
Depuis Article 11, le 1er février 2013.
« La police est républicaine, mais l’ordre républicain qu’elle assure est capitaliste, raciste et patriarcal »
Malik Oussekine et Abdel Benyahia, deux morts parmi tant d’autres. Assassinés un même jour de décembre 1986, les deux jeunes hommes - l’un avait 20, l’autre 22 - sont venus grossir la longue liste des victimes d’un ordre policier raciste. Pour leur rendre hommage, les éditions Libertalia organisaient récemment une soirée de débat. Compte-rendu.
L’un est resté, nom légué à une triste postérité, l’autre a été oublié.
Les deux ont pourtant été semblables victimes, à quelques heures de différence, de la férocité policière.
Le premier est mort à Pantin, tué dans un café le 5 décembre 1986 par un inspecteur de police, lequel avait bu et n’était pas en service.
Le second a été assassiné dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, rue Monsieur-le-Prince à Paris : pris en chasse par des voltigeurs de sinistre mémoire, à la fin d’une manifestation contre la loi Devaquet, il a été tabassé à mort.
Abdel Benyahia avait 20 ans ; Malik Oussekine en avait 22.
Un film d’une vingtaine de minutes, « Abdel pour Mémoire », réalisé par Mogniss H. Abdallah, revient sur ce double assassinat, rue Monsieur-le-Prince et aux 4 Chemins à Pantin. Et conte notamment le difficile combat du Comité Justice pour Abdel pour que l’acte du flic tueur, l’inspecteur Savrey, soit requalifié d’homicide involontaire en homicide volontaire ; cela sera finalement fait six mois après le meurtre, et le policier écopera en 1988 de huit ans de réclusion.
Quant aux assassins de Malik Oussekine, les voltigeurs Schmitt et Garcia, ils ne seront inculpés que de coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ; aux assises, en 1990, ils s’en tireront avec cinq ans de prison avec sursis pour le premier, deux ans pour le second.
C’était le 6 décembre dernier, au Centre international des cultures populaires, à Paris. Les éditions Libertalia organisaient une soirée-débat pour marquer ce sinistre anniversaire - Abdel Benyahia et Malik Oussekine ont été tués il y a 26 ans.
À la tribune, quatre intervenants ont longuement évoqué les crimes racistes et sécuritaires, avant de laisser la parole à une salle pleine et qui comptait de nombreux proches de victimes. Voici la retranscription d’une partie de ce qui s’est dit ce soir-là.
[...]
"Que l’intérêt médiatique soit au rendez-vous ou non, nous sommes résolus à porter une parole contradictoire, une parole d’opposition au système étatique et aux violences sécuritaires et policières. Et nous nous sommes dits qu’en ce 6 décembre, il serait bon de rappeler la mémoire de Malik Oussekine et d’Abdel Benyahia.
C’est le but de cette soirée, comme de ceux qui ont accepté d’intervenir.
Maurice Rajsfus, d’abord, inlassable contempteur de l’ordre sécuritaire ; il a rédigé de nombreux ouvrages sur la police, le dernier en date étant Je n’aime pas la police de mon pays.
Mathieu Rigouste, ensuite, qui vient juste de publier aux éditions La Fabrique La Domination policière, une violence industrielle.
Mogniss H. Abdallah, auteur et réalisateur, qui anime aussi le collectif IM’média et qui vient de faire paraître aux éditions Libertalia Rengainez, on arrive ! Chroniques des luttes contre les crimes racistes ou sécuritaires, contre la hagra policière et judiciaire (des années 1970 à aujourd’hui).
Dernière personne au programme, Ramata Dieng ; elle représente le collectif Vies Volées." (Nicolas Norrito)
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[Compte-rendu]Débat du 6 décembre 2012 sur les crimes racistes et sécuritaires
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