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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 18:28

Le 16 mars 2020

Communiqué du Contrôleur général des lieux de privation

 

Les mesures annoncées hier par le Président de la République imposent à toute la population résidant en France un confinement et une prise de distance entre les personnes afin de limiter les risques de contagion.

A contrario, ces mesures mettent cruellement en lumière les conditions de promiscuité et de surpopulation qui prévalent dans certains lieux de privation de liberté en France, telles que dans les maisons d’arrêt et les centres de rétention administratives.

Adeline Hazan, Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, a saisi les ministres de la justice et de l’intérieur pour leur demander que des mesures immédiates et concrètes soient prises pour la protection des personnes privées de libertés et de leurs droits.

Concernant les établissements pénitentiaires, les conditions de détention des maisons d’arrêt les plus surpeuplées placent la population pénale en situation de risque sanitaire élevé, alors que ce sont souvent des personnes condamnées à de courtes peines ou en fin de peine qui occupent ces établissements.

Leur sécurité n’est plus garantie ; l’administration manquera donc à son obligation de protéger les personnes qu’elle a placées sous sa garde si elle ne prend pas d’urgence les mesures nécessaires.

C’est pourquoi le CGLPL recommande de réduire la population pénale à un niveau qui ne soit pas supérieur à la capacité d’accueil des établissements en proposant, adoptant ou suscitant toute mesure utile pour favoriser les sorties de prison et limiter les entrées.

Par ailleurs, les parloirs sont suspendus dans les établissements pénitentiaires, il en serait de même pour les parloirs des avocats.

Cette mesure, qui n’est pas illégitime au regard des risques de propagation du virus, va priver les personnes détenues de leurs liens familiaux et de leurs droits de la défense.

Le CGLPL demande donc de mettre en place des mesures de compensation efficaces et rapides, notamment en autorisant les contacts des personnes détenues avec leurs familles par visioconférence et d’accorder la gratuité du téléphone pendant la période de la crise sanitaire.

De même, il est nécessaire d’assurer, de manière fluide et gratuite, au moins par téléphone, la relation des personnes détenues avec leurs avocats.

Concernant les centres de rétention administrative, il a été indiqué au CGLPL que l’on observe dans certains centres une absence totale d’information de la population retenue, un hébergement collectif dans la promiscuité, le maintien de la restauration collective et un défaut complet de protection, tant de la population retenue que des fonctionnaires de police.

Dans de telles conditions, l’Etat manque à son obligation de protéger à la fois ses agents et les personnes qu’il a lui-même placées sous sa garde.

Dans un contexte de réduction drastique des vols internationaux, la perspective de reconduite des personnes retenues est mince, voire illusoire ; dès lors la mesure de rétention elle-même se trouve dépourvue de fondement juridique car l’article L. 554-1 du CESEDA précise qu’un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ et que l’administration doit exercer toute diligence à cet effet.

En l’absence de perspectives d’éloignement, Le CGLPL recommande de procéder sans délai à la fermeture temporaire des centres et locaux de rétention administrative.

Source :
https://www.cglpl.fr/2020/activites-du-cglpl-dans-le-cadre-de-lepidemie-de-coronavirus/

 

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 17:21

Le 21 mars 2020

Nous ne faisons que transmettre, ce sont leurs mots.

"Nous sommes des centaines à dormir ici dans la rue. Nous somme Afghan·es, Soundanais·es, Somalien·nes, Erythréen·nes, Ethiopien·nes , Guinéen·nes, etc… Certain·es ont des papiers, d’autres non. Certain·es sont dubliné·es, d’autres non. Mais nous sommes aussi des ETRES HUMAINS.

Le virus n’en a rien à faire  de nos origines et de nos papiers.

Il nous frappera aussi.

Regardez où nous vivons, pour une fois écoutez-nous et vous comprendrez que nous allons mourir ici si rien n’est fait.

Le gouvernement dit qu’il est dangereux de sortir, que tout le monde doit rester à la maison, qu’il faut laver ses mains et éviter les regroupements de personnes.

Mais nous n’avons pas de foyer, nous sommes bloqués à l’extérieur.

Nous sommes obligé·es de vivre dans cet endroit horrible.

Si nous essayons d’aller ailleurs, la police nous frappe, et prend nos tentes et nos couvertures.

La police attaque même les familles avec des femmes et des enfants.

Ici il n’y a pas d’eau, pas de douches. Il n’y a même pas de toilettes !

Il nous faut dormir à 3 ou 4 personnes dans une tente.

Vivre ici en temps normal est déjà dangereux et inhumain.

Mais comment pouvez-vous nous forcer à vivre ici alors qu’un virus menace toute la population ?

Il y a déjà des malades. Certaines personnes n’ont pas  de prise en charge (médicale) et ne peuvent pas aller voir le médecin.

Quand nous appelons une ambulance  elle ne se déplace pas jusqu’à nous.

Beaucoup de gens n’ont pas d’argent pour acheter de la nourriture ou des médicaments. Les structures qui nous venaient en aide ne peuvent pas être là tout le temps.

Le gouvernement continue de ne pas se soucier de nous. Beaucoup ici ont déjà été embarqués par la police à plusieurs reprises, et à chaque fois ils les jettent hors du camp parce qu’ils n’ont pas d’argent de l’OFII (Office Français de l'Immigration et de l'Intégration).

A l’heure actuelle nous sommes tous en danger à cause de cette politique inhumaine. Tous les êtres humains  méritent d’être protégé·es, quel·les que soient leurs origines ou leurs papiers.

NOUS DEMANDONS AU GOUVERNEMENT DE LOGER TOUTES LES PERSONNES QUI SE TROUVENT ICI. TOUTES SANS RESTRICTION."

Source :
https://blogs.mediapart.fr/accueil-de-merde/blog/210320/coronavirus-et-confinement-un-message-des-exile-e-s-du-camp-daubervilliers

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 17:10

Le 23 mars 2020

Puisque la mode est au «journal de confinement» et que chacun s’amuse à décrire son quotidien bousculé par l’ennui ou par l’exil vers une résidence secondaire en bord de mer…

Romane Elineau, membre de plusieurs collectifs qui viennent en aide aux refugié·e·s et autres exilé·e·s du nord-est de Paris, a décidé de tenir le sien... ou plutôt le leur.

Il me semble quand même important de témoigner du quotidien des moins privilégiés. Ceux contre qui l’Etat est réellement en guerre et n’accorde aucune trêve, pas même en ces temps de crise sanitaire. Dans le Nord de Paris, des centaines de personnes survivent dans des campements de fortune et sont donc particulièrement exposées au Covid19. Cette semaine nos dirigeants ont encore démontré tout le mépris qu’ils ont pour la vie de ces hommes, femmes et enfants.

CONFINEMENT - SEMAINE 1

Contexte général : Depuis des années les campements de rue se succèdent dans Paris, résultat d’une politique de maltraitance où l’objectif est de pourrir la vie des gens pour les dissuader de vivre ici, ou de vivre tout court.

Alors l’Etat supprime le droit à l’hébergement et au revenu de subsistance pour des milliers de demandeurs d’asile, créée des systèmes administratifs kafkaïens et arbitraires.

Il envoie sa police pour confisquer les tentes et obliger des hommes et des femmes à se terrer sous les ponts au milieu des rats, là où on ne les voit pas.

Après les évacuations médiatisées de février (porte de la Chapelle / Aubervilliers) de nombreux exilés ont été remis à la rue.

D’autres sont arrivés.

Un campement s’est reformé, dans un terrain vague bien caché, à l’abri des policiers présents 24h/24 dans le quartier.

Ils sont entre 400 et 500 personnes à survivre dans ce lieu horrible.

Pour reprendre leurs mots, s’ils sont aujourd’hui en danger, c’est à cause de cette politique inhumaine.

Lundi

Distribution de repas à porte d’Aubervilliers par la Gamelle de Jaurès. Des centaines de personnes attendent. Parmi elles des dizaines de familles, de jeunes enfants.

Avec l’annonce du confinement, peu d’associations ont distribué pendant le week-end.

Certaines nous disent qu’elles n’ont pas mangé depuis 24h. Et puis, pour elles aussi, il y l’appréhension face à cette situation extraordinaire.

Nous ne savons pas comment vont s’organiser les choses, si les distributions et les maraudes pourront être maintenues.

La faim, la peur de manquer, l’épuisement…

Les gens se heurtent, se battent pour attraper une barquette repas, un bout de pain.

Plus tard dans la nuit : Des dizaines de familles exilées à la rue. Utopia 56 essaye tous les soirs de les loger chez des hébergeurs solidaires.

Dans le contexte actuel, ce n’est plus possible.

Alors elles posent leur tente à porte d’Aubervilliers, sur leur lieu de rassemblement habituel. Bien sûr, la police intervient.

Les CRS disent qu’elles ne peuvent pas rester là. Elles n’ont nulle part où aller, il est tard…

Les policiers repartent, pour l’instant, et annoncent qu’une décision sera prise le lendemain quant au sort de ces familles.

Mardi

A 8h du matin, les policiers sont de retour. Ils réveillent les familles et les chassent. Ils disent que pour être tranquille il ne faut pas rester dans Paris, il faut passer le périph… En somme être invisible et « hors secteur » pour que la Ville de Paris puisse tranquillement se déresponsabiliser et les laisser mourir dehors.

Les Restos du Cœur et Solidarité Migrants Wilson sont présents ce soir pour distribuer des repas.

Malgré les effectifs restreints, le manque de matériel, le risque sanitaire, les assos s’organisent avec les moyens du bord pour ne pas laisser les gens crever de faim.

Car, hormis envoyer sa police, l’Etat ne fait rien.

Les exilés sur le campement d’Aubervilliers sont inquiets. Depuis plusieurs jours les associations transmettent les informations relatives à l’épidémie : symptômes, N° vert, gestes barrière. Tout cela leur paraît dérisoire.

« Ici il n’y a pas d’eau, pas de douches. Il n’y a même pas de toilettes ».
« On dort à 3 ou même 4 par tente ». Ils veulent sonner l’alarme et crier leur colère (voir leur message ici).

Ils nous envoient des images du campement, décrivent leur condition de vie et écrivent leur revendication : « une mise à l’abri pour toutes les personnes du campement. Toutes sans exception ».

On leur dit qu’on fera de notre mieux pour diffuser leur message.

En attendant, la police continue de sévir.

Mercredi

Cet après-midi c’est la police montée (à cheval) qui arrive sur le campement d’Aubervilliers.

Ils nassent les exilés et les empêchent de sortir pendant plusieurs heures. Les exilés se retrouvent confinés de force sur le campement, sans eau, sans nourriture, sans toilettes.

Médecins du Monde est sur place à ce moment-là. Un bénévole tente de filmer la scène et se fait interpeller. Les policiers menacent l’équipe de médecins du monde de « représailles s’ils témoignent ».

Malgré les menaces, Médecins du monde s’indigne sur les réseaux sociaux et rédige une lettre au Préfet. Face au scandale qui commence à monter, le Préfet de région annonce que le campement sera évacué prochainement. Plusieurs familles accèdent à un hébergement dans la soirée.

Il y a un peu d’espoir ce mercredi soir. Peut-être que cette fois ci, tout le monde sera mis à l’abri. Peut-être que la préfecture et la police vont calmer leurs ardeurs répressives…

Jeudi

Une dizaine de camions de police stationnent autour du parc et du rond-point de la porte d’Aubervilliers. Des familles ont tenté de dormir ici cette nuit, celà ne leur a pas plu.

En pleine crise sanitaire la priorité pour la police est donc d’empêcher des gosses de dormir dans un endroit un peu moins glauque qu’une bretelle de périphérique.

Sur le campement tout le monde se demande quand aura lieu l’évacuation. On fait des attestations de déplacement.

Un homme est désespéré car son audience à la CNDA est annulée.
Cela faisait plus d’un an qu’il attendait…

Un autre se demande : « Que va-t-il se passer si je me fais contrôler avec un récépissé expiré ? »

La préfecture, fermée, a annoncé la prolongation de la validité des documents. Mais il n’a pas confiance en la police et a peur d’être arrêté.

Certains n’osent même pas appeler le 15 ou le N° vert. A force d’être maltraités par toutes les institutions publiques, tout ce qui relève de l’Etat apparaît comme une menace…

Un monsieur éthiopien est au bord des larmes, il s’est fait voler toutes ses affaires.

Certains nous disent qu’il y aurait eu un mort sur le campement, un monsieur âgé.

Les associations sont entrain de se renseigner auprès des autorités (pas de confirmation pour le moment).

Vendredi

Aujourd’hui, les exilés ont pu avoir des bouteilles d’eau. Victoire bien dérisoire.

Des policiers me demandent de « transmettre les instructions » aux personnes exilées : il ne faut pas qu’elles sortent du campement.

« Je ne veux pas vous voir dans les rues », dit un flic à un groupe d’Afghans qui passe au bord du canal. « Il faut rentrer ». Traduction : transmettez vous ce foutu virus entre vous, mourrez ensemble dans votre trou à rat, on s’en fout. Mais surtout ne contaminez pas les autres. Nous avons le droit de vivre, pas vous.

Week-end

On attend toujours l’évacuation annoncée. Peut-être demain, peut-être la semaine prochaine ou celle d’après. Sûrement dans des gymnases, sûrement dans la promiscuité, sûrement sans dépistages.

Pour de nombreuses personnes hébergées, la situation n’est guère mieux.

Des mères isolées sans papiers, qui n’ont aucune ou peu de ressources, qui ne peuvent pas cuisiner dans leur chambre de 10m2 et craignent de se faire contrôler par la police si elles sortent.

Dans les foyers, d’autres sans papiers n’ont d’autres choix que de continuer à travailler, parfois sans protection.

Exploités sur les chantiers, exploités par Uber et compagnie pour livrer aux Parisiens leur brunch du dimanche, ils s’exposent tous les jours pour « faire tourner notre économie ».

Des mineurs isolés en hôtel qui ne peuvent plus se nourrir. L’ASE leur délivre, pour leurs repas quotidiens, des tickets restos utilisables uniquement au Kebab du coin, désormais fermé.

Des mineurs isolés sans attestation de déplacement qui se font casser la gueule par la BAC du 18e arrondissement…

Et on apprend que l’Etat a expulsé au moins 10 personnes cette semaine. Vers le Maroc, l’Algérie, le Congo, le Mali, le Sénégal, la Roumanie, la Georgie et même les Pays Bas pour un dubliné… Corona ou pas, rien ne les arrête !

Ceci n’est QUE ce dont nous avons connaissance et ce n'est QUE la première semaine.

Résumé non exhaustif pour ceux qui ne savent pas, pour ceux qui peuvent se mobiliser malgré le confinement.

Pour faire face à cette pandémie, pour que tout le monde soit protégé, il va falloir faire barrière à leur politique criminelle, à leur racisme visiblement sans limite. #SolidaritéCovid19

Résumé aussi pour ne pour ne pas oublier. Pour l’après. Lorsque sera venu le temps de leur faire payer !
#NiOubliNiPardon

Informations recensées via : les exilés du campement, Paris d’Exil, Solidarité Migrants Wilson, La Gamelle de Jaurès, Utopia 56, Médecins du Monde, La Cimade, Infos Migrants, Urgence Notre Police Assassine, mes yeux et mes oreilles.

Source :
https://blogs.mediapart.fr/accueil-de-merde/blog/230320/le-journal-de-confinement-des-exile-e-s-du-nord-est-de-paris-par-romane-elineau

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 11:17

Le 20 mars 2020

Alors que toutes les personnes vivant sur le sol français sont appelées à rester chez elles, à Calais, les camps des exilés continuent d'être démantelés. Une situation inacceptable pour l'association Salam qui dénonce l'acharnement du procureur de la République.

Dans un communiqué de presse, ce vendredi 20 mars, l'association Salam qui vient en aide aux personnes migrantes dans le Nord et le Pas-de-Calais a alerté sur la poursuite des démantèlements des camps. Et ce, malgré la mise en place des mesures de confinement depuis le mardi 17 mars.

"Ce vendredi matin, le président de l'association Jean-Claude Lenoir a assisté à deux démantèlements. Il n'y en avait pas eu depuis la mise en place du confinement. On espérait qu'ils aient eu pitié, mais finalement non", déplore Claire Millot, secrétaire générale de l'association.

A Calais, ils sont environ 800 à avoir planté leurs tentes en espérant pouvoir passer rapidement en Angleterre. Ils sont répartis dans six camps. Le camp des Huttes rassemble lui plus d'une centaine de personnes.

La décision du démantèlement revient au procureur de la République de Boulogne. Celui-ci assume totalement : "On réalise des démantèlements depuis quatre ans motivées par des constatations d'occupations illégales du terrain d'autrui. Ces occupations sont tout à fait en contravention avec le droit des propriétaires qui ont porté plainte."

L'entrée de la France dans une période de confinement n'altère pas sa décision : "Rien ne me prouve que ces gens sont malades. On invite les gens qui occupent illicitement un terrain à le quitter."
 
"Des populations entières sont abandonnées"

Loin de lui l'idée donc de renforcer la précarisation des personnes migrantes : "Au contraire, on est dans l'obligation de nettoyer les espaces après l'évacuation.

Dans une période comme celle-ci, il vaut mieux nettoyer les terrains plutôt que de les laisser envahis de détritus et de rats, d'autant que les migrants reviennent les occuper quelques instants plus tard."

Pour Claire Millot, le constat est radicalement différent : "On veut que les Français se rendent compte que des populations entières sont abandonnées.

Si une seule de ces personnes était contaminée, ils seraient tous malades car ils vivent forcés, les uns sur les autres."

Le démantèlement des camps renforce selon elle le risque de contamination : "Parfois certaines tentes sont prises par les forces de l'ordre. Quand elles ne sont pas prises, elles sont déplacées, ce qui oblige les exilés à devoir tout remettre. C'est épouvantable quand on sait que le moindre contact peut permettre la transmission du virus. En attendant de les mettre à l'abri, il faut au moins les laisser tranquille", implore Claire Millot.

Des exilés déjà "oubliés du plan de confinement"
 
Dans une lettre adressée aux préfectures du Nord et du Pas-de-Calais ainsi qu'aux maires de Grande-Synthe et de Calais, les associations ont décrit une situation "innommable".

Les réfugiés, pour beaucoup "vulnérables", sont "confinés à plusieurs", "parfois quatre ou cinq dans des tentes de deux places", donc "si un virus se déclenche dans un campement ça va être horrible", dénonce Antoine Nehr, coordinateur d'Utopia 56 à Calais.

Ce vendredi 20 mars, dans un communiqué de presse, la maire de Calais, Natacha Bouchart, a dit avoir "proposé aux services de l'Etat de réquisitionner des bases militaires désaffectées dont les casernements pourraient être rapidement réaménagés pour accueillir, dans de bonnes conditions de confinement - mais aussi d'accompagnement humanitaire -, la population migrante".

Mais selon elle, cette proposition est restée sans réponse. Pour l'instant, les préfectures du Nord et du Pas-de-Calais ont annoncé une série de mesures : communication en plusieurs langues, garantie de l'accès à l'eau et au savon, repérage et prise en charge des personnes présentant des symptômes, maraudes sanitaires assurées par la Croix-Rouge.

Ces mesures restent "insuffisantes" pour Claire Millot alors que "400 personnes entassées doivent se regrouper sur une seule citerne d'eau."

Contactée, la préfecture du Pas-de-Calais rappelle que "tous les jours de la semaine, les migrants qui le souhaitent peuvent être mis à l'abri dans les centre d'accueil et d'examen des situations (CAES)" et que, "depuis août 2017, 4 087 migrants ont été pris en charge dans ce cadre."

Source :
https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/pas-calais/calais/malgre-confinement-demantelements-camps-personnes-migrantes-se-poursuivent-calais-1803866.html

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 20:38

Le 12 mars 2020

Cédric Herrou : accusé en 2017 d’avoir aidé et hébergé des exilés italiens, l’agriculteur est depuis devenu une véritable figure du mouvement d’aide au migrants… et subit un véritable acharnement juridique.

Placé en garde à vue plus d’une dizaine de fois, il est aujourd’hui de nouveau face aux tribunaux. Les faits qui lui sont reprochés ? « militantisme fort et revendiqué »

Mercredi 11 mars : encore une fois, Cédric Herrou est devant les tribunaux.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’avocat général de Lyon, Fabrice Tremel, n’y va pas de main morte pour qualifier les faits de l’agriculteur : ce dernier se trouve ainsi qualifié de « hors-la-loi qui a fait le choix de la délinquance » voulant « mettre en échec les politiques migratoires » .

Placé en garde à vue plus d’une diazine de fois depuis 2017, Cédric Herrou subit depuis ces trois dernières années un véritable acharnement juridique.

Aujourd’hui, l’avocat général requiert contre lui 8 à 10 mois de prison avec sursis, rejetant le "principe de fraternité"qui avait été consacré et affirmant que « l’immunité ne peut pas s’appliquer ». Son crime ? Avoir aidé et hébergé 57 migrants venus d’Italie.

« La justice ne comprend pas qu’on peut aider pour rien, juste parce que ce n’est pas moral de laisser les gens en galère. » , explique-t’il. « Si des gens ont besoin de mon aide, je la donne. »

« Il conteste la fermeture de la frontière en 2015. C’est un militantisme extrêmement fort et revendiqué. Il se positionne comme un leader. », rétorque Fabrice Tremel.

Car les premiers faits ne se déroulent pas n’importe quand : 2015, c’est précisément l’année ou, suite à la fermeture de la frontière italienne, plusieurs dizaines de migrants tentant de rejoindre la France sont refoulés à la frontière, contraints de s’entasser sur place dans des conditions misérables.

Cedric Herrou dénonce ainsi un « racisme d’État », et continue « Je sais, c’est grave de le dire mais c’est encore plus grave de le vivre. Les ordres c’est “prenez tous les Blacks et dégagez-les en Italie !” »

Et c’est bien là le sens de l’affaire, la véritable raison de l’acharnement que subit depuis plusieurs années Cédric Herrou.

M. Tremel lui même résume la situation à la perfection : l’objet n’est pas tant de condamner les faits en eux mêmes, mais bien plus encore de condamner une contestation de la fermeture des frontières, un rejet des politiques anti-immigration, de punir un « militantisme extrêmement fort et revendiqué » – Un militantisme « idéologique et politique », selon les dires de ce même Fabrice Tremel. Le simple fait d’être un militant antiraciste favorable à la liberté d’installation des migrants deviendrait donc un crime en soi.

Au sein d’un parquet et d’un état de plus en plus répressif, M. Tremel aura au moins eu le mérite d’être particulièrement clair : car ce n’est ni plus ni moins que la criminalisation du militantisme en tant que tel qui est ici en question – la mise en place, officieuse mais bien réelle, d’un délit de solidarité que dénoncent déjà depuis plusieurs années nombre d’associations, et qui ne serait qu’une énième confirmation de la politique xénophobe portée par Macron.

Source :
https://www.revolutionpermanente.fr/Cedric-Herrou-devant-les-tribunaux-son-militantisme-fort-et-revendique-mis-en-cause

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9 mars 2020 1 09 /03 /mars /2020 16:58

14 mars 2020 - Journée internationale de lutte contre les violences policières

Collectifs de familles, collectifs de victimes, quartiers populaires, syndicalistes, militants, gilets jaunes, tous ensemble pour manifester notre rage contre les violences policières, contre les violences judiciaires de leurs dénis de justice, contre leurs injures médiatiques.

Pour nos tué.es, nos mutilé.es, nos blessé.es, nos humilié.es

Lire l'appel :
https://paris.demosphere.net/rv/76687

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16 février 2020 7 16 /02 /février /2020 14:34

Le 16 février 2020

Comment vit-on en centre de rétention, où la France place les étrangers qu'elle veut expulser ? Mediapart débute une série exceptionnelle sur celui de Marseille : conditions de vie, violence, rôle des juges, des policiers ou des médecins... Dans ce premier article, Jalil, jeune Afghan, découvre soudain l'enfermement.

Marseille (Bouches-du-Rhône), correspondance.– Jalil se tient très droit devant la juge.

Son français maîtrisé, son élocution claire, tranchent avec les regards désorientés qu'il jette vers les policiers chargés de surveiller la petite salle d'audience quasi déserte.

La magistrate, juge des libertés et de la détention, doit décider si elle prolonge ou non son séjour dans le centre de rétention de Marseille.

Il est Afghan, il a 25 ans.

« Pourquoi avez-vous quitté votre pays, demande-t-elle. Vous n'avez pas de la famille là-bas ? »

La question n'a rien à voir avec la décision qu'elle doit prendre (1), mais il répond qu'il appartient à la minorité hazâra, historiquement persécutée par les Pachtounes, majoritaires dans le Sud-Est du pays.

Sa famille vit là-bas, à l'occidentale, elle est chiite, lui étudiait la littérature chinoise à l'université de Kaboul tout en enseignant pendant les vacances aux jeunes de son village, dans une classe mixte.

Autant de raisons de se retrouver dans la mire des talibans et de l'Organisation de l’État islamique, encore très présents dans cette zone proche du Pakistan. La juge suspend l'audience.

J'en profite pour demander à l'avocat de Jalil si son client accepterait une visite au parloir : je commence une enquête sur le centre de rétention administrative (CRA) de Marseille, je voudrais raconter les conditions de rétention, les effets de l'enfermement, de l'incertitude, sur les corps, le mental. Comprendre les conditions de travail de ceux qui bossent là, mesurer l'efficacité de cette politique.

Quelques mois plus tôt, je participais à un débat à Sète sur le thème « Résister » (hier et aujourd'hui).

Une femme dans le public avait levé la main : « Dans cette ville il y a des gens qui se battent pour que l'on sache ce qu'il se passe au centre de rétention de Sète, c'est une forme de résistance mais tout le monde s'en fout, la rétention n'intéresse plus les médias. »

C'est vrai qu'en dehors des périodes de crises aiguës, on parle peu en France de la rétention, qui consiste à enfermer des étrangers juste parce qu'ils n'ont pas de titre de séjour, le temps de préparer leur départ. Près de 50 000 personnes sont concernées chaque année.

Ma dernière visite dans un centre de rétention remontait à une quinzaine d'années.

La France n'avait pas encore intégré la directive retour de 2008, qui « harmonise » le droit européen en matière d'asile et de rétention, qui vise à rendre plus performantes les politiques d'« éloignement ».

La loi « asile immigration intégration » de Gérard Collomb n'était pas encore venue doubler, l'année dernière, la durée maximale de rétention, pour la porter à quatre-vingt-dix jours.

Qu'est-ce que tout cela change, derrière les murs ?

La pluie tombe doucement devant la grille du CRA. Je sonne à l'interphone, je viens voir Jalil Shafayee. Le planton me demande de patienter.

Toute l’année les familles attendent là, sous la pluie ou sous le soleil. Il n'y a rien pour se protéger, rien pour s’asseoir.

Il y a onze ans, le contrôleur général des lieux de privation de liberté avait déjà pointé cela dans son premier rapport sur le centre de rétention du Canet, quartier industriel sinistré derrière le port industriel de Marseille.

Des entrepôts désaffectés, quelques usines, des carrosseries, beaucoup de squats, de misère.

Onze ans plus tard, toujours pas d'ombrière, il paraît qu'elle sera installée prochainement.

Au bout d'une petite demi-heure, le portail s'ouvre, le planton vérifie mon passeport. Jusqu'à ces derniers jours, l'entrée et les abords, ainsi que les parloirs du centre, étaient surveillés par la police aux frontières, mais le CRA de Marseille a été retenu comme site pilote pour expérimenter la délégation de ces fonctions à une société de surveillance privée.

Les policiers espèrent que cela soulagera leurs missions sans diminuer leurs effectifs (ils sont près de 150 à travailler au CRA du Canet, où 99 personnes étaient retenues vendredi 14 février pour une capacité théorique de 136 places).

Je longe le bâtiment, bloc de béton hésitant entre ocre et rose. L’accès aux parloirs se trouve tout au bout.

Il faut passer à la fouille, contrôler que le visiteur n'apporte rien d'illégal à la personne qu'il vient rencontrer.

Je laisse dans un casier transparent mes affaires, mon téléphone, je ne garde qu'un cahier, un stylo.

Un jeune policier me conduit au parloir, environ neuf mètres carrés, deux chaises et une table rivées au sol, Jalil me sourit. La petite pièce résonne beaucoup. Il commence par me raconter plus en détail son histoire.

Il dit en souriant qu'il est « un symbole d'intégration » : il est cultivé, parle six langues dont le français, appris en sept mois de cours intensifs. Il s'investit dans des associations, la Croix-Rouge notamment.

Il écrit beaucoup, des textes en anglais, en français, cela s'appelle « Grandes attentes », « Soudain tout est nouveau », « Ma migration », il y raconte son parcours, ce que l'on ressent debout dans un camion avec quarante-cinq personnes, sur un bateau en pleine mer, quand on laisse derrière soi son village, sa famille.

Il est parti en 2015, après le départ de la force internationale mandatée par l'ONU. En payant des passeurs, il a traversé le Pakistan, l'Iran, la Grèce, la Macédoine du Nord, la Bulgarie, la Serbie, la Croatie, la Slovénie, pour arriver en Autriche où l’asile politique lui a été refusé quatre ans plus tard.

Il a rejoint alors la France, en juin 2019, pour déposer une nouvelle demande d'asile – les Afghans étaient les plus nombreux parmi les requérants l’an dernier.

Mais ses empreintes figurant déjà dans la base de donnée Eurodac (système d'information biométrique sur les demandeurs d'asile), l'administration a demandé à l'Autriche de le reprendre.

Le cas n'a rien d'exceptionnel. L’administration a même un nom pour les étrangers dans cette situation. On les appelle des « dublinés », du nom du règlement européen « Dublin III » qui précise que le premier pays européen dans lequel la présence de l'étranger a été enregistrée sera responsable de lui (2).

La France a donc demandé le transfert de Jalil en Autriche, où il risque une expulsion vers l'Afghanistan (3).

Dans l'attente, le préfet l'a assigné à résidence dans un foyer de Gémenos (Bouches-du-Rhône), avec obligation de pointer chaque semaine à la gendarmerie d'Aubagne.

Mardi 14 janvier, Jalil arrive ainsi vers 8 h 30, comme tous les mardis depuis la fin août 2019. Cette fois, une gendarme lui demande d'attendre un peu : quelqu'un doit venir le voir.

Deux heures passent puis un homme en civil arrive. Il explique qu'il représente la préfecture. « Tu as une procédure Dublin, dit-il à Jalil, ton premier pays c'est l'Autriche, tu dois partir demain. »

(1) Les JLD sont chargés, entre autres, de statuer sur le maintien en rétention administrative d'étrangers en situation irrégulière : ils veillent (théoriquement) à ce que la privation de liberté ne soit pas « disproportionnée ». Celle-ci ne doit être utilisée que pour « préparer l'éloignement », lorsqu'un « risque de fuite » existe.

(2) Le règlement Dublin existe depuis 2003 mais il est réellement appliqué depuis la crise migratoire de 2015, les États s'inscrivant alors dans des logiques de concurrence pour éviter les demandeurs d'asile. Les procédures Dublin sont passées de moins de 5 000 en 2014 à plus de 45 000 en 2018.

(3) La France avait aussi la possibilité d'expulser elle-même le jeune Afghan vers son pays. Depuis octobre 2016 et la signature avec l'Afghanistan d'un accord non contraignant de réadmission, une dizaine d'Afghans sont victimes de retours contraints chaque année.

Agressions et racket

Jalil répond qu'il a fait un recours contre l'arrêté de transfert, il attend la décision de la cour administrative d'appel, ne veut pas signer ce papier qu'on lui tend.

L'homme répond : « Si tu ne signes pas tu dois aller en rétention. »

La pratique devient courante : la France a une provision de « dublinés » qui jouent le jeu, ne se cachent pas, pointent ou se présentent aux guichets des préfectures, il suffit de puiser dedans pour expulser.

Ces « arrestations de confort » permettent de soigner les statistiques d'éloignement, de limiter les droits des personnes arrêtées : elles sont placées en rétention puis éloignées avant qu'un juge ait pu valider leur privation de liberté.

Des policiers venus avec l’homme en civil menottent Jalil dans le dos, l'embarquent pour le centre de rétention de Marseille.

À l'arrivée, Jalil est fouillé, on lui donne à manger, on prend ses empreintes, des photos de lui. Il passe devant une infirmière puis deux policiers lui donnent un matelas, deux draps, une couverture et une serviette, avant de le conduire à l'étage.

Au Canet, les étrangers sont enfermés dans cinq « peignes » – c'est ainsi que l'on appelle les « espaces de vie », parallèles au couloir de circulation.

Dans chacun, quelques chambres de 2 à 5 lits, un « salon », pièce étroite, sans mobilier, donnant sur une cour grillagée. Plus une petite pièce assez sombre pour regarder la télévision, avec des bancs rivés aux murs.

Un policier fait entrer Jalil dans un peigne et il referme la porte, en lui recommandant de se trouver un lit disponible.

Jalil est le seul Afghan du peigne.

Il entre dans la première chambre, il n'y a que des Algériens, un lit semble libre mais un homme lui dit d'aller voir ailleurs : on ne veut pas de lui.

Il s'installe plus loin, « avec quatre hommes, trois Africains et un Algérien ».

Pas de placard, pas d'armoire, seulement des tables de nuit.

Une porte sans verrou donne sur le bloc sanitaire où se trouvent une douche, un lavabo et des toilettes à la turque.

En quatre jours, il ne va prendre qu'une douche : « Il n'y a pas de bouton pour régler la température, l'eau est froide et comme la porte ne ferme pas à clé, quelqu'un peut entrer quand tu es aux toilettes ou sous la douche. »

Théoriquement, les nouveaux arrivants se voient remettre un kit d'hygiène contenant une brosse à dent et trois petits tubes, de dentifrice, de gel douche et de shampoing. Il n'en a pas eu.

Les policiers pensaient peut-être le faire partir dès le lendemain.

Il n'a aucune affaire de rechange, remet son tee-shirt sale après sa douche froide.

« Le premier jour tu es très choqué, raconte-t-il. Tu perds ta liberté et tu ne sais pas combien de temps tu vas rester là, comment tu pourrais ressortir. Quand un policier est venu je lui ai demandé si je devais rester longtemps, il m'a dit je ne sais pas, moi je fais mon travail, je ne sais pas pourquoi tu es là. »

Il a demandé à voir Forum Réfugiés, association chargée à Marseille d'informer les personnes retenues sur leurs droits, d’accompagner leurs recours : « Non non, tu attends, c'est eux qui te convoqueront s'ils ont besoin. »

En réalité, les retenus doivent eux-mêmes contacter Forum Réfugiés, parfois ils se débrouillent pour téléphoner à l'association, mais Jalil n'a pas de téléphone : on lui a retiré son smartphone – il n’est possible de garder en rétention que les portables sans appareil photo.

Il y a des cabines téléphoniques, mais elles fonctionnent avec des cartes à code, qu'il faut acheter. Ceux qui n’ont pas du tout d’argent sur eux se voient normalement remettre une carte avec quelques unités, Jalil dit qu'il n'en a pas eu.

Sa chambre est « vraiment très sale ».

D'après les agents rencontrés (4), le peigne du jeune Afghan, le « 1A », est pourtant « le moins glauque », « le plus spacieux et le plus lumineux ».

C'est celui où l'on plaçait les familles lorsqu’il y en avait au CRA de Marseille, puis les femmes jusqu'en février 2019 (5).

Des affiches interdisent de fumer en dehors de la petite cour grillagée, mais en rétention tout le monde fume partout, du tabac, du haschich.

« Dans la chambre on ne peut pas ouvrir la fenêtre. C'est très difficile pour moi, je ne supporte pas la fumée. J'ai dit à mon voisin monsieur s'il te plaît je suis allergique, tu peux fumer dehors ? Il m'a répondu si ça te gêne c'est toi qui sors. »

Un matin, une « très grosse bagarre » a éclaté dans le peigne de Jalil « entre les Africains et les Algériens ». Un homme saignait beaucoup.

Les boutons servant à appeler les policiers sont cassés alors quelqu'un a tapé très fort sur la porte. D'après Jalil, les agents ont mis dix minutes à venir.

Les peignes sont des unités de vie où les retenus circulent librement.

Les policiers n'y entrent que lorsqu'ils viennent chercher quelqu'un, où lorsqu'il y a une bagarre.

Du coup, la loi du plus fort règne, certains se font agresser, racketter.

Une nuit, des policiers ont débarqué dans sa chambre vers 3 heures. « Shafayee, dans dix minutes on vient te chercher pour te conduire à l'aéroport, prépare-toi. »

Ils l'ont menotté de nouveau dans le dos puis, arrivés à l'aéroport de Marignane, un agent lui a demandé s'il acceptait d'embarquer pour l'Autriche.

Il a répondu non.

Il voulait attendre l'issue de son recours devant la cour administrative d'appel. Il est alors resté huit heures « dans une chambre souterraine de l'aéroport », avant que les policiers ne le reconduisent au centre de rétention.

Le lendemain, il passait devant la juge des libertés et de la détention, dans la petite salle d’audience quasi déserte collée au centre de rétention (les audiences y sont parfois ahurissantes, on y reviendra).

La juge a choisi de prolonger de vingt-huit jours sa rétention.

En lui annonçant sa décision, elle a ajouté : « Je sais, ça paraît fou mais c'est comme ça, votre cas est prévu. La loi européenne dit que le premier pays où vous avez fait votre demande doit vous accueillir (6). Vous avez tenu quatre ans en Europe, vous arriverez sûrement à vous maintenir. »

Ces mots légers m'ont coupé le souffle.

Jalil a commencé une phrase : « Mais madame... »

Elle l'a coupé : « J'entends, mais ma décision est rendue, vous n’avez qu’à faire appel. »

Amir Ali, l’avocat de Jalil, s'en est chargé et son client est passé le lendemain devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence, où une magistrate a écouté plus attentivement.

En repartant pour le CRA après l'audience, avec le jeune Afghan, les policiers de l’escorte ont proposé à la représentante de la préfecture de la déposer à Marseille.

Jalil raconte que, dans la voiture, elle lui a confié qu'elle était désolée pour lui, qu'elle ne faisait que son métier.

Elle lui aurait conseillé « d'écrire à la femme du président ».

Quelques heures plus tard, la cour d'appel d’Aix-en-Provence rendait sa décision.

Jalil Shafayee ayant toujours respecté ses obligations de pointage, la privation de liberté était « disproportionnée ». Elle l’a libéré. Sans déranger Mme Macron.

(4) Le début de cette enquête s'est heurté à une forte opacité. À leur demande et à chaque fois que nécessaire, les professionnels rencontrés témoignent sous couvert d'anonymat.

(5) Jusqu'en 2019, le CRA du Canet accueillait en moyenne 10 % de femmes, dans un peigne moins peuplé que les autres. Leur taux de reconduite était très bas. À partir de février 2019, elles ont été transférées à Nîmes, leur peigne a été récupéré pour augmenter la capacité de rétention des hommes.

(6) L'administration française avait en réalité le droit d'instruire elle-même une nouvelle demande de protection, même si l'asile a été refusé dans un autre pays. Une clause discrétionnaire du règlement Dublin permet cela.

Source :
https://www.mediapart.fr/journal/france/160220/3-heures-jalil-est-menotte-vient-te-chercher-pour-laeroport-prepare-toi

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14 février 2020 5 14 /02 /février /2020 12:05

Le 6 février 2020

Relaxée le 12 juin, la militante de Réseau éducation sans frontières (RESF) Chantal Raffanel a été condamnée ce jeudi par la cour d'appel de Nîmes.

Elle était poursuivie pour avoir inscrit un mineur isolé au lycée en se faisant passer pour son représentant légal.

Ses amis du Réseau éducation sans frontières Vaucluse s'étaient donnés rendez-vous à 8h30 devant le palais de justice de Nîmes ce jeudi 6 février. Déception à l'énoncé du jugement.

La cour d'Appel a condamné Chantal Raffanel à 500 euros d'amende. Une mention sera inscrite à son casier judiciaire. Chantal Raffanel va se pourvoir en cassation.

Pourtant, le 12 juin, le tribunal correctionnel d'Avignon avait prononcé la relaxe de la militante de RESF, jugée des chefs d'"usurpation de fonction" et "usage de faux" suite à une plainte du conseil départemental du Vaucluse. Mais le parquet a fait appel.

Poursuivie pour avoir scolarisé un mineur isolé

Cette femme de 61 ans est poursuivie pour avoir scolarisé un mineur isolé et originaire de Côte-d’Ivoire dans un établissement régional d’enseignement adapté à Vedène, en se faisant passer pour son représentant légal.
    
"Je suis soulagée", a-t-elle déclaré. "Soulagée pour moi, mais aussi collectivement. Ça aurait été grave pour l'engagement des citoyens, dans une cause qui est juste et pour un geste simple et évident. Ça aurait été grave que ce geste, inscrire un enfant mineur à l'école, soit sanctionné".
   
"La justice a été mobilisée pour pas grand chose sur cette affaire. Ce procès aurait dû être évité, même si on est content que Chantal soit relaxée", a réagi, Kristine, membre de RESF 84, présente lors du jugement aux côtés d'une quarantaine de membres du comité de soutien.

Lors de l’audience, le 6 mai dernier, le parquet avait requis 3000 euros, dont 1.500 euros assortis de sursis simple.

Une pétition en ligne

Chantal Raffanel, dont le casier judiciaire est vierge, avait expliqué "avoir simplement oublié de barrer la mention "représentant légal" dans le formulaire d'inscription". Elle a plaidé s'être substituée à la défaillance de l'Aide sociale à l'enfance (ASE), qui avait émis des doutes sur la minorité de Ben Diakité, "en ne se basant que sur son apparence physique".

"C'est ridicule de porter plainte contre un acte citoyen. Cette plainte a surtout pour but de décourager les citoyens militants qui aident les jeunes nouvellement arrivés en France", avait-elle ajouté.

Une pétition en ligne pour soutenir la militante a recueilli plus de 9.000 signatures.

Source :
https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/vaucluse/avignon/militante-resf-vaucluse-condamnee-appel-avoir-scolarise-mineur-isole-1665273.amp

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7 février 2020 5 07 /02 /février /2020 16:03

Par Eloïse Bajou  le 6 février 2020

Le jeune homme de 21 ans, suspecté d’être en possession de faux papiers, a été interpellé à la sortie de l’agence Pôle emploi de la Bastide et placé au centre de rétention administrative de Bordeaux, où lui a été notifiée une obligation de quitter le territoire français.

Ne souhaitant pas que les agents soient assimilés à des auxiliaires de police, les syndicats de Pôle emploi ont saisi la direction et demandé des éclaircissements.

Il vient s’inscrire chez Pôle emploi et se retrouve directement en prison. C’est peu ou prou ce qui est arrivé à un jeune guinéen de 21 ans, le 14 janvier dernier.

Après avoir travaillé pendant quelques mois, le jeune homme fait sa pré-inscription sur le site de Pôle emploi en début d’année. Selon la procédure habituelle, il reçoit alors une convocation à un entretien.

Mais la situation se gâte lorsqu’il se présente à l’accueil de l’agence Pôle emploi de la Bastide. Ses papiers jugés non-conformes, il lui est impossible de s’inscrire.

Il quitte alors l’agence mais est interpellé quelques mètres plus loin par les forces de l’ordre avant d’être transféré au centre de rétention administrative de Bordeaux.

Après s’être vu notifié l’obligation de quitter le territoire français, le jeune homme est rapidement relâché. Il aurait depuis fui la région pour se rendre en Espagne.

À la recherche du délateur

Alerté par des associations de défense des réfugiés, les branches emploi et enquêtes et sondages du syndicat Sud exigent d’obtenir une explication, refusant d’être assimilés à des auxiliaires de police et d’appliquer ces méthodes.

« Nous nous ne savons pas si la police a été alertée de manière informatique par le service de prévention des fraudes ou si cela vient de l’agence. Nous avons donc envoyé un courrier à la direction pour savoir ce qu’il s’était passé », explique Samia Bentounes du syndicat Sud emploi.

Faute de réponse, ils ont appelé à un rassemblement soutenu par la CNT, la Ligue des droits de l’Homme et l’union locale CGT de Bordeaux nord, devant l’agence Pôle emploi de la Bastide ce mercredi matin, où une délégation a été reçue.
 

Rassemblement mercredi devant l’agence Pôle emploi de la Bastide.

Pôle emploi en lien avec la police

« Le directeur de l’agence ne nous a donné aucune réponse et prétend n’être au courant de rien. Mais on sait que c’était la deuxième fois en deux mois que ce demandeur d’emploi essayait de s’inscrire », poursuit la représentante syndicale.

Les salariés craignent donc que l’agence ait participé à l’organisation d’une « embuscade ».

Du côté de la communication de Pôle emploi jointe par Rue89 Bordeaux, on ne souhaite pas commenter ce dossier en particulier mais on explique la procédure.

Pour toute inscription, l’identité du demandeur d’emploi est vérifiée, ici en l’occurrence le titre de séjour.

« En cas de doute l’agent qui procède à l’inscription peut saisir le service de prévention de fraudes qui, à son tour, peut saisir la police de l’air et des frontières pour diligenter une enquête. »

Une possibilité, pas une obligation précise-t-on, sans plus de détails. Insuffisant pour les syndicats qui envisagent de porter leurs demandes de clarification devant la direction régionale de Pôle Emploi dans les jours à venir.

Source :
https://rue89bordeaux.com/2020/02/a-bordeaux-un-guineen-vient-sinscrire-a-pole-emploi-et-est-arrete-a-la-sortie/

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28 janvier 2020 2 28 /01 /janvier /2020 16:18

Le 24 janvier 2020

Quand le “20 heures” de France 2 ne se lamente pas sur le sort des commerçants martyrisés par les grévistes (en se fondant sur des sources patronales), il cherche comment réprimer les syndicalistes radicalisés auteur de “sauvages” coupures de courant.

Et se demande pourquoi si peu d’immigrés “clandestins” sont expulsés - pardon, “éloignés”.

« Des pannes d’électricité qui n’ont rien à voir avec les intempéries », alerte Anne-Sophie Lapix mardi soir sur France 2, après avoir fait le bilan des dégâts provoqués par la tempête Gloria.

« La CGT Énergie a multiplié les coupures de courant aujourd’hui à l’aéroport d’Orly, au marché de Rungis. Le syndicat revendique ce nouveau moyen d’action pour protester contre la réforme des retraites. »

Ces actions aussi scandaleuses qu’irresponsables méritent d’être sévèrement sanctionnées.

Aussi, la présentatrice pose la cruciale question que j’attendais : « Que risquent ceux qui procèdent à ces coupures sauvages ? »

Cher, j’espère.

Lire la suite :
https://www.telerama.fr/television/mouvement-social-ou-immigration,-france-2-milite-pour-la-repression,n6595643.php

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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 17:21

Le 7 janvier 2020

La dernière attaque contre le mouvement de squats en Grèce est le préambule d'une opération massive de dépossession de logements par le gouvernement de droite.

Auteur  : Theodoros Karyotis

Dimitris Indares était encore en pyjama lorsque la police a frappé à sa porte dans le quartier de Koukaki, à Athènes, aux premières heures du mercredi 18 décembre.

Peu de temps après, il était allongé sur le sol de la terrasse de sa maison, avec la botte d'un policier des opérations spéciales sur la tête.

Lui et ses deux fils adultes ont été battus, menottés, les yeux bandés et placés en garde à vue.

Quel était le crime d'Indares ?

Il avait refusé de laisser passer la police à son domicile sans mandat dans le cadre de son opération d'expulsion du squat qui se trouvait juste à côté.

Le profil d'Indares n'est pas celui d'un squatteur.

Un réalisateur de 55 ans et professeur d'école de cinéma, un propriétaire d'une maison, politiquement modéré avec des vues conservatrices, travaillant dur pour que ses fils aillent à l'université.

On pourrait dire qu'il est un membre typique de la classe moyenne grecque instruite et un électeur typique du parti au pouvoir Nouvelle Démocratie.

Ce fait n'a pas empêché la police de porter des accusations criminelles fabriquées contre lui, accompagnées d'une opération de diffamation.

Le ministre de la Protection des citoyens lui-même a menti sans honte en disant  que la police avait un mandat, que Indares avait résisté à son arrestation et tenté d'arracher l'arme à un policier, que ses deux fils se trouvaient à l'intérieur du squat voisin et qu'ils avaient attaqué la police.

Malgré de nombreux témoignages du contraire et la fuite d'un enregistrement audio du moment où Indares a été détenu qui réfute les accusations, les mensonges du ministre ont été répétés avec force par la machine de propagande du gouvernement : les médias de masse appartenant à une poignée d'oligarques alliés au parti au pouvoir.

Même lorsque Nikos Alivizatos, le Médiateur pour les violences policières nommé quelques mois plus tôt par le ministre lui-même, a menacé de démissionner au vu des preuves de brutalité policière, la presse grand public n'a pas tardé à qualifier le professeur de droit constitutionnel de gauchiste qui se range du côté des squatters.

Le cas de Indares a fait l'objet d'une  grande publicité, beaucoup dénonçant les mensonges. Cependant,  le gouvernement et ses faiseurs d'opinion ont refusé de faire marche arrière.

Ce qui est préoccupant ici, c'est que cette vague massive de soutien n'est venue que lorsqu'un « père de famille moyen » a vu ses libertés civiles violées.

Depuis que  Nouvelle Démocratie a été élue avec un programme « loi et ordre » en juillet dernier, la police agit comme une armée d'occupation dans les villes grecques, violant régulièrement les droits de l'homme et la dignité.

Les détentions arbitraires, la torture,les passages à tabac, les attaques au gaz lacrymogène, les descentes dans les cinémas et les boîtes de nuit,l'humiliation publique,les insultes verbales ont été à l'ordre du jour.

Malgré tout, tant que la violence arbitraire de la police était dirigée contre les manifestants,les jeunes, les étudiants, les squatters,les homosexuels,les immigrants ou les marginaux,  la réaction de l'opinion publique  face aux violations flagrantes et quotidiennes des droits de l'homme était au mieux timide.

Malheureusement, de telles pratiques odieuses sont rendues possibles par le soutien actif ou passif d'une partie de la société grecque qui a été convaincue que dans la lutte contre l'ennemi intérieur, tous les moyens sont légitimes, même la violation des droits constitutionnels et de la dignité humaine.

Indares lui-même, dans des déclarations à la presse après sa libération en attente de son procès, semblait confus quant à ce qui l'a vraiment frappé.

Il est évidemment consterné par la campagne de diffamation menée contre lui, mais il semble se considérer comme la victime innocente d'une guerre juste.

Dans l'enregistrement audio divulgué du moment de son arrestation, on l'entend reprocher à la police d'« agir comme des anarchistes », alors que la possibilité que des anarchistes entrent par effraction chez lui, le battent et le kidnappent est inexistante.

Dans son désir de rester modéré, Indares ne reconnaît pas le caractère arbitraire de la répression policière ni la fonction de distorsion de la réalité des médias, tant que les gens pacifiques et travailleurs comme lui, restent à l'abri de cette violence.

Mais ce sont précisément les citoyens  épris de paix comme lui qui ont le plus à perdre dans ce nouveau cycle de dépossession en Grèce.

LA DOCTRINE  « LOI ET ORDRE »

Aujourd'hui en Grèce, plus rien ne rappelle les mobilisations massives et diverses de 2010-2015 contre le programme d'ajustement structurel.

Cependant, les conditions matérielles ne se sont pas améliorées pour la majorité de la population, et les politiques d'austérité n'ont pas été inversées.

Au contraire, l'austérité a été « naturalisée » : elle n'est plus vue pour ce qu'elle est — une opération massive de transfert de richesse des classes populaires vers le capital national et international — mais comme une catastrophe naturelle, un peu comme une inondation qui balaie tout et vous laisse devoir  reconstruire à partir de zéro.

Le mandat de Syriza au gouvernement a grandement contribué à cette situation.

Malgré ses réformes socialement progressistes en matière de droits individuels, l'incapacité de Syriza à contester l'austérité et la poursuite de politiques prédatrices ont eu un « effet TINA » — convaincre la population qu'il n'y a pas d'alternative à l'austérité.

La seule ligne de conduite possible, leur fait-on croire, est d'élire la force politique qui peut le mieux la gérer; et les médias de masse, mettant à  l'ordre du jour les sujets de la  sécurité, de l'immigration et du nationalisme, ont convaincu la plupart des électeurs que le meilleur gestionnaire de l'austérité est Nouvelle Démocratie  de Kyriakos Mitsotakis, de droite qui a remporté les élections de juillet.

Mitsotakis, issu d'une longue lignée de politiciens, est né avec une cuillère d'argent dans la bouche.

En 1999, tout juste sorti de ses études à Harvard et Stanford, il a obtenu un emploi de gestionnaire de fonds d'investissement à Athènes en utilisant les relations de son père, gagnant l'équivalent de 10 000 euros par mois.

Au cours de la dernière décennie, il  s'est forgé l'image de l'héritier qui vient revigorer  l'ancien régime discrédité. Ce que d'autres appelleraient privilège et  népotisme, il  l'a vendu comme « excellence » : c'était le cri de ralliement de sa campagne électorale, avec la promesse d'appliquer la loi et l'ordre.

L'incarnation actuelle du parti Nouvelle Démocratie est une alliance entre ses courants néolibéraux et d'extrême droite, marginalisant le courant de centre-droit qui était dominant dans les années 2000.

Mitsotakis et sa troupe de technocrates aristocratiques  se sont entourés de personnalités de la télévision ultra-conservatrices, alarmistes, moralisatrices et nationalistes

Il convient de noter qu'il ne s'agit pas d'une alliance temporaire autour du partage du pouvoir, mais d'une alliance fondée sur un projet commun solide.

Le point commun des deux factions est une sorte de darwinisme social, dans lequel les appels à la rationalité économique sont alternés dans le discours du gouvernement avec des truismes racistes et sexistes pour justifier et naturaliser ses politiques répressives et d'exclusion.

De plus, les deux factions s'accordent sur le renforcement des valeurs conservatrices et de la structure familiale traditionnelle en tant qu'institution qui absorbera les chocs sociaux permanents de l'ère post-mémorandum.

Outre son discours technocratique et sa promesse de croissance économique, Nouvelle Démocratie a utilisé une rhétorique anticommuniste qui rappelle la guerre froide, ainsi qu'un révisionnisme historique qui cherche à éliminer la résistance populaire de l'histoire récente du pays.

Grâce à des récits nationalistes, xénophobes et homophobes, elle a réussi à débaucher les électeurs du parti néo-nazi Aube dorée, qui, acculé par les actions du mouvement antifasciste, un procès en cours, une division interne et la montée de nouvelles formations politiques d'extrême droite, n'a pas réussi à entrer au parlement en Juillet, pour la première fois depuis 2012.

À cet égard, la doctrine « loi et ordre » est un élément essentiel de la stratégie du gouvernement. Comme pour les gouvernements précédents, sa capacité d'exercer sa propre politique est extrêmement limitée, car, malgré la fin formelle des « mémorandums » de sauvetage, les politiques économiques et étrangères sont toujours dictées par les « partenaires » et les « alliés » du pays, et il y a une surveillance et évaluation constantes de la législation et des résultats budgétaires par des organes étrangers nommés de l'extérieur.

La « sécurité intérieure » est donc le seul domaine où le gouvernement peut réellement mettre son énergie et légitimer son pouvoir aux yeux de sa clientèle électorale de plus en plus conservatrice.

Le déploiement des forces de police dans les zones urbaines s'est donc  transformé en un grand spectacle, le mouvement anarchiste étant identifié comme le principal adversaire.

Le ministre de la Protection des citoyens, Michalis Chrisohoidis, notoirement autoritaire, a lancé un ultimatum de 15 jours à tous les squatteurs pour qu'ils quittent volontairement leurs bâtiments sous peine d'expulsion forcée.

L'ultimatum devait expirer le 6 décembre, date anniversaire de l'assassinat d'Alexis Grigoropoulos par la police en 2008, date qui attire régulièrement des foules de manifestants dans les centres-villes.

Cependant, le plan s'est retourné contre lui après les expulsions de Koukaki ; face à une mobilisation accrue et à des critiques généralisées de la violence policière, le ministre a dû mettre le plan en attente pour redéfinir ses tactiques répressives.

Squatter sur le terrain de la petite propriété

Incidemment, ce sont les émeutes de 2008 qui ont incubé le mouvement des squatters en Grèce; squatter a persisté comme une pratique d'auto-organisation populaire dans les années de mobilisation qui ont suivi. 

Aujourd'hui, il y a des centaines de squats en Grèce, parmi lesquels des logements pour les habitants et les immigrants, des centres sociaux, des fermes urbaines et des usines.

Les squats sont une partie importante de l'infrastructure sociale mise en place par les mouvements contestataires qui cherchent à libérer l'activité humaine et la  vie en société de la marchandisation et du consumérisme, et à expérimenter des structures de prise de décision et de coexistence plurielles.

Malgré leur caractère expérimental et incomplet, les squats sont un rappel vivant qu'il peut exister des espaces sociaux et des relations en dehors de la règle du capital, en dehors du cycle travail-consommation-sommeil

Les squats sont également  des lieux où les habitants et les immigrants coexistent et où les demandeurs d'asile créent leurs propres structures d'autogestion, en réponse aux conditions inhumaines imposées aux nouveaux arrivants dans les camps de réfugiés.

Tous les gouvernements de l'ère des mémorandums s'entendent pour dire que les alternatives sociales doivent être réprimées. La présente campagne d'expulsions est donc une intensification des tactiques des gouvernements précédents, y compris celle de Syriza.

Même si la grande majorité des espaces squattés sont des bâtiments  abandonnés, non entretenus,  appartenant à l'État, à des fondations privées, de riches héritiers ou l'église, les  petits propriétaires en sont venus à voir le squat comme une menace à leurs propres intérêts.

Cela peut être dû au fait que la petite propriété immobilière est fondamentale dans la société grecque. Après la Seconde Guerre mondiale, contrairement aux politiques de logement social de l'Europe du Nord, l'État grec a activement promu l'auto-construction, considérant la propriété immobilière comme le facteur de compensation  qui garantirait la réconciliation nationale d'un peuple profondément divisé et marqué par la guerre civile.

En conséquence, la Grèce se caractérise par la dispersion de la petite propriété et l'un des taux les plus élevés de propriétaires en Europe, même si un quart de la population est sans propriété et condamné à un secteur locatif très volatile sans politique de logement en place comme  filet de sécurité.

Bien que les mesures d'austérité aient transformé la propriété immobilière d'un actif en un passif par la surtaxation et la baisse des prix de l'immobilier, la propriété  reste toujours un signe majeur  dans l'imaginaire du progrès pour une majorité de Grecs.

La propriété immobilière signifie donc beaucoup plus qu'un logement.

C'est la mesure de la réussite d'une famille, son moyen de mobilité sociale, l'atout à transmettre à la génération suivante et, en l'absence de politiques adéquates de protection sociale de l'État, la couverture contre un avenir incertain.

Cela peut  expliquer en grande partie  l'opposition de principe de la plupart des Grecs à la pratique du squat, malgré le fait que la petite propriété familiale n'est jamais la cible des squatteurs.

Mais cela peut aussi aider à expliquer le fait que depuis le début de la crise, une loi spéciale sur l'insolvabilité protège la résidence principale hypothéquée des débiteurs à faible revenu en retard de paiement contre  la saisie  et la liquidation par les banques.

Bien que, dans de nombreux cas, des saisies aient encore eu lieu, cet arrangement a contribué à maintenir la paix sociale en empêchant les expulsions massives de familles  des classes ouvrière et moyenne.

Étant donné que la famille occupe une place prépondérante en Grèce et qu'elle a supporté le poids de l'ajustement structurel, tous les gouvernements jusqu'à présent, quelle que soit leur orientation politique, ont respecté cet arrangement. Toutefois les choses sont sur le point de changer.

PROBLEMES FAMILIAUX

La prééminence de la famille sur le plan socio-économique grec n'est pas due à une "psyché" grecque prétendument centrée sur la famille, mais elle est le produit d'un mode de développement économique historique "familial", dans lequel l'unité familiale élargie a été rendue responsable de la protection et du bien-être de ses membres et a assumé des tâches de reproduction qui, dans les pays d'Europe du Nord, étaient assurées par l'État providence.

Dans la seconde moitié du 20e siècle, ce modèle de développement soigneusement conçu et mis en œuvre a permis à la Grèce d'atteindre des taux élevés de croissance économique basés sur une main-d'œuvre bon marché avec un coût minimal pour l'État et les employeurs.

Dans ce contexte, le clientélisme, l'évasion fiscale, la corruption, le laxisme dans l'application des règlements et autres " particularités " grecques n'étaient pas des comportements pathologiques, comme les manuels économiques voudraient nous le faire croire, mais des comportements adaptatifs parfaitement rationnels, sanctionnés par l'État, de la famille qui cherchait à rivaliser et à maximiser sa richesse afin de fournir du bien-être à ses membres, en l'absence de tout autre mécanisme de redistribution.

Les effets secondaires malsains d'un tel arrangement sont apparus à la fin des années 2000, avec un grand nombre de travaux théoriques et artistiques critiquant la structure patriarcale oppressive de la famille grecque. L'incarnation de cette critique se trouve dans le mouvement cinématographique connu sous le nom de " Greek weird wave ", lancé par le film primé de Giorgos Lanthimos, Dogtooth, une parabole sur les complications claustrophobes et de distorsion de la réalité de la famille patriarcale co-dépendante.

La volonté de critiquer et de dépasser la formation familiale traditionnelle et de célébrer les nouvelles identités et les nouveaux arrangements sociaux s'est manifestée dans la mobilisation et l'expérimentation des mouvements sociaux au cours de la décennie suivante.

Cette critique a cependant été de courte durée. Pour l'alliance des néolibéraux et de l'extrême droite qui dirige actuellement le pays, la recomposition de la famille traditionnelle est une pièce centrale.

Les raisons de l'extrême droite sont claires : la famille patriarcale est le laboratoire biopolitique de base de la nation, renforçant les tâches reproductives des femmes, contrôlant les aspirations et les comportements de ses membres, imposant le genre et l'orientation sexuelle " corrects ", la langue et la religion uniques.

Pour les néolibéraux, les raisons sont un peu plus profondes : malgré l'accent discursif mis par le néolibéralisme sur l'individu rationnel qui s'est fait tout seul, la famille reste la structure chargée de faciliter ses projets de privatisation et d'éradication de toutes les prestations sociales.

En plus du travail  non rémunéré, la famille, par l'investissement, l'endettement et la redistribution interne, absorbera une fois de plus les chocs de l'ajustement structurel et protégera ses membres dans la guerre totale qu'est l'économie privatisée, atténuant ainsi la crise de la reproduction sociale qui est synonyme d'expansion néolibérale.

Dans la société d'individus isolés et égoïstes envisagée par le néolibéralisme, la famille traditionnelle est le filet de sécurité ultime ; son autorité sur ses membres est donc activement renforcée.

L'austérité a déjà ouvert la voie à une telle renaissance des valeurs familiales conservatrices.

La baisse des revenus et les taux de chômage élevés ont condamné toute une génération de jeunes à rester économiquement dépendants de leurs parents ; ils sont souvent contraints de vivre avec eux jusqu'à une trentaine d'années.

Cela renforce l'autorité morale de la famille patriarcale sur les membres dépendants de la famille.

Cependant, la renaissance des valeurs familiales traditionnelles a également nécessité un renforcement externe : tout au long des périodes de crise, les médias ont maintenu le peuple grec dans un régime constant de nationalisme, de religion et de panique morale.

Des récits réactionnaires homophobes, anti-avortement ou misogynes ont fait leur chemin dans tous  les recoins de la culture de masse et des hordes de personnes influentes d'extrême droite ont promu la fable selon laquelle la culture patriarcale traditionnelle est l'objet de persécutions politiques de la part de la gauche.

Ce fut le substrat d'un processus continu de construction de " l'ennemi intérieur " :  toute personne qui ne contribue pas à la reproduction culturelle et physique de la nation : les mouvements sociaux, les immigrants, les anarchistes, les personnes LGBTQ, les personnes aux prises avec des maladies mentales, les toxicomanes et les Roms.

A côté de la biopolitique de la cellule familiale traditionnelle, il y a la thanatopolitique - une politique de mort - de l'Etat et des néo-nazis.

Aux meurtres très médiatisés du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas et du militant des droits des homosexuels Zak/Zackie Kostopoulos, il faut ajouter les milliers d'habitants et d'immigrants qui sont jugés indignes de vivre et à qui on refuse les droits et l'aide de base, souvent avec des conséquences fatales.

Comme dans beaucoup d'autres pays, l'austérité en Grèce n'a pas conduit à des solutions positives tournées vers l'avenir, mais à une régression conservatrice accélérée.

Malgré l'apparition d'un large consensus social autour des valeurs conservatrices, la classe dirigeante sait que ce nouvel équilibre est très délicat, car la politique de dépossession de la majorité sociale par le capital local et international est loin d'être terminée. Et le prochain cycle de dépossession en Grèce se concentre sur ce qui est le plus cher aux Grecs : le logement.

INTENSIFICATION DE LA DÉPOSSESSION DU LOGEMENT...

L'effet net des politiques d'austérité en Grèce a été une vaste redistribution des richesses vers le haut. Selon les données de l'ONU, entre 2007 et 2017, malgré des taux de croissance du PIB essentiellement négatifs, le 1 % de la population ayant les revenus les plus élevés a vu ses revenus augmenter de 6 %, tandis que les 40 % ayant les revenus les plus faibles ont perdu 44 %.

En raison de la baisse des revenus, ainsi que des pratiques de prêt  inconsidérées des banques en temps de pré-crise, les Grecs ont commencé à ne plus pouvoir effectuer des paiements. Les prêts hypothécaires non performants ont explosé, passant de 5 % de tous les prêts hypothécaires en 2008 à 45 % en 2019.

La tragédie sociale a été évitée grâce au cadre juridique de protection de la résidence principale mentionné ci-dessus, qui a permis une décote modérée, une renégociation et une subvention des prêts hypothécaires pour les propriétaires à faible revenu surendettés.

Malgré cette mesure, à la fin de 2019, 350 000 prêts hypothécaires, d'une valeur de 25 milliards d'euros, étaient toujours en souffrance, ce qui compromettait la sécurité du logement pour une grande partie de la population.

Toutefois, la protection des propriétaires n'était pas la seule motivation derrière le cadre de protection de la résidence principale ; cet arrangement a également servi à protéger les intérêts du secteur bancaire.

Au plus fort de la crise de la dette, les prix de l'immobilier avaient chuté et la liquidation des actifs hypothéqués aurait donc été très dommageable.

Les banques ont dû gagner du temps jusqu'à ce que les prix de l'immobilier remontent. Et cette condition a été remplie en 2018, lorsque, malgré la faible demande intérieure, les prix ont été poussés à la hausse par les pressions croissantes sur le marché immobilier : le déploiement des Real Estate Investment Trusts à la suite d'importantes réductions d'impôts, un programme de " Visa d'or " offrant une résidence aux citoyens non européens qui investissent plus de 250 000 € dans l'immobilier, et, surtout, une forte augmentation des locations à court terme, notamment par le biais d'Airbnb.

Avec la remontée rapide des prix, les banques ont travaillé dur pour accélérer les saisies et les ventes aux enchères de logements hypothéqués, ainsi que pour vendre des " paquets " d'actifs déjà saisis à des fonds étrangers.

Sous la pression des " partenaires " internationaux de la Grèce, le gouvernement abolit le premier cadre de protection des résidences en mai. Jusqu'à 200.000 maisons sont menacées de saisie au cours de l'année prochaine.

Cela représente une intensification de la tendance à la dépossession de logements qui a déjà changé le visage des villes grecques au cours des dernières années. Koukaki, le quartier de Dimitris Indares, est un exemple de cette tendance.

En l'absence de protection des locataires, Koukaki a vu de nombreux locataires jetés dehors, leurs maisons achetées par des investisseurs étrangers ou locaux et transformées en appartements touristiques.

Les loyers exorbitants - souvent supérieurs au salaire moyen - chassent les habitants du quartier, aspirant ainsi la vie d'un quartier autrefois animé, désormais de plus en plus orienté vers le service aux touristes à la recherche de " l'expérience athénienne authentique ".

Lors d'une manifestation anti-Airbnb en juillet 2019, des voisins pacifiques ont été confrontés à des violences policières non justifiées.

L'expulsion de trois squats au petit matin du 18 décembre à l'aide de balles en caoutchouc - l'opération qui s'est terminée par le raid au domicile d'Indares - a fait partie intégrante de l'effort du gouvernement pour réprimer toute résistance au violent développement touristique. D'autres quartiers, tels que le centre du mouvement social Exarchia, ont des histoires similaires à raconter.

...ET LE RENFLOUEMENT DES BANQUES, ENCORE

En décembre dernier, le Parlement a approuvé le plan "Hercule" de vente de 30 milliards d'euros de prêts non performants à des fonds, l'Etat se portant garant.

Les prêts seront vendus à une fraction du prix nominal, et les fonds auront toute latitude pour en exiger le remboursement intégral, ce qui entraînera des saisies et des ventes aux enchères de biens immobiliers en garantie, y compris des propriétés commerciales et résidentielles.

Le symbolisme du nom est clair : comme le mythique Hercule a détourné deux rivières pour nettoyer les écuries  d'Augeas de tonnes de fumier, de même le gouvernement détourne jusqu'à 12 milliards d'euros de ses réserves pour garantir ces  prêts toxiques et nettoyer les comptes des banques.

Ce n'est pas simplement "l'argent du contribuable" : c'est l'argent du sang extrait du peuple grec par des mesures d'extrême austérité.

Le paradoxe est que, alors que la loi interdit aux banques d'offrir de généreuses  et des renégociations aux débiteurs, elles sont maintenant autorisées à vendre les créances douteuses même à 7 ou 10 pour cent de la valeur nominale pour les sortir de leurs livres, et l'État utilise ses réserves pour garantir ce transfert de richesse à taux réduit vers des fonds étrangers spécialisés dans les "actifs en difficulté".

Le plan "Hercule" constitue donc une recapitalisation indirecte des banques grecques, la quatrième depuis le début de la crise, toujours avec l'argent du contribuable.

Ce plan - avec l'abolition imminente de la protection de la résidence principale, la grande vague de saisies immobilières qui est déjà en cours, et la vente  de " paquets " de biens immobiliers déjà saisis par les banques à des fonds - constitue une opération bien orchestrée de dépossession de logements en Grèce.

Des milliers de familles sont menacées d'expulsion, leurs maisons étant finalement détenues par des sociétés étrangères à des prix bien inférieurs à leur valeur marchande.

Alors que les acteurs immobiliers se préparent à attaquer, le modèle de logement grec - caractérisé par une petite propriété généralisée et un pourcentage élevé d'occupation par les propriétaires - va commencer à vaciller.

Cela ne manquera pas de générer des souffrances humaines, car le contexte est celui d'une montée en flèche des prix des loyers et d'une absence totale de politiques de logement efficaces pour absorber le choc.

Partout dans le monde, là où le néolibéralisme s'installe, les solidarités sociales s'effondrent, les inégalités s'intensifient et les gouvernements déploient une force de police militarisée, brutale et sans obligation de rendre des comptes pour contenir le mécontentement populaire.

L'année 2019 a été riche en exemples de ce genre, du Chili et de l'Équateur au Liban et à la France. Dans le contexte grec, l'attaque permanente du gouvernement contre le mouvement des squats a une double fonction : d'une part, elle vise à neutraliser " l'ennemi intérieur " et à éliminer l'un des rares bastions  de critique et de résistance à la dépossession, à l'embourgeoisement et à la " rénovation urbaine ".

D'autre part, ils essaient  les tactiques répressives qu'ils vont employer dans la vague imminente de saisies de logements, testant les réflexes de la société à la violence extrême et arbitraire, et envoyant un message positif aux " investisseurs " potentiels qu'aucun effort ne sera épargné pour protéger leur " investissement ".

Paradoxalement, si la tendance actuelle à la dépossession des logements se poursuit, Dimitris Indares et de nombreux citoyens pacifiques comme lui vont se rendre compte que, malgré leurs désirs et leurs aspirations, leur sort est davantage lié à celui des squatters d'à côté qu'à celui du gouvernement grec et des organisations financières internationales qu'il sert.

Theodoros Karyotis

Theodoros Karyotis est un sociologue, traducteur et activiste qui participe à des mouvements de base. Il mène actuellement des recherches sur la propriété et le logement à Thessalonique, en Grèce.

Source :
https://popularresistance.org/repression-eviction-and-dispossession-in-new-democracys-greece/

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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 16:33

Le 27 janvier 2020

La police est intervenue lundi à Marseille dans un ancien commissariat pour en déloger les occupants.

Depuis le 22 janvier, plusieurs collectifs d'aide aux migrants avaient investi les lieux pour en faire un centre social et un lieu de soutien scolaire.

Depuis ce matin, la police retient une trentaine de personnes, accusé d'occuper un ancien commissariat illégalement. Le local, situé au 28 Chemin Saint-Jean-du-Desert, dans le 5e arrondissement de Marseille, était vide depuis plus d'un an, selon les occupants.

"Ils ont défoncé la porte avec un bélier", raconte Ernest, retenu dans les locaux. "Ils nous bloquent à l'intérieur et vont sûrement nous embarquer", poursuit-il.

Mercredi dernier, plusieurs collectifs d'aide aux migrants ont décidé d'occuper ce local, "vide depuis un an", pour en faire un centre social, un lieu de soutien scolaire et un lieu d'hébergement.

"Nous sommes là depuis plus de 48 heures, ils n'ont pas le droit de nous déloger", s'insurge Ernest, "nous avons les papiers qui le prouvent, ce local appartient à l'Etat".

À l'extérieur du bâtiment, une cinquantaine de personnes sont venues soutenir leurs collègues retenus à l'intérieur.

"Toutes les rues sont bloquées et trois camions de police et une voiture de la BAC sont arrivés, ils vont sûrement être placés en garde à vue", explique une militante, devant l'entrée du local.

Source :
https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/marseille/marseille-police-expulse-collectifs-aide-aux-migrants-local-occupe-illegalement-1779575.html

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17 janvier 2020 5 17 /01 /janvier /2020 22:34

Le 13 janvier 2020

La rédaction d'InfoMigrants a reçu le témoignage de Moncef, le père d’un migrant tunisien bloqué à Melilla depuis quatre mois.

Depuis son départ, l’inquiétude ronge la famille : la tension de Moncef est très élevée et sa femme a développé du diabète. Témoignage.

"Mon fils de 25 ans voulait poursuivre ses études en France. Il a obtenu en Tunisie un diplôme en géométrie / topographie. Il a demandé un visa à l’ambassade de France en Tunisie mais on le lui a refusé.

Ses amis lui ont parlé d’un autre chemin pour rejoindre l’Europe, en passant par le Maroc. Alors un jour il m’a dit qu’il partait. Je ne voulais pas mais il a insisté. Et puis il est majeur, je ne peux pas l’empêcher de partir. Pourtant, notre situation n’est pas mauvaise ici.

Il a donc pris un avion depuis Tunis vers Casablanca, au Maroc. Puis il a marché deux jours jusqu’à la ville de Beni Ensar, à quelques kilomètres de l’enclave espagnole de Melilla.

Après plusieurs tentatives, il a réussi à entrer dans Melilla en passant avec des travailleurs marocains. Je pense que la police l’a laissé passer car ils l’ont confondu avec un Marocain.

Quand il est arrivé fin août, il a dormi deux nuits dans la rue. Puis il a été pris en charge dans un centre d’accueil où il a déposé sa demande d’asile. Mais depuis quatre mois, rien ne se passe.

Il est bloqué à Melilla, sans aucune perspective. Les transferts vers le continent espagnol semblent bloqués pour les Tunisiens.

Il n’est pas le seul tunisien dans cette situation, ils sont environ 600 à attendre d’être transférés en Espagne. Ils ont même manifesté cette semaine car ils sont épuisés et réclament plus de transparence.

Les choses ne sont vraiment pas claires. J’estime qu’il est dans une prison à ciel ouvert.

Je lui avais dit de ne pas tenter sa chance de cette manière, je voulais qu’il essaye d’entrer en Europe légalement, pas de cette façon. Il aurait dû faire autrement.

Cette situation est aussi très compliquée pour nous, ses parents et toute la famille.

Depuis son départ, je suis fou d’inquiétude si bien que ma tension artérielle est très élevée et ma femme a développé du diabète. Elle est très fatiguée.

Son frère et sa sœur sont également très inquiets pour lui, nous sommes tous très perturbés.

On est en contact avec lui tous les jours, on lui envoie régulièrement de l’argent. C’est important de garder le lien. Je ne veux pas qu’il reste là-bas trop longtemps car son état mental décline. Il est très fragile psychologiquement, cela me fait très peur."

Source :
https://www.infomigrants.net/fr/story/22024/a-melilla-mon-fils-est-dans-une-prison-a-ciel-ouvert

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