Hortefeux chiffre la « délinquance roumaine » et crée un précédent
Pioché sur Rue 89
Au delà de la confusion délibérée qu'elle établit entre Roms et Roumains, l'annonce du ministre de l'Intérieur d'une augmentation de 259% de la « délinquance roumaine » à Paris révèle l'existence de statistiques par nationalité, jusqu'ici inédites. Et issues des fameux fichiers Stic.
Lors d'une conférence de presse lundi 30 août sur les « évacuations de camps illicites » le ministre de l'Intérieur a affirmé que les actes de délinquance perpétrés par des Roumains à Paris ont augmenté de 259% en dix-huit mois.
« Il n'y a pas de statistiques sur la délinquance par communauté, mais il y a des statistiques par nationalité », a-t-il tenu à justifier, indiquant comme origine de ces données « une étude des services de police ».
Tous les Roms ne sont pas roumains, et inversement
En chiffrant la délinquance roumaine, le ministre prétend expliquer la réalité nationale de la politique d'expulsion des Roms. Or les statistiques ne concernent que l'agglomération parisienne. Mais surtout, délinquance roumaine et délinquance des Roms ne sont pas synonymes.
Les Roms de France sont, pour la plupart, de nationalité roumaine ou bulgare. Tous les Roms ne sont pas roumains. Et tous les Roumains ne sont pas roms. Brice Hortefeux anticipe la confusion habituelle des deux termes par son auditoire.
L'étude provient par ailleurs des « services de police ». Des chiffres donc soumis à une logique propre aux statistiques de la délinquance : elles dépendent des effectifs et des moyens consacrés à la lutte contre telle ou telle délinquance, comme l'analyse Maitre Eolas sur son blog :
« La méthode de récolement des données n'a rien de scientifique et n'a jamais eu la prétention de l'être (…).
Le gouvernement estime que l'opinion publique est particulièrement remontée contre les vols à la tire (les pickpockets) ou à l'arraché dans les transports en commun (…). Le commissaire de police va recevoir cette instruction et va redistribuer ses effectifs (…). Voilà la méthodologie qui préside à la confection de ces statistiques. »
Autrement dit, pour que de tels chiffres soient atteints, il n'est pas exclu que, sur la période de l'étude, la police ait concentrée son activité sur un contrôle accru concernant la délinquance roumaine.
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L'école et le repérage des familles voyageuses
Pioché sur le site de la LDH Toulon
L’actualité nous invite à revenir sur une information révélée en juillet dernier par le Collectif national de résistance à base élèves – le Cnrbe –, mais à laquelle il n’a pas été prêté l’attention qu’elle mérite.
En effet dans un communiqué du 23 juillet 2010, le Cnrbe s’est inquiété de la possibilité que des fichiers de l’Education nationale soient utilisés pour localiser des familles de Roms ou de Gens du voyage.
A peu près simultanément, Nicolas Sarkozy lançait sa grande offensive anti-Roms de l’été, ce qui donnait une acuité particulière au problème soulevé par le Cnrbe.
Une nouvelle illustration du danger pour les libertés que représente le fichage des enfants à l’école. Sans oublier que l’utilisation du fichier « Base élèves » à des fins de recherche de personnes fait porter une telle suspicion sur l’école que cela ne manquera pas d’entraîner des phénomènes de déscolarisation ou de non-scolarisation d’enfants, portant par là atteinte au droit à l’éducation [1].
Suite, note et source :
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