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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 11:07

Le 27 février 2017

Si Twitter, Facebook et Google ont assuré qu’ils ne participeraient pas à l’élaboration d’un tel fichier si l’administration Trump le leur demandait, ce n’est pas le cas d’autres entreprises qui collectent, analysent et vendent des données personnelles.

« Il n’y a besoin que de cinq clics sur ExactData.com pour qu’on nous propose de télécharger les données concernant 1 845 071 personnes listées comme musulmanes aux Etats-Unis. »

C’est face à ce constat que l’ONG Amnesty International et seize autres organisations non gouvernementales ont décidé lundi 27 février d’interpeller une cinquantaine de « data brokers », des entreprises spécialisées dans la collecte, l’analyse et la revente de données personnelles.

Elles leur demandent, dans une lettre, de s’engager publiquement à ne jamais permettre « que leurs données ou leurs services soient utilisés par les autorités pour violer les droits humains, notamment ceux des musulmans et des migrants, à l’évidence menacés ».

En décembre, déjà, plusieurs géants du Web comme Facebook, Google, Twitter, Apple ou Microsoft avaient dû s’engager à ne jamais participer à la création d’un registre de musulmans, après avoir été interpellés par le site The Intercept.

Le futur président américain avait en effet laissé entendre, après les attentats du 13 novembre 2015 en France, qu’il mettrait « certainement en place » une base de données pour lister les musulmans présents aux Etats-Unis.

Mais il s’était ensuite montré très vague dans ses réponses quand il était interrogé à ce sujet.

Des entreprises « dont vous n’avez pas entendu parler »

« Trump a notoirement refusé d’exclure la possibilité d’un registre de musulmans », écrit Amnesty dans un long texte, « et il a fait part de son intention d’expulser entre 2 et 3 millions d’immigrés sans papiers ».

Or, interroge-t-elle, « si le président des Etats-Unis voulait réellement créer un fichier de tous les musulmans vivant dans le pays (...), à quel point serait-il facile pour lui de rassembler ce type d’information en 2017 ? »

L’ONG déroule la réponse dans un long argumentaire, rappelant qu’en dehors de Google et de Facebook, d’autres entreprises, « dont vous n’avez probablement pas entendu parler », collectent des données personnelles et les revendent.

« Chaque fois que vous utilisez votre carte bancaire, activez le wifi sur votre mobile, lisez un site d’information en ligne, approuvez des conditions d’utilisation, autorisez une application à accéder à vos comptes sur les réseaux sociaux, participez à un sondage ou faites un achat, il y a de fortes chances qu’une entreprise – ou plusieurs – se battent pour vos données. »

Informations détaillées

En recoupant et en analysant ces informations, elles sont capables de classer les internautes par sexe, âge, lieu de vie, centres d’intérêt, revenus, mais aussi par religion ou ethnie, parmi d’autres nombreux critères.

Une autre entreprise qu’ExactData.com a ainsi affirmé à Amnesty International qu’elle était capable de fournir une liste de 3,7 millions de musulmans présents aux Etats-Unis, « fiable à 85 % ».

Or, si les géants du Web ont exprimé publiquement leur position à ce sujet, et critiqué plus récemment le décret sur l’immigration signé par Donald Trump, ce n’est pas le cas de la plupart des entreprises collectant et analysant ces données.

Amnesty précise toutefois que certaines, comme Acxiom, Recorded Future et CoreLogic, ont déjà promis dans la presse qu’elles ne participeraient pas à la création d’un registre de musulmans.

Mais « il n’y a besoin que de la coopération d’une petite ou d’une moyenne entreprise pour que les autorités puissent avoir accès à des informations extraordinairement détaillées sur les musulmans ou les immigrés aux Etats-Unis », prévient l’ONG.

Source :
http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/02/27/contre-le-fichage-des-musulmans-amnesty-interpelle-les-entreprises-collectant-des-donnees_5086409_4408996.html

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Complément d'info
Pourquoi les géants du Web se prononcent soudain sur le fichage des musulmans
http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/12/19/pourquoi-les-geants-du-web-se-prononcent-soudain-sur-le-fichage-des-musulmans_5051343_4408996.html

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 10:53

Amnesty International toujours sur la brèche !

Mercredi 22 février 2017, l'association a rendu un rapport dans lequel elle dénonce une année "terrible" pour les droits de l'Homme dans le monde, et "très préoccupante" en France.

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France, vos droits en danger

Etat d’urgence, crise de l’accueil des réfugiés, ventes d’armes, discriminations des Roms… revue de détail d’un sombre bilan en matière de droits humains.

La France vit sous état d’urgence depuis plus d’un an. Un état d’exception qui menace les droits fondamentaux. Des catégories de personnes sont particulièrement visées mais c’est toute la société qui subit cette restriction des droits et des libertés.

Lire la suite :
https://www.amnesty.fr/actualites/rapport-france

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"Injustifiable", "dangereux"... Amnesty étrille l'état d'urgence en France
http://www.lci.fr/societe/injustifiable-dangereux-amnesty-international-etrille-l-etat-d-urgence-en-france-dans-son-rapport-annuel-2026922.html

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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 11:36

Le Marocain Abdel Hajji, début novembre, devant l’usine où il travaillait, en Bourgogne.

Le 13 décembre 2016

En novembre 2015, Abdel Hajji, au casier judiciaire vierge, est brutalement arrêté puis assigné à résidence durant trois mois.

Butin de la perquisition : des armes qu’il détient en toute légalité. Un an plus tard, le tribunal administratif a invalidé le dossier et condamné l’Etat à verser une broutille. Reste un profond traumatisme.

De l’intervention du GIGN, il ne reste que peu de traces visibles. La porte de la maison dynamitée a été rafistolée. La baie vitrée remplacée. Mais dans la tête d’Abdel Hajji, ça tourne encore en boucle.

La perquisition en pleine nuit, l’arrestation violente et l’assignation à résidence pendant trois mois. L’humiliation, aussi, d’avoir été considéré comme un potentiel terroriste.

Il est tireur sportif et musulman pratiquant : le préfet de l’Yonne ne s’embarrasse pas de détails pour l’ériger en menace.

Allant jusqu’à fonder ses arrêtés sur une fragilité psychologique à la suite d’un accident industriel où l’un de ses collègues est mort devant ses yeux quelques mois auparavant.

Mais pièce après pièce, les charges s’effondrent.

La perquisition est annulée par le tribunal administratif et son assignation est levée en février.

Aujourd’hui, le dossier est vide. Il ne reste quelques tee-shirts de contrefaçon pour lesquels la justice a finalement tenté de le poursuivre.

Le 8 décembre, il a appris par courrier que l’Etat était condamné à réparer son préjudice.

Lire la suite :
http://www.liberation.fr/france/2016/12/13/assigne-a-residence-musulman-tireur-sportif-et-presume-coupable_1535069

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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 17:13

Le 9 novembre 2016

Les opposants aux contrôles d’identité abusifs, qui attendaient cette décision, espérent qu’elle fasse jurisprudence.

C’est une décision de principe inédite que la Cour de cassation a rendue, mercredi 9 novembre, en matière de contrôle d’identité.

C’est la première fois que la plus haute juridiction était amenée à se prononcer sur ce sujet, sur la base de recours contre l’Etat portés par treize personnes – d’origine africaine ou nord-africaine – qui estimaient avoir fait l’objet de contrôles « au faciès ».

Mercredi, la Cour a définitivement condamné l’Etat dans trois cas – en l’occurrence des contrôles d’identité ayant eu lieu dans le quartier commercial de la Défense, en décembre 2011.

Elle a considéré qu’« un contrôle d’identité fondé sur des caractéristiques physiques associées à une origine réelle ou supposée, sans aucune justification objective préalable, est discriminatoire : il s’agit d’une faute lourde ».

Avancée majeure

Au stade précédant de l’appel, le 24 mars 2015, l’Etat avait été condamné à verser des dommages-intérêts (1 500 euros) dans cinq dossiers. Il s’était alors pourvu en cassation.

Et les requérants qui n’avaient pas eu gain de cause dans les huit autres dossiers avaient fait de même.

« Que la Cour de cassation se soit prononcée sur un, deux ou treize dossiers nous est égal, précisait mercredi Me Félix de Belloy, qui a défendu en première instance et en appel les treize hommes à l’origine de cette bataille judiciaire initiée en avril 2012.

La Cour de cassation a fixé les règles. Elle a confirmé qu’un contrôle fondé sur l’apparence physique est discriminatoire et que c’est une faute lourde. »

Réagissant à la décision, le Défenseur des droits a salué « une avancée majeure pour la garantie des droits des citoyens ».

Lire aussi :  
Comment Hollande a renoncé aux récépissés anti-contrôles au faciès

La Cour de cassation a aussi précisé la façon dont la discrimination doit être prouvée.

La personne qui saisit le tribunal « doit apporter au juge des éléments qui laissent présumer l’existence d’une discrimination », comme, par exemple, l’attestation d’un témoin présent sur les lieux.

« C’est ensuite à l’administration de démontrer, soit l’absence de discrimination, soit une différence de traitement justifiée par des éléments objectifs ».

En matière de contrôle au faciès, la charge de la preuve est donc aménagée, à l’image de ce qui se fait en droit du travail.

« C’est une innovation majeure, s’est réjoui Me Félix de Belloy. On sort de plusieurs décennies de non-droit. »

Son confrère, Me Thomas Lyon-Caen, qui a défendu les requérants devant la Cour de cassation, envisage une prochaine étape : « Se mobiliser sur la traçabilité des contrôles ».

Actuellement, les contrôles « ne font l’objet d’aucun enregistrement », a rappelé la Cour de cassation, sauf s’ils ont conduit au déclenchement d’une procédure judiciaire ou administrative.

Leur cadre se résume à trois situations principales.

Ils peuvent être réalisés en cas de flagrant délit, de risque de trouble à l’ordre public ou sur réquisitions du procureur de la République.

« C’est très large, estime Me Slim Ben Achour, également avocat des requérants. La pratique qui s’est développée, c’est celle d’une patrouille de policiers qui contrôle quand elle veut. Et on a aucune trace de cette activité-là. »

A rebours de cette latitude large et du risque d’arbitraire qui en découle, l’avocat considère que la décision de la Cour de cassation va pousser les forces de l’ordre à réformer leurs pratiques pour pouvoir démontrer, en cas de poursuites, que les contrôles sont fondés sur des critères objectifs et individualisés.

Lanna Hollo, juriste d’Open Society Justice Initiative, une fondation du milliardaire George Soros qui soutient les treize requérants, veut croire que l’arrêt « contraint les autorités françaises à respecter enfin la promesse électorale faite en 2012 par le président Hollande de “lutter contre le délit de faciès” ».

Un sujet absent des programmes électoraux

François Hollande avait en effet promis d’instaurer un récépissé lors de chaque contrôle d’identité, avant de faire marche arrière, une fois élu.

Confronté à la forte opposition des syndicats de police devant ce qu’ils considéraient être une mesure stigmatisante, M. Valls, alors ministre de l’intérieur, a abandonné l’idée d’un récépissé, lui préférant celle du port obligatoire du matricule.

« Cela n’a rien changé », martèle Bocar N., l’un des treize requérants, membre du Collectif contre le contrôle au faciès, et dont le cas n’a pas donné lieu à une condamnation de l’Etat.

« Les pratiques continuent et il faut que l’ensemble de la société se saisisse de ce sujet. Il s’agit d’améliorer les relations entre la police et la population. »

Mardi, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a justement rendu un avis dans lequel elle rappelle qu’« un ensemble convergent d’études a mis en évidence la surreprésentation des jeunes hommes issus des minorités visibles dans les contrôles de police ».

La pratique serait devenue un véritable « un abcès de fixation des tensions police-population », en plus de n’être utile qu’à la découverte d’une part marginale d’infractions.

La CNCDH remet à l’ordre du jour l’idée de « comptabiliser » les contrôles d’identité et de « mettre en place sans attendre un système de traçabilité, permettant à la personne contrôlée de disposer d’un document attestant de ce contrôle ».

Malgré ces préconisations, et aussi historique soit la décision de la Cour de cassation, celle-ci intervient à un moment où le sujet n’est plus du tout porté au sein du gouvernement.

Les candidats à la primaire de la droite et du centre ne l’ont pas davantage abordé dans leur programme.

Lire aussi :  
Contrôles d’identité au faciès : « L’exécutif nie une réalité qui pèse lourd sur la société française »
http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/03/06/controles-d-identite-pour-cazeneuve-l-absence-de-chiffres-vaut-preuve-de-l-absence-de-discriminations_4877376_1653578.html

Contrôle au faciès: couleur de peau et vêtements sont des déclencheurs
https://www.mediapart.fr/journal/france/010415/controle-au-facies-couleur-de-peau-et-vetements-sont-des-declencheurs?onglet=full

Source :
http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/11/09/controles-au-facies-la-cour-de-cassation-condamne-l-etat_5028213_1653578.html

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Collectif Contre le Contrôle au Faciès

Communiqué de presse

« Contrôle au faciès: Condamnation historique de l’Etat »

Ce mercredi 9 novembre 2016, la justice française a officiellement reconnu le contrôle au faciès comme étant discriminatoire et constituant une atteinte à la liberté et à la dignité des citoyens. Il est reconnu comme une faute lourde engageant la responsabilité de l’Etat.

Cet arrêt de la cour de cassation marque un tournant historique concernant les rapports police/population.

C’est un message fort en direction de la police qui est à présent dans l’obligation de justifier tous les contrôles d’identité par un motif valable, et bien entendu autre que le faciès ou l'apparence.

C’est aussi un message fort à l’adresse de la population qui trouve ainsi, une voie de recours à cette discrimination institutionnelle, que nous avons à nouveau dénoncé par l'absurde dans notre dernière campagne vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=6Ucall2SJOM

Le collectif Stop le contrôle au faciès a initié depuis 2011 une campagne nationale contre les contrôles abusifs.

Depuis, ce sont des milliers de personnes au travers d'associations et d'ONG, de citoyens, célébrités, politiques, avocats... qui ont mené une lutte sans précédent pour nos droits fondamentaux.

Cette victoire en appel est le couronnement de tous les efforts, toutes les énergies, les moyens humains et matériaux déployés pour la protection de nos droits et libertés fondamentales, pour la justice et l’égalité.

La prochaine étape sera de veiller à l'application effective de cette décision de justice, dans l'évolution des pratiques policières et l'amélioration des rapports police/population.

Les combats pour une société plus juste, inclusive et égalitaire sont l’affaire de tous et resteront notre priorité, tant que cela sera nécessaire.

Collectif Contre le Contrôle au Faciès

Numéro SMS :
07 60 19 33 81

Site :
www.stoplecontroleaufacies.fr

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 10:31

Le 16 septembre 2016

Tandis que le régime de l’état d’urgence, instauré au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, se banalise au point de passer à l’arrière-plan de l’actualité, le recours par la police aux mesures extrajudiciaires qu’il autorise se développe.

Le nombre d’assignés à résidence a bondi de près de 50 % en moins de trois mois. Selon les chiffres communiqués par le ministère de l’intérieur à l’Assemblée nationale, ils étaient 97 assignés à résidence au 15 septembre, contre 66 personnes à la fin juin.

Parmi ces assignés figurait notamment le garçon de 15 ans arrêté le 10 septembre à Paris.

Soupçonné de préparer un attentat, il a été mis en examen, lundi 12 septembre, du chef d’association de malfaiteurs terroriste en vue de commettre des crimes d’atteintes aux personnes, et écroué.

Surtout, la quatrième prolongation de ce régime, votée le 21 juillet dans la foulée de l’attentat de Nice, a été l’occasion de renforcer encore la loi d’avril 1955 sur l’état d’urgence.

En particulier en matière de perquisitions administratives.

Les préfets n’ont pas tardé à s’en emparer, puisqu’ils ont ordonné 328 perquisitions en moins de deux mois.

Certes, la cadence est faible, comparée aux premières semaines de l’état d’urgence en novembre et décembre 2015, pendant lesquelles l’écrasante majorité des perquisitions ont été menées.

Ces perquisitions avaient perdu une grande partie de leur intérêt depuis le 19 février, quand le Conseil constitutionnel a jugé inconstitutionnelle la possibilité de saisir les contenus d’objets numériques (téléphones, ordinateurs, disques durs) et de les exploiter sans autorisation d’un juge.

Le nombre de perquisitions extrajudiciaires avait logiquement chuté, au point que la troisième loi prolongeant l’état d’urgence, du 26 mai au 26 juillet, les avaient retirées de la palette de mesures à la disposition de la place Beauvau.

Interdictions de manifester

La loi du 21 juillet, prolongeant pour six mois l’état d’urgence, jusqu’en janvier 2017, a donc cherché à apporter des garanties à ces saisies informatiques.

Désormais, les saisies sont possibles « si la perquisition révèle l’existence d’éléments, notamment informatiques, relatifs à la menace que constitue pour la sécurité et l’ordre public le comportement de la personne concernée ».

Les éléments saisis ou copiés sont alors mis sous scellés. « Nul n’y a accès avant l’autorisation du juge », précise la loi.

Les préfets demandent l’autorisation en référé aux tribunaux administratifs à chaque fois qu’ils veulent entrer dans un téléphone ou un disque dur saisi.

En revanche, la police conserve les mains libres en matière de saisie et d’exploitation de données dans le cadre des procédures judiciaires classiques.

D’après le ministère de l’intérieur, sur les 328 perquisitions menées depuis le 21 juillet, 70 ont donné lieu à des saisies de données ou à des copies.

Toutes ces interventions n’ont pas nécessairement corroboré les soupçons que la police nourrissait à l’égard des personnes visées.

Au total, ces opérations de police administrative ont permis la découverte d’une vingtaine d’armes, moins de 10 kg de cannabis, une centaine de grammes de cocaïne et aux alentours de 70 000 euros en liquide.

Plus de soixante interpellations ont été réalisées, dont près de quarante ont donné lieu à un placement en garde à vue.

« Une dizaine de mises sous écrou » ont été ordonnées après déferrement à la justice, précise la place Beauvau, sans détailler les motifs d’incarcération (drogue, apologie du terrorisme…).

La prorogation de l’état d’urgence a aussi permis 27 arrêtés d’interdiction de séjour.

Ces mesures concernent notamment des personnes mobilisées contre la loi travail à qui les autorités interdisent de manifester.

Lors de la manifestation de jeudi 15 septembre, cinq personnes ont par exemple été visées par ces arrêtés, d’après la préfecture de police de Paris.

Le Conseil constitutionnel saisi

Autre innovation de la loi du 21 juillet, le contrôle parlementaire, ou en tout cas l’information du Parlement, est renforcé.

Les autorités administratives ont désormais obligation de lui transmettre « sans délai copie de tous les actes qu’elles prennent en application » de ce régime d’exception.

Les informations communiquées à l’Assemblée nationale permettent d’avoir un aperçu des zones les plus concernées par les perquisitions et assignations à résidence avec en tête, fin août, le ressort de la cour d’appel d’Aix-en-Provence (Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Var, Alpes-de-Haute-Provence) et celui de la cour d’appel de Paris (Paris, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Seine-et-Marne, Essonne et Yonne).

Mais ce sont les tribunaux administratifs et le Conseil d’Etat qui ont, pour l’heure, exercé un véritable contrôle des procédures extrajudiciaires de l’état d’urgence.

Une jurisprudence se dessine, alors que les juges administratifs sollicités par les préfets ont autorisé à 47 reprises l’exploitation de données saisies et rejeté sept demandes.

Sur les quatre dossiers remontés jusqu’au Conseil d’Etat, un seul a fait l’objet d’un refus d’autorisation.

Il s’agissait d’une perquisition réalisée le 25 août à Lutterbach (Haut-Rhin), qui n’a « donné lieu à la découverte d’aucun élément susceptible de constituer une menace », le Conseil d’Etat précisant que le fait que des fichiers soient écrits en arabe « ne suffit pas à les faire regarder comme relatifs » à une menace.

Mais une nouvelle épée de Damoclès pèse sur ces saisies.

Le Conseil d’Etat a décidé, vendredi 16 septembre, de transmettre au Conseil constitutionnel une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) sur ce point.

Selon Amandine Dravigny, avocate à l’origine de cette QPC, « le Conseil constitutionnel avait relevé dans sa décision de février que ni la saisie ni l’exploitation des données n’étaient soumises à un contrôle du juge ».

La loi du 21 juillet soumet l’exploitation à l’autorisation du juge. « Or, il faut aussi lui soumettre la saisie », plaide-t-elle.

Dans le cas de son client, qui habitait chez sa famille, « la police a saisi les téléphones de tous, parents, frère et sœur compris, sans rapport avec une quelconque menace ».

Sans compter les problèmes que cette saisie soulève, par exemple « pour préparer la défense d’un client qui n’a plus de moyens de communiquer ».

La procédure de la QPC permet à tout justiciable de demander au Conseil constitutionnel de vérifier si l’article de loi qui lui est opposé est conforme à la Loi fondamentale.

Le Conseil d’Etat considère la question soulevée comme « sérieuse » au regard du droit au respect de la vie privée garanti par l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

La réponse du Conseil constitutionnel devrait intervenir fin octobre ou début novembre.

Source :
http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/09/19/etat-d-urgence-hausse-de-50-des-assignations-a-residence-en-trois-mois_4999975_1653578.html

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 10:37

La Bataille du voile par Frantz Fanon

Frantz Fanon a abordé sous le titre de la bataille du voile, l’enjeu central constitué par le thème du dévoilement des femmes algériennes durant la domination coloniale française.

Le voile des femmes était considéré comme le symbole par excellence de la nature rétrograde de la société algérienne et la colonisation présentée comme une mission de civilisation qui se donnait pour objectif premier de libérer les algériennes du patriarcat arabo-musulman dont elles étaient victimes en les dévoilant.

Avec le voile, les choses se précipitent et s’ordonnent. La femme algérienne est bien aux yeux de l’observateur « Celle qui se dissimule derrière le voile. »

Nous allons voir que ce voile, élément parmi d’autres de l’ensemble vestimentaire traditionnel algérien, va devenir l’enjeu d’une bataille grandiose, à l’occasion de laquelle les forces d’occupation mobiliseront leurs ressources les plus puissantes et les plus diverses, et où le colonisé déploiera une force étonnante d’inertie.

La société coloniale, prise dans son ensemble, avec ses valeurs, ses lignes de force et sa philosophie, réagit de façon assez homogène en face du voile.

Avant 1954, plus précisément, depuis les années 1930-1935, le combat décisif est engagé. Les responsables de l’administration française en Algérie, préposés à la destruction de l’originalité d’un peuple, chargés par les pouvoirs de procéder coûte que coûte à la désagrégation des formes d’existence susceptibles d’évoquer de près ou de loin une réalité nationale, vont porter le maximum de leurs efforts sur le port du voile, conçu en l’occurrence, comme symbole du statut de la femme algérienne.

Lire la suite :
http://www.madinin-art.net/la-bataille-du-voile-par-frantz-fanon/

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Comment le voile est devenu musulman ?

Lire ici :
klik !

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Le corps féminin, enjeu géopolitique dans la France postcoloniale

Cet article propose une lecture géopolitique des relations entre la société française et ses « Autres » musulmans, en s’appuyant sur les travaux historiques et sociologiques qui ont démontré l’intrication des questions sexuelles et des questions raciales.

Il s’agit en particulier de montrer comment le contrôle des corps féminins et de la sexualité féminine est devenu l’un des « terrains » sur lesquels s’est porté l’hypothétique « choc des civilisations », et plus particulièrement comment les corps des femmes sont instrumentalisés dans des représentations visuelles largement diffusées, comme métaphores d’enjeux de contrôle territorial.

À travers notamment la question du voile et de ses représentations, la continuité avec l’époque coloniale est soulignée, ainsi que la place donnée à la sexualité dans le domaine politique.

Lire la suite :
https://espacepolitique.revues.org/1882

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L’enjeu du statut des femmes durant la période coloniale en Algérie

Le statut des femmes en Algérie constitue un enjeu aussi bien pour le régime colonial français que pour les nationalistes algériens. Pour l’État français, il sert à inférioriser la société des dominé·e·s ; pour la société algérienne, menacée de disparition par la colonisation, il sert à affirmer et maintenir l’identité collective, d’où la crainte d’une assimilation par les femmes, cheval de Troie des valeurs étrangères.

Cette peur est pourtant injustifiée quand on considère le peu de changements entrepris par l’administration coloniale dans la situation des femmes pendant la colonisation.

L’irruption des femmes algériennes dans la sphère politique dans les années 1950 et notamment leur engagement dans l’action armée change le discours sur leur rôle. Cependant, malgré ce passage de la condition d’objet au statut de sujet, elles ne peuvent que se couler dans le moule nationaliste et elles n’ont pas la possibilité d’affirmer des revendications spécifiques.

(...)

Le colonisateur qui déplore le sort des Algériennes va-t-il pour autant améliorer leur situation ? Examinons deux indices de statut qui nous permettront de répondre à cette question : la scolarisation et le droit de vote.

En ce qui concerne la scolarisation, les lois Ferry, lois scolaires françaises rendant l’enseignement primaire obligatoire (1881) et gratuit (1882), sont étendues à l’Algérie en vertu du décret du 13 février 1883, mais omettent « momentanément » les filles musulmanes.

À la veille de l’indépendance, dans les années 1950, seulement 4 % des filles scolarisables vont à l’école (10 % pour l’ensemble des enfants algériens et 97 % pour les enfants européens) alors qu’un « plan de scolarisation » a été lancé par le décret du 27 novembre 1944.

Les quelques centres de formation ouverts notamment à l’occasion du Centenaire, en 1930, confinent les filles et les jeunes filles aux tâches ménagères (cuisine, repassage) ou artisanales (tissage de tapis, broderies…) et leurs effectifs sont symboliques.

C’est ainsi que les centres Bons Pasteurs d’El Biar ou de Miserghin comptaient 125 filles, les Centres de formation familiale et ménagère de Bône (Annaba) 80 filles et de Philippeville (Skikda) 60 filles. Les filles sont exclues de la scolarisation, encore plus que les garçons : en 1962, à l’indépendance de l’Algérie, 90 % des femmes sont analphabètes.

Le chapitre du droit de vote est tout aussi sombre : alors que c’est à Alger qu’est signée l’ordonnance du 21 avril 1944 qui accorde le droit de vote aux femmes françaises, les Algériennes en seront privées jusqu’au 28 septembre 1958 pour le scrutin constitutionnel.

Lire la suite
http://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2008-3-page-16.htm

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Pourquoi le voile pose-t-il problème ?

Au-delà des clichés et sans apologie aucune, peut-on envisager le voile islamique sous un autre angle? Entretien avec Silvia Naef, professeur à l’unité d’Arabe de l’Université de Genève, spécialiste de la culture des mondes arabes et musulmans, qui effectue actuellement des recherches sur le voile et ses symboliques.

(...)

Le fantasme de la femme dévoilée

C’est aussi pour cela que le fantasme de la femme dévoilée (visibles dans les tableaux d’Ingres par exemple) dans des bains turcs est si présent. C’est une manière de contourner ce refus. Ce problème symbolique est très important. Grâce au voile, les musulmans soustraient les femmes à la vue des occupants, et diminuent ainsi leur pouvoir de domination. C’est une sorte d’acte de résistance. Aujourd’hui, on constate que le voile islamique est plus que jamais une fixation de la part des Occidentaux.

Il y a selon moi différents types de questions et différentes manières de les aborder. Tout d’abord, très simplement, il existe des citoyens qui refusent la présence musulmane en Europe, et pour qui le port du voile constitue une provocation, une agression, et un acte de revendication insupportable. Il existe également toute une génération de féministes, qui ont dû se battre contre une multitude d’oppressions, dont certaines provenant du christianisme, et pour qui le voile islamique renvoie à ces combats si chèrement gagnés.

On voit également beaucoup de partis ou de groupes, notamment d’extrême-droite, pour qui le droit des femmes n’est absolument pas une priorité dans leur propre pays, mais qui sont à la tête du combat contre le voile sous prétexte de l’égalité homme/femme. Cette manière de se concentrer sur le voile des musulmanes sans s’intéresser aux problèmes des femmes de son pays se retrouve d’ailleurs déjà au XIXème siècle, et perdure largement aujourd’hui.
(...)

Je pense enfin que le désir de posséder, symboliquement ou non, les femmes de pays plus pauvres, plus faibles, existe toujours aujourd’hui, et que les frustrations qui résultent de ce voile qui cache et soustrait les femmes des pays orientaux expliquent en partie cette focalisation sur le voile.

Enfin, il est important de le souligner, pour qui s’intéresse un tant soit peu à la condition des femmes dans les pays musulmans, le voile n’est pas un problème prioritaire.

Cette obsession de vouloir faire retirer le voile aux femmes est d’ailleurs très souvent mal comprise par les principales intéressées, pour qui le foulard, hijab, niqab etc., constitue d’abord un acte de pudeur.

C’est un peu comme si l’on demandait du jour au lendemain aux femmes occidentales de se balader dans la rue les seins nus.

La pudeur se conçoit de manières différentes selon les cultures et les sociétés, et le voile islamique est ancré depuis des siècles comme faisant partie de la légitime pudeur des femmes dans le monde arabo-musulman.

Il semble donc intéressant de se pencher d’abord sur nos propres histoires, nos propres interprétations, pour comprendre un peu mieux le regard que l’on porte sur l’autre, en l’occurrence sur la femme musulmane voilée.

http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/pourquoi-le-voile-pose-t-il-probleme-14-04-2011-1447_118.php

***
La polysémie du voile : Politiques et mobilisations postcoloniales

Comment  se  fait-il  que  le  voile  soit  devenu  en  si  peu  de  temps  un  enjeu  décisif   pour  la  société  européenne  ?  Comment  cette  thématique,  cantonnée  au  début  des  années  90  à  quelques  cas relevant  du  fait  divers,  est  passée  en  l’espace  d’une  décennie  à  la  rubrique  événement  ?  Le  voile,  désormais  islamique,  symbolise  et  éclaire à lui seul l’ensemble des tensions que les sociétés européennes entretiennent  avec  les  minorisés  «  d’origine  »  ou  issues  d’ailleurs.  Les  populations  dites  musulmanes,  homogénéisées  et  réduites  à  leur  seule  identité  religieuse,  se  retrouvent  ainsi  enserrées  dans  un  agenda à la fois médiatique et politique qui limite l’appréhension des voiles aux seules dimensions du légal et du moralement acceptable.

Dès  lors,  les  débats  sur  et  autour  du  voile  posent  comme  une  évidence que les problématiques de l’égalité de genre, du sexisme ou encore  de  l’homophobie  soient  adressées  quasi  exclusivement  à  la  communauté musulmane.

Cet  ouvrage  aborde  le  voile  islamique  comme  outil  heuristique  permettant de comprendre la manière dont les femmes musulmanes sont  devenues  les  alibis,  donc  produites  en  tant  que  tels,  d’un  discours  universaliste  qui  refuse  et  récuse  tout  particularisme.  Il  permet également d’interroger toute revendication identitaire et/ou antiraciste qui ferait l’impasse sur le caractère genré du port du voile.

Les articles ici réunis montrent alors une polysémie du voile qu’il ne s’agit pas uniquement de rechercher dans des situations diversifiées, appréhendées en termes d’usages et coutumes, mais de la reconnaître notamment dans le va-et-vient entre le centre et la périphérie (entre l’Europe et ses anciennes colonies) et dans les spécificités  inhérentes à tel ou tel contexte socio-historiques

Lire la suite :
https://www.fichier-pdf.fr/2016/06/14/le-voile-dans-la-cite/le-voile-dans-la-cite.pdf

***
A relire
http://artexte.ca/wp-content/uploads/l-orientalisme-l-orient-cree-par-l-occident.pdf

 

 

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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 13:58

Transmis par Saïd Bouamama le 31 août 2016

L’été 2016 a été marqué par trois faits de nature différente : un ignoble attentat endeuille le pays le 14 juillet, une loi détruisant le code du travail massivement rejetée par la population et les travailleurs est votée le 21 juillet et un arrêté municipal interdisant l’accès à la plage pour les femmes portant un « burkini » est pris à Cannes, déclenchant en quelques jours une véritable épidémie d’arrêtés similaires dans d’autres villes.

Les réactions sociales et les commentaires politiques et médiatiques qui ont suivis ces trois événements constituent un excellent analyseur de l’état de notre société, des contradictions qui la traversent et des intérêts qui s’y affrontent.

« Radicalisation rapide », stratégie de dissimulation et production d’une psychose collective

Dès le 16 juillet le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve évoque la thèse d’une « radicalisation rapide » du chauffeur meurtrier accompagnée d’une série de précisions angoissantes :

« Il n’était pas connu des services de renseignement car il ne s’était pas distingué, au cours des années passées, soit par des condamnations soit par son activité, par une adhésion à l’idéologie islamiste radicale […] Il semble qu’il se soit radicalisé très rapidement. En tous les cas, ce sont les premiers éléments qui apparaissent à travers les témoignages de son entourage […] des individus sensibles au message de Daesh s’engagent dans des actions extrêmement violentes sans nécessairement avoir participé aux combats, sans nécessairement avoir été entraînés […] La modalité de la commission de son crime odieux est elle-même nouvelle. » (1)

La thèse de la « radicalisation rapide » est lourde de conséquences. Elle accrédite l’idée que tous les musulmans sont susceptibles de se transformer rapidement et brusquement en terroriste. Le danger est désormais partout où sont présent des musulmans ou supposés tels.

L’heure est donc à la méfiance à chaque fois que l’on croise un musulman réel ou supposé.

Bien sûr, on ajoutera systématiquement « qu’il faut veiller à ne pas faire d’amalgame » soulignant ainsi la conscience des effets probables d’une telle thèse.

Lire la suite :
https://bouamamas.wordpress.com/2016/08/31/lecons-et-consequences-dun-ete-revelateur-la-construction-progressive-des-conditions-dun-pogrome/

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 14:56

Par Carine Fouteau le 24 août 2016

Des femmes sommées par des policiers de retirer leur vêtement sur des plages françaises… Le tour que prend la controverse anti-burkini n'est pas seulement grotesque, il est inquiétant en ce qu'il ouvre la voie à de nouvelles interdictions.

De nombreuses personnalités, notamment des femmes racisées, protestent contre un régime « discriminatoire » réservé aux musulmanes.

« Arrêtez de nous humilier, de nous régenter, d’exécuter la violence sur nos corps » : ce tweet de Sana Saeed, écrivaine et productrice nord-américaine, engagée dans la lutte contre l’islamophobie et en faveur du mouvement Black Lives Matter, résume à lui-seul l’état d’exaspération de nombreuses femmes, en particulier racisées, provoqué dans le monde entier par l’interdiction du « burkini » sur plusieurs plages françaises.

(...)

 Est-ce qu’humilier les femmes publiquement fait partie du plan pour les libérer ? », écrit Rav Danya Ruttenberg, femme rabbin américaine. Résidant à Nice, Feiza Ben Mohamed, porte-parole et secrétaire générale de la Fédération des musulmans du Sud, diffuse sur son compte les vidéos de « chasse aux femmes voilées » et commente : « Une honte absolue pour le pays. Les policiers font se déshabiller une femme voilée. J’ai envie de vomir. »

(...)

La contradiction inhérente à l’interdiction née dans la tête de quelques hommes blancs de plus de 50 ans exerçant le pouvoir est évidente. « Il y a quelque chose qui donne le vertige, développe en substance Amanda Taub, dans le New York Times, dans le fait d’interdire un vêtement au motif que les femmes ne doivent pas se laisser imposer leur vêtement. »

Cette interdiction, qui s’inscrit dans l’histoire coloniale de la France, ne vise pas à protéger les femmes contre le patriarcat, affirme-t-elle, contrairement à ce que ses défenseurs déclarent – Manuel Valls a lui-même fustigé une tenue qui serait la « traduction d’un projet politique, de contre-société, fondé notamment sur l’asservissement de la femme » et qui, à ce titre, ne serait « pas compatible avec les valeurs de la France et de la République ».

L'objectif est tout autre : il est de donner le sentiment à la majorité non musulmane vivant en France qu’elle peut être « protégée » dans un pays « en mutation » qui refuse de se voir tel qu’il est, c’est-à-dire divers culturellement, racialement et religieusement.

(...)

Le burkini n’est en effet que l’ultime facette de cette stigmatisation qui s’est déjà portée, entre autres exemples, dans l’histoire récente, sur le foulard dans toutes ses versions : à l’école, où il est interdit depuis 2004 pour les jeunes filles ; à l’université, où Nicolas Sarkozy et Manuel Valls à l'unisson estiment son éviction urgente ; dans l’entreprise, où chaque affaire devant les prud’hommes est l’occasion d’une polémique ; lors les sorties scolaires, dont des mères risquent d’être exclues au motif qu’elles portent le foulard.

La « jupe longue noire » est aussi dans le collimateur de certains chefs d’établissement, tandis que le voile intégral est banni de l’espace public depuis 2010.

(...)

Cette fois-ci, comme les précédentes, les principales concernées – les femmes musulmanes portant le burkini – n’ont pas accès à la parole. Quelles ont été leurs motivations pour revêtir cette tenue ? Quelles conséquences cette décision a-t-elle eues dans leur vie ?

Leur voix est restée jusqu’à présent inaudible, et les appels à témoin que viennent de lancer quelques journaux apparaissent comme l’aveu tardif d’un silence devenu assourdissant.

La question des usages de ce vêtement est de même passée en arrière-plan : quelles en sont les trajectoires historiques et les réappropriations présentes collectives ou individuelles ?

Pourtant nombreux, les travaux sociologiques et anthropologiques sur la diversité des significations n'ont guère été convoqués pour éclairer les débats. La linguiste Marie-Anne Paveau voit dans cet « oubli » le symptôme d’une « énonciation ventriloque ».

« C’est un mécanisme tout à fait analogue d’invisibilisation et de réduction au silence qui préside à un autre procédé d’ordre énonciatif qui fait florès en ce moment dans la vie politique et médiatique française et qu’on peut appeler, en termes communs, “parler à la place des autres”, indique-t-elle.

Cette forme énonciative cible particulièrement les individus habituellement minorisés, voire stigmatisés, et parfois vulnérables : les femmes, les individus racisés, les musulman.e.s. Et elle est, sans surprise, plutôt adoptée par des dominant.e.s, non racisé.e.s, non stigmatisé.e.s, et n’appartenant pas à des minorités, visibles ou invisibles. »

Cette fois-ci encore, les femmes musulmanes sont mises à l’index non pas en raison de leur pensée ou de leur attitude (l’une d’entre elles semblait assoupie quand elle a été verbalisée), mais de leur corps.

Le choix vestimentaire pourtant généralement considéré comme relevant de l’ordre de l’intime s’est transformé pour elles en une question de politique nationale, discutée comme un problème mettant en cause soit les « valeurs de la République », soit l’« ordre public ».

Cela n’est pas nouveau.

Dès l’époque coloniale, l’État français n’a eu de cesse de chercher à dévoiler les « femmes indigènes ».

Dans un article publié (avant la controverse estivale) sur le site Contre-attaque(s), Zhor Firar, militante associative, retrace cette « longue histoire française ».

Elle évoque ainsi le rôle d’une association créée par les épouses des généraux Salan et Massu dans l’organisation d’un « dévoilement » public en mai 1958 de femmes d’Alger.

« Dévoiler pour mieux régner et surtout pour contrôler ces consciences, cette arme colonisatrice s’est vue déployée lors de la guerre d’Algérie pour imposer le modèle civilisateur », indique l’auteure, qui explique que plusieurs « cérémonies » suivront lors de manifestations initiées par l’armée.

.........

Cette histoire serait grotesque, si elle n’était pas grave. Car, ce faisant, des maires, qui n'ont pourtant pas de pouvoir législatif, préparent le terrain à de nouvelles interdictions nationales. Les policiers municipaux ne sont pas des sociologues, susceptibles de distinguer entre tel et tel usage. Les verbalisations de femmes simplement voilées en témoignent.

Le rôle de police des mœurs qui leur est confié les place dans une situation juridiquement, politiquement et humainement intenable.

Le Conseil d’État, appelé à se prononcer ce jeudi 25 août, saura-t-il rappeler les va-t-en guerre à la raison ?

Source :
https://www.mediapart.fr/journal/france/240816/derriere-les-arretes-anti-burkini-l-humiliation-des-musulmanes

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 10:36

Retour sur dix ans de dérives idéologiques

Par Christine Delphy; le 17 août 2016

L’attitude française majoritaire à l’égard du « hijab », c’est-à-dire du foulard porté par certaines femmes musulmanes, est incompréhensible pour le reste de la planète. Pas seulement incompréhensible : elle est répréhensible. C’est ce qu’explique Christine Delphy dans une tribune publiée dans The Guardian. Nous publions ici la traduction en français du texte original.

La première mesure ouvertement anti-musulmane a été le passage d’une loi en 2004 qui interdit aux jeunes filles d’aller à l’école en portant un « foulard islamique » – ce qu’il était appelé alors, avant de devenir, dans le patois journalistique, un « voile ».

Cependant, l’islamophobie, la peur et la haine de l’Islam et des Musulmans, n’est pas spécifiquement française : elle est répandue en Europe, en Amérique du Nord, bref dans tout le monde occidental. Bush Jr a décrété l’Islam ennemi du monde occidental, et c’est ainsi que ce monde en est venu à justifier l’invasion et la destruction d’une grande partie du Moyen-Orient et de l’Asie centrale depuis les années 2000.

En France, cependant, en sus des raisons géopolitiques (l’alliance avec les Etats-Unis), l’islamophobie a des racines proprement françaises.

La campagne idéologique contre l’Islam a commencé il y a plus de quarante ans. Thomas Deltombe a montré qu’entre les années 1980 et le milieu des années 2000, pas une semaine ne s’est écoulée sans que l’un ou l’autre des principaux hebdomadaires ne publie un numéro ayant un titre comme : « Devrions-nous avoir peur de l’Islam ? » ou « L’Islam est-il compatible avec la démocratie ? ».

Les quotidiens, les radios et les télés faisaient preuve de la même obsession.

Cela n’a fait qu’empirer au cours des années, au fur et à mesure que le public est devenu convaincu que la « civilisation occidentale » était menacée par l’Islam, et que ce danger était incarné en France par les cinq millions de descendants d’immigrés d’Afrique du Nord vivant en France – des Musulmans potentiels.

La loi de 2004 interdisant le port du foulard dans les écoles publiques se base sur la croyance que les signes religieux sont contraires à la laïcité, c’est-à-dire au sécularisme politique. Celui-ci repose sur une loi – la loi de 1905.

Cette loi abroge la loi précédente (datant de Napoléon) qui établissait des liens forts entre l’Eglise (surtout catholique) et l’Etat, qui rémunérait les prêtres, les pasteurs et les rabbins.

La loi de 1905 mit en place une nouvelle règle, qui est de fait celle de tous les Etats modernes : pas de religion d’Etat, toutes les opinions et croyances – religieuses ou non – étant mises sur un pied d’égalité.

Pas d’interférence du clergé dans les affaires de l’Etat, ni de l’Etat dans les affaires religieuses. La liberté de conscience implique la liberté d’expression, et cette liberté signifie que les opinions – sur n’importe quel sujet – peuvent être exprimées en public comme en privé.

Aujourd’hui pourtant, cette loi est utilisée contre les Musulmans, car elle a subi une réinterprétation radicale de la part des politiciens, des journalistes et des lobbies ; elle a été, comme le dit Jean Baubérot, falsifiée.

Elle est présentée comme disant le contraire exact de ce que la loi française et les Conventions internationales disent. Le président actuel, dans son dernier discours de campagne en 2012, a utilisé les mots des polémistes anti-musulmans : « la religion, a-t-il dit, est du ressort du privé, et même de l’intime ».

Mais ni la loi française, ni les Conventions internationales ne font de distinction entre les opinions religieuses et les autres opinions : toutes ont le droit à l’expression publique. Or aujourd’hui, la réinterprétation de la loi de 1905 implique qu’on ne pourrait avoir d’expression religieuse que dans le secret de sa salle de bains.

Même avant la loi de 2004 excluant les adolescente portant foulard de l’école publique – violant ainsi leur droit fondamental à l’instruction – les groupes féministes établis n’acceptaient pas les femmes portant foulard dans leurs réunions. Elles avaient décidé, assez tôt, que ces femmes ne pouvaient pas être féministes, et même, qu’elles étaient contre tout ce que le féminisme représente.

L’une des ironies de leur posture est qu’elle les a menées à essayer physiquement de sortir des femmes portant foulard d’une manifestation… pour le droit à l’avortement (2005) !

En 2003, les féministes blanches décidèrent que le foulard est un « symbole d’oppression », et seulement cela – et pour elles il va sans dire que porter un symbole d’oppression ne peut signifier qu’une chose : que vous êtes pour l’oppression.

Ces féministes blanches n’ont jamais mis en question ce qu’elles portent elles-mêmes.

Seules les quelques féministes opposées à cette loi discriminatoire ont commencé à demander si les talons hauts, le rouge à lèvres et des centaines d’autres « signes de féminité » peuvent tout aussi bien être appelés des signes d’oppression.

Les premières – les pro-loi – n’ont jamais non plus discuté des différents sens que l’on peut donner au même vêtement, ni demandé aux femmes portant le foulard quel sens elles donnent à celui-ci.

Ce mépris est contradictoire avec l’une de leurs positions principales : celui que ces femmes portent un foulard parce qu’elles y sont forcées par leurs hommes (maris, pères, frères), une position que l’on retrouve dans la loi elle-même : cette position est contradictoire en ce que, prétendant que les adolescentes sont forcées par leur famille, elles soutiennent une loi qui les renvoie dans ces familles jugées oppressives, justement en les excluant de l’école.

Si les féministes blanches voyaient vraiment les femmes portant le foulard comme des femmes opprimées, loin d’être une excuse pour les renvoyer de l’école et des mouvements féministes, ce devrait être une raison de les « prendre dans leurs bras ».

L’attitude de ces féministes blanches pose une question : se voient-elles comme opprimées, ou estiment-elles qu’elles ont déjà surmonté leur oppression, et l’ont jetée sur le sol comme les serpents abandonnent leur vieille peau ? Voient-elles l’oppression comme quelque chose qui n’affecte que les « autres » femmes ? Se conçoivent-elles comme agissant non pour elles-mêmes mais pour d’autres femmes qui ne peuvent pas agir parce qu’elles sont « aliénées » ?

Le fait est qu’elles voient ces femmes portant le foulard comme des victimes consentantes de leurs hommes, et même comme des collaboratrices de ces derniers : en d’autres termes, comme des traîtres. Ou plutôt, comme des idiotes.

Les femmes qui portent le foulard sont pour la plupart les filles ou les petites filles de gens qui ont émigré d’Afrique du Nord, d’Algérie, du Maroc, de Tunisie, c’est-à-dire de territoires qui ont été conquis et colonisés par les Français. Ceux-ci leur ont attribué le statut d’ « Indigènes ».

Durant toute la colonisation, qui a duré 130 ans pour l’Algérie, si les « Indigènes » étaient français, ils n’étaient pas des citoyens, mais des « sujets » de l’Empire français.

C’est ainsi que les Français les connaissaient, et c’est ainsi qu’ils continuent de les voir : comme « pas vraiment » Français.

C’est aussi ainsi qu’ils veulent les garder. Les femmes autant que les hommes subissent les manifestations de ce racisme.

Les Blancs, quand on les interroge, expriment des sentiments extrêmement négatifs envers les Noirs et les Arabes. Ils adoptent aussi une posture de déni total vis-à-vis de la discrimination que notre société inflige aux Arabes et aux Noirs.

Les femmes sont aussi discriminées que les hommes, et ont une conscience vive de cette communauté de destin.

Dans ces conditions, porter un signe religieux ostensible peut avoir plusieurs sens différents, et tous à la fois : cela peut signifier leur solidarité avec les autres membre du groupe racisé ; cela peut signifier la tentative d’échapper mentalement à leur condition objective en s’échappant dans la spiritualité que la religion leur offre ; ou revendiquer des racines que les Blancs jugent infamantes ; ou encore une protestation muette contre la façon dont les traitent les Blancs. Et bien d’autres sens encore.

Mais les Blancs, et parmi eux, un grand nombre de féministes, refusent de comprendre leur situation, et continuent de demander qu’elles agissent comme si elles n’étaient pas discriminées et humiliées tous les jours de leur vie ; comme si elles étaient « comme tout le monde », c’est-à-dire comme les Blancs ; or elles ne le sont pas.

Au contraire elles font partie d’un groupe opprimé et défavorisé dans la société. Les fils et les filles d’immigrés africains, né.e.s en France, sont citoyen.ne.s aujourd’hui. Et cependant elles et ils sont deux fois plus au chômage que la population globale, sont persécutés par la police, et insultés par les Blancs.

Ainsi un sécularisme politique – la laïcité dévoyée de son sens – est utilisé pour priver les Musulmans de leurs droits fondamentaux – car en France les Musulmans sont majoritairement des Arabes.

Ceci atteint d’abord les femmes.

Les femmes musulmanes portant le foulard sont progressivement privées – loi d’exception après loi d’exception – de la plupart des possibilités d’emplois rémunérés.

Comme Saïd Bouamama l’a écrit en 2004, la version française de l’islamophobie n’est ni plus ni moins qu’une façon de rendre un racisme classique respectable.

Que des féministes aident et encouragent une telle série de mesures racistes qui sont à la fois ouvertes et illégales, c’est plus qu’inquiétant.

Les féministes devraient comprendre que les femmes portant le foulard partagent avec les autres l’oppression patriarcale, avec en plus le handicap de la discrimination raciste.

Elles devraient comprendre que ces femmes, portant le foulard ou non, aient envie de développer leur propre féminisme, en partant de leur propre situation, et que ce féminisme prendra forcément en compte leur culture islamique d’origine.

Les féministes blanches contribuent à aggraver l’une des pires coupures de la société française, alors qu’il est urgent de la réparer.

****
P.-S.
Ce texte est la version originale et intégrale d’une tribune publiée en anglais dans The Guardian. Nous la publions avec l’amicale autorisation de l’auteure.
http://www.theguardian.com/lifeandstyle/womens-blog/2015/jul/20/france-feminism-hijab-ban-muslim-women

Lire également, de la même auteure, « Antisexisme ou antiracisme ? Un faux dilemme »
http://lmsi.net/Antisexisme-ou-antiracisme-Un-faux

Source :
http://lmsi.net/Quand-des-feministes-soutiennent

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 10:40

Transmis par La Lime le 31 mars 2016

Si se battre pour la liberté est un crime,
l’innocence serait vraiment le pire de tout.

A propos du procès antiterroriste à venir contre des anarchistes et anti-autoritaires en Belgique

Fin 2008, en pleine période d'hostilités diffuses déclenchées par la révolte en Grèce suite à l'assassinat d'Alexis par la police, le Parquet Fédéral belge lance une enquête visant des anarchistes et des anti-autoritaires.

En 2010, sur base d'une liste d'actions que la police attribue à la « mouvance anarchiste » et alors que la lutte contre la construction d'un nouveau centre fermé à Steenokkerzeel se fraye un chemin, la juge d'instruction Isabelle Panou est affectée à l'enquête qui relève désormais de l'antiterrorisme.

En mai, puis en septembre 2013, une dizaine de perquisitions ont lieu dans le cadre de cette enquête, ces perquisitions visent différents domiciles ainsi que la bibliothèque anarchiste Acrata située à Bruxelles.

C'est à cette occasion que l'existence d'une enquête antiterroriste se donne à voir pour la première fois.

Cette enquête est menée par la section antiterroriste de la police judiciaire fédérale qui se retrouvera épaulée tantôt par la Sûreté de l'État, tantôt par le Service Général du Renseignement et de la Sécurité de l'armée ainsi que par différents services anti-terroristes d'autres pays européens.

C'est en 2014 que l'enquête est close, aboutissant aujourd'hui au renvoi devant la Chambre du Conseil de douze anarchistes et anti-autoritaires.

Après une séance de légalisation des méthodes particulières de recherche utilisées dans le cadre de cette enquête (filatures, écoutes téléphoniques, placement de microphones dans un domicile, perquisitions en cachette, tentatives d'infiltration, placement de dispositifs de vidéo-surveillance devant des domiciles et à l'intérieur d'un domicile) en octobre 2015, le dossier est renvoyé devant la Chambre du Conseil.

La séance de cette Chambre est fixée pour le 10 mai 2016 et déterminera s'il y a lieu de confirmer la tenue d'un procès et, si oui, sous quelles accusations.

De son enquête, le Parquet Fédéral s'est efforcé de tirer pas moins de 29 inculpations individualisées. Neuf compagnons sont accusés d'appartenance à une organisation terroriste et de participation à des activités terroristes pendant des périodes plus ou moins longues. Trois d'entre eux sont en plus accusés d'en être les « dirigeants ».

Par ailleurs, trois autres personnes ayant été arrêtées dans la foulée d'une attaque contre le commissariat des Marolles sont quant à elles accusées d'appartenance à ce groupe terroriste pendant un jour, ainsi que des différentes inculpations se rapportant à cette attaque. Ça c'est pour l'accusation générale.

Celle-ci est ensuite complétée par des accusations plus spécifiques telles que participation à une manifestation sauvage devant le centre fermé 127bis à Steenokkerzeel (transformée en « tentative d'incendie volontaire » et d « 'infraction terroriste » par le parquet), préparation et participation à une attaque contre le commissariat de police dans les Marolles (qualifiée par le parquet d' « infraction terroriste »), coups et blessures sur des agents de police à plusieurs reprises, obstruction de la voie publique, dégradations diverses et variées, vols à l'étalage, incendie de voitures de gardiens de prison sur le parking de la prison de Ittre, incitation à commettre des infractions terroristes…

Il est à préciser que ces accusations spécifiques visent à chaque fois des compagnons spécifiques, c'est-à-dire que tout le monde n'est pas inculpé pour l'ensemble des faits reprochés.

En arrière-plan de cette enquête qui a duré plusieurs années et qui a produit pas moins de 32 cartons de paperasses, le Parquet Fédéral émet l'hypothèse qu'un « groupe anarchiste terroriste » serait actif, notamment à Bruxelles, et que les inculpés auraient « participé à » ou « favorisé » ces activités.

Il dresse par exemple une longue liste d'une 150-aine d'attaques, dont une bonne partie incendiaires, contre des structures de la domination, des commissariats, des tribunaux, des banques, des entreprises qui se font du beurre sur le dos de l'enfermement, des chantiers, des véhicules de diplomates, d'eurocrates et de fonctionnaires de l'OTAN, des antennes de téléphonie mobile,...

Toutes ces attaques ont eu lieu à Bruxelles et dans ses environs entre 2008 et 2013.

L'invention d'un groupe terroriste qui serait responsable de l'ensemble de ces faits (ne serait ce que par le fait de « les avoir rendus possibles ») permet de jolies pirouettes servant l'accusation : une bibliothèque devient un lieu de recrutement, des discussions deviennent des réunions clandestines, des tracts et des journaux de critique anarchiste deviennent des manuels de guérilla urbaine, des manifs et des rassemblements deviennent des appels au terrorisme, des liens affinitaires entre des personnes en lutte et l'auto-organisation qui peut en découler deviennent « un groupe terroriste structuré ».

L'invention d'un « groupe terroriste anarchiste » est bien évidemment une tentative assez maladroite de la part de l’État de réduire la subversion anti-autoritaire et révolutionnaire à l’œuvre d'un seul « groupe structuré ». 

En tentant de mettre derrière les barreaux une poignée d'anarchistes qui dérangent, l’État cherche à décourager les réfractaires à passer à l'action directe contre ce qui nous opprime et exploite et d'imposer un silence absolu aux désirs, possibilités, réflexions et critiques qui s'affrontent à ce monde autoritaire.

Ce qui est renvoyé devant le tribunal, c'est donc toute une mosaïque de luttes, de révoltes, d'idées, d'actions directes, de critiques, d'imaginaires révolutionnaires, d'agitations qui ont, pendant des années, cherché à s'attaquer à la domination.

En cela, l'éventuel procès concerne non seulement les compagnons inculpés, mais aussi tout individu, tout anarchiste, tout révolutionnaire, tout réfractaire à l'ordre, tout insoumis à l'autorité qui ne veut pas rester les bras croisés devant l'exploitation et l'oppression.

Ce qui est visé, c'est la recherche de l'autonomie dans l'action, l'auto-organisation dans la lutte, l'action directe dans toute sa diversité, le choix de défendre et de diffuser des idées anarchistes et révolutionnaires, de participer ensemble avec d'autres révoltés à des combats auto-organisés et autonomes.

Et finalement, sans doute, une approche combative de l'anarchisme qui part de l'individu, de l'affinité, de l'informalité.

Il serait étrange de séparer la répression qui vise aujourd'hui quelques anarchistes et anti-autoritaires de l'ensemble de la répression qui cherche à mater (souvent préventivement) toute critique de l'ordre établi et la révolte.

A coups de « menaces terroristes », de crise de réfugiés, de lutte contre la criminalité et de guerres bien réelles, la répression étatique passe aujourd'hui à la vitesse supérieure.

Dans une période où les changements et les restructurations viennent toujours plus rapidement modifier les terrains de la conflictualité sociale, neutraliser ceux qui dérangent par leur pensée et leurs actes fait partie d'un ensemble qui cible les exploités et les opprimés : le durcissement des conditions de survie, la militarisation des frontières, l'imposition d'un contrôle technologique massif, la construction de nouveaux camps de détention,…

Se défendre contre ce coup répressif qui veut renvoyer des compagnons devant un tribunal sous des accusations de terrorisme, c'est défendre la possibilité et l'espace de l'agir anarchiste et anti-autoritaire.

Et, par la solidarité avec les compagnons inculpés, faire face à la répression étatique qui vise à paralyser toute action subversive.

Si se battre pour la liberté est un crime, l'innocence serait vraiment le pire de tout.

Avril 2016

***
Plus d’infos et contact...

La Lime
Caisse de solidarité bruxelloise
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Réunion chaque premier lundi du mois à 19h30 à Acrata

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 11:22

Le 18 février 2016

Halim Abdelmalek n’a pas pu résister. Pour le symbole. "« Pour l’honneur »". Repasser au commissariat de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) "« une dernière fois »", deux jours après la levée de son assignation à résidence par le Conseil d’Etat, le 22 janvier.

En en poussant la porte, l’ex-assigné a eu l’impression que c’était la première fois. Une lourde porte qu’il a pourtant franchie deux cent quatre fois en l’espace de soixante-huit jours, à raison de trois pointages quotidiens obligatoires.

Par automatisme, l’un des policiers lui a tendu la fiche d’émargement. Halim Abdelmalek a souri. Il a marqué un silence puis s’est lancé :

« Bonjour, je m’appelle Halim Abdelmalek, j’ai trente-cinq ans, je vis à Vitry. Je suis marié et père de deux petits garçons, gérant d’une société de réparation de deux-roues. Je suis français et musulman. Je tenais à me présenter pour qui je suis vraiment, et non pour celui qu’on a voulu vous faire croire que j’étais. »

Halim ne s’est pas retourné, désormais prêt à commencer « l’après ». Le retour à la vie normale, quoique pas tout à fait. Car comment renouer avec la normalité quand on a passé soixante-huit jours à être "« soupçonné du pire »", à être regardé comme une menace pour son pays ? A être "« présumé coupable au lieu d’être présumé innocent »" ?

Soixante-huit jours en sursis, à tourner en rond dans la prison à ciel ouvert de sa commune, écrasé sous le poids d’un dispositif accablant, les journées scandées par les pointages.

A force, la routine de l’assignation et ses barreaux mentaux avaient presque fini par s’imposer. Une forme de léthargie, aussi.

Et l’angoisse, constante.

"« Je n’avais plus prise sur ma vie, je me sentais démuni de mes facultés, avec le sentiment qu’en plus de voler ma dignité, ils me volaient ce que j’avais mis des années à construire : une famille, une société, raconte Halim Abdelmalek. Aujourd’hui, il faut que je me ‘désassigne’. »"

Et pour cela, l’Etat n’offre pas de mode d’emploi.

Lire la suite :
http://www.lemonde.fr/grands-formats/visuel/2016/02/18/etat-d-urgence-apres-68-jours-d-assignation-a-residence-le-retour-a-une-vie-normale_4867909_4497053.html

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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 12:07

Le 25 février 2016

Un Bordelais de 37 ans, converti à l'Islam depuis 4 ans, contestait la mesure d'assignation à résidence dont il faisait l'objet dans le cadre de l'état d'urgences après les attentats de Paris. Le conseil d'Etat vient de lui donner raison.

C'est au moins la 6e assignation à résidence suspendue par le conseil d'Etat sur les 400 mesures prises par le ministère de l'Intérieur dans le cadre de l'état d'urgences après les attentats du 13 novembre à Paris et St Denis.

Le conseil d'Etat est donc allé dans le sens de ce Bordelais de 37 ans converti à l'Islam depuis 4 ans. Il contestait la sanction. Les juges lui ont donné raison. Ils ont estimé que s'il prône un islam rigoriste, il ne représente pas de danger pour la société.

Pas assez d'éléments pour justifier l'assignation à résidence

Le conseil d'Etat l'a entendu à deux reprises la semaine dernière à Paris, avant de conclure ce lundi, qu'il n'y a pas assez d'éléments pour justifier la mesure d'assignation.

Oui, il prône un islam strict, il appartient à la mouvance salafiste depuis 2012, mais il ne fait pas de prosélytisme.

Il a aussi eu des contacts par le passé avec un homme parti en Afghanistan, et il a émis lui-même le souhait de quitter la France, mais pas pour aller en Syrie, pour aller en Arabie Saoudite pour y vivre pleinement sa foi.

Et surtout il a été clair. Il l'a répété devant le conseil d'Etat comme il l'avait déjà fait devant le tribunal correctionnel de Bordeaux en novembre, il condamne Daesh et les attentats de Paris.

L'assignation est donc levée.

Il n'est plus obligé de pointer 4 fois par jour au commissariat. Il va pouvoir reprendre son activité de peintre en bâtiment, et voir son fils.

Ce qui ne veut pas dire qu'il disparaît des radars des autorités. Au moindre doute sur ses activités, une autre mesure d'assignation à résidence pourrait être prise.

Peu d'assignations à résidence suspendues ou annulées par la justice au 11 février 2016

Source :
https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/un-bordelais-converti-l-islam-obtient-la-levee-de-son-assignation-residence-1456329397

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 12:42

Le 27 janvier 2016

Dans la banlieue nord de Paris, Assia a reçu la visite de la police dans le cadre d'une perquisition administrative. Elle affirme ne pas comprendre et se sentir "piégée".

La révision constitutionnelle est débattue vendredi 5 février à l'Assemblée nationale. L'article 1 prévoir l'inscription dans la loi fondamentale de l'état d'urgence.

Depuis Assia [le prénom a été modifié, NDLR] dort sous Atarax, quand elle y arrive. Elle a aussi des trous de mémoire, "le noir total", au point de ne plus savoir où elle a garé sa voiture.

Elle ne peut plus prendre le métro. Dans la rue, sous son voile, elle a "peur des regards, des gens". Les bruits la font sursauter.

Elle a pensé mettre une pancarte su sa porte : "perquisition déjà faite, inutile de revenir". Elle s'est résignée. "Je n'ai pas voulu affoler le voisinage".

Cette mère de famille qui vit dans la banlieue nord de Paris a le sentiment "de ne plus appartenir à ce pays, la France".

Elle y est née, elle y a grandi.

Mais les attentats du mois de novembre 2015 ont changé sa vie. "J'ai l'impression de payer la situation de ce pays", dit-elle.

Les forces de l'ordre n'ont pas su arrêter des terroristes qu'ils avaient repérés depuis longtemps, et qui se baladaient dans le métro avant de tuer des dizaines d'innocents... Mais moi, qu'est-ce-que j'ai à voir avec cet échec ?"

Un soir comme les autres...

Le 24 novembre ressemblait à un soir comme les autres. Elle a lu, couchée sur le canapé de son salon, dans le T2 de 30 mètres carrés qu'elle partage depuis des années avec son fils de 9 ans, handicapé. Ce soir-là, "heureusement, il dormait chez son père". Elle a éteint sa lampe de chevet vers une heure du matin.

Un quart d'heure plus tard, tout le bâtiment a tremblé, "trente à quarante coups de bélier" ont retenti contre sa porte d'entrée. Elle a pensé à des cambrioleurs, s'est collée contre le mur mitoyen de sa voisine, a cogné : "Je lui criais : 'appelle la police !'" Elle était déjà là, en fait.

Des fonctionnaires en civil de la Bac, sept policiers au total, ont jailli dans son salon. Assia leur a demandé pourquoi ils n'ont pas frappé :
Je leur aurais ouvert, évidemment. Eux m'ont répondu que c'était l'état d'urgence, qu'ils faisaient donc ce qu'ils voulaient, et que je devais bien savoir pourquoi ils étaient là..."

Assia est musulmane, elle porte un voile, "ils m'ont dit que c'était la raison de leur intervention". Elle n'a pas de casier judiciaire, juste une vie très réglée par les soins qu'elle doit à son fils, son travail, ses quelques amis, pas même le temps de mettre les pieds à la mosquée.

Les policiers ont confisqué son téléphone à Assia, ont ouvert l'armoire à vêtements de son fils, fouillé la salle de bain, pendant qu'elle pleurait. Sur le morceau de papier qu'elle a refusé de signer, Assia a lu "maison susceptible de contenir des armes". Elle demande encore, stupéfaite : Quelles armes ?"

La colère pour exutoire

Le lendemain, Assia a voulu déposer une plainte. Au commissariat, on lui a dit que c'était impossible, "que c'était ça, l'état d'urgence". Par contre, la préfecture lui rembourserait sa porte, si elle écrivait à l'adresse qu'on lui a transmise.

Alors Assia a appelé le CCIF (Collectif contre l'islamophobie en France), contacté une avocate, pour se défendre, demander des comptes : "Mais je suis dégoûtée… Je viens d'apprendre qu'on a un délai de deux mois pour contester ce genre d'intervention. Il s'est écoulé."

La mère de famille n'a plus que sa colère pour exutoire. Elle cherche une logique, se souvient que son chat a fait ses besoins dans le jardin d'une voisine et pense que c'est elle qui l'a dénoncée en composant le numéro vert qu'avait ouvert le gouvernement.

"Du coup, je n'ai plus confiance en quiconque", lâche-t-elle.

Quand le Premier ministre parle de "nos amis les musulmans", Assia a peur :
La vérité, c'est qu'on nous fait la guerre. C'est une chasse aux sorcières que nous vivons. Je fais partie des milliers de personnes traumatisées pour rien, si ce n'est pour notre religion."

Quelque chose s'est définitivement rompu entre elle et son pays. "Je ne voterai plus", explique Assia. "Marine Le Pen peut bien passer, ça ne changera rien pour moi.

En tant que musulmane, je me sens piégée dans un jeu de dupes. Nous sommes les boucs émissaires des vrais problèmes que les hommes politiques feignent d'ignorer : le chômage, la misère".

Elle a pris sa décision. Assia entend quitter la France. "J'ai la double nationalité, il faut que je m'en aille avant qu'on me demande de choisir, parce qu'avec la déchéance de nationalité, je ne vois rien de bon se profiler pour moi".

Source :
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/etat-d-urgence/20160126.OBS3410/etat-d-urgence-c-est-une-chasse-aux-sorcieres-que-nous-vivons.html

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