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Depuis Mediapart le 28 mai 2016
Manifestation contre la Loi Travail, jeudi 26 mai 2016 à Paris, Porte de Vincennes. Un gendarme jette une grenade à l'aveugle dans la foule et court se mettre à l'abri... Un journaliste indépendant est grièvement blessé à la tête. Son pronostic vital est engagé. L'homme en habit de gendarme est-il en guerre pour défendre la Loi Travail ?
La démocratie est en état d'urgence. Un gendarme jette une grenade à l'aveugle sur des manifestants et court se mettre à l'abri... Le blessé, un journaliste indépendant grièvement touché à la tête, est actuellement en soins intensifs à l'hôpital de la Salpêtrière. Selon "Le Parisien", il souffre d’un enfoncement de la boîte crânienne. Son pronostic vital est engagé.
La démocratie est en état d'urgence. Ce gendarme - et ses collègues qui l'accompagnent et le protègent - est-il conscient ou inconscient au moment de lancer cette grenade ? Pense-t-il, ne serait-ce qu’une petite seconde, affolé peut-être par l’enchaînement d’événements sur lesquels il n’a pas de contrôle, que son geste risque de tuer ? Jouit-il des émotions que procurent, paraît-il aux soldats enrôlés, les théâtres de la guerre qui finissent par vous briser ? Ressent-il ces montées d’adrénaline que les publicités et clips du ministère de la défense mettent en scène pour vendre le métier ? A-t-il en tête les coups de menton et les propos martiaux à l’Assemblée Nationale des ministres qui défendent la Loi Travail ?
La démocratie est en état d'urgence. Au-delà du cadre de la fin d’une manifestation - et des échauffourées spontanées ou organisées qui requièrent des opérations de maintien de l’ordre – cet homme en habit de gendarme est-il vraiment en guerre pour défendre la Loi Travail ? Quel territoire de la République défend-il au moment d’user d’une arme potentiellement mortelle ? Les manifestants, les journalistes, les passants, sont-ils ses ennemis ? Obéit-il à des ordres auxquels il ne peut se soustraire et qui iraient à l'encontre de sa conscience ? Ou bien, au contraire, son embrigadement idéologique, ses opinions politiques, le pousse-t-il à "bouffer" du manifestant, du journaliste, du passant ? Le courage fait-il partie des valeurs que lui ont transmises ses aînés ?
La démocratie est en état d'urgence. Plus tard, le soir, une fois chez lui, débarassé de son armure et des effluves de gaz lacrymgène, fatigué comme après une séance de sport, que pense-t-il en apprenant que sa victime se trouve entre la vie et la mort ? Que ressent-il en voyant ces images d’un jeune homme de son âge, qui ne l’avait ni insulté, ni menacé, ni violenté ? Le main d’un jeune homme a blessé gravement à la tête celle d’un autre jeune homme sur le sol français : Du sang coule entre les pavés. Des personnes accourent pour secourir le blessé, des photographes et des caméras documentent la scène. Quand il voit ces images, le lanceur de grenade n’est plus gendarme. Il est un homme, qui souffre peut-être, l’une des voix du peuple souverain, instrumentalisée par ceux qui dégoupillent la violence en ayant le mot de « démocratie » à la bouche.
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