
Le 10 février 2020
"Le plus important n'est pas de filmer, mais de diffuser" : comment les vidéastes ont réussi à documenter les violences policières
Ils sont de plus en plus nombreux et souvent au plus près des forces de l'ordre. Qu'ils soient amateurs ou professionnels, ils n'hésitent pas à plonger au cœur des manifestations, au risque, souvent, d'être blessés.
"J'entends le 'plop' du tir de Flash-Ball et je vois un homme qui s'écroule. J'enclenche la vidéo sur mon appareil photo."
L'image est gravée dans la mémoire de Pedro Brito Da Fonseca. Le 8 décembre 2018, ce journaliste de l'agence audiovisuelle Premières lignes, habitué à couvrir des conflits, de la révolution tunisienne à la guerre en Syrie, part photographier la quatrième manifestation des "gilets jaunes" organisée à Paris.
"Quand je vois l'utilisation hallucinante du lanceur de balles de défense (LBD), je décide de filmer", explique-t-il.
Toute la journée, il reste attentif à l'utilisation décriée de cette arme par les forces de l'ordre.
Janvier, février, mars 2019… Pedro Brito Da Fonseca poursuit sa démarche. S'il s'en éloigne un temps, c'est pour mieux y revenir, pendant la contestation contre la réforme des retraites. Son objectif : documenter. Jusqu'ici, il a précieusement conservé ses images.
Aujourd'hui, le journaliste, déjà auteur d'un film sur les violences policières pendant les manifestations contre la loi Travail, mais qui se défend de "tout sentiment anti-flic", réfléchit à un documentaire produit par Premières lignes.
"Ces images sont des pièces d'archives, elles appartiennent à l'histoire", souligne-t-il.
"Voir de mes propres yeux ce qui se passe"
Pedro Brito Da Fonseca n'est pas le seul à filmer en manifestation.
A ses côtés se trouvent d'autres vidéastes. Des professionnels, comme des amateurs, aux profils hybrides, comme Rémy Buisine, Gaspard Glanz et Taha Bouhafs.
"J'aime être au cœur de l'actualité, voir de mes propres yeux ce qui se passe, c'est plus intéressant que de le voir à la télé", confie Nicolas Mercier, qui a créé sa chaîne YouTube, Hors-Zone Press, et se présente comme journaliste.
Equipé d'un caméscope, d'un casque et de lunettes balistiques, ce quinquagénaire, commercial la semaine, passionné des mouvements sociaux le samedi, a suivi toutes les manifestations des "gilets jaunes".
Il y a une sorte d'excitation à filmer des images que les grands médias n'ont pas.Nicolas Mercierà franceinfo
C'est ce qui s'est produit le 1er décembre 2018, dans le Burger King proche de la place de l'Etoile, à Paris, quand des fonctionnaires de police ont matraqué des manifestants réfugiés dans le fast-food.
A l'extérieur, Nicolas Mercier filme, avant d'être lui-même frappé par un CRS.
Aucun journaliste n'a de telles images.
Sa vidéo est largement diffusée sur les réseaux sociaux et dans les médias.
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