avaient été, par le passé, en contact avec certaines figures indépendantistes, il n’a plus eu aucun contact avec eux depuis son arrivée en France, en mai 2004, assure-t-il.

Quant à son soutien à la cause tchétchène, « ça oui, bien-sûr », il l’assume : « Je n’allais pas être du côté des Russes qui ont détruit mon village et massacré les miens ! » Cela ne fait pas de lui pour autant quelqu’un qui a pris les armes ou commis un attentat, souligne-t-il.

« La liberté d’opinion suppose que l’on puisse se positionner pour un mouvement d’indépendance sans pour autant être favorable aux actions violentes que ce mouvement pourrait mener », abonde Me Cécile Madeline, l’avocate de M. Madiev. Et de pointer ce qu’elle juge être une contradiction du dossier : son client avait obtenu le statut de réfugié politique très peu de temps après son arrivée en France, or « on n’accorde pas ce statut à quelqu’un qui est soupçonné de terrorisme ». Selon elle, M. Madiev est ainsi victime d’un « harcèlement » : « La perquisition a eu lieu parce qu’ils avaient déjà quelque chose depuis le dossier de naturalisation. »

Après deux heures de recherches infructueuses, les policiers sont repartis. Sans rien. Ni armes, ni drogues, ni explosifs. « Aucun élément en lien avec une activité terroriste n’a été mis en lumière », confirme la préfecture.

Un silence de plomb s’est alors installé dans l’appartement. Dina a encore tremblé plusieurs heures. Puis elle s’est attaquée au nettoyage et au rangement de l’appartement, comme pour effacer les traces de ce passage qu’elle voudrait pouvoir oublier. Les dégâts psychologiques, eux, seront plus longs à réparer.

« Il faut montrer à l’administration que tout n’est pas possible »

« Je n’aurais jamais cru que ce qu’on avait fui dans notre pays on puisse le retrouver ici, en France, pays des droits de l’homme », dit Massoud dans un soupir, en avalant deux calmants. Triste ironie : quand ils ont mis les pieds pour la première fois en France, les Madiev se répétaient qu’ici, au moins, ils allaient enfin pouvoir dormir tranquilles. Se sentir à nouveau en sécurité leur avait pris du temps : longtemps, à la vue des contrôleurs en uniforme dans les transports, Dina ne pouvait réprimer des tremblements. Mais elle avait fini par s’apaiser.

Aujourd’hui, les convulsions sont revenues. « Je ne me sens nulle part en sécurité », s’étrangle Massoud. « L’Etat français a-t-il prévu de réparer les dommages collatéraux de ces perquisitions violentes ?, questionne Me Madeline. Au motif de vouloir assurer la sécurité du territoire en réalisant des procédures à titre préventif, on ne peut pas agresser et traumatiser des gens. » L’expertise psychologique qu’elle a demandé pour ses clients, qu’elle juge « victimes de l’état d’urgence », confirme le traumatisme et le stress engendrés par l’événement. Et préconise un accompagnement psychologique sur la durée.

L’avocate s’apprête désormais à contester la perquisition devant le tribunal administratif et à engager une demande indemnitaire symbolique : « Pas pour l’argent mais pour le principe : il faut montrer à l’administration que tout n’est pas possible, même en état d’urgence. »

Dina s’est sentie « humiliée », « comme violée » dans son intimité. « Ils se comportent comme si tout était permis : ils n’ont aucune justification à donner et on n’a aucune question à poser », s’emporte-t-elle.

Les méthodes employées lors de la perquisition, étaient brutales et, pour le menottage, illégal – « en l’absence de crime ou de délit, pas plus les membres des forces de l’ordre que l’officier de police judiciaire présent ne disposent d’un pouvoir de retenue ou de mesures de contrainte à l’encontre des personnes présentes », rappelait le ministère de l’intérieur lui-même dans une circulaire.

« Vous allez à la mosquée ? Combien de fois par semaine ? Pourquoi ? »

Dina, dont la religion veut qu’elle couvre ses cheveux en présence d’un homme, s’est retrouvée en chemise de nuit devant les policiers. Ils ne lui ont pas laissé le temps de s’habiller, assure-t-elle.

Ils ont marché avec leurs chaussures sur le tapis de prière, alors que Massoud leur avait demandé de l’éviter.

Il y a eu aussi cet interrogatoire sur leur pratique religieuse : « Vous allez à la mosquée ? Combien de fois par semaine ? Pourquoi ? »

La préfecture n’est pas en mesure de commenter les méthodes qui ont été employées par les forces de l’ordre, puisqu’elle n’était pas présente au moment de la perquisition. Mais elle indique : « La sécurisation de la scène peut impliquer certaines mesures de contraintes. L’intervention se fait dans la sécurité du personnel, toutes les précautions d’usage sont prises. »

En repartant, les policiers ont demandé à Massoud de passer au commissariat pour signer le procès-verbal de perquisition. Encore en état de choc et n’étant pas sûr d’avoir compris la portée du document, Massoud a refusé de le signer. « J’ai reconnu les mots “sympathisant radical caucasien”. J’avais peur de me faire piéger », explique-t-il – à l'écrit notamment, son français est encore imparfait.

Il n’a pas obtenu de double et est reparti sans document prouvant la perquisition.

Un fonctionnaire lui a toutefois tendu l’adresse du tribunal administratif, et lui a expliqué qu’il pouvait y déposer un recours en annulation de la perquisition.

Marqués au fer

Traumatisée, la famille Madiev se retrouve aussi stigmatisée. « Depuis la perquisition, les voisins nous évitent », soupire Dina. Ses amies du quartier ne décrochent plus. Même la communauté tchétchène les fuit. Les Madiev ne leur jettent pas la pierre : « Nous aussi, à leur place, on aurait pensé que des gens perquisitionnés ont forcément quelque chose à se reprocher. »

« Perquisitionnés. » Le mot est désormais marqué au fer rouge sur leurs fronts et leur porte. « Dix ans qu’on habite ici, on n’a jamais eu de problème, et, du jour au lendemain, on est devenus des suspects », lâche Dina. Elle n’ose pas demander de l’aide à leur office HLM pour la réparation de la porte, « trop honte ».

« Que faire maintenant ? », questionne, désespéré, Massoud. Impossible de retourner en Tchétchénie, difficile de mener une vie normale en France. « On n’est nulle part à notre place », assène-t-il.

Leur volonté de s’intégrer était grande, pourtant. « On a tout fait pour devenir de vrais Français : apprendre la langue, demander une francisation de nos nom et prénoms, travailler », égrène Dina, les larmes aux yeux.

Leurs deux fils jumeaux étaient pressentis pour intégrer l’équipe de France de boxe dès l’obtention de leur nationalité française. En vain. Les adolescents ont dû renoncer à leur rêve. « J’aurais pourtant été fier de représenter la France », dit tristement Anzor, qui s’est rabattu sur un CAP de plomberie : « Là, au moins, pas besoin d’être Français. »

Camille Bordenet (Rouen, envoyée spéciale)

etatdurgencelemonde@lemonde.fr

Source :
http://delinquance.blog.lemonde.fr/2015/12/21/etat-durgence-jai-cru-que-les-russes-revenaient/

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 12:00

Le 3 décembre 2015

Plusieurs personnes, visées par des perquisitions ou des assignations à résidence, clament qu'elles n'ont rien à se reprocher et affirment subir les conséquences des interventions des forces de l'ordre.

« Nous sommes à plus de 2.000 perquisitions administratives (...) depuis la mise en place de l'état d'urgence », a annoncé Manuel Valls mardi 1er décembre sur Europe 1. « Plus de 250 procédures judiciaires ont été initiées » et  «plus de 210 personnes » ont été placées en garde à vue. « Cela prouve bien que ces perquisitions ne sont pas dues au hasard et qu'elles permettent d'étayer des soupçons objectifs ». L'Assemblé a toutefois décidé, le 2 décembre, de mettre en place « une veille parlementaire » pour observer le comportement des « services auxquels ont été consentis temporairement des pouvoirs particuliers ». Ces quatre cas, racontés par différents médias, témoignent d'opérations de police parfois mal ciblées.

Daoud a vu sa photo publiée dans les médias locaux.

Le 15 novembre, à 1h du matin, à Avignon, la police débarque à son domicile, met sens dessus dessous son appartement. La perquisition ne donnera rien. A l'issue d'une garde à vue de 48 heures, le jeune homme sera assigné à résidence et amené à pointer au commissariat plusieurs fois par jour, en dépit de sa cécité.

Daoud ne comprend pas.

Mais la police elle, a ses raisons, motivées par quelques éléments troubles qu'on lui a signalés. Daoud possédait cinq téléphones, s'était rendu à Bruxelles un mois plus tôt, avait planifié un départ pour le Maroc pour quelques jours, et s'était, selon un témoin, rasé la barbe le vendredi 13 novembre, jour des attentats de Paris et Saint-Denis.

Daoud a vu sa photo publiée dans les médias locaux.

« Nombreux sont ceux qui lui ont tourné le dos ensuite », explique son avocat dans le courrier de l'Atlas. « Mon client n'a rien à se reprocher mais son cas nous rappelle qu'aujourd'hui, dans ce climat de suspicion généralisée, cela peut arriver à tout le monde. »

Lire le témoignage de son avocat :
http://www.lecourrierdelatlas.com/1046326112015-Dans-ce-climat-de-suspicion-generalisee-cela-peut-arriver-a-tout-le-monde-Maitre-Faryssy-avocat-d-un-non-voyant-assigne-a-residence-pour-s-etre-rase-la-barbe.html

Un arrêt maladie pour aller pointer au commissariat

Ahmed a connu sensiblement les mêmes déboires que Daoud.

Une perquisition en pleine nuit, sa maison encerclée de policiers prêts à donner l'assaut.  Ces derniers forcent la porte, menottent Ahmed.

« L'officier de PJ m'a demandé si j'avais des armes, des stupéfiants ou de l'argent liquide. J'avais moins de 1.000 euros de liquide, je leur ai dit », raconte Ahmed dans Libération.

Le motif de cette visite policière à son domicile : Ahmed « est considéré comme très radical et s'est publiquement félicité des actes terroristes du 7 janvier 2015 », indique l'arrêté, signé par la sous-direction du conseil juridique et du contentieux du ministère de l'Intérieur.

Argument que l'intéressé réfute totalement. Il est assignée à résidence et invité à se présenter quatre fois par jour au commissariat.

Conséquence : Ahmed ne peut plus aller travailler. « Je pourrais s'il n'y avait pas les pointages de midi et 16 heures », regrette-t-il. Seule solution qui s'est présentée à lui: se mettre en arrêt maladie jusqu'à la fin du mois de décembre. Mais il craint de perdre son travail. Sa femme Leïla est révoltée : « Tout ce qu'on a fait va être détruit pour rien. »

Lire son témoignage :
http://www.liberation.fr/france/2015/11/27/l-officier-m-a-demande-si-j-avais-des-armes-des-stupefiants-du-liquide_1416802

« Ils m'ont dit que j'avais été vu à la préfecture d'Arras en train de prendre des photos. »

Marque des menottes au poignet, lèvre inférieure légèrement tuméfiée... Le 17 novembre, Malik, un homme de 67 ans résidant à Arras (Pas-de-Calais) découvre la porte de son domicile fracassée alors qu'il rentrait chez lui.

Les policiers sont encore sur les lieux, l'interpellent, le plaquent brutalement au sol, puis le placent en garde à vue dans la foulée de la perquisition.

Pourtant, les policiers n'en avaient pas après lui, mais bien après son fils, Sofiane, âgé de 19 ans. Ce dernier alerté de ce qui vient de se passer, se rend au commissariat le lendemain.

« Quand j'ai été entendu par les policiers, ils m'ont dit que j'avais été vu à la préfecture d'Arras en train de prendre des photos », explique-t-il à la Voix du Nord.

Sofiane confirme sa présence à la préfecture la veille. « Je suis allé à mon rendez-vous avec les services de l'immigration, ça m'a pris environ trente minutes, on est reparti et vers 11 heures, on était à Boulogne, je n'ai même pas pris de photo », s'étonne-t-il.

Son père sort de garde à vue le 18 novembre au matin.

Le 19, la police justifie enfin son intervention. « Il y a eu des soupçons concernant deux individus qui filmaient les abords de la préfecture d'Arras. Ils se seraient ensuite présentés aux services d'immigration. Des éléments auraient pu alerter les services de la préfecture lors des propos échangés. Il y a tout un faisceau d'indices qui ont pu conduire à mettre en place une perquisition administrative dans le cadre de l'état d'urgence. »

Malik résume l'affaire : « Tout ça pour une soi-disant photo à la préfecture, on a encore du mal à réaliser. »

Lire leur témoignage :
http://www.lavoixdunord.fr/region/operation-antiterroriste-a-boulogne-tout-ca-pour-ia31b49030n3170080

Belgique - Nicolas, pris pour le terroriste Abdeslam

« J'ai cru que ma dernière heure était arrivée.»

Lundi 23 novembre vers 5 heures du matin à Rocourt, Nicolas, jeune étudiant de 21 ans, entend au domicile familial cinq détonations, des bris de porte et de vitres et de la fumée.

« Je me suis réveillée en sursaut, explique à Lameuse.be Béatrice France (50 ans), la maman, agent immobillier. On venait d'exploser la porte d'entrée, le volet et les fenêtres du salon. »

« Avec leurs projecteurs, je ne voyais rien. Ils criaient : “Ne bougez pas. Mains sur la tête!”, raconte Nicolas. Heureusement que mon frère Medhi (16 ans) est arrivé pour me calmer sinon j'allais bouger et me faire tuer. »

L'incident terminé, Nicolas cherche à comprendre : « Dimanche vers 19h30, je suis sorti de l'autoroute à Alleur, à bord de la BMW série 5 de ma mère », explique l'étudiant.

« C'est vrai que j'allais un peu vite et j'ai vu une voiture de police stationnée près de l'hôtel Ibis. Les occupants me regardaient bizarrement .»

Puis en naviguant sur Internet, il comprend que «l 'homme à la BMW repéré à Rocourt et qu'on soupçonnait d'être Salah Abdeslam - l'homme actuellement le plus recherché pour son implication dans les attentats de Paris-, c'était lui ! »

Source :
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/12/03/01016-20151203ARTFIG00309-etat-d-urgence-des-operations-de-police-sous-surveillance.php

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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 12:12

Le 23 janvier 2015

Malgré les critiques de Christiane Taubira mardi, Manuel Valls a annoncé mercredi le maintien dans le projet de réforme de la Constitution de l'extension de la déchéance de nationalité pour les binationaux. Il s'est dit « convaincu » d'avoir une « large majorité » au Parlement.

C'est un nouveau couac, un désaveu profond et un incroyable rebondissement à la fois. Contre toute attente, et malgré l'intervention de Christiane Taubira depuis l'Algérie mardi, Manuel Valls a annoncé mercredi le maintien dans le projet de réforme de la Constitution de l'extension de la déchéance de nationalité à tous les binationaux, lors de sa conférence de presse de sortie du Conseil des ministres.

Tandis qu'il présentait le texte de révision constitutionnelle retenu le matin même, le chef du gouvernement a bel et bien confirmé que l'épineuse question serait prochainement soumise au Parlement, « comme le président de la République l'avait annoncé»  au lendemain des attentats de Paris.

« Le gouvernement est uni » a affirmé le premier ministre, mercredi soir lors du 20 heures de TF1. Christiane Taubira « s'est exprimée: elle a rappelé que le président de la République et le Conseil des ministres tranchaient en dernier ressort. C'est tranché », a ajouté le chef du gouvernement.

Manuel Valls s'est également dit « convaincu » d'obtenir « une large majorité » du Parlement « après un débat - et c'est normal - de très grande qualité, mais nous aurons une majorité pour réformer la Constitution ».

Le projet de loi constitutionnelle, qui arrivera le 3 février à l'Assemblée, nécessite le feu vert des deux assemblées puis un vote à la majorité des 3/5e des députés et sénateurs réunis en Congrès à Versailles.

Les voix d'au moins une partie de la droite devraient être nécessaires pour atteindre ce seuil.

Le point sur les mesures annoncées

» La déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux nés en France

« Comme l'a annoncé le président de la République devant le Congrès, le gouvernement a décidé de soumettre au Parlement l'extension de la déchéance de nationalité à tous les binationaux », a déclaré Manuel Valls à la surprise générale, précisant que les débats sur le texte commenceraient le 3 février à l'Assemblée nationale.

« À partir du moment où c'était un engagement du président de la République et que nous avions un avis particulièrement clair du conseil d'Etat sur la nécessité d'une réforme constitutionnelle, il ne pouvait pas y avoir d'autres solutions que l'adoption de cette mesure », a-t-il expliqué, tandis que le texte suscite un malaise à gauche et que lui-même avait semblé doutait de son intérêt.

 

» Une retention de sûreté va être créée pour prendre le relai des peines purgées

« L'avis du Conseil d'État sur les possibilités d'édicter des mesures administratives contraignantes supplémentaires, y compris en dehors de l'État d'urgence, est désormais public. Il est très clair sur le fait que seul un juge judiciaire peut décider d'une mesure de privation de liberté. Aucun internement administratif ne peut être décidé à l'encontre d'une personne sur la seule base d'une fiche de renseignements - au-delà de la Constitution d'ailleurs. Les grands traités internationaux relatifs aux Droits de l'Homme l'interdisent », a d'abord constaté Manuel Valls. Avant d'estimer que « la seule hypothèse possible serait, ou sera, la création d'une rétention de sûreté à l'issue d'une condamnation judiciaire exécutée mais dans des conditions très strictes».

» L'État d'urgence sera consitutionnalisé, sa sortie progressive abandonnéee

Contrairement à ce qui avait été initialement annoncé, la sortie progressive de l'État d'urgence semble avoir été enterrée par l'exécutif. « Nous ne (la) retenons pas », a en effet déclaré Manuel Valls.

« Conformément à l'avis du Conseil d'Etat que le gouvernement a décidé de suivre, les mesures administratives décidées au titre de l'état d'urgence s'interrompront toutes, en même temps que l'État d'urgence prendra fin », a-t-il poursuivi.

S'il a jugé qu'il était « prématuré de dire aujourd'hui si (l'État d'urgence allait être) renouvelé, et si oui pour combien de temps », le premier ministre a confirmé que cette mesure jusqu'à présent exceptionnelle allait être constitutionnalisée pour « le mettre à l'abri de toute dérive partisane ».

» L'État d'urgence a permis 312 assignations à résidence

Décrété par François Hollande le 13 novembre au soir, l'État d'urgence a très vite été prolongé par un vote quasi-unanime du Parlement. Pourtant, certains à gauche craignent des abus. « L'État d'urgence s'inscrit pleinement dans l'État de droit », a voulu rassurer Manuel Valls.

Avant d'étayer son propos par des chiffres : « 2940 perquisitions ont permis de saisir 443 armes », a-t-il précisé.

De même, le premier ministre a souligné que « 312 assignations à résidence (avaient) été prononcées ». « La situation actuelle réclame de ne rien céder sur notre État de droit mais de garder l'efficacité pour seule ligne de conduite. L'État d'urgence c'est une mesure d'efficacité qu'il faut néanmoins adapter à notre époque », a-t-il tenu à préciser.

» Plus de 1000 Français ont rejoint les rangs des djihadistes

« Le seuil des 1000 individus ayant rejoint depuis la France les groupes djihadistes en Syrie ou en Irak vient d'être franchi », a annoncé le premier ministre, sur un ton grave.

« Environ 600 d'entre eux y sont toujours et on estime à 148 le nombre d'individus ayant trouvé la mort. 250 sont revenus sur notre sol », a-t-il encore détaillé.

« Des individus radicalisés en provenance de nombreux continents rejoignent l'État islamique. Beaucoup d'entre eux viennent de nombreux pays d'Europe, pas seulement de France ou de Belgique. Il y a aussi de nombreux francophones et on sait que les combattants se regroupent souvent en fonction de leur langue, pour se former et préparer des actions terroristes sur notre sol », a-t-il enfin prévenu.

Source :
http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2015/12/23/25002-20151223ARTFIG00122-le-gouvernement-maintient-la-decheance-de-nationalite-pour-les-binationaux.php

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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 11:49

Le 22 décembre 2015

Cinq semaines après son instauration en France, l’état d’urgence a abouti à une forte augmentation du nombre des perquisitions administratives, menées par la police sans avoir besoin d’en référer à la justice.

Depuis le 14 novembre, l’Assemblée nationale rappelle qu’on a compté 2 764 perquisitions qui ont abouti à 339 interpellations, 294 gardes à vue, et 422 constats d’infraction.

Bilan des actions menées depuis le 14 novembre 2015
Created with Highcharts 4.1.90 500 1000 1500 2000 2500 3000 PerquisitionsInfractionsconstatéesInfractions constatéesInterpellationsGardes à vueArmesdécouvertesArmes découvertes
Armes découvertes
Nombre: 435

Dans un rapport qu’elle a publié, l’Assemblée propose également un tableau qui détaille les 2 417 perquisitions qui avaient été menées en date du 15 décembre, un bilan qui permet aussi de savoir où ont eu lieu ces opérations.

La carte-ci-dessous permet de visualiser la répartition de ces perquisitions par ressort judiciaire (tribunal compétent).

Evidemment, les zones les plus peuplées du pays connaissent le plus grand nombre de perqusitions, néammoins, on peut voir un certain axe Est-Ouest, l’est de la France étant plus concerné que l’Ouest par les perquisitions administratives.

C’est la région parisienne qui a très largement concentré les perquisitions : 664, soit près du tiers du total. Vient ensuite le ressort d’Aix-en-Provence, qui couvre l’agglomération marseillaise, avec 255 perquisitions, puis le Nord (ressort de Douai), avec 160.

Nombre de perquisitions administratives
Par ressort de cour d'appel, au 15 décembre
Created with Highcharts 4.1.90 50 100 150 200 250 300 350 400 FORT-DE-FRANCEBASSE-TERREST DENIS REUNIONBASTIACAENRIOMLIMOGESPAUPOITIERSMETZBOURGESCHAMBERYAGENANGERSROUENTOULOUSENANCYREIMSNIMESBESANCONDIJONBORDEAUXGRENOBLEAMIENSMONTPELLIERLYONCOLMARORLEANSRENNESDOUAIAIX EN PROVENCEVERSAILLESPARIS
MONTPELLIER
Nombre de perquisitions administratives: 94
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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 10:16


Crédit photo : Mathieu IPS

Le 19 décembre 2015

L’état d’urgence, qui devait être exceptionnel, devient doucement mais sûrement la norme. Retour sur un article de début décembre alors que rien n’a changé en bien.
Par Nicolas Bruel.

L’état d’urgence a été prononcé au soir du 13 novembre, avant même l’assaut du Bataclan, par les membres de la BRI. Celui-ci est une « forme d’état d’exception qui restreint les libertés ». Nous en avons déjà constaté certaines conséquences :

L’état d’urgence a été voté pour 3 mois par une écrasante majorité et nos libertés ont donc été mises entre parenthèses sous les applaudissements de nos députés et sénateurs.

Au-delà du bilan mitigé de ces mesures – écologistes assignés à résidence, armes saisies alors qu’elles auraient dû l’être avant car certainement détenues par des individus fichés comme ceux qui ont perpétré les attentats, manifestants du 29 novembre constituant le gros des gardés à vue – c’est bien la méthode qui inquiète : « Séquence incroyable au Sénat. Et inacceptable pour le juriste démocrate, voire pour le démocrate tout court. Très calmement, alors que les sénateurs discutaient ce vendredi après-midi du projet de loi prorogeant l’état d’urgence, le Premier ministre a demandé aux parlementaires de ne pas saisir le Conseil constitutionnel. Il craint que la loi ne soit pas conforme au texte fondamental de la Cinquième République.
« Je suis dubitatif sur l’idée de saisir le Conseil constitutionnel, a expliqué Manuel Valls lors de sa dernière intervention en séance. Car il y a toujours un risque. Si le Conseil répondait que la loi révisée est inconstitutionnelle sur un certain nombre de points, cela peut faire tomber 786 perquisitions et 150 assignations à résidence déjà faites ». » Source Numerama

Vous avez bien lu : sur les 2000 perquisitions menées, 786 sont, du propre aveu de notre Premier ministre, anticonstitutionnelles.

Ajoutez à cela la tendance actuelle des CRS à sortir les matraques plus rapidement qu’à l’accoutumée et vous commencez à peine à entrapercevoir l’avenir. Ce n’est qu’un début.

Après ce constat, quelles sont les perspectives ?

Comme je vous le disais, l’état d’urgence a été voté pour 3 mois. Celui-ci doit donc prendre fin le 26 février 2016. Sachez que sa prorogation est déjà à l’étude.
http://www.lemonde.fr/attaques-a-paris/article/2015/12/01/manuel-valls-n-ecarte-une-nouvelle-prolongation-de-l-etat-d-urgence_4821162_4809495.html

Celui-ci ayant été prononcé pour lutter contre le terrorisme et, la menace ne faiblissant pas, nos politiques vont pouvoir maintenir cet état d’exception aussi longtemps qu’ils le jugeront utile, en profitant pour étendre leurs pouvoirs. Ajoutez à cela la volonté de modifier notre Constitution, projet qui, vous me le concéderez, doit faire frémir tous les terroristes du globe, et de préparer de nouvelles lois liberticides.
http://www.bfmtv.com/politique/francois-hollande-demande-une-revision-de-la-constitution-930617.html

Les premiers retours sur le projet de révision de la Constitution ne sont d’ailleurs pas très bons puisque celui-ci ne prévoit pas de durée maximale pour l’état d’urgence…
http://www.europe1.fr/politique/etat-durgence-pas-de-duree-maximale-dans-la-constitution-2630233

La loi renseignement ayant déjà largement montré ses limites avec les attentats de novembre, il est plus que nécessaire que nos dirigeants, avec, ou sans, votre consentement, en remettent une couche puisque vous les avez élus. Parfois, il vaut mieux s’abstenir que voulez-vous ? C’est ainsi que j’apprends encore dans l’excellent Numerama qu’une nouvelle loi sécuritaire et liberticide commence à filtrer.
http://www.numerama.com/politique/133397-vers-une-nouvelle-loi-securitaire-menacant-la-vie-privee.html

Je vous partage les propositions :

« Le journal Le Monde a livré les pistes imaginées par le gouvernement dans ce texte, qui « élargira les pouvoirs du parquet et de la police en temps ordinaire dans la lutte antiterroriste », c’est-à-dire hors de toute période d’état d’urgence. Parmi les mesures envisagées figureraient :

« La possibilité de saisie par la police de tout objet ou document lors d’une perquisition administrative, sans contrôle du procureur » : ce n’est pas précisé mais l’on imagine bien qu’il s’agit donc de généraliser aussi la possibilité pour la police de copier sur place toute donnée stockée dans le Cloud accessible depuis les ordinateurs ou smartphones présents au domicile ou au bureau de la personne faisant l’objet de la perquisition.
http://www.numerama.com/politique/131284-la-police-pourra-acceder-au-cloud-des-suspects-depuis-leur-domicile.html

« L’interconnexion globale de tous les fichiers, notamment ceux de la sécurité sociale » : toute donnée obtenue sur vous pourra être croisée contre vous. Plus ça va, plus le principe du respect du consentement lié à la finalité de la collecte des données personnelles est oublié, pour permettre qu’elles soient exploitées et croisées entre elles.

« L’élargissement des possibilités de vidéosurveillance dans les lieux publics » : ces possibilités étaient déjà très étendues, on se demande comment les étendre plus encore. Il pourrait s’agir de ne plus signaler la présence de caméras, ou d’alléger les formalités déclaratives qui permettent à la CNIL d’exercer son contrôle. Nous verrons.

« L’installation systématique de GPS sur les voitures de location » : celle-ci est particulièrement inquiétante. Les terroristes des attentats de Paris ont utilisé des voitures louées pour venir à Paris, donc l’idée est d’obliger les loueurs à géolocaliser tous les véhicules qu’ils louent, et à rendre ces données accessibles aux autorités. Toute personne qui loue une voiture pourrait donc être traquée à distance au mépris de sa vie privée, ce qui n’est actuellement le cas que si l’entreprise de location décide de le faire, et prévient explicitement le client.

Or l’on imagine bien que des terroristes demain pourront utiliser leur propre voiture ou employer des véhicules volés, comme ça avait été le cas après l’attentat contre Charlie Hebdo.

Faudra-t-il alors généraliser les émetteurs GPS dans toutes les voitures de France et de Navarre, comme le permettra techniquement le système eCall imposé dans tous les véhicules européens construits depuis octobre 2015 ? On s’y dirige tout droit.
http://www.numerama.com/magazine/29099-ecall-voitures-accidents-appels-urgence-112.html

« Injonction faite aux opérateurs téléphoniques de conserver les fadettes pendant deux ans » : cette réforme serait adoptée dans un mépris total de l’arrêt Digital Rights Ireland de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) qui a imposé aux États membres de l’UE de réduire la durée de conservation des données personnelles des internautes et clients d’opérateurs mobiles.
http://www.numerama.com/magazine/29013-la-directive-sur-la-conservation-des-donnees-est-disproportionnee.html

La décision a provoqué des réformes partout en Europe mais la France continue, non seulement de l’ignorer, mais semble aujourd’hui prête à aller plus loin encore qu’avant cet arrêt de 2014.
http://www.numerama.com/magazine/34222-retention-donnees-bruxelles.html

« Utilisation des IMSI-Catchers » : déjà prévus par la loi renseignement pour les services spécialisation, les IMSI-catchers permettent de simuler des antennes-relais d’opérateurs télécoms pour obtenir que tous les téléphones aux environs s’y connectent, et intercepter toutes leurs communications, d’où des outils de détection des IMSI-catchers).
http://www.numerama.com/magazine/33169-la-france-a-achete-des-imsi-catchers-a-amesys-34ennemie-d-internet34.html
http://www.numerama.com/magazine/32763-detecter-les-imsi-catchers-sur-votre-telephone-android.html

Actuellement leur utilisation est permise après avis de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR). Il paraîtrait étonnant de s’en dispenser dans le cadre de simples opérations de police, mais l’on ne voit pas bien ce qui pourrait être proposé d’autres. Rien n’est dit pour l’instant, en revanche, sur une éventuelle réglementation du chiffrement. »

Autre article de Numerama, traitant des hypothèses de travail cette fois :

« Interdire les connexions Wi-Fi libres et partagées » et fermer toutes les connexions Wi-Fi publiques pendant l’état d’urgence, « sous peine de sanctions pénales ». Jusqu’à présent la loi impose par principe aux abonnés à internet de sécuriser leur connexion pour éviter qu’elle soit utilisée à des fins illicites, mais le seul risque que prennent les abonnés généreux et récalcitrants qui laissent leur Wi-Fi ouvert est de recevoir un avertissement Hadopi si quelqu’un l’utilise pour pirater des films ou de la musique.
http://www.numerama.com/politique/129728-hadopi-faq-savoir.html

En obligeant à fermer toute connexion, la police s’assurerait d’avoir un identifiant précis pour chaque adresse IP, ou au moins de réduire la liste des suspects possibles dans un même foyer. C’est en tout cas l’idée.

« Interdire et bloquer les communications des réseaux TOR en France » : même à supposer que cela soit techniquement possible, ce serait une mesure totalement disproportionnée qui enverrait un très mauvais signe à l’international, alors que le réseau d’anonymisation TOR est utilisé par de très nombreux activistes et dissidents de pays autoritaires. L’un des premiers pays à avoir bloqué Tor était l’Iran.
http://www.numerama.com/magazine/18361-l-iran-aurait-reussi-a-bloquer-tor-provisoirement.html

« Identifier les applications de VoIP et obliger les éditeurs à communiquer aux forces de sécurité les clefs de chiffrement » : c’est la fameuse grande guerre du chiffrement à laquelle se prépare La Quadrature du Net, la France ayant sans aucun doute la volonté de se joindre à la Grande-Bretagne pour obtenir que les éditeurs de messagerie chiffrée fournissent des backdoors pour que les autorités puissent écouter les conversations interceptées.
http://www.numerama.com/politique/130092-conversation-la-quadrature-du-net-veut-grandir-pour-mieux-defendre-les-droits.html

http://www.numerama.com/politique/129414-la-grande-bretagne-va-bannir-le-chiffrement-indechiffrable.html

http://www.numerama.com/politique/133795-wi-fi-ouvert-interdit-tor-bloque-les-nouvelles-idees-de-la-police.html

Trois points retiennent particulièrement mon attention : la saisie de tout document ou objet par la police sans contrôle du procureur, l’utilisation des IMSI-Catchers et la volonté d’obtenir des « backdoors » sur les logiciels et appareils, permettant ainsi tous les abus d’accès que vous pouvez imaginer. Ce n’est que le début. Vont venir s’ajouter, je n’en doute pas, d’autres propositions. Après tout, le peuple le réclame puisque les élections et les sondages sur les questions sécuritaires l’indiquent !

La préparation du « trousseau » n’est pas terminée.

Si vous n’avez rien à cacher tant mieux. Moi non plus, sinon je n’écrirais pas ici. Il est toutefois à noter que je n’ai pas envie que des services auxquels je n’ai donné aucun mandat viennent fouiller dans ma vie privée. Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi vous les autoriseriez à le faire en mon nom.

« Notre liberté se bâtit sur ce qu’autrui ignore de nos existences.» Alexandre Soljenitsyne

Mais ce n’est pas tout. Se prépare bien pire pendant que des glaçons fondent à Paris au frais du contribuable ou que le gouvernement publie des documents pour savoir comment fuir une attaque terroriste et appeler plus de 80 fois le 17.

Au passage, heureusement que des passagers américains du Thalys n’ont pas appliqué ces directives à la lettre car leur absence d’intervention aurait condamné des dizaines de passagers à une mort certaine.
http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-des-tonnes-de-banquise-vont-fondre-a-republique-19-11-2015-5293559.php

http://www.bfmtv.com/societe/terrorisme-le-gouvernement-diffuse-des-conseils-sur-la-conduite-a-tenir-en-cas-d-attentat-934177.html

http://tempsreel.nouvelobs.com/attentats-terroristes-a-paris/20151119.OBS9869/les-attentats-de-paris-mettent-en-lumiere-l-obsolescence-du-17.html

http://www.liberation.fr/societe/2015/08/22/va-le-choper-le-recit-de-l-intervention-des-heros-americains-du-thalys_1367474

Le pire qui se prépare est ici : Pheme.

Le site : http://www.pheme.eu/

« Retenez bien ce nom. D’ici un an et demi, ce projet mené par des universités européennes pourrait vous aider à faire le tri dans les informations qui circulent sur les réseaux sociaux. Une sorte de « détecteur de mensonges sur Facebook et Twitter », comme le titrent Les Inrocks.Ce système européen sera testé pour la première fois par le site http://www.swissinfo.ch/ d’ici un an et demi.
http://www.lesinrocks.com/2014/03/05/actualite/bientot-detecteur-de-mensonges-sur-facebook-twitter-11484972/

Financé par des fonds de la Commission européenne, ce projet est mené par la faculté de Sheffield, en Angleterre, avec l’aide d’universités en Allemagne et en Autriche. Son but : tordre le coup aux rumeurs (dont Pheme était la déesse dans le panthéon grec…).  » Source L’Expansion

La commission européenne ? Qu’est ce déjà ? Ah oui ! Cet organe où les commissaires ne sont pas élus !

Voyons donc en quoi consiste Pheme donc, qui je le rappelle est financé par le contribuable européen :

« L’algorithme promis doit plus précisément classer les contenus qui tomberaient dans la catégorie de la désinformation, de la pure spéculation, de la controverse ou de la fausse information. Et passer ainsi de la viralité à la véracité, en s’appuyant sur certains critères comme la nature de la source, la réputation de l’auteur, le texte lui-même (statut Facebook, légende photo ou tweet… ), ou les réactions qu’il provoque de la part d’autres internautes.

Mais alors Pheme sonne-t-il le glas de la profession de journaliste, sur Internet ? À moins que ce décryptage automatique ne soit un outil supplémentaire pour les aider… et gagner du temps, surtout en période de crise et d’afflux massif d’informations sur les réseaux sociaux, note Mashable.  » Source L’Expansion

Le début de la dictature sur Internet ?

Je présume que le mensonge ne sera jamais du côté de ceux qui ont financé la recherche sur l’algorithme en question (pas le contribuable, plutôt le politicien ou ceux à qui il est redevable). Ce logiciel a le potentiel pour devenir un outil de contrôle total de l’information sur internet. Dans un premier temps, il proposera juste un message indiquant si l’information est « correcte » ou si celle-ci ne correspond pas à la version officielle.

Cependant, il sera facile de procéder au blocage des sites en fonction des résultats de Pheme par la suite, cet outil étant prévu pour fonctionner en temps réel. Nous assistons peut être aux prémices de la fin de l’Internet libre en Europe…

Dormez tranquilles, tout va bien se passer.

L’état d’urgence, qui devait être exceptionnel, deviendra doucement mais sûrement la norme.

Le « peuple de gauche » commence à avoir peur et réclame l’annulation des prochaines élections régionales qui, qu’elles aient lieu ou non, nous ferons faire un bond en avant sur la route de la servitude : tous les partis sont dans une surenchère sécuritaire plus ou moins nationaliste et leurs programmes vont vers un renforcement du rôle de l’État.

Les attentats du 2 décembre à San Bernardino ou du marathon de Boston le 15 avril 2013 sont là pour nous rappeler que les mesures du Patriot Act, dont le gouvernement français est largement en train de s’inspirer, sont inefficaces et ont fini par créer le programme Prism dénoncé par E. Snowden.
http://www.latimes.com/local/lanow/la-me-ln-san-bernardino-shooting-live-updates-htmlstory.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Double_attentat_du_Marathon_2013_de_Boston

https://fr.wikipedia.org/wiki/USA_PATRIOT_Act

https://fr.wikipedia.org/wiki/PRISM_%28programme_de_surveillance%29

https://cse.google.com/cse?cx=000973117691330431080%3Azrbinspmbtw&ie=UTF-8&q=&sa=+Ok+#gsc.tab=0&gsc.q=snowden

Car pendant ce temps, à l’assemblée nationale, une proposition de résolution « tendant à la création d’une commission d’enquête relative à la participation de fonds français au financement de Daesh »  a été rejetée.

http://www.assemblee-nationale.fr/14/ta/ta0622.asp

Comme certaines de nos libertés, cet article s’achève ici. Merci de votre soutien et d’être toujours de plus en plus nombreux à me lire. Last but not least, n’oubliez pas cette célèbre citation de 1984 de G. Orwell : « Si vous désirez une image de l’avenir, imaginez une botte, piétinant un visage humain… Éternellement… »

http://www.wikiberal.org/wiki/Orwell

Source :
http://www.contrepoints.org/2015/12/19/233172-etat-durgence-premier-bilan-catastrophique

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