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« Ras-le-bol des salades, les poulets veulent du blé ! »

Voilà un des slogans drolatiques lancés par des centaines de policiers qui manifestaient en novembre 2009 à Angers pour protester contre le manque de moyens dont souffre leur profession. Ils étaient plusieurs milliers le 3 décembre. Si la sécurité est un sujet d’enchères politiques permanentes, les coupes budgétaires sont, elles aussi, permanentes. Alors qu’en cinq ans, douze mille postes ont été supprimés dans la police nationale, ceux qui restent se retrouvent pris entre deux feux : en bas ceux qui veulent « casser du flic » dans les quartiers et en haut, ceux qui la privent des moyens pour être efficace.

Alors que les trafics prospèrent, que les armes de guerre circulent et qu’une culture du virtuel a désinhibé des pans entiers d’une jeunesse précarisée, la violence se banalise. Comment expliquer alors, qu’au moment où Sarkozy annonce sa « guerre contre la délinquance » [non-financière], des quartiers entiers ne sont plus protégés, des territoires sont abandonnés et les commissariats ferment.

 

« Il y a un gouffre entre le discours et la réalité sur le terrain », déclare Yannick Danio, délégué national d’Unité SGP Police interrogé par Le Point. « A Grenoble, on n’a même plus de budget pour mettre de l’essence dans les véhicules de service ». « C’est le système D, déplore un commissaire. Pour réparer le fourgon de Police-Secours, j’ai dû m’arranger avec le garagiste du coin et, pour les ordinateurs, les meubles de bureau, jusqu’au papier de l’imprimante, je dois quémander auprès des chefs d’entreprise que je connais. »


En réalité, on nous prépare la privatisation de la police ! L’Etat livre sa police aux villes, en la municipalisant, et au secteur privé qui se lèche les babines. Le projet de loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, dite « Loppsi 2 », prévoit la constitution d’une « réserve civile », composée de policiers à la retraite mais aussi de vigiles privés contractualisés pour des missions temporaires en tant que « collaborateurs occasionnels » de la police. A terme, craignent les spécialistes, c’est l’amorce d’une milice privée et d’un mercenariat, radicalement aux antipodes de l’esprit républicain.

 

Alors qu’il faudrait une véritable police de proximité au service de la République, bien formée et disposant de moyens suffisants, on voit prospérer des polices municipales au service des maires, ou pire encore, des vigiles mercenaires au service de sociétés privées.

 

Aux policiers, on ne demande que de « faire du chiffre », quitte à tricher, par exemple en arrêtant à plusieurs reprises les mêmes individus relâchés douze heures plus tard, car c’est « toujours ça de plus dans les statistiques que réclament les chefs de cabinet des ministres », comme le relate un agent de la PAF.

 

Depuis 2004, lorsque Sarkozy devint ministre de l’Intérieur, on leur demande de « faire des familles », car ramasser six immigrés d’un coup « c’est bon » pour les stats ! A Metz, un policier de la PAF, qui, écœuré de telles pratiques, avertit d’avance certaines familles, déclare que cela lui rappelle « les rafles ». Quand le préfet lui annonce qu’il va passer en conseil de discipline, le policier lui rétorque : « Faites ce que vous voulez, moi je ne fais que dire la vérité. » Et il ajoute : « Il y a deux sortes de préfets, les Papon et les Moulin, moi je suis du côté des Moulin ».


Dans la police, le malaise vire à l’écœurement. Des milliers de commentaires et de témoignages enflamment le web comme sur « Le blog de la police » qui aligne déjà 6000 inscrits. La jacquerie numérique inquiète le pouvoir à tel point que la direction de la police vient d’émettre une note de service déconseillant aux policiers de s’inscrire sur Facebook.

Dans la gendarmerie, le sentiment est semblable. Le 25 mars 2010, pour avoir critiqué la fusion entre la Police nationale et la Gendarmerie qu’exige le RGPP (voir l’article Résistance des services publics : de l’indignation à la désobéissance éthique), le chef d’escadron de gendarmerie Jean-Hugues Matelly est radié des cadres par « mesure disciplinaire » sur décret du président de la République.

 

Pour soutenir Matelly, un autre gendarme publie alors sur le forum de l’association « Gendarmes et citoyens » un poème intitulé « Il pleut sur nos képis ». A son tour, il est suspendu par sa hiérarchie qui considère qu’il s’agit d’une offense grave au chef de l’Etat. Sur France Info, Jacques Bessy, le vice-président de l’Association de défense des droits des militaires (Adefdromil), s’est déclaré inquiet face à cette « répression des délits d’opinion, ce qui rappelle d’autres pays et d’autres régimes ».


Sarkozy ? « La déception est d’autant plus grande que c’est en partie grâce à nous que Sarkozy a été élu », regrette un major de la Sécurité publique du 93. Promis, cela n’arrivera plus jamais.

 

Source : http://www.solidariteetprogres.org/article6919.html

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Tag(s) : #Politique sécuritaire
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