

Tu le sais, Article11 n’a pas pour habitude de critiquer l’action de la police. Mais quelquefois - il faut bien l’avouer - leur modus operandi nous laisse perplexe, voire songeur. Comme si les braves pandores laissaient leur cerveau au vestiaire et le remplaçaient par une enclume de belle taille. Et là, tu vois, à l’occasion du grand raout patriotique des sympathiques hurluberlus de la BAC (Brigade Activistes des Clowns), on ne peut pas dire qu’ils aient brillé. Ni par leur finesse, ni par leur tactique. La totale contre-productivité de leur action pourrait presque passer pour du sabotage, c’est dire.
Pour te résumer les choses : ça se passait entre le Jardin des Tuileries et la pyramide du Louvre, lieu de rendez-vous donné par la Brigade des Clowns pour son Grand défilé MiliTerre du 14 juillet. Mieux qu’une invitation : carrément, un Ordre de mobilisation générale ! Autant te le préciser, c’est le genre de rendez-vous ensoleillé et joyeux qui ne se rate pas.
Le truc, c’est que les forces de l’ordre s’étaient aussi données le mot, soucieuses de participer à la fête. Qu’elles n’ont pas vraiment pris le rassemblement à la rigolade. Qu’elles se sont comportées de façon complètement ridicule (comprends-moi bien : je veux dire, encore plus ridicule que d’habitude). Et qu’elles ont montré de la plus jolie des façons combien elles s’y entendaient à faire monter la pression et dégénérer la situation, alors que ce rassemblement d’une cinquantaine de clowns et sympathisants était tout ce qu’il y avait de plus potache et bon enfant.
Tu vois la tableau ? T’as ces cinquante écervelés - costumes colorés et banderoles sympathiques - joyeusement rassemblés sur une pelouse, pour le plus grand bonheur des touristes présents qui clic-claquent à tout va. T’as le grand chef des policiers en costume d’apparat (14 juillet oblige) qui va et vient à la recherche désespérée d’un interlocuteur - « Ils ne semblent pas avoir de responsable et commencent à s’égayer sur la pelouse », s’affole-il dans son talkie-walkie… - , histoire de lui signaler très officiellement qu’en l’absence d’autorisation, le rassemblement est interdit. T’as les flics qui ne savent pas trop comment prendre la chose, se disposent un peu partout sur la pelouse, commencent à faire quelques contrôles d’identité. Et puis, t’as les clowns qui font… euh… les clowns, justement. Qui dansent et rigolent. Essayent leurs bazookas-maison (projectile : os en plastoc / portée : cinq mètres, quand le vent souffle dans le bon sens). Se moquent gentiment de la bleusaille. Et commencent à jouer à cache-cache avec les uniformes, se dissimulant dans les allées contigües quand les flics n’ont comme obsession que de les conserver statique, groupe immobile.
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